Érasme Quellin le Jeune (ou Erasmus Quellinus II, Kwelien, Quellien, Quellincs, QuellinghGrove), né le à Anvers et mort le dans cette ville, est un peintre, graveur, dessinateur et concepteur de tapisseries flamand qui travaille dans divers genres, dont la peinture d'histoire, le portrait, les scènes de bataille et peintures animalières. Il est un élève de Pierre Paul Rubens et est l’un des plus proches collaborateurs de Rubens dans les années 1630. Après la mort de Rubens en 1640, il devient l’un des peintres les plus prolifiques et les plus prospères des Pays-Bas méridionaux du Matthias Depoorter, Erasmus Quellinus II sur: Barok in Vlaanderen.

Biographie

Quellin appartenait à une famille d'artistes. Il naquit à Anvers et fut baptisé dans l’église cathédrale le Catalogue du musée d'Anvers 240. Ses parents étaient le sculpteur Erasmus Quellinus l'Ancien et Elisabeth van Uden. La famille Quellinus était devenue l'une des principales familles artistiques d'Anvers, produisant des sculpteurs, des peintres et des graveurs qui développainent des carrières en Flandre et à l'étranger. Le père Erasmus Quellinus l'Ancien avait quitté Saint-Trond pour s'installer à Anvers. Les frères d'Erasmus Quellinus le Jeune étaient tous deux artistes: Artus (1609-1668) était l'un des principaux sculpteurs baroques en Flandre et Hubertus (1619-1687) un graveurErasmus Quellinus II au Rijksbureau voor Kunsthistorische Documentatie. vignette|left|Portrait d’un jeune garçon, une collaboration avec Jan Fyt (1630-1661), musée royal des beaux-arts, Anvers.

Avant de se tourner vers la peinture, il avait fait de nombreuses études préparatoires ; il poussa ses études littéraires assez avant, pour obtenir le grade de maître ès-arts. La philosophie faisant partie de l'enseignement des facultés des arts, il obtint le grade de maîtrise de philosophie, Magister Philosophiae ; de là le titre de « maistre dedans la philosophie, » qui se lit au-dessous de son portrait gravé, publié de son vivant, dans de De Bie.

Il aurait reçu une brève formation chez son père, le sculpteur Erasmus Quellinus l’AncienFrederiks & Van den Branden 632. Il avait sans doute appris l’art de plus d'un maître, puisque, d'après les archives de la guilde de Saint-Luc, il est admis en qualité de maître fils de maître à cette corporation en 1633-1634, la même année où il fut reçu comme apprenti à l’atelier du peintre Jan Baptist VerhaegheCatalogue du musée d’Anvers 241. Le peu de temps qu'Erasmus passa chez Verhaeghe, prouve qu'il s'était déjà adonné à l'art avant cette époque. Aussi Cornelis de Bie, dont il fut l'ami et dont il peignit le portrait, gravé depuis par Richard Collin, assure-t-il dans son , terminé en 1661 et publié l'année suivante, que Quellin s'était appliqué à la peinture depuis trente ans avant l'achèvement de son ouvrage, c'est-à-dire depuis 1631. Il ajoute que Erasmus alla se perfectionner auprès de Pietro Paolo RubensHoubraken 292. De Bie nous apprend aussi que Quellin ne vit jamais l'Italie.

Quellin épousa, en 1634, Catherina van Hemelaer, nièce de l'humaniste et chanoine Johannes Hemelarius de la cathédrale. Jan Erasmus fut le fruit de cette union. Il naquit la même année et fut baptisé dans la cathédrale, le .

En 1635, sous la direction de Rubens, il participa à la décoration des rues d'Anvers pour l'entrée solennelle du cardinal infantWorcester Art Museum 210. En 1636-1637, il décora le pavillon de la à Madrid, d'après les esquisses de Rubens, pour le compte du roi Philippe IV d'Espagne. En 1637, Rubens lui confia tous ses projets d'illustrations pour l'imprimerie plantinienne. Entre autres, il réalisa pour Marie de Médicis le frontispice des Diverses pièces pour la défence de la royne mère du roy très chrestien Louys XIII, volumineux recueil rédigé par son aumônier Mathieu de Morgues et dirigé contre la politique de RichelieuAlexis Merle du Bourg, Peter Paul Rubens et la France, Presses universitaires du Septentrion, 2004, p. 72-73. .

