L’antichristianisme (parfois désigné sous le terme de christianophobie) désigne la critique, l'opposition, la méfiance, l'hostilité, la discrimination, la répression ou la persécution du christianisme.
Manifestations de l'antichristianisme Empire romain
D'un point de vue historique, on ne peut parler de persécution religieuse — au sens contemporain — à propos des chrétiens durant les deux premiers siècles de l'Empire, d'autant que l'époque de la séparation du judaïsme et du christianisme est mal définie. L'interdiction légale de la religion chrétienne chez les Romains date de la fin du Marie-Françoise Baslez, Les Persécutions dans l'Antiquité. Victimes, héros, martyrs, Paris, Fayard, 2007, . mais elle est toléréeMarie-Françoise Baslez, Les Persécutions dans l'Antiquité. Victimes, héros, martyrs, Paris, Fayard, 2007, . : les chrétiens ne sont pas poursuivis de manière systématiqueAinsi, c'est parce que Pline ne sait que faire qu'il s'adresse à l'empereur ; cf. Daniel Boyarin, Dying for God : Martyrdom and the Making of. Christianity and Judaism, éd. Stanford University Press, 1999, , 155. et lorsqu'ils le sont, c'est généralement pour des crimes de droit communvoir Adalberto Giovannini, « L'interdit contre les chrétiens : raison d'État ou mesure de police ? », Cahiers du Centre Gustave Glotz, 7, 1996, , cité par Marie-Françoise Baslez, op. cit., 2007, .. Les chrétiens persécutés se réunissant en secret pour prier ainsi que célébrer l'Eucharistie dans les catacombes est un mythe développé par les Romantiques (François-René de Chateaubriand dans Les Martyrs)Marie-Françoise Baslez, « Vivre en clandestinité », La Fabrique de l'histoire sur France Culture, émission du 27 septembre 2012..
Néanmoins, il existe des persécutions locales organisées contre les chrétiens dès le début du . L'attitude de l'autorité romaine relève plutôt du « politique » et non du « doctrinal » : on réprime le refus public d'adhérer à la cité et à son culte car ce « scandale » entraîne des troubles locauxFrançois Jacques et John Scheid, Rome et l'intégration de l'empire, I, .
Cette perception change lorsque les Romains prennent conscience des critiques des chrétiens à l'égard des traditions romaines (jeux du cirque, culte de l'empereur, hiérarchie entre les individus). À l'instar de religions orientales, ils critiquaient la société romaine et considéraient comme un devoir de la changer par la conversion. Mais l'essentiel de l'hostilité populaire tenait au fait que l'on reprochait aux chrétiens l’amixia, le refus de se mêler à la vie publique en se tenant à l'écart de la vie municipale, étroitement liée alors à la dimension religieuseSylvie Honigman, Les Conditions de diffusion du christianisme dans l'Empire romain, université de Caen, conférence pour l'APHG Basse-Normandie, juillet 1996, résumé en ligne. Par exemple, la persécution de Dèce (vers 250) s'inscrit dans un contexte de crise générale de l'Empire romain : le refus des chrétiens de participer au sacrifice général aux dieux « pour le salut et la conservation » de l'empereur, exigé de tous les citoyens, est perçu comme une déloyauté politique.
En Allemagne IIIe Reich
Le régime nazi avait prévu d'éradiquer les religions et d'imposer un culte néopaganiste sous la direction des SS. La répression nazie visait les ecclésiastiques, dont de très nombreux ont été jetés en prison ou en camp de concentration dès 1937...
Hitler avait également programmé la suppression totale des Églises chrétiennes, tant catholiques que protestantes. Hitler avait qualifié le christianisme de , et de promettre, en : . Et Pierre Milza d'écrire : .Le catholicisme étant désigné [par Hitler] comme , et le bolchevisme comme , le Fuhrer entendait, dans son immense sollicitude, planifier la destruction pure et simple des différentes Églises. . Le propos était clair. Que le clergé catholique (Hitler parle de l’Église, pas des religions) ne se fasse pas d'illusions, et que Pie XII se le tienne pour dit : le catholicisme, pour peu que l'Axe sorte victorieux de la guerre, est appelé à disparaître, et avec lui le mythe d'une évangélisation des territoires conquis par le Reich. ()...
