vignette|Portrait de Satyajit Ray par Rishiraj Sahoo en 1997 et édité en 2009. Satyajit Ray est surtout connu comme réalisateur. Toutefois, c'est aussi un auteur, qui a écrit des histoires et des scénarios, ainsi qu'un compositeur de musiques et un producteur, en plus d'autres fonctions annexes dans quelques films (il a par exemple été l'assistant de Jean Renoir lors du tournage du film Le Fleuve). Voici la filmographie de Satyajit Ray.

Filmographie succincte

Année Film Fonction Précision 1950 Chinnamul Scénario (non crédité) Film de Nemai Ghosh 1955 La Complainte du sentier (Pather Panchali) Réalisation, Scénario de la Trilogie d'Apu 1957 L'Invaincu (Aparajito) Réalisation, Scénario de la Trilogie d'Apu 1958 La Pierre philosophale (Parash Pathar) Réalisation 1958 Le Salon de musique (Jalsaghar) Réalisation, Scénario original 1959 Le Monde d'Apu (Apur Sansar) Réalisation, Scénario de la Trilogie d'Apu 1960 La Déesse (Devi) Réalisation, Scénario original 1961 Trois Filles (Teen Kanya) Réalisation, Scénario D'après 3 nouvelles de R. Tagore 1961 Rabindranath Tagore Réalisation Documentaire 1962 Kanchenjungha Réalisation, Scénario 1962 L'Expédition (Abhijaan) Réalisation, Scénario 1963 La Grande Ville (Mahanagar) Réalisation, Scénario original 1964 Charulata Réalisation, Scénario D'après une nouvelle de R. Tagore 1965 Two Réalisation Court-métrage 1965 Le Lâche (Kapurush) Réalisation, Scénario original 1966 Le Saint (Mahapurush) Réalisation 1966 Le Héros (Nayak) Réalisation, Scénario, Musique 1967 Le Zoo (Chiriyakhana) Réalisation, Musique D'après le roman de Sharadindu Bandyopadhyay 1968 Les Aventures de Goopy et Bagha (Goopy Gyne Bagha Byne) Réalisation, Scénario, Musique D'après un conte écrit par son grand-père 1970 Des jours et des nuits dans la forêt (Aranyer Din Ratri) Réalisation, Scénario, Musique 1970 Baksa Badal Scénario Comédie de Nityananda Datta 1971 L'Adversaire (Pratidwandi) Réalisation, Scénario, Musique de la Trilogie de Calcutta 1971 Seemabaddha Réalisation de la Trilogie de Calcutta 1971 Sikkim Réalisation Documentaire 1972 The Inner Eye Réalisation, Musique Documentaire sur le peintre Binode Bihari Mukherjee 1973 Tonnerres lointains (Ashani Sanket) Réalisation, Scénario, Musique 1974 La Forteresse d'or (Sonar Kella) Réalisation, Scénario 1976 The Middleman (Jana Aranya) Réalisation, Scénario de la Trilogie de Calcutta 1976 Bala Réalisation 1977 Les Joueurs d'échecs (Shatranj Ke Khilari) Réalisation, Scénario et dialogues, Musique 1978 Le Dieu éléphant (Joi Baba Felunath) Réalisation, Scénario original, Musique Film tiré de son roman éponyme 1980 Le Royaume des diamants (Hirak Rajar Deshe) Réalisation, Scénario TV, de la série des Aventures de Goopy et Bagha 1981 Délivrance (Sadgati) Réalisation, Scénario et dialogues TV 1981 Pikoor Diary Réalisation, Scénario Court-métrage 1983 Phatik Chand Scénario, Musique Film de Sandip Ray tiré du roman éponyme de Ray 1984 La Maison et le Monde (Ghare Baire) Réalisation, Scénario, Musique D'après le roman de R. Tagore 1987 Sukumar Ray Réalisation Documentaire 1989 Un ennemi du peuple (Ganashatru) Réalisation D'après la pièce d'Henrik Ibsen 1990 Les Branches de l'arbre (Shakha Proshakha) Réalisation 1991 Le Retour de Goopy et Bagha (Goopy Bagha Phire Elo) Scénario original, Musique Film réalisé par Sandip Ray, de la série des Aventures de Goopy et Bagha 1991 Le Visiteur (Agantuk) Réalisation, Scénario original, Musique 1994 Le Voyage interrompu (Uttoran) Scénario (canevas) Film réalisé par Sandip Ray 1995 Target Scénario Film réalisé par Sandip Ray 2003 Bombaiyer Bombete Scénario (roman et canevas) Film réalisé par Sandip Ray 2006 Tintorettor Jishu Scénario (roman et canevas) Film réalisé par Sandip Ray

