Le tournant de la rigueur désigne la politique économique décidée dans plusieurs pays européens au moment de la grande crise du système monétaire européen de 1981 à 1983, dans le sillage du choc Volcker causé par l'inflation provenant du second choc pétrolier de fin 1979, quand les soubresauts du dollar, qui subit des baisses brutales au cours de sa longue ascension de 1980-1985, contribuent à déstabiliser le Système monétaire européen, dans la mesure où il renforce les monnaies fortes, mark et florin, dont la remontée ne peut être suivie par les monnaies faibles : lire italienne, très mal en point ; franc belge et franc français"Repli du dollar, le S.M.E. secoué" par FRANÇOIS RENARD. le 20 décembre 1982 dans Le_Monde le .
Le système monétaire européen (SME) est plongé dans une série de crises monétaires graves."Histoire de la France au : de 1974 à nos jours" par Serge_Berstein, et Pierre_Milza en 2006 , qui ont pris « un tour dramatique »"La France en faillite La Vérité sur l'explosion de la dette publique" par Rémi Godeau aux Editions Calmann-Lévy en 2006 pour le SME, le « plus aigu depuis sa création, en »"Veillée d'armes dans une Europe en crise aiguë", par François_Renard le 21 mars 1983 dans Le_Monde le , soldée par un « baroud d'honneur à Bruxelles »"Le chant sacré: Une histoire du sang contaminé - 1945-1983" par Laurence Lacour, aux Editions Stock en 2008 .
En France, dès son élection en , le président François Mitterrand s'est opposé à la sortie du franc du SME proposée à nouveau chaque mois sous forme de notes de ministres et conseillers qui « s'accumulent sur son bureau », car il est soucieux de ne « pas isoler la France de la communauté européenne ». Il confirme en le « tournant libéral entamé dès », dans le contexte d'attaques contre le franc et d'autres monnaies européennes, mettant fin dès à une politique de relance keynésienne, la relance Mauroy. Une politique de rigueur proche a été mise en place à la même époque, dans les pays à monnaie dite « faible », dès en Belgique, mais aussi en Italie. À Paris, le numéro un de la CFDT la demande dès le début 1982.
La spéculation en faveur du mark est accélérée par la victoire aussi inattendue que confortable, aux élections fédérales ouest-allemandes du 6 mars 1983, d'Helmut Kohl, porteur de « la rigueur avec le sourire »"La rigueur avec le sourire", par Alain Clément, le 8 mars 1983, dans Le_Monde , qui avait annoncé fin un total des dépenses 1983 en hausse de seulement 2,9 % pour une inflation proche de 5 %"En Allemagne fédérale Le budget pour 1983 prévoit une réduction des dépenses sociales", dans Le Monde du 29 octobre 1982 , décision favorable à la monnaie allemandeBourgeois, Isabelle, et René Lasserre, éditeurs. La République Fédérale d’Allemagne. CIRAC, 2009, https://doi.org/10.4000/books.cirac.603.
La monnaie allemande profite aussi des anticipations de repli rapide du dollar, car la baisse du prix de détail de 0,2% en aux États-Unis, « la seconde depuis » est « une excellente nouvelle », incitant à espérer une baisse des taux d'intérêt, et dans son sillage de la monnaie américaine"Le dilemme de M. Volcker", par François_Renard le 28 mars 1983, dans Le_Monde le . Mais la monnaie américaine ne se reprendra qu'après cette crise monétaire européenne, plus tard seulement, quand on apprendra qu'en aussi, la masse monétaire a progressé en rythme annuel de 21 % contre les 4 % à 8 % souhaités par le président de la Fed Paul Volcker pour l'année 1983, ce qui a fait que « le loyer de l'argent au jour le jour est remonté à 9% ».