Le SS Martin Bormann, antichrétien fanatique, a fait exécuter de très nombreux chrétiens : . Il a ordonné l'assassinat de polonais (certains ont été égorgés) et a déclaré à de nombreuses reprises que les membres du clergé seraient les suivants dans le programme d'extermination SS. Pierre Milza, citant indique que, de la prise de pouvoir d'Hitler à la fin de la guerre, .
En Espagne Guerre civile espagnole vignette|Les Sœurs Fradera et Ferragutcasas (María del Carmen, María Rosa et María Magdalena) (Riudarenes, 1895 à 1902 - Lloret de Mar, 27 septembre 1936) sont trois sœurs de la Congrégation du Cœur de Marie Missionnaire décédées lors de la persécution anticléricale au début de la guerre civile espagnole.
En zone républicaine, les massacres des opposants commencent dès le début de la rébellion. Les prêtres et les religieuses sont parmi les autres principales victimes de ces massacres, notamment en Catalogne. Selon les études consacrées à la fureur qui a saisi l'Espagne en 1936., plus de dont 13 évêques, , et 283 religieuses sont assassinés durant cette période.. Soit 88 % du clergé dans le seul diocèse de Barbastro (Aragon)., dont l'évêque, Asensio Barroso, émasculé vivant avant d'être assassiné le .
Neuf diocèses perdirent ainsi plus de la moitié de leur clergé, la seule appartenance à ce dernier étant justiciable d'une exécution sommaire. Ceux qui ont pu y échapper se trouvaient en zone nationaliste ou avaient pu fuir, se cacher ou bénéficier de protections. À ces tueries s'ajoutèrent les incendies d'églises et de couvents, les profanations d'autels et de sépultures..
Années 2020 Le dans la ville andalouse d'Algésiras, un attentat visant des fidèles, édifices (chapelle de San Isidro ainsi que de l'église Nuestra Señora de La Palma) et objets du catholicisme a lieu. Un bilan provisoire fait état d'un mort — un sacristain — et quatre personnes blessées dont un prêtre grièvement.
En France Révolution française
À partir de l’automne 1793, une vague de déchristianisation s’abat sur la France, menée par les révolutionnaires les plus radicaux, notamment les hébertistes et certains représentants en mission, qui assimilent le clergé (surtout les prêtres réfractaires mais aussi les prêtres constitutionnels ou jureurs qui avaient prêté serment à la Constitution civile du clergé) à la contre-révolution et à l'Ancien RégimeChristine Dousset, Entre tolérance et violence : la Révolution française et la question religieuse Religions, pouvoir et violence, edited by Patrick Cabanel and Michel Bertrand, Presses universitaires du Midi, 2004, lire en ligne, consulté le 26 mai 2025.
Cette politique vise à éradiquer les références chrétiennes dans la société française, par des mesures telles que : la suppression du calendrier grégorien et l'adoption du calendrier républicain, éliminant les dimanches et les fêtes chrétiennes ; la fermeture et la transformation d'églises en « temples de la Raison » ou lieux de fêtes civiques ; les persécutions, arrestations, déportations et exécutions de prêtres réfractaires, ainsi que la déprêtrisation forcée de certains membres du clergé constitutionnel ; le changement de noms de lieux et de personnes pour supprimer les références chrétiennes ; le retrait de l'état civil et de l'éducation des mains du clergé.
Les actes iconoclastes, tels que la destruction de statues, la profanation de lieux saints et la fonte des cloches et objets liturgiques sont fréquents. Ils sont motivés à la fois par l’anticléricalisme et par des raisons économiques en temps de guerre.
