L'observatoire de Lyon est un observatoire astronomique professionnel dont le site historique est situé à Saint-Genis-Laval, près de Lyon. Créé par décret en 1878 par le président Mac Mahon et fondé par l'astronome Charles André, c'est aujourd'hui un observatoire des sciences de l'univers ainsi qu'une école interne de l'université Claude-Bernard-Lyon-I qui réunit le Centre de recherche astrophysique de Lyon (CRAL) et le Laboratoire de géologie de Lyon : Terre, planètes, environnement (LGL-TPE). Les locaux de l'Observatoire se trouvent sur son site historique de Saint-Genis-Laval ainsi que sur les campus universitaires de La Doua et de Gerland. Dans ses premières années, en plus de sa mission d'observation céleste, l'observatoire assurait un service horaire pour la ville de Lyon ainsi que des mesures météorologiques. Tout au long du , les astronomes qui y travaillent étudient des champs de recherche variés comme les étoiles variables, les comètes et la haute atmosphère. Parmi les chercheurs qui se sont succédé à l'observatoire de Lyon, on retrouve notamment Jean Dufay, François Gonnessiat, Émile Marchand, Michel Luizet, Marie Bloch, Agop Terzan, Roland Bacon et Hélène Courtois. Son code UAI est 513.
Depuis les années 1980, plus aucune observation directe du ciel n'est réalisée depuis le site historique à des fins de recherche, notamment à cause de la pollution lumineuse de la métropole de Lyon. Les activités du CRAL se concentrent maintenant principalement sur la recherche fondamentale et l'instrumentation : il a notamment piloté la création de MUSE, un spectrographe 3D grand champ qui équipe le Très Grand Télescope depuis 2014. Le LGL-TPE, lui, participe notamment à plusieurs missions d'exploration martienne comme le programme ExoMars de l'Agence spatiale européenne.
Depuis le , la lunette équatoriale coudée de l'observatoire, la dernière au monde encore dans son état d'origine, fait l'objet d'un classement au titre des monuments historiques. Le reste du site de Saint-Genis-Laval et ses instruments faisait déjà l'objet d'une inscription depuis le ..
Historique
Premiers observatoires lyonnais vignette|upright=1|Illustration par Joannès Drevet de la façade de la chapelle de la Trinité où l'observatoire occupe le dernier étage.
En 1604, une chaire de mathématiques, dont l'astronomie est l'une des composantes, est fondée au collège jésuite de la Trinité. Honoré Fabri occupe cette chaire de 1640 à 1646 et, plus tard, une petite communauté scientifique se forme autour des pères Gabriel Mouton et Claude François Milliet Dechales. Cependant, les observations astronomiques restent peu nombreuses durant une grande partie du ..
L'observatoire du collège à proprement parler est fondé en 1702 sur l'initiative de Jean de Saint-Bonnet, alors professeur de mathématiques, membre fondateur de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon et correspondant de Giovanni Domenico Cassini.. Ce nouveau bâtiment construit au sommet de la chapelle de la Trinité est destiné à l'enseignement et à la réalisation de mesures géographiques, notamment des longitudes. Malheureusement, Saint-Bonnet meurt en chutant d'un échafaudage durant les travaux et l'observatoire, une fois achevé, est peu utilisé.
Il faut attendre l'arrivée de Laurent Béraud en 1740 pour que l'observatoire devienne réellement actif et acquière une certaine notoriété. Une nouvelle petite communauté se forme autour de Béraud, qui devient officiellement le premier directeur de l'observatoire, et de ses élèves Jérôme Lalande et Charles Bossut mais cette période d'effervescence est de courte durée. En 1762, les jésuites sont bannis du royaume et quittent l'observatoire avec ses instruments, ce qui le plonge de nouveau en léthargie avant d'être en grande partie détruit en octobre 1793 durant le siège de Lyon.. Les travaux de restauration ne débutent qu'en 1817 pour une durée de trois ans. Un nouveau directeur, François Clerc, collaborateur d'André-Marie Ampère, est nommé mais celui-ci ne parvient pas à redynamiser les activités de recherche de l'observatoire, sa localisation en centre-ville ne lui permettant plus de faire concurrence aux autres observatoires européens.
En 1834, lorsque la faculté des sciences de Lyon est fondée, la direction de l'observatoire revient au titulaire de la chaire d'astronomie. Auguste Bravais, Charles Briot puis Jean Frédéric Frenet succèdent à Clerc mais seules des mesures météorologiques peuvent être réalisées. Dans les années 1860, l'observatoire déménage dans une nouvelle extension du palais Saint-Pierre, rendant impossible tout travail de recherche autre que la météorologie.
En 1830, un particulier, Adolphe Gouhenant, qui sera choisi quelques années plus tard par Étienne Cabet pour conduire les premiers colons Icariens au Texas, entreprend la construction d'une tour-observatoire sur les hauteurs de Fourvière.. Sans lien avec l'observatoire de Lyon alors dirigé par François Clerc, il s'agit d'un « temple pour les Arts et les sciences » de quatre étages, comportant notamment des salles d'exposition artistique ainsi qu'un observatoire astronomique et terrestre, dessiné par Jean-Marie Pollet sur le modèle de la tour des Vents d'Athènes. Gouhenant s'endette considérablement pendant ce projet : il fait faillite en janvier 1833 et la tour est vendue. En 1857, le clergé la rachète et supprime les deux derniers étages pour que la chapelle de Fourvière soit de nouveau le plus haut bâtiment de la colline.
