Les Wallons sont les habitants de la Région wallonne (également appelée Wallonie) dont le territoire couvre les régions belges de langues française et allemande. La majorité des Wallons parlent le français. La langue wallonne est parfois pratiquée dans des activités littéraires, musicales. et théâtralesLempereur, Emile, and Institut Jules Destrée (Charleroi). Aspects du théâtre wallon contemporain. Institut J. Destrée, 1980..
Ethnonymie
Le terme Wallon vient de Walh, très vieux mot germanique utilisé par les Germains pour désigner les populations celtophones ou romanes.
Selon les régions, Walh s'est transformé, notamment par des emprunts à d'autres langues, et son sens a été réduit. C'est le cas de Wallon qui fut créé dans le roman avec d'autres termes apparentés mais les a très vite supplantés.
Sa plus ancienne trace écrite remonte à 1465 dans les Mémoires de Jean, sire de Haynin et de Louvignies, où Jean de Haynin désigne les populations romanes des Pays-Bas bourguignons.
La portée sémantique se réduira encore un peu plus sous le régime français, puis à l'époque du royaume uni des Pays-Bas et l'indépendance belge pour ne plus désigner que les Belges de langue romane.
Le clivage linguistique dans la politique belge et l'apparition du mouvement wallon ajouteront au mot Wallon, qui désigne à présent les habitants de la Wallonie - terre unilingue francophone - en opposition directe au mot Flamand (qui désigne à présent Flamands - terre unilingue néerlandophone).
Origines génétiques des Wallons
L’haplogroupe qui est le plus représenté en Belgique est l'Haplogroupe R1b, réparti de manière égale entre la sous-clade germanique R1b-U106 et la sous-clade italo-celtique R1b-P312. La moitié des Belges R1b-P312 appartiennent à la sous-clade U152 (S28) associé aux Celtes de La Tène, aux Gaulois et aux Romains, avec une fréquence plus élevée en Wallonie (16 %) et au Luxembourg (14 %) qu'en Flandre (10 %)<ref name = "DecorteR">Decorte R. et al., "'YHRD</ref>. La Wallonie a un pourcentage plus élevé de U106 véritablement germanique/nordique (67 %) que la Flandre (56 %), bien que la Flandre ait un pourcentage légèrement supérieur de U106 au total. Cela peut s’expliquer par le fait que l’ascendance germanique des Flamands est un mélange de Francs (du Danemark) et Saxons (du nord de l’Allemagne), tandis que le côté germanique des Wallons est uniquement d'origine franque. L'haplogroupe T1a est une lignée néolithique apparue dans le croissant fertile, qui s'est probablement étendue à la Grèce et à l'Italie au cours des âges du bronze et du fer, avant de venir dans le Benelux avec les Romains. Le T1a est considérablement plus élevé en Wallonie (6,4%) qu'ailleurs.
Diaspora wallonne
Au cours de l'histoire, des Wallons ont quitté leur pays pour des raisons économiques, politiques ou religieuses. Depuis le , les grandes villes le long de la Meuse, par exemple, Dinant, Huy et Liège, faisaient du commerce avec l'Allemagne, où les Wallengassen (quartiers wallons) étaient fondés dans certaines villes. À Cologne, les Wallons étaient la communauté étrangère la plus importante, comme en témoignent trois routes nommées Rue Wallonne dans la ville. Au , la colonisation médiévale allemande de Transylvanie (centre et nord-ouest de la Roumanie) comprend également de nombreux Wallons. Des noms de lieux tels que Wallendorf (village wallon) et des noms de famille tels que Valendorfean (paysan wallon) peuvent être trouvés parmi les citoyens roumains de Transylvanie.