Imitant Rubens avec indépendance, et réussissant comme lui à la fois dans l'histoire et le portrait, c’est à celui-ci qu’il succéda, après sa mort en 1640, dans les fonctions de peintre et décorateur de la ville d'Anvers. Mais, il travailla également pour les municipalités de Gand en 1653 et d'Amsterdam en 1656, où il décore le plafond de la salle Moïse à l'hôtel de villeUniversité de Liège. En 1646, il travaille à Liège, en 1649 pour le compte de la famille de Thurn und Taxis.

En 1650, c’est comme un des principaux habitants de la paroisse de Saint-André, qu'il fut appelé aux fonctions de marguillier de l'église de ce nom pour laquelle il fit deux tableaux. Il occupait, dans la rue Happart, la maison marquée section 4, qui portera plus tard le numéro 619Michiels 62-63.

En 1653, Quellin fut reçu, comme amateur de la rhétorique, dans la chambre de rhétorique Catalogue du musée d’Anvers 241-242. Quellin, en tant que membre de cette société, vrai département littéraire et dramatique de la guilde de Saint-Luc, était aussi un poète en langue néerlandaise, comme en témoigne un élogeDe Bie 19 de De Bie inséré dans un ouvrage de ce dernier, intitulé . Cet éloge poétique est qualifié par Kramm d’inventif et d’un style coulantCatalogue du musée d’Anvers 242.

Après la mort de Catherina van Hemelaer, enterrée à la cathédrale d’Anvers, le Michiels 64, le maître résolut de convoler en secondes noces et obtint, le , du second bourgmestre () Gilles Mertens, la permission de passer au village de Perk la première nuit de sa nouvelle union avec la belle-sœur de David Teniers le Jeune, Francisca de Fren, sans encourir la privation de ses droits de bourgeois d'Anvers (). Le mois ne s’écoula point sans que l’artiste eût pris possession de sa nouvelle femmeMichiels 65.

Erasmus était lié d'amitié avec le savant Casperius Gevartius, greffier de la ville d'Anvers et un des hommes les plus chéris de Rubens. Toutes les fois qu'on célébrait dans la ville d'Anvers quelque remarquable événement politique, c'était Erasmus Quellinus qu'on chargeait soit de dessiner, soit de peindre les arcs de triomphe, décorations en plein air et autres témoignages vrais ou supposés de l'opinion publique. Il avait pour aide Casperius Gevartius, le neveu de Rubens, qui s'empressait de lui fabriquer des inscriptions, devises, chronogrammes et autres sornettes, en vers latins. Ce digne auxiliaire avait rempli les mêmes fonctions auprès de son oncleMichiels 87.

Parmi les occasions importantes où le neveu et le disciple de Rubens associèrent leurs efforts, l'entrée solennelle à Anvers du marquis de Castel Rodrigo, nommé gouverneur des Pays-Bas espagnols, les noces de Louis XIV et de Marie-Thérèse, et la mort du roi Philippe IV. En ces trois circonstances, Erasmus Quellinus exécuta de vastes compositions, où l'on voyait non seulement les portraits en pied des personnages, mais certains épisodes de leur vie retracés par le pinceau, une multitude de figures symboliques placées dans des niches, sur des pilastres, sur des frontons, et une quantité de devises. Toutes les trois ont été gravéesMichiels 87-88.

La seconde porte pour titre : . C’est en effet en 1660 qu’ils unirent leurs talents, pour célébrer la paix qui venait d'être conclue entre l'Espagne et la France, et dont la publication eut lieu le sur un théâtre érigé devant l’hôtel de ville d'Anvers. Les ornements de ce théâtre avaient été peints par Quellinus, et Gevartius l'avait enrichi d'ingénieuses inscriptions. Quellinus avait aussi exécuté à cette occasion deux grands tableaux, dont l'un avait pour sujet Mars et Bellone, chassés par la paix et l'Hymen, vers la ville de Candie, assiégée par les Turcs ; De Bie loue cette belle composition. La seconde toile représentait le lit nuptial de Louis XIV et de Marie-Thérèse ; elle fut conservée à l'hôtel de ville d'Anvers, jusqu'à la fin du . Les gravures de celle-ci, ainsi que de la précédente et du théâtre même, qu’en avaient fait Richard Collin, ont paru à l'imprimerie plantinienne de Balthasar Moretus le Jeune, en 1661.

