La mètis ou mêtis (en grec ancien , littéralement ) est une stratégie de rapport aux autres et à la nature reposant sur la .
La mètis n'est pas désignée par un autre terme courant dans la langue française mais par cette expression. Elle a alors valeur de concept d'analyse. Elle permet, dans la traduction et l'analyse littéraire, de reproduire le sens de certaines scènes, où règnent le conseil et la ruse, et permet aussi de décrire la complexité du héros. La richesse de ce concept fait qu'il est utilisé dans d'autres activités, telles que l'anthropologie (exemple : les travaux de Paul Radin), la psychologie (exemple : le concept d'Enfant intérieur chez Carl Gustav Jung), les stratégies économiques et financières, ou encore la stratégie militaire.
Définition générale Elle consiste à « se mettre dans la peau de l'autre », à adopter un instant sa vision du monde pour imaginer ce qu'il ne va pas voir, ce qui va lui échapper. Une condition nécessaire au déploiement de la mètis est le plus souvent la nécessité de « sauver sa peau » : C'est ainsi que « faire le mort » devient la ruse mètis par excellence.
Origine du concept
Dans la mythologie grecque archaïque, Métis est une Océanide, fille d'Océan et de Téthys, qui est la personnification de la sagesse et de l'intelligence rusée. Mètis est la première femme de Zeus. Après sa lutte contre les titans, ensemble ils ont Athéna.
Julian Jaynes identifie la naissance de la mètis dans le texte de l’Odyssée et son absence dans celui de l’Iliade. Par exemple Ulysse « invente » la mètis ou a recours à la mètis pour gagner la guerre contre les Troyens (Cheval de Troie), pour échapper au Cyclope Ulysse est célèbre pour sa mètis, qui rend son conseil très apprécié lors de la guerre de Troie.
La mètis des Grecs en question Marcel Detienne et Jean-Pierre Vernant (1974) décrivent en résumé la Mètis des Grecs, comme une espèce d’habileté et de prudence avisée, fondée sur « la délibération en vue d’un bien ». L'ouvrage de Vernant et Detienne est cité en référence pour la définition suivante : .
Selon le sinologue François Jullien ," Un sage est sans idée ou L’Autre de la philosophie ", Seuil, (1998) :
Cette citation nous incite à penser que la sagesse a été reléguée, par Platon et ses successeurs, dans le camp de la Mètis. Mais François Jullien nous dit que le choix de la Vérité en Grèce ne s’est pas seulement imposé pour des raisons philosophiques, mais plutôt pour () sur des plans bien différents, allant de la structure de la justice à la conception du discours dans la cité, fondé sur le face-à-face, l’affrontement et la compétition dans l’agora.
Le concept dans les œuvres Dans la deuxième moitié des années 1950, l'anthropologue Paul Radin met à jour la figure du Fripon, incarnation de la mètis, présente dans toutes les cultures selon l'auteur. Cette figure a nourri de nombreux récits. Parmi les plus populaires, on retrouve :
Reynart dans Le Roman de Renart (), personnage principal de ces récits, goupil espiègle et rusé, maître de l'art de la belle parole ; Till l'espiègle, un personnage de saltimbanque malicieux et farceur de la littérature populaire du Nord-Ouest de la Belgique, apparu vers 1510 ;
(« renard » en espagnol).
(dans une orthographe francisée) apparaît aussi dans le roman Le Passager de Jean-Christophe Grangé, en 2011. Présentée comme la déesse de la sagesse () Mètis a été la première femme de Zeus.
Références bibliographiques Paul Radin, , 1956 Marcel Detienne, Jean-Pierre Vernant, Les Ruses de l’intelligence, la Mètis des grecs, coll. « Champs », Flammarion, 1974 Meulder, M., « Ruse et violence au livre VIII de la République de Platon », in Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. 7, n°1-2, 1992. p. 231-258. Pietro Pucci, « Les figures de la Métis dans l’Odyssée », Mètis. Anthropologie des mondes grecs anciens, vol. 1, -1, , 1986. Dominique Cotte, « Leurres, ruses et désorientation dans les écrits de réseau. La métis à l'écran », Communication et langages, vol., , , 2004. Françoise Frontisi-Ducroux, Dédale Mythologie de l'artisan en Grèce ancienne, La Découverte, 2000 Didier Schwint, Le savoir artisan, l'efficacité de la mètis, coll. Logiques sociales, L’Harmattan, 2002 Mohamed Nabil El Mabrouki, L'intelligence économique et stratégique en pratique, la mètis de l'entreprise ?, Éditions universitaires européennes, 2011 Vessela Guenova, La ruse dans le Roman de Renart et dans les œuvres de François Rabelais, Paradigme, Orléans, 2003 Jean-Vincent Holeindre, La ruse et la force. Une autre histoire de la stratégie, Perrin, 2017 François Jullien, Un sage est sans idée ou L’Autre de la philosophie, Seuil, 1998 Serge Latouche, Pierre-Joseph Laurent, Olivier Servais & Michael Singleton, Les raisons de la ruse. Une perspective anthropologique et psychanalytique, Éditions La Découverte, coll. « Recherches/MAUSS », Paris, 2004 Georges Vignaux, Les jeux des ruses. Petit traité d’intelligence pratique, Éditions Seuil, coll. « Le temps de penser », 2001
Les recherches menées par Detienne et Vernant dans Les Ruses de l'intelligence ont en partie fait l'objet de publications antérieures en revue, dont : Marcel Detienne, « Le navire d'Athéna », Revue de l'histoire des religions, vol. 178, -2, , 1970. Jean-Pierre Vernant, « Mètis et les mythes de souveraineté », Revue de l'histoire des religions, vol. 180, -1, , 1971.
Références
Voir aussi Articles connexes Kairos Ruse éducative Liste des ruses les plus connues dans l'histoire ou la mythologie Diversion
Catégorie:Concept philosophique grec Catégorie:Concept philosophique lié au temps Catégorie:Expression grecque