Adopté sans vote au Parlement, par la procédure du 49.3, pour respecter les plafonds fixés dès par Jacques Delors au déficit budgétaire (3 % du PIB) et la dette publique (25 % du PIB)"Réinventer l'État: Les réformes de l'administration" par Philippe Bezes, aux Presses Universitaires de France en 2015, le plan de rigueur de est complété par un second en , qui entraine les départs de Jean-Pierre Chevènement et Michel Jobert, les deux ministres les plus favorables à la sortie du SME, et la promotion de Laurent Fabius et Michel Rocard, opposés à ce choix. Jacques Delors, qui espérait être nommé Premier ministre, n'obtient pas cette promotion. Chargé de l'Économie dans le gouvernement Mauroy III, il doit défendre cette politique de rigueur qu'il avait lancée dès 1982 mais en prévoyant une durée limitée à un an. Le franc subit une troisième dévaluation après celle de 1981 et 1982, anticipées par les spéculations des investisseurs internationaux sur les marchés de changes. Au même moment, le gouvernement ferme mines de charbon et usines sidérurgiques, ou encourage les restructurations chez Peugeot-Talbot.
Contexte États-Unis : un "choc Volcker" contre le second choc pétrolier
Un choc monétaire long de trois ans Le Choc Volcker dure trois ans, de 1979 à 1982 et la longue dépression au USA doit ensuite être combattue sans lésiner : comme attendu le niveau des taux d'intérêt américains à court terme baisse fortement dès 1982 pour s'adapter à une nouvelle donne, la chute de l'inflation mais aussi la longue et profonde récession du début des années 1980 aux États-Unis. Le fait que ces taux d'intérêt américains à court terme baissent rapidement et fortement dope la monnaie allemande, par vagues : elle est recherchée à court terme et la monnaie des USA à long terme, toutes les autres monnaies passant ensuite.
Un choc monétaire en deux phases, janvier 1980 et juin 1981 Sévère, la potion américaine est cependant administrée avec discernement, avec un assouplissement rapide dès que l'effet recherché a été atteint. La difficulté vient du fait que la longue récession du début des années 1980 aux États-Unis s'effectue en deux temps, avec au milieu une petite reprise au printemps 1981, qui fait remonter les Fed funds en . Il y a ainsi deux fortes baisses des Fed funds au cours des premiers semestres des années 1981 et 1982, la première stoppant au printemps 1981 et la seconde, beaucoup plus rapide et ample se poursuivant au début de 1983..
Juin 1981 : taux d'intérêt américains à 20 %, record historique En , pour réagir à la forte inflation générée par le second choc pétrolier découlant de la crise des otages américains en Iran et de l'invasion de l'Afghanistan par l'Union soviétique, le niveau des taux d'intérêt américains à court terme atteint à New York .. C'est le « Choc Volcker », du nom de Paul Volcker, président de la Banque centrale américain, qui n'hésite pas à casser temporairement la croissance américaine, afin de briser avec elle l'inflation, pour espérer revenir à une plus grande stabilité des prix.
À cette date, la divergence entre la politique économique américaine et celle menée en France par le tout nouveau gouvernement d'union de la gauche est : la première est très puissamment orientée contre l'inflation, sans avoir peur des dégâts pour la croissance, quand la seconde est entièrement tournée vers la relance budgétaire. Selon le conseiller industriel de gauche Alain Boublil, l'un des nombreux à souhaiter la sortie du franc SME, le contexte en France est la continuité après cinq dévaluations pendant le septennat Giscard, avec pour résultat des parités fixes entre mark et franc seulement depuis 1976, alors qu'est apparue et le choc Volcker, que la France a mal géréLe nouvel État stratège, par Alain Boublil, 2014, .. Dynamique du mark, rival du dollar plus qu'ancre du SME En 1981, pour François Mitterrand, le dollar, outil au service du nouveau président conservateur américain Ronald Reagan est et son ministre de l'Économie Jacques Delors craint « l'équivalent d'un choc pétrolier » de plus si le dollar s'apprécie trop, notamment en quand le taux d'intérêt à court terme américain atteint le record historique de 20 %. Mais pour le docteur en histoire contemporaine Olivier Feiertag, qui a analysé les archives du de la Banque de France, du début des années 1980, dans cette période est et il faut tenir compte de la dynamique du deutsche mark, , et le conseil général de la Banque de France s'inquiète lui surtout des , et de leur impact sur le mark, au moment de l'émergence des nouveaux pays industriels d'Asie du Sud-Est aux monnaies liées au dollar, dont la croissance créé des fluctuations nouvelles de l'offre.