Filmographie commentée La Complainte du sentier (Pather Panchali) Une fois décidé à devenir réalisateur, le choix de La Complainte du sentier (Pather Panchali) comme premier film s'impose à Ray. Bandopadhyay, l'auteur du roman éponyme, est déjà décédé, mais sa veuve fait preuve de générosité en autorisant un débutant à adapter le chef-d'œuvre de son époux. Le film n'aura jamais de script complet, mais sera réalisé à partir des croquis et des notes de Ray. Le tournage commence au début de l'année 1953. Rétrospectivement, on prend la mesure de l'immense talent de l'équipe technique, et pas seulement de Ray : aussi bien Subrata Mitra (cadreur) que Bansi Chandragupta (directeur artistique) seront par la suite considérés comme des maîtres incontestés de leur art. Pourtant c'est la première expérience de Ray comme réalisateur, Mitra n'a encore jamais manié une caméra et Chandragupta est un tout jeune professionnel.

Harihar, le père, est interprété par un acteur professionnel, mais Sarbajoya, la mère, est incarnée par Karuna Bannerjee, une actrice de théâtre amateur, femme d'un ami de Ray. Apu est déniché par Bijoya Ray sur la terrasse d'un voisin, tandis que Durga est engagée sur une entrevue. Le recrutement le plus délicat du casting est bien entendu celui du personnage de la vieille tante, décrite dans le roman de Bibhutibhusan comme âgée de 80 ans, avec tous les traits physiques qui accompagnent cet âge avancé. L'existence d'une telle actrice et sa capacité à jouer sont fortement improbables... mais finalement Ray réalise son casting le plus inspiré en donnant ce rôle à Chunibala Devi, une ancienne actrice de théâtre, qui réside alors dans une maison de passe.

Le financement est problématique dès le début, car aucun producteur n'accepte le film. Ray continue de travailler chez Keymer, épuisant jusqu'à ses dernières roupies, et allant jusqu'à vendre les 33 tours qui lui sont si chers. Son directeur de production Anil Chowdhury en est réduit à dormir un moment dans un taxi, et il convainc Bijoya de mettre au clou ses bijoux (l'assurance vie de Ray ayant déjà été gagée). Cependant, en plein tournage Ray est de nouveau à court de fonds. Le gouvernement du Bengale Occidental lui accorde un prêt qui lui permet de terminer le film. L'argent prêté est enregistré comme « amélioration de la voirie » (Pather Panchali peut se traduire comme « chant de la route », c'est la même racine indo-européenne qui a donné path en anglais).

Pendant le montage, nombre d'Occidentaux, comme Monroe Wheeler du Museum d'art moderne (MoMA), voient les rushes et remarquent immédiatement que le film est d'une originalité revigorante. Pourtant, au Festival de Cannes, il est projeté quasiment à la fin, en même temps qu'une réception organisée par la délégation japonaise. Les quelques critiques réunis pour voir le film s'ennuient déjà à l'idée de regarder encore un mélodrame indien, quand ils découvrent « le cheval magique de la poésie », envahissant doucement l'écran. Le film obtient le prix du meilleur document humain lors du Festival de Cannes de 1955.

D'une manière générale, Pather Panchali est accueilli dans le monde entier par des éloges. Akira Kurosawa déclare : « Je ne pourrais jamais oublier l'excitation intellectuelle après l'avoir vu. C'est le genre de cinéma qui s'écoule avec la sérénité et la noblesse d'une grande rivière. »Critics on Ray URL accessed on 3 April, 2006. La critique de Newsweek chronique le film comme « un des plus stupéfiants premier film de l'histoire du cinéma ». Ray est un soubresaut bienvenu de chair, de sang et d'esprit. On peut lire dans le LA Weekly que le film est « aussi profondément beau et plein de poésie qu'aucun film jamais réalisé. Rare et exquis. »Critics on Pather Panchali URL accessed on 3 April, 2006 « Ce conte, élaboré par Ray touche l'âme et la pensée de ceux qui le voient, transcendant les barrières culturelles et linguistiques. », selon James Berardinelli Pather Panchali (Song of the Little Road) (en archive).