Lorsque Don Francisco de Moura Cortereal, marquis de Castel Rodrigo, nommé gouverneur général des Pays-Bas catholiques, fit son entrée solennelle à Anvers, le , Gevartius se chargea des inscriptions placées en cette circonstance, et Quellinus de l'exécution des tableaux. L’un d'eux représentait le roi Philippe IV assis sur son trône, accompagné de son fils et héritier présomptif Charles, recevant les hommages du marquisat du Saint-Empire, entouré des seize autres provinces, comme si l’indépendance des Provinces-Unies n’avait pas été reconnu par le traité de Münster. Au milieu du second tableau, on remarquait le portrait en pied du marquis de Castel Rodrigo, que couronnaient Mercure, messager de paix, et Pallas, victorieuse. Ce portrait, encore conservé à l'hôtel de ville à la fin du , était surmonté des armoiries du gouverneur-général et des effigies en buste de son aïeul, don Christophe de Moura, et de son père, don Emmanuel. La partie inférieure de l'œuvre était étoffée d'une vue du palais royal de Corte-Real, et, à l'avant-plan, des figures du Danube, du Rhin de l'Escaut et du Doubs. Les planches de ces compositions furent gravées, partie au burin, partie à l'eau-forte, par Hubertus Quellinus, frère du peintre. Elles virent le jour, avec le texte de Gevartius, à l'imprimerie plantinienne de Balthasar Moretus le jeuneCatalogue du musée d’Anvers 243.

Le cénotaphe du roi d'Espagne et son tableau mortuaire furent le dernier travail qui occupa simultanément l'historiographe et le peintre. Gevartius mourut bientôt après, le , d'une blessure qu'il s'était faite à la jambe.

Selon certains auteurs, Erasmus Quellinus mourut le à l’abbaye de Tongerlo ; une assertion sans fondement.

Outre Jan-Erasmus, un autre de ses fils, Hubertus Quellinus devint un habile graveur et dessina sur le cuivre plusieurs de ses tableaux. Un troisième fils prit la robe brune et les sandales des capucins. Il paraît qu’il ne tenait pas en grande estime les travaux de l'imagination, car il dissuadait tous les jeunes gens de s'adonner à la peinture ; les nudités lui inspiraient une profonde horreur, et comme les peintres ne peuvent s'en abstenir, il lui semblait que leur profession même les vouait à l’enfer. Un dernier fils de Quellinus, resté célibataire, demeurait sur le bord de l'Escaut, près de la douane ; il vécut très vieux et se noya dans le fleuve par accidentMichiels 66-67.

Œuvre Remarques générales

Selon De Bie, dans son de 1662, les ouvrages d’Erasmus Quellinus sont partout honorés, partout recherchés, et il semble suggérer que ceux-ci ont été transportés non seulement dans les régions du nord, mais même jusque dans les Indes. II avait donc, parmi ses contemporains, tout le succès que peut ambitionner un homme de mériteDe Bie 260-261.

En tant qu'élève de Rubens, ses œuvres témoignent de l’influence de ce maître par leur ordonnance, le coloris, la vigueur, le dessin ferme et large, et par la bravoure de son pinceauImmerzeel 332-333Michiels 67. Il travailla pour les églises comme pour les amateurs, car il réussissait dans les petits ouvrages comme dans les grandes compositions.

Il collabora à des tableaux avec, entre autres, Jan Fyt, Jan Philip van Thielen et Daniel Seghers.

Les moines de l'abbaye de Saint-Michel d’Anvers, le tenaient en haute estime : il avait décoré leur réfectoire de pieuses scènes figurant des banquets, entre autres les noces de Cana, Jésus et Madeleine chez Simon le Pharisien, l'institution de l'Eucharistie et les pèlerins d'EmmaüsMichiels 65-66.

Gravures