Certains philosophes, principalement issus de courants catholiques ou contre-révolutionnaires comme Louis de BonaldGérard Gengembre, Louis de Bonald et la France révolutionnaire. In : Romantisme, 1976, n°12. Hector Berlioz. pp. 77-84, [https://doi.org/10.3406/roman.1976.5043 lire en ligne, consulté le 26 mai 2025, Joseph de Maistre..., considéraient que la Révolution était inspirée par l’antichristianisme. Les historiens contemporains soulignent la diversité des positions révolutionnaires et la complexité des rapports entre religion et politique à cette époque.
Les hébertistes étaient quant à eux généralement animés par un sentiment antichrétien.
IIIe République
Époque contemporaine En France plusieurs attentats ont été perpétrés contre des chrétiens ces dernières années. Des églises en France sont régulièrement vandalisées et parfois brûlées. Des religieuses ont été agressées. Des pèlerins lors d'une procession catholique ont également été attaqués et agressés à Paris.
Dans une conférence organisée par l'hebdomadaire La Vie, en , l'écrivain Marc Leboucher affirme que si les chrétiens de 2006 « ne sont pas jetés dans la fosse aux lions », ils subissent au moins « une agression intellectuelle forte ».
Le philosophe Michel Onfray écrit dans son Traité d'athéologie (2005) :
Le journal en ligne Atlantico énumère 104 profanations d'églises durant les quatre premiers mois de l’année 2015. En 2014, 206 cimetières et 467 lieux de culte chrétiens avaient été profanés, soit 83 % des profanations perpétrées sur le territoire national104 églises profanées sur les 4 premiers mois de l’année : plongée dans la France des actes antichrétiens, atlantico.fr, 18 mai 2015..
Le le père Jacques Hamel est assassiné, un autre prêtre est blessé et trois paroissiens sont pris en otage en pleine messe lors de l'attentat de l'église de Saint-Étienne-du-Rouvray perpétrés par deux islamistes.
En 2017 et en 2018, il y a eu plus d'actes antichrétiens en France (1038 actes antichrétiens en 2017 et 1063 actes antichrétiens en 2018) que d'actes antijuifs et antimusulmansGouvernement.fr, Bilan des actes racistes, antisémites, antimusulmans et antichrétiens (consulté le 19 juillet 2020)..
En 2019, pour la troisième année consécutive la religion chrétienne a été la plus attaquée en France : il y a eu ainsi 1052 actes antichrétiens, contre 687 actes antijuifs et 154 actes antimusulmansViepublique.fr, les chiffres de 2019 pour les actes racistes et antireligieux (consulté le 19 juillet 2020).. Toujours en 2019 l'hebdomadaire Le Point s'interroge sur la christianophobie en France et publie un sondage dans lequel 86% des votants reconnaissent une vague actuelle de christianophobie en FranceLe point.fr, sondage sur une actuelle vague de christianophobie en France (consulté le 19 juillet 2020)..
Le une enquête judiciaire pour incendie volontaire est ouverte par le procureur de Nantes à la suite d'un incendie dans la cathédrale de cette ville le matin même par Emmanuel Abayisenga, ressortissant rwandaisFrance bleu, justice, la cathédrale de Nantes en feu.. Les dégâts s'élèvent à 24 millions d'euros. Cette même personne assassine ensuite un prêtre, le Ouest-France 2022 .
Le un attentat dans la basilique Notre-Dame de Nice fait 3 morts, Nadine Devillers, Vincent Loques et Simone Barreto Sylva.
Le une procession catholique, en mémoire d'ecclésiastiques tués en 1871 à la suite d'un décret de la Commune, est attaquée par des militants de l'extrême gauche françaiseHuffington post, Paris procession catholique violemment prise à partie.. La procession était partie de la rue de la Roquette vers Ménilmontant.
Dans son rapport du , le Centre européen pour le droit et la justice relève un , près de actes dont le tiers en France. La conclusion du rapport affirme un ..
En Palestine Antiquité
En Israël