thumb|upright=1.5|Michael Lukas Leopold Willmann, Paysage du rêve de Jacob, vers 1691.
Le rêve est, au sein de la psychologie analytique, comme de manière générale en psychanalyse, « la voie royale » menant à la compréhension des contenus inconscientsEntrée « Rêve (interprétation du -) » par Roger Perron, p. 1472, tome II.. Cependant, pour le psychiatre suisse Carl Gustav Jung, son interprétation et sa fonction dans la psyché diffèrent de la perspective freudienne. Jung explique en effet que L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p 49.. En ce sens, le rêve participe du développement de la personnalité, en même temps qu'il lie le sujet au vaste réservoir imaginaire qu'est l'inconscient collectif. Selon l'analyste Thomas B. Kirsch, p. 1472..
La contribution de Jung puis de ses continuateurs, comme Marie Louise von Franz (pour qui le rêve est « Marie-Louise von Franz » : interview de Rolande Biès, 1978, reproduite sur le site cgjung.net. Consulté le novembre 2009.) ou James Hillman, à la science des rêves est notable. Carl Gustav Jung a en effet proposé une double lecture, sur le plan de l'objet et du sujet, tout en représentant le rêve comme un processus dramatique comportant des phases qui permettent d'en éclairer le sens, toujours individuel mais également réductible à des enjeux culturels et universels. Sa méthode d'interprétation, l'« amplification », autorise ainsi à comparer les messages oniriques aux mythes et aux productions culturelles de toutes les époques. Marie Louise von Franz a, elle, étudié les symboles oniriques dans les rêves, alors que James Hillman s'est davantage intéressé à ce que représente cet autre monde pour le rêveur.
Théâtre nocturne des symboles, le rêve est pour Jung une production naturelle de l'inconscient, in L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p. 64., ainsi que le lieu de transformation de la personnalité et la voie vers un devenir que Jung nomme l'« individuation ». Le rêve est par conséquent au cœur de la psychothérapie jungienne qui vise, par son étude et par la méthode de l'amplification, à rapporter chacun des motifs oniriques à l'imaginaire humain, et ainsi à en développer le sens pour le rêveur.
Le rêve dans la psychologie analytique Le rêve est, au sein de la psychologie analytique, un processus naturel émanant de l'inconscient. Il cumule ainsi plusieurs fonctions que Jung étudie principalement dans deux ouvrages majeurs : L'Homme à la découverte de son âmepp. 193 à 337, le livre III : « Les rêves » constitue une introduction synthétique à la pensée de Jung sur le processus onirique. et Sur l'interprétation des rêvesCet ouvrage rassemble les notes de séminaire de Jung de 1936 à 1941 concernant l'analyse des rêves. . Selon Jacques Montanger le rêve est pour Jung . : une fonction compensatoire et une fonction prospective, en plus d'être un régulateur physiologique.
Fonction d'utilité physiologique En psychiatrie, Jung considère dès ses premiers écrits sur les rêves l'utilité biologique et physiologique du rêve. Il parle ainsi des p. 15. dans le processus onirique. Certains rêves permettent même au corps d'exprimer des états fiévreux ou maladifs et d'annoncer des troubles biologiques à venir. Les contenus des rêves peuvent en effet être la manifestation de causes somatiques, et cet état de fait est, souligne Jung, connu depuis longtemps par la médecine traditionnelle, shamanique et, plus récemment, par la psychologie expérimentale. Certains événements physiques et environnementaux comme le bruit, la chaleur ou le froid peuvent se matérialiser dans les rêvesp. 17.. Enfin certains rêves possèdent un contenu traumatique et obsédant, constituant p. 35. .
Fonction de compensation et d'équilibre psychique Selon Jung, la principale fonction du rêve est de contribuer à l'équilibre psychique, de la même façon qu'il participe à l'équilibre biologique. Se souvenant du rôle de la compensation invoquée par Alfred Adlerp. 113., il constate que tout ce que nous vivons dans la journée n’accède pas à la conscience. Certains phénomènes restent en effet subliminaux. Dans le rêve l’aspect caché, inconscient d’un concept, peut être mis en imagesEssai d’exploration de l’inconscient, Robert Laffont, 1964, p. 43.. La psyché de l’homme est constituée de parties conscientes et d’autres inconscientes, ces dernières s'expriment pendant les rêves qui permettent ainsi, en les reliant, de sauvegarder l'équilibre psychique. Pour restaurer la stabilité mentale, et même physiologique (Jung parle en effet de la des rêvesp. 115, citant L'Homme à la découverte de son âme, p. 237.) il faut que la conscience et l’inconscient soient intégralement reliés, afin d’évoluer parallèlementEssai d’exploration de l’inconscient, Robert Laffont, 1964, p. 52.. Cette fonction de compensation se retrouve dans toute sa théorie, p. 1473..
