Le Centre Expert Plongée Humaine et Intervention Sous la MER (CEPHISMER) est un organe de la Marine nationale française dépendant de la force d'action navale.. Il est chargé de la réglementationRéglementation., de l'étude et du contrôle de la pratique de la plongée sous-marine pour les armées.
Le CEPHISMER fonctionne par pôles appuyés par une section « soutien ». Deux pôles sont chargés de la plongée humaine : le pôle « maîtrise des risques en plongée » assure les fonctions de réglementation et de contrôle, et le pôle « innovation / préparation de l’avenir » s’occupe de la prospection (matérielle et doctrinale) et des essais d’équipements. Le troisième pôle est le groupe d’intervention sous la mer (GISMER) qui remplace la section intervention engin (SIE). Il assure les missions sous la mer au-delà du domaine de la plongée humaine. Le GISMER exploite aujourd’hui deux ROV (), Ulisse et Diomède, pouvant atteindre respectivement et de profondeur. Il est prévu, à l’horizon 2030, d'ajouter deux AUV () , deux AUV ainsi que de deux ROV et deux ROV . De plus, un réseau d'experts de chaque armée est inséré de manière permanente au CEPHISMER : Armée de Terre, Gendarmerie nationale, Service de Santé des Armées (SSA).
Devise de l’unité : il n’y a pas de devise officielle. Néanmoins, la phrase suivante, attribuée au commandant Phillipe Tailliez (1905-2002), premier commandant du GRS (1945-1949), est souvent reprise par les membres de l’unité : « L’enthousiasme est la seule vertu».
Histoire vignette|Philippe Tailliez, fondateur du GRS en 1945
À l'origine Dès 1943, Philippe Tailliez, Frédéric Dumas et Jacques-Yves Cousteau avaient tourné le film Épaves, en utilisant le tout nouveau scaphandre autonome Cousteau-Gagnan. Deux ans plus tard, à la demande de Philippe Tailliez, Jacques-Yves Cousteau présenta le film à l'amiral André Lemonnier à ParisCapitaine de frégate Philippe Tailliez, Plongées sans câble, Arthaud, Paris, janvier 1954, Dépôt légal 1954 - Édition , Impression , Le film Épaves (1943), dans le compte Vimeo de l'héritage du capitaine de vaisseau Philippe Taillez. Épaves montre deux des premiers prototypes de scaphandre Cousteau-Gagnan, fabriqués tous les deux dans les usines de l'Air liquide.. Cette démonstration des possibilités d'intervention du scaphandre autonome suffit à convaincre l'amiral, alors chef d'état-major général de la Marine, de créer un groupe spécialisé, chargé de la plongée.
Création Le « Groupe de recherches sous-marines » (GRS)Historique du CEPHISMER sur le site officiel de feu le capitaine de frégate Philippe Tailliez. est créé en 1945. Il est alors logé dans un abri bétonné, possède des compresseurs Junker et une vedette de , la .
Après plusieurs changement de dénomination, il est devenu, en 2023, le CEPHISMER.
Premiers acteurs Les premiers acteurs sont : le capitaine de corvette Philippe Tailliez, qui commandait le groupe, le lieutenant de vaisseau Jacques-Yves Cousteau, officier en second, et Frédéric Dumas, en tant que contractuel civil.
Parmi les premiers volontaires, recrutés dans le corps des sous-mariniers et formés à l'utilisation du tout nouveau scaphandre autonome, trois officiers mariniers devinrent instructeurs à leur tour: Maurice Fargues, Jean-Paul Pinard et Guy Morandière.
Le , Jean Alinat (- ) intègre le GRS à sa demande. Il en devient très vite le second lorsque J.-Y. Cousteau prend le commandement de l'Elie Monnier, bateau support de plongée acquis par le GRS.
