Une fille d’Ève est un roman d’Honoré de Balzac paru en feuilleton dans Le Siècle en et , publié en volume chez Souverain en , puis dans l’édition Furne de 1842, où il prend place dans les Scènes de la vie privée de La Comédie humaine.

Résumé Le roman s'ouvre dans l'appartement cossu de Ferdinand du Tillet, , qui, en 1831, a épousé Marie-Eugénie de Grandville, la dernière fille du comte de Granville, . La sœur aînée de celle-ci, Marie-Angélique de Vandenesse, épouse de Félix de Vandenesse, est avec sa sœur, et les deux femmes, très émues, viennent de se faire des confidences. Les deux sœurs sont très proches, ayant subi l'éducation pudibonde, rigoriste et dévote jusqu'à la bigoterie de leur mère :

Leur seule consolation a été leur passion pour la musique et leur vieux maître de piano, ancien maître de chapelle, l'Allemand Wilhelm Schmucke, qui les appelle ses . vignette

Les deux femmes se sont rencontrées par hasard au théâtre. Marie-Angélique est venue demander à Marie-Eugénie un service que cette dernière ne peut lui rendre. Les deux sœurs se sont mariées assez tôt, mais, en dépit de la réussite sociale de leurs époux, elles ne sont pas heureuses. , confie ainsi Marie-Eugénie à sa sœur.

Quant à Marie-Angélique, elle a besoin d'argent, une somme dérisoire pour M. du Tillet, banquier cynique et sans scrupule, associé avec le baron de Nucingen, , mais que sa sœur sans argent propre, étroitement contrôlée par son mari, ne peut aider.

En apparence, la sœur aînée a mieux réussi son mariage : son mari est plus libéral et humain, mais Marie-Angélique ne sait comment occuper ses journées.

C’est donc l’ennui ordinaire de la femme au foyer, proie facile pour le poète Raoul Nathan, d'autant plus qu'un complot entoure leur rencontre. Si Marie-Angélique tombe amoureuse du littérateur (doté d'un petit talent et de beaucoup d'amour-propre), c'est parce qu'elle a été poussée dans ses bras à l'occasion d'une rencontre combinée par Lady Dudley, Natalie de Manerville et la veuve du comte de Kergarouët, née Émilie de Fontaine, et désormais épouse du frère de Félix, Charles de Vandenesse. Les trois femmes ont toutes des raisons plus ou moins personnelles d'être jalouses de Félix de Vandenesse.

Toutefois, l'ambitieux Nathan exige, pour mener à bien sa carrière politique, des finances très au-dessus des moyens de Florine, sa maîtresse, une actrice. Il fonde notamment un journal en association avec le Ferdinand du Tillet. Il se fait rouler par ses associés, tandis que ni Florine ni Marie-Angélique ne se doutent de rien… Ce n'est que pris à la gorge par ses engagements financiers signés en cascade qu'en désespoir de cause Raoul fait appel à la générosité de sa potentielle maîtresse. Nathan fait alors une tentative ratée de suicide.

Aussi la jeune femme va-t-elle recourir à un procédé courant chez les femmes amoureuses dans l'œuvre de Balzac : les lettres de changeVoir Anastasie de Restaud dans Le Père Goriot. qu'elle fait signer par Wilhelm Schmucke. Peu instruite en matière financière, elle court à la catastrophe et à la prison pour dettes. Mais son mari et sa sœur, Marie-Eugénie (qui ose enfin braver son mari), la sauvent de justesse. La fin du roman prend une tournure de vaudeville (un genre dans lequel le dramaturge Nathan excelle) avec coups de théâtre et révélation publique de la double vie de Nathan.

Apparitions furtives C’est dans ce court roman que Félix de Vandenesse, le futur héros du Lys dans la vallée, fait une première apparition qui, selon le principe balzacien de « l'éclairage rétrospectif »J. Borel, Proust et Balzac, Paris, José Corti, 1975., nous apporte ici le milieu d’une vie avant son commencement, le commencement après sa finPréface à Une fille d'Ève, Bibliothèque de la Pléiade, 1981 ; édition dirigée par Pierre-Georges Castex. C’est également la première apparition de Ferdinand du Tillet, que l’on retrouve dans César BirotteauOù il vole trois mille francs dans la caisse, après avoir essayé de séduire madame Birotteau. Il devient peu après agent de change et il se lie avec les banquiers de la haute banque : les frères Keller et Nucingen..

Dans ce texte, qui n’est pas une œuvre majeure de Balzac, on a le sentiment que l’auteur fait courir un « galop d’essai » aux personnages composant son « monde balzacien ». Le poète Raoul Nathan, que l’on retrouve dans presque toute La Comédie humaine, y joue le rôle assez peu reluisant de séducteur et d’ambitieux croqueur d’économies. Il est ici assez proche de Melchior de Canalis, le poète à la fois arrogant et intéressé de Modeste Mignon.

De nouveau, Balzac se penche sur le sort des femmes mariées, sur les disparités sociales et éducatives. Il a une grande compassion pour son héroïne et pour sa naïveté, qui semble être le sort des individus insuffisamment instruits, en particulier les femmes.

Notes et références

Bibliographie

Patrick Berthier, « Les ratures du manuscrit d’Une Fille d’Ève », L'Année balzacienne, 1988, , .

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