Dans Sur l'interprétation des rêves Jung distingue ainsi quatre significations au processus onirique concernant sa fonction d'équilibrage psychiquepp. 16-17.. Tout d'abord il représente la réaction inconsciente à une situation consciente et il réagit donc soit en restituant le contenu diurne soit en le compensant. Deuxièmement, le rêve révèle une situation issue du conflit entre la conscience et l'inconscient. Par la compensation, le rêve représente cette tendance de l'inconscient à vouloir transformer l'attitude conscientePar exemple : , in L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p. 50.. Enfin, les processus inconscients inhérents au rêve n'ont aucun rapport de nature avec la situation conscientep. 16 : Jung explique que cette différence de nature des processus oniriques vis-à-vis de ceux du conscients conduit à l'étonnement du sujet face à ces productions. Les primitifs nommaient ces rêves étonnants les grands rêves alors que les oracles latins les regardaient comme somnia a deo missa (« des rêves envoyés par les dieux » en latin).. La conception de l'inconscient de Jung fait qu'il considère les rêves comme des « messagers indispensables qui transmettent les informations de la partie instinctive à la partie rationnelle de l'esprit humain »L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p. 52.. Pour représenter cette partie instinctive non rationnelle, Jung prend en compte le rapport de l'inconscient personnel avec les fondements collectifs de l'imaginaire humain. Pour lui, cet inconscient collectif est producteur de sens et compense l'attitude du Moi, afin de maintenir ou rétablir un équilibre psychique ; en effet le p. 254.. Le rêve est donc pour Jung une expression de la situation psychique globale qui est autant la figuration de l'état momentané de la conscience que celle de la dimension collective de l'inconscientEntrée « Rêve », p. 79., ce faisant il est un régulateur énergétique qui compense la vie diurne.
Fonction prospective Le rêve possède une fonction prospective, permettant de trouver une issue à un conflit immédiatEntrée « Rêve », p. 80., capacité qui tient plus d'une aptitude à entrevoir une finalité. Jung parle parfois, afin de diminuer la polysémie du terme, de « fonction intuitive » des rêvesp. 116.. Cette fonction prospective ne s'identifie en effet pas à un rêve prémonitoire mais elle enseigne en réalité au rêveur un chemin à suivre. L'inconscient possédant un savoir absolu lui permettant d'anticiper le futur, Jung voit dans cette fonction onirique la clé expliquant certaines facultés « psy », p. 21. comme la télépathie. Néanmoins, Jung ne retient véritablement que les rêves prévoyant les futures transformations de la personnalité du rêveur et explique qu'p. 116, citant L'Homme à la découverte de son âme, p. 242.. Ces rêves prennent par conséquent place au sein de l'individuation, concept central chez Jung. Celui-ci considère que la fonction prospective a deux sens : elle est à la fois intégrative et synthétique (ou « réductive »).
Au sein de cette fonction prospective, Jung y inclut une catégorie de rêves : ceux où il arrive que certains événements psychiques pénètrent la sphère inconsciente. C'est le cas de rêves annonçant la mort d'un proche. Jung remarque que ces cas sont proches d'un « instinct de situation »p. 27.. Dans ses derniers travaux, le psychiatre suisse voit dans cette catégorie de rêves des exemples de synchronicité, c'est-à-dire de relations acausales entre un événement réel d'une part et un état psychique et émotionnel d'autre part. Enfin, à l'inverse, le rêve peut évoquer des événements passés, connus par le sujet ou inconnus par lui. Jung les rapproche du phénomène de cryptomnésie.
L'interprétation des rêves thumb|right|upright=1.0|Les chants d'Ossian, par Jean Auguste Dominique Ingres, 1811 ou 1813.
Reprenant l'apport de la psychanalyse de Freud et de son ouvrage fondateur, L'Interprétation des rêves (Traumdeutung en allemand), Jung considère que le rêve se décrypteL'interprétation du rêve selon Freud « s'attache à donner sens aux éléments constitutifs du texte manifeste (à restituer leur sens latent), en utilisant les associations du rêveur », in entrée « Rêve », par Roger Perron, p. 1469, tome II.. Le contenu latent et le contenu manifeste, concepts freudiens, ne lui permettent néanmoins pas de dégager un sens en rapport avec l'équilibre du sujet« La distinction entre les significations manifeste et latente du rêve n'a jamais été établie par Jung », p. 1473.. Jung a donc développé diverses notions ainsi qu'une pratique spécifiques à sa théorie qui repose sur son approche particulière du symbole.
Rêve et symbole : le langage onirique Pour Jung, le rêve est le , entendu que le « symbole », à distinguer du « signe » est une image permettant d'allier des contenus contradictoires, l'un conscient et l'autre inconscient. Chez Jung, explique Thomas B. Kirsch. Les motifs monstrueux restent à ce titre significatifs : p. 84.. Par ailleurs, les symboles sont des produits naturels et spontanés de l'inconscientL'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964, p. 55. qui obéissent au principe d'économie psychique. Ainsi, le symbolisme du rêve obéit à la loi de la plus petite force nécessaire, en réunissant dans un même objet plusieurs indices importants et qu'Yves Delage avait déjà noté dans son ouvrage Le Rêve (1921) remarque Jungp. 291..
Cependant, un même symbole n’a pas forcément le même sens d'un rêve à l'autre. C'est pourquoi Jung s'est toujours opposé à la possibilité d'interpréter les rêves au moyen de manuels, in L'Homme et ses symboles, Robert Laffont, 1964 p 53.. Des motifs récurrents (comme la chute, le fait de voler ou les poursuites etc.) demandent des interprétations individuelles, parce que leur sens dépend du contexte et de la vie du rêveurEssai d’exploration de l’inconscient, Robert Laffont, 1964, p. 53.. Les « enseignements du rêve » sont en effet toujours personnels dans la théorie jungienne. Ainsi, l'explication du rêve est complète quand on réussit à indiquer « la distance où se trouve le rêveur par rapport à la réalisation des exigences de l'inconscient collectif »p. 298.. Connaître l'inconscient collectif et son emprise sur le sujet est la phase capitale de la psychothérapie jungienne. En effet, au cours du traitement, arrive toujours un moment où les imaginations des patients changent de caractère et où l'interprétation ne peut plus se faire (uniquement) sur la base d'éléments personnels refoulés. Il faut alors comparer ces matériaux particuliers sous l'angle collectif afin d'amplifier l'interprétation. Ce p. 111. caractérise l'approche jungienne.
L'amplification