Limite de profondeur en plongée Maurice Fargues fut la première victime de la plongée en scaphandre autonome à l'air comprimé lorsque, le , au cours d'une tentative de record organisée à partir du bord de l'aviso Ingénieur Elie-Monnier que commandait Jacques-Yves Cousteau. Fargues se noya à de profondeur, vraisemblablement à la suite de convulsions liées à une crise d'hyperoxie. Fargues parvint à signer à de profondeur, l'une des planchettes qui jalonnaient le cordage plombé que les plongeurs du GRS suivaient à la descente lors de leurs essais de plongée profonde. Cet accident ainsi que les observations recueillies au cours de cet été 1947 conduisirent le GRS à fixer à la profondeur maximale pouvant être atteinte en plongée en scaphandre autonome à l'air comprimé. De nos jours, du moins en France et à la suite d'études physiologiques plus poussées, cette limite est estimée à de profondeur (voir l'article « hyperoxie »).
Opérations de déminage À cette époque, au sortir de la seconde guerre mondiale, il restait encore toutes les mines que les Allemands avaient placées près des côtes pour empêcher les navires alliés d'approcher les territoires qu'ils occupaient : la première tâche que la Marine assigna au GRS fut donc le déminage des ports et des côtes français. Le GRS fit aussi des films d'étude militaire : quelques mois après sa fondation en 1945 le groupe fut chargé de filmer sous l'eau le sous-marin Rubis en train de mouiller des mines ou de larguer des torpilles.
Archéologie
Dans les années 1950, le GERS participe occasionnellement à des missions d'archéologie sous-marine (1948 : épave de Mahdia, 1957 : épave du Titan).
Les grandes profondeurs À l'époque, l'enjeu de conquête des fonds marins est jugé comme essentiel pour de nombreux États et leur Marine. C'est dans ce cadre que le GRS participe, dès 1948, aux expériences menées par le Suisse Auguste Piccard dans le domaine des bathyscaphes :
Avec le FNRS 2, la profondeur de (Dakar) est atteinte, un record à l'époque. De 1951 à 1961, le FNRS 3 est un projet issu d'une collaboration entre le FNRS (Belgique) et la Marine nationale (France). L'ingénieur de l'Armement André Gempp (futur concepteur des sous-marins de la classe Daphné et des SNLE de la classe Le Redoutable) se voit confier la conception, aidé du capitaine de corvette Georges Houot (pilote) et de l'ingénieur Pierre Willm. Il atteint également mais en augmentant le « déplacement » en passant de 40 à . De 1954 à 1964, une initiative concurrente, menée par Auguste et Jacques Piccard (Suisse) et l'US Navy permet d'atteindre de fond avec le Trieste dans la fosse des Mariannes (déplacement : ). Ce record est vite rejoint par le bâtiment Archimède (1961-1974), fruit d'une coopération Marine nationale et CNRS puis CNEXO (1969-74) qui atteint également les (déplacement : ).
Route de l’histoire de la plongée sous-marine vignette|Plaque commémorative des trois « Mousquemers » (Jacques-Yves Cousteau, Frédéric Dumas, Philippe Tailliez), île du Gaou, Six-Fours-les-Plages, Var, France - Photo A. Foret Pierre-Yves Le Bigot (président de l’association du Musée Frédéric Dumas à Sanary) a eu l'idée, en 1997, de créer une « Route de l’histoire de la plongée sous marine » reliant tous les sites où étaient distingués des pionniers. Citons. :
Le rond-point des Plongeurs Démineurs à La Seyne. Le quai Philippe Tailliez à La Seyne. Bandol, lieu de la première plongée de Cousteau et Dumas en 1943 (plage Barry, plaque commémorative). Esplanade Frédéric Dumas à Portissol (Sanary). Le rond-point des Mousquemers à Portissol (Sanary).alt=Rond-point des plongeurs démineurs, La Seyne-sur-Mer (Var, France)|vignette|Rond-point des plongeurs démineurs, La Seyne-sur-Mer (Var, France) - Photo A. Foret À Six-Fours, sur l’île du Gaou pour le premier film de Cousteau en 1942 : plaque commémorative. Au Pradet, port des Oursinières, statue de Philippe Tailliez. Aux deux Frères, plaque commémorative sur le lieu de la disparition de Pierre Labathttps://cdojaubert.canalblog.com/archives/2007/03/20/13024389.html. Bassin Commandant Yves-Le-Prieur au port de Saint-Raphaël. : au bastion 32, siège du mémorial de l'opération Dynamo, plaque posée en mémoire du commandant Philippe Tailliez, natif de Malo-les-Bains..