Le contexte politique français est par ailleurs marqué par les réactions très négatives du gouvernement aux grèves qui commencent dans l'industrie automobile française à partir du printemps 1982, les ministres multipliant en les dénonciations d'une influence extérieure ou religieuse"L'usine PSA d'Aulnay sous influence islamiste ? Un argument qui remonte à 1983", article dans Libération par Frantz Durupt publié le 3 janvier 2017 , dans le sillage d'une une note interne à la direction du groupe automobile, , quelques jours après la fin d'une première grève, s'employant à analyser un supposé changement dans le comportement de la « forte minorité musulmane » au sein de ses ouvriers.
Belgique et Italie : le SME utilisé en vue de réformes Désaccords sur les projets de dévaluation en Belgique Les projets de dévaluation en Belgique apparaissent au moment du second choc pétrolier mais sont combattus par la Banque centrale, qui craint que ce médicament soit pire que le mal combattu. Au début des années 1980, la dette publique belge atteint près de 100% du PIBe et les taux d’intérêts moyens sur cette dette publique presque 13% car il fallait défendre la monnaie contre les scénarii de dévaluation, jugés crédibles par les spéculateurs. En raison de l’importance des intérêts, la dette croissait d’elle-même, créant un "effet boule de neige", titre d’une note du bureau fédéral du plan, transmise au gouvernement.
Lors du sommet européen du fut proposé un "assouplissement du mécanisme de l’indexation des salaires", prévoyant d'exclure l'essence et le tabac du calcul de l’indice d'indexation des salaires, avec pour objectif de diminuer la spéculation contre le franc belge. Cette idée recueille un accord des ministres socialistes, mais sans convaincre. Jeff Houthuys, leader du principal syndicat belge, la Confédération des syndicats chrétiens (AVC), très majoritairement flamande, soutient cette révision mais ce n'est pas le cas de Georges Debunne, dirigeant de la FGTB (socialiste). De leur côté, les partenaires du SME font savoir que le franc belge devra être dévalué si un projet plus marqué n'est pas décidé car ils ne pourront pas le soutenir. La banque d'Italie se sert du SME pour réformer l'économie L'adhésion de l'Italie au Système monétaire européen a eu lieu dès l'entrée en vigueur du SME en , encouragée par les autorités de la Banque d'Italie« Italie : rigueur sans récession ? », par Hélène Harasty, du département d'économétrie de l'OFCE, et Jacques Le Cacheux, Département des études de l'OFCE, dans Observations et diagnostiques économiques, , janvier 1994, ., qui y voyaient un argument en forme de soutien extérieur à la politique désinflationniste souhaitée, afin de remettre en cause le financement monétaire et inflationniste des dépenses publiques. En 1981, via un acte de « divorce », la Banque d'Italie met fin à la plupart de ses obligations de financement, afin de clarifier les relations entre la banque centrale et le Trésor public, mais cette réforme a en réalité engendré une accélération de la croissance de la dette, malgré le rôle de la lire dans la crise du système monétaire européen de 1982-1983.
L'essentiel de la dette publique nouvelle a en effet été absorbé italien, dont la part est passée de 5,9 % en 1979 à 22,4 % en 1989, le Trésor italien devant cependant en accroître et Il se fait avec des marges de fluctuations élargies à ± 6 % — , en souvenir de la sortie de la lire du serpent monétaire européen et de la crise monétaire européenne de l'année 1976. En France, des politiques budgétaires et monétaires contradictoires Relance keynésienne par la consommation de juillet 1981