La Réforme écossaise est la rupture du royaume d'Écosse avec l'Église catholique en 1560. Elle faisait partie d'un mouvement plus vaste, la Réforme protestante européenne. Dans le cas de l'Écosse, elle aboutit, du point de vue religieux, à l'établissement d'une église conforme aux thèses calvinistes, et, du point de vue politique, au triomphe dans ce pays de l'influence de l'Angleterre sur celle de la France.
Le Parlement d'Écosse de 1560, dit le , rejeta l'autorité du pape, interdit la célébration de la messe et adopta une confession de foi protestante réformée, dite la confession écossaise. Cela fut rendu possible par une révolution contre l'hégémonie française, matérialisée par le régime de la régente Marie de Guise, qui gouvernait l'Écosse au nom sa fille absente, Marie Stuart, reine d'Écosse et également reine consort de France.
La Réforme écossaise façonna de façon définitive l'Église d'ÉcosseL'article 1 de la Déclaration de la Constitution de l'Église d'Écosse de 1921 déclare que l'Église d'Écosse adhère à la Réforme écossaise., et, à travers elle, toutes les autres Églises presbytériennes du monde.
Demande pressante d'une réforme (1517-1559) Dès le , l'humanisme de la Renaissance avait encouragé une analyse critique de la théologie et appelé à un renouveau ecclésiastique en Écosse. La doctrine de Martin Luther influença les Écossais à partir de 1517, et dès 1525, le Parlement pensa qu'il était devenu nécessaire d'interdire l'importation de livres luthériens, et de supprimer « ses hérésies et opinions » dans tout le royaume J. Kirk, Dictionary of Scottish Church History and Theology, Wright D.F. et al (eds), Édimbourg, 1993, p. 694. Cette tentative se révéla totalement inefficace, mais elle fut néanmoins réitérée en 1535.
thumb|left|John Knox considéré comme le principal acteur de la Réforme écossaise
En 1528, le noble Patrick Hamilton, qui avait été influencé par la théologie de Luther lorsqu'il fréquentait les universités de Wittemberg et de Marbourg, devint le premier martyr protestant, quand il fut brûlé sur le bûcher pour hérésie, à l'extérieur du Collège du Saint-Sauveur de Saint AndrewsUn récit de son supplice se trouve au chapitre XV du Livre des Martyrs de John Foxe. Hamilton avait diffusé son message à l'aide d'un petit catéchisme, appelé « Patrick's Places » Le texte complet de la traduction en anglais de ce petit ouvrage est disponible à truecovenantor.com, basé sur la doctrine de la justification par la foi. Mais les éloges de l'opinion d'Hamilton, particulièrement dans des ouvrages imprimés, ne firent qu'accroître l'intérêt pour ces idées nouvelles. Aussi on déconseilla à l'archevêque de St Andrews de procéder à d'autres exécutions publiques similaires, car « la puanteur de Maître Patrik Hammyltoun a contaminé toutes les personnes qui l'ont respirée »Cité par Mackie, J.D A History of Scotland, Penguin, 1964, p. 151. Néanmoins d'autres accusations et d'autres exécutions suivirent dans les années 1530 et 1540.
En 1541, le Parlement d'Écosse pensa qu'il était nécessaire de voter de nouvelles lois afin de préserver la dignité de la messe, des prières à la Vierge Marie, des images saintes, ainsi que l'autorité du pape. Les réunions privées d'hérétiques, « là où ces erreurs étaient propagées », furent interdites, les informateurs récompensés, et les sympathisants protestants furent exclus des charges royales. Tout cela attestait de l'attirance croissante pour les idées protestantes.
La cause de la Réforme reçut des soutiens puissants. À cette époque, le clergé dressa pour le roi une liste de plus d'une centaine de propriétaires fonciers mécontents de l'Église. Et la force des sympathisants de la Réforme était telle qu'ils purent, à la mort de Jacques V en 1542, former un gouvernement sous la direction de l'hésitant comte d'Arran, qui, à ce moment-là, était favorable à la cause protestante et à une alliance avec les Anglais.
Les conciles de la Réforme L'Église d'alors réagit véritablement à quelques-unes des critiquesCes critiques sont mises en évidence dans la parodie du clergé faite par Sir David Lyndsay dans sa moralité L'Agréable Satire des trois États qui lui étaient faites. John Hamilton, le dernier archevêque de St Andrew de la pré-Réforme, mit en place, de 1549 à 1559, une série de conciles provinciaux à l'image du Concile de Trente de l'époque. Ces conciles attribuèrent la responsabilité de l'avancée de l'hérésie protestante à « la corruption des mœurs et à la vie lubrique des hommes d'église de tous rangs, ainsi qu'à leur totale ignorance de la littérature et des sciences humaines »cité dans J. Kirk Dictionary of Scottish Church History and Theology Wright D.F. et al (eds) Édimbourg 1993 p696. Déjà en 1548, des tentatives avaient été faites pour éliminer le concubinage, les bénéfices ecclésiastiques, le commerce des sacrements et la non-résidence, ainsi que pour empêcher les personnes incompétentes de tenir des charges religieuses. De plus, le clergé fut incité à étudier les Écritures, et on conseilla aux évêques et aux prêtres de prêcher au moins quatre fois dans l'année. Les moines durent aller à l'université, et des théologiens furent nommés dans chaque monastère, collège et cathédrale. Pourtant, en 1552, il fallut reconnaître que bien peu avait été fait : l'assistance aux messes était clairsemée, et le « bas clergé de ce royaume, ainsi que les prélats, n'étaient, pour la plupart, pas parvenus à atteindre un niveau de connaissance des Écritures suffisant pour leur permettre d'instruire le peuple dans la foi catholique et dans les autres choses nécessaires à leur salut ou à la conversion des égarés »Cité dans J. Kirk, Dictionary of Scottish Church History and Theology, Wright D.F. et al (eds), Édimbourg, 1993, p. 696. La réforme interne sembla trop faible et trop tardive.