Toutefois, l'accueil n'est pas complètement unanime et les films de Ray ne seront totalement appréciés en France qu'à partir des années 80, après la sortie du Salon de musique (Jalsaghar). Bosley Crowther, alors le plus influent critique du New York Times, écrit aussi un papier sur Panchali si virulent que certains pensent qu'il va compromettre la sortie du film... mais finalement il restera à l'affiche pendant une durée exceptionnelle.

La décennie suivante Au cours de la décennie qui suit, Ray complète la trilogie d'Apu. Mais cette période est également une vitrine de son exceptionnelle palette de cinéaste, et de sa maîtrise croissante du .

Ray compose alors des films sur la période du Raj (Devi, Le Salon de musique), un documentaire sur Rabindranath Tagore, deux fictions (La Pierre philosophale (Parash Pathar), Le Saint (Mahapurush)) et son premier film tiré d'un scénario original (Kanchenjungha). Il réalise un certain nombre de films, certains tirés d'histoires de Tagore, dont la somme constitue le portrait le plus profondément sensible de la femme indienne à l'écran. Ce qui fait même dire à Pauline Kael qu'elle n'arrive pas à croire que Ray est un homme, et non une femme.

En 1957, Ray termine L'Invaincu (Aparajito), le second volet de sa trilogie. Le film accompagne la famille à Vârânaçî, où Harihar, souffrant, meurt. Cet évènement pousse Sarbojoya à rentrer au Bengale avec Apu, et à revenir à une vie villageoise (bien que le village ne soit pas le même que celui de La Complainte du sentier. Apu commence à aller à l'école, devient un bon élève, et finalement l'opportunité se présente à lui d'aller à Calcutta. À partir de ce moment, le film devient de plus en plus poignant, car Ray met en scène le sempiternel conflit entre un jeune homme porté par ses ambitions et une mère qui l'aime et dont il s'éloigne inexorablement. Ce film est d'une modernité frappante, ce qui explique probablement son piètre succès en termes d'entrées. Mais nombre de critiques, notamment Mrinal Sen et Ritwik Ghatak, le classent au-dessus du premier volet. L'Invaincu remporte le Lion d'or à Venise, mettant fin aux doutes éventuels quant à la possibilité que le premier film de Ray fut un coup de chance.

Le Monde d'Apu (Apur Sansar) sort en 1959. Comme pour les deux précédents films, nombre de critiques considèrent qu'il est la pierre angulaire de la trilogie (Robin Wood, Aparna Sen). L'un va même jusqu'à déclarer « Le Monde d'Apu ... probablement le film le plus important réalisé depuis l'invention du cinéma parlant ». Ray y fait jouer ses deux acteurs fétiches : Soumitra Chatterjee et Sharmila Tagore. Le film démarre sur un Apu presque miséreux et vivant dans une indescriptible maison de Calcutta. Il contracte un mariage inhabituel avec Aparna. Les scènes de leur vie commune forment « un des classiques du cinéma en matière de description de la vie de couple » Mais la mort d'Aparna ravage Apu, et le fait rejeter son fils nouveau-né. Cinq ans plus tard, il revient : la vie a de nouveau triomphé de la mort.

Avant d'achever sa trilogie, Ray réalise deux autres films. Le premier est la comédie La Pierre philosophale (Parash Pathar), sorti en 1958. Dans un rôle qui couronne sa carrière d'acteur Tulsi Chakrabarti interprète un pauvre religieux de Calcutta qui trébuche soudain sur une pierre capable de changer le fer en or. Ray suit son parcours et son inévitable déchéance avec un humour candide et humanisme.

Il enchaîne avec Le Salon de musique (Jalsaghar), largement considéré comme la pièce maîtresse de son œuvre. Dans ce film, Ray se penche sur une ère révolue, celle des Zamindars. Bishwambhar Roy, le protagoniste, est un prince au bord de la faillite, qui n'a plus goût à rien depuis la mort de sa femme et de son fils, à l'exception de sa passion pour la musique.

Après cette histoire poignante, Ray tourne La Déesse (Devi), un film dans lequel il aborde les superstitions très ancrées dans la société hindoue, avec une subtilité caractéristique. Sharmila Tagore donne là une remarquable interprétation de Doyamoyee, une jeune femme divinisée par son beau-père. Elle commentera plus tard « Devi a été un génie sorti de moi, pas quelque chose que j'ai fait de moi-même. »