Livre La Plongée L'un des premiers livres sur l'enseignement de la plongée en scaphandre est publié en 1949 aux éditions Elzévir, sous le titre La plongée en scaphandre. Les auteurs sont : P. Tailliez, F. Dumas, J.-Y. Cousteau, J. Alinat, Dr F. Devilla.
En 1949, il y a eu trois tirages différents de cet ouvrage :
numérotés de 1 à 75, avec couverture souple pour la Presse. Une feuille volante insérée dans le livre indique « Cet exemplaire broché est réservé à un service de presse. Les volumes destinés à la vente sont reliés avec un cartonnage solide sous jaquette deux couleurs ». Puis, à l'intérieur, il est écrit en : « Il a été tiré de cet ouvrage soixante-quinze exemplaires hors commerce sur vélin supérieur des papeteries de Pont Sainte-Maxime numérotés 1 à 75. Exemplaire n° »Source : Collection personnelle, Alain Foret.. numérotés de 1 à 75 avec couverture rigide hors commerce. Comme pour les exemplaires de presse, il est écrit en : « Il a été tiré de cet ouvrage soixante-quinze exemplaires hors commerce sur vélin supérieur des papeteries de Pont Sainte-Maxime numérotés 1 à 75. Exemplaire n° ». Un tirage destiné à la vente.
L'impact de la publication est tel qu'une traduction en anglais est éditée en 1957 chez G. P. Putnam's sons à New-York. Il est indiqué en page 4 : « ».
Les éditions suivantes, intitulées La Plongée, sont publiées chez B. Arthaud, par Marine Nationale, Groupe d'Études et de Recherches Sous-Marines.
Au fil des nouvelles éditions, différents contributeurs sont ajoutés :
R. Perrimond-Trouchet, P. Cabarrou, L. Chasseriaud, G. Agnes pour l'édition de 1955 ; CC Ph. de Groulard commandant le GERS, Dr L. Barthélémy, LV P. Boutroux, F. Cloix, EV F. Vincent pour l'édition de 1961 ; CF Berry commandant le GERS, LV Gay, LV Vial, Dr Michaud, Dr Le Chuitton, EV (R) Barrière et Grès, MM. Marchandise (photographe) et Poli (dessinateur) pour l'édition de 1967.
Ce livre a été utilisé par plusieurs générations de plongeurs, civils et militaires.
Désaturation des plongeurs : tables et ordinateur
Les premières tables de plongée « En 1948, la Marine Nationale se dote d'une capacité opérationnelle en plongée autonome à l'air jusqu'à la profondeur de . Les tables de décompression utilisées sont celles de l'U.S. Navy transcrites dans le système métrique et adoptées sans expérimentation préalable. Après quelques années d'utilisation, ces tables ont soulevé deux objections principales : 1) la vitesse de remontée était fixée à à la minute ; tous les plongeurs s'étaient aperçus que cette vitesse pouvait être dépassée sans provoquer d'accident ; 2) les durées de remontée étaient considérées comme inutilement longues, ce qui diminuait d'autant les capacités de travail des scaphandriers lourds en particulier. Ces critiques coïncidaient avec la publication de nouvelles tables par l'U.S. Navy, dues à Dwyer (1955) qui introduisait la notion nouvelle de variation du rapport de sursaturation admissible pour chaque tissu en fonction de la profondeur, et qui prenait en compte le tissu de période . »
Les tables du GERS « De nouvelles tables furent donc calculées par le GERS en 1959 jusqu'à , pour des durées s'échelonnant de à à à (durées correspondant à l'autonomie permise par le matériel en service à l'époque). [...] Mises à l'essai pendant un an dans les unités, ces tables ont été "retouchées" l'année suivante à la suite de critiques apportées par les "opérationnels", notamment sur la vitesse de remontée qui paraissait encore lente, et dont la diminution recommandée dans les cinq derniers mètres s'était avérée être difficilement applicable.