L'Écosse, l'Angleterre et la France (1543-1559) 200px|right|thumb|Le cardinal Beaton, défenseur de l'ancienne foi, et chef de la faction pro-française. Pour 1535, le roi Henri VIII avait rompu avec Rome et avait été excommunié. Il avait également autorisé la lecture de la Bible dans la langue vernaculaire. Ces 'hérésies' anglaises pesèrent encore davantage sur les événements en Écosse, les idées religieuses entrant en conflit avec les manœuvres politiques. Depuis les années 1530, la politique anglaise tâchait de dégager l'Écosse de ses liens traditionnels avec la France (la Auld Alliance) et Rome, particulièrement renforcés lorsque Marie de Guise monte sur le trône en 1542, à la mort du Roi d'Écosse qu'elle avait épousé 4 ans plus tôt.
Parmi les alliés de Marie de Guise, le cardinal David Beaton qui veut en finir avec la réforme demande, dès 1542, au Duc de Guise de venir assister par les armes le parti catholique d'Écosse, ce qui déclenche son arrestation en .. Le cardinal est ensuite relâché dans un but d'apaisement.
L'Angleterre réagit alors par le traité de Greenwich. En 1543, Henri finalisa ce traité visant à marier son jeune fils Édouard avec Marie, alors reine d'Écosse et qui a alors seulement un an. Le régent, le comte d'Arran, approuva ce projet de mariage en par le traité de Greenwich. Mais les réactions défavorables, suscitées en Écosse par cet accord, permirent au cardinal David Beaton d'organiser un coup d'État en décembre de cette année-là. Beaton désavoua la politique de réforme, et rejeta toute prise en considération d'un mariage anglais pour la reine. Cela entraîna le « Rough Wooing »La « rude séduction » (Rough Wooing) est le terme inventé par Walter Scott pour désigner la guerre anglo-écossaise de 1544 à 1551 de 1544-1545, qui dévasta le sud-est de l'Écosse, et qui ne cessa que par la défaite des envahisseurs à la bataille d'Ancrum Moor en .
En 1546, Beaton fit arrêter et exécuter George Wishart, un pasteur, qui s'était converti à Genève aux idées de Jean Calvin, et avait même traduit les Confessions helvétiques en langue écossaise. La réponse ne se fit pas attendre. Un groupe de rebelles s'empara du château de Beaton à Saint Andrews, et tua le cardinal. Ces « Castelliens », qui, après le meurtre, furent rejoints par un prêtre parjure, disciple de Wishart, appelé John KnoxLamont, Stewart The Swordbearer, p. 32-39 tinrent le château jusqu'en 1547, date à laquelle ils durent se rendre à un escadron français. Ils furent alors emprisonnés ou envoyés aux galères. Les forces anglaises arrivèrent trop tard pour les sauver, mais ayant vaincu les Écossais à la bataille de Pinkie Cleugh, elles occupèrent le sud-est de l'Écosse jusqu'à Dundee. Cette occupation, qui dura de 1547 à 1549, encouragea la cause réformiste. Des Bibles en anglais circulèrent librement, et plusieurs comtes promirent eux-mêmes « de faire prêcher et enseigner la Parole de Dieu ».
Pour contrer les Anglais, les Écossais s'assurèrent de l'aide des Français, en échange des fiançailles du jeune Dauphin, le futur François II avec leur toute jeune reine. Celle-ci partit pour la France en 1548. À ce moment, « la politique d'Henri VIII avait complètement échoué »Mackie, J.D. A History of Scotland Penguin 1964 p. 144 . Le traité d'Outreau (1550) entre la France et l'Angleterre fut une reconnaissance tacite de la présence française en Écosse. L'ascendant français fut total pendant la décennie suivante. En 1554, Arran fut fait duc de Châtellerault et il abandonna la régence au profit de Marie de Guise, la reine-mère. Durant sa régence, de 1554 à 1559, les Français eurent la responsabilité du trésor, du Grand Sceau du royaume d'Écosse, et l'ambassadeur français assistait parfois au Conseil privé.
Les lords de la Congrégation Marie de Guise s'appuya tout d'abord sur les pasteurs protestants, dont le nombre grandissait. Elle avait besoin de soutien pour sa politique pro-française, et les protestants ne pouvaient espérer un soutien identique de la part des Anglais, qui venaient de passer sous le gouvernement de la catholique Marie Tudor. Pourtant, le mariage de la reine Marie d'Écosse avec le dauphin en 1558 intensifièrent les craintes que l'Écosse ne devînt une province française.
En 1557, un groupe de seigneurs écossais, connus comme les « lords de la Congrégation », établit un covenant « pour soutenir, exposer et faire régner la très sacrée Parole de Dieu et sa Congrégation ». Cela fut suivi en 1558-59 par des flambées iconoclastes. Au même moment, un programme fut établi pour réformer le culte et le prêche des paroisses, pendant que les communautés locales recherchaient des pasteurs protestants. En 1558, le régent somma les prêcheurs protestants de répondre de leur enseignement, mais il fit machine arrière lorsque les propriétaires fonciers de l'ouest du pays menacèrent de se révolter.
La crise (1559-60)