Au , les guerres de Liège menées dans le cadre de la conquête bourguignonne ont entrainé la fuite d'une partie des habitants de Dinant vers Aix-la-Chapelle. Des communautés wallonnes durables et indépendantes ont été établies au en Angleterre, dans le Palatinat, à Francfort, dans les Provinces-Unies, à New-York et surtout en Suède. Les Wallons furent à l'origine de l'industrie métallurgique suédoise dès le et la langue wallonne resta parlée en certaines régions jusqu'au . Le choc de l’émigration wallonne en Suède s’est révélé durable, jusqu’à incarner le mythe d’un wallon, héros syndical, qui ne correspond pas à la réalité historique des ni à la réalité des années 1920 en Suède.
Vers 1920, à une époque où la présence wallonne tend à s’effacer, naît dans le journal du syndicat des métallurgistes suédois le mythe du travailleur wallon à la fois fort et doté d’une vive conscience de classe transposé dans le passé. Ce journal, Metallarbetaren, écrit ces lignes étonnantes : « Les Wallons sont plus forts que les Flamands (les habitants néerlandophone de la Belgique), plus maigres, plus nerveux, plus sains, et ils vivent plus longtemps. Leur habileté et leur professionnalisme sont supérieurs à ceux des Flamands. Ils dépassent les Français en ténacité et ardeur – qualités qui ont favorisé leur immigration en Suède. Mais leur impétuosité passionnée les fait ressembler au peuple français. » (). Au , une importante immigration a entraîné la création de communautés wallonnes aux États-Unis (en Pennsylvanie et au Wisconsin). À la même époque, un grand nombre de jeunes industriels wallons partent s'installer en Allemagne pour y développer l'industrie, notamment à Aix-la-Chapelle et Düsseldorf.
Statut juridique et institutionnel
À la suite de la fédéralisation de la Belgique, des entités fédérées ont été créées, à la fois des Communautés et des Régions. L'une d'elles s'appelle la Région wallonne et ses habitants sont appelés des Wallons.
Au , il y avait Wallons en Région wallonnesource : Institut national de statistique. La majorité d'entre eux sont des Belges francophones mais la population comprend également des Belges germanophones dans l'Est du pays, des Belges néerlandophones principalement dans les communes à facilités le long de la frontière linguistique ainsi que des ressortissants de différents pays européens et des immigrés de diverses origines, notamment une importante communauté italienne.
Construction identitaire
Selon une première interprétation, les Wallons sont un groupe ethnique distinctif en Belgique, David Levinson, , , 13 : et aussi selon les seuls critères anthropologiques historiques et politiques en EuropeDans : : Les wallons sont les descendants d'envahisseurs germaniques (Les Francs) qui culturellement ont été assimilés à un giron de langue latine et par la suite se mirent à parler un dialecte français.).. Cependant, d'autres critères communsSelon Taylor, "Tandis qu'en Allemagne, dans les pays slaves et dans l'Europe du Nord, les dérivés d'ethnos mettent l'accent sur le sentiment d'appartenance à une collectivité, en France le critère déterminant de l'ethnie est la communauté linguistique" Taylor (A-C), Ethnie, dans le « Dictionnaire de l'ethnologie et de l'anthropologie » de Pierre Bonte, et Michel Izard (avec Marion Abélès, Philippe Descola, etc.), 1991, page 242-244, tels que la langue, la religion, les traditions, le folklore les associent culturellement aux FrançaisDans : ), David Levinson, , , 13 : , bien qu'une culture wallonne existe.
Selon Philippe Destatte, les Wallons partagent une « identité construite »Philippe Destate, L'Identité wallonne, Institut Jules Destrée, coll. Notre Histoire, Charleroi, 1997, 20. basée sur les idées du Mouvement wallon.
Selon une seconde interprétation, les Wallons ne se distinguent des Flamands que par la langue, l'identité régionale vit en symbiose avec l'identité nationale belge. À la suite d'un sondage sur les sentiments d’appartenance des Belges, le professeur de sociologie Marc Jacquemain écrivait : Le cœur de l’identité wallonne est là : ce n’est pas une identité à prétention exclusive ou même hégémonique. C’est une identité qui vit en symbiose avec l’identité belge : massivement, en Wallonie on est Wallon et BelgeMarc Jacquemain, L’identité wallonne aujourd’hui dans L’État de la Wallonie. Portrait d'un pays et de ses habitants, Institut Jules Destrée, 2012, 520p., , .
L'identité wallonne, telle qu'elle est définie par le mouvement wallon, est une identité construite basée principalement sur la Wallonie et la langue française. Philippe Destatte écrit à propos de cette identité :
La Wallonie
Pour les membres du mouvement wallon, les Wallons se définissent avant tout par leur «identité territoriale» liée à la Wallonie : « La Wallonie définit comme Wallons tous ses habitants, quelle que soit leur origineProposition pour lancer un débat sur un projet de Constitution wallonne, Institut Jules Destrée, Namur, le . » Il n'y a d'identité wallonne que par la reconnaissance de l'existence de la Wallonie«[…] c'est seulement lorsque nous reconnaissons l'existence de la Wallonie que nous pouvons avoir une identité wallonne.» Jacques Lefevre, Quelques réflexions à propos de l'évolution de la conscience wallonne, Institut Jules Destrée, (page consultée le ) <http://www.wallonie-en-ligne.net/Wallonie-Futur-1_1987/WF1-61_Lefevre-J.htm. Reconnaissance de la Wallonie à la fois comme une « Terre romane » et comme un projet de société : « la Wallonie est une société à faire, c'est en la faisant que les Wallons prendront conscience de leur identitéMichel Molitor, Wallonie : autour d'un manifeste dans La Revue Nouvelle, janvier 1984, p. 17. ».
La langue française
Le mouvement wallon est attaché à la langue et la culture françaises. Il ne considère pas les dialectes belgo-romans, en particulier les dialectes wallons, comme déterminant de l'identité wallonne mais bien le français : « Ce n'est donc pas le dialecte [wallon] qui crée le trait d'union entre tous les Wallons, mais bien le françaisFélix Rousseau, Wallonie, Terre Romane, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1962, éd., p. 49. ». Les militants wallons considèrent les Wallons comme une « communauté de langue française »José Fontaine, La Conférence des peuples de langue française, (page consultée le ) <http://www.vigile.net/archives/ds-chroniques/docs5/jf-149.html> autour de concepts de Francité ou de Romanité :
Certains militants wallons, comme Jean-Maurice Rosier, pensent pourtant qu'il est impossible de fonder l'identité wallonne sur la langueJean-Maurice Rosier, Sur la culture wallonne, in Cahiers Marxistes, n°187, novembre 1992, pp. 229-232..
Identité citoyenne
Pour le mouvement wallon, s'inscrivant dans la tradition intellectuelle de la Révolution française, l'identité wallonne est une identité citoyenne, basée sur des valeurs républicaines et sociales, que les militants wallons opposent à une identité ethnique, particulièrement celle proposée par le Mouvement flamand.
Philippe Destatte avait insisté en 1994, lors d'un colloque tenu à Namur et consacré à la pensée de Jean-Marc Ferry, sur la nature de cette identité : « Voilà un certain nombre de valeurs : l’attachement à la démocratie, l’universalité, etc., pour construire une identité. Celle-ci ne sera pas idéaliste, mais concrète parce qu’elle détermine un certain nombre de valeurs positives. Cette identité, nous allons essayer de la cultiver tout en sachant bien qu’elle est artificielle mais nécessairePhilippe Destatte, Ce nationalisme wallon in Nationalisme et postnationalisme, Actes du Colloque qui s’est tenu à Namur le 30 avril 1994. Presses universitaires de Namur, Namur, 1995.... ».
La politologue Anny Dauw considère que le mouvement wallon, quand il parle de l'identité wallonne, s'inscrit dans la tradition intellectuelle française :