Création de l'observatoire de Lyon vignette|upright=0.75|Charles André, fondateur de l'observatoire.
Dès les années 1840, la ville de Lyon veut se doter d'un nouvel observatoire météorologique pour pouvoir anticiper les grandes crues comme celles de 1840 et 1856 qui ont détruit des centaines d'immeubles en pisé dans le centre-ville. Cependant ce projet évolue lentement et les appels d'Urbain Le Verrier, directeur de l'observatoire de Paris, en 1863, et de Claude Jourdan, doyen de la faculté des sciences de Lyon, en 1867 n'y changent rien. Le conseil municipal vote seulement l’embauche d’un nouveau directeur de l’observatoire existant en janvier 1868 : Antoine-Adrien Lafon. C’est la défaite à la guerre franco-allemande de 1870 qui va pousser le gouvernement à s’inspirer du modèle décentralisé allemand pour développer les facultés de province et redresser scientifiquement la FranceYves Gomas, Jean Dufay (1896-1977), professeur, astrophysicien et directeur d'observatoires, Lyon, Université de Lyon (thèse de doctorat en Histoire des sciences), 2017, 627.. Le , un décret relatif aux observatoires de l’État initie la création d’un réseau d’observatoires provinciaux.. Deux jours plus tard, le conseil municipal de Lyon délibère sur la création d’un nouvel observatoire.
Pour choisir l’emplacement de ce nouvel établissement, le maire anticléricaliste Désiré Barodet propose une « commission spéciale composée d’hommes compétents » mais la suppression de la mairie centrale l’empêche de se réunir. Le préfet conservateur Ducros compose alors une nouvelle commission comprenant Lafon, l’historien Antoine Dareste de La Chavanne et l’architecte en chef de la ville Abraham Hirsch. Cette commission choisit unanimement un site sur la commune de Sainte-Foy-lès-Lyon en février 1874.
Le , Charles André, ancien astronome adjoint à l’observatoire de Paris et titulaire de la chaire d’astronomie physique de la faculté de Lyon, est nommé directeur du futur observatoire.. Cette nomination se fait au détriment de Lafon qui conserve toutefois la responsabilité des mesures météorologiques.
Ignorant les travaux de la commission, Charles André propose en mai 1877 de construire l’observatoire sur la colline de Beauregard à Saint-Genis-Laval. Ce nouveau choix fait polémique car certains Lyonnais y voient l’intervention de l’observatoire de Paris. André rédige un rapport très détaillé sur ce nouveau site et justifie son choix avec la possibilité d’installer des mires lointaines (au mont Verdun et au signal de la Paume). et qu’ « il convient d’établir l’observatoire de telle façon que les lumières et les fumées de la civilisation ne puissent le gêner dans aucun avenir prévisible ».. Le site a en réalité été choisi avec le concours du général François Perrier du Bureau des longitudes : les géodésiens sont déjà présents sur la colline et souhaitent profiter des installations du nouvel observatoire. Ce nouveau site est validé par la commission le .
L'observatoire de Lyon est officiellement créé par décret le par le président Patrice de Mac Mahon, en même temps que ceux de Besançon et de Bordeaux..
La plupart des bâtiments sont construits entre 1880 et 1887 sous la supervision de Hirsch qui, parallèlement, menait une campagne de restauration de la chapelle de la Trinité, faisant disparaître une partie de l’ancien observatoire. Hirsch et André visitent ensemble les observatoires de Strasbourg, Paris et Meudon pour s'inspirer notamment de l'architecture des coupoles. Deux stations météorologiques sont aussi construites au mont Verdun et au parc de la Tête d'or (aujourd’hui la ferme Lambert vouée à la botanique) pour faire des comparaisons avec les données recueillies à Saint-Genis-Laval..
Premières observations astronomiques vignette|upright=0.75|François Gonnessiat, premier astronome français à détecter les oscillation de Chandler.
La mise en place des instruments à Saint-Genis-Laval et les premières observations sont réalisées dès 1880, notamment par François Gonnessiat, Émile Marchand, Michel Luizet et Georges Le Cadet. En effet, Charles André défie rapidement l’autorité de Paris, qui veut lui imposer des astronomes formés à la capitale, en embauchant de jeunes étudiants lyonnais : Gonnessiat, responsable des observations méridiennes, est par exemple issu d’une modeste famille de l’Ain... Les premiers travaux du jeune observatoire concernent entre autres les étoiles doubles, les comètes, la surface du soleil, la météorologie, le champ magnétique terrestre et l’électricité atmosphérique.
À partir de 1880, l’observatoire assure un service horaire pour la ville de Lyon : il est chargé de déterminer l’heure de la ville grâce à des observations méridiennes. Ce service est assuré jusqu’en 1911, date à laquelle l’heure de Paris devient l’heure de la France métropolitaine.
Le nouvel observatoire de Lyon est officiellement inauguré le par le maire Antoine Gailleton.
En 1888, Émile Marchand est le premier à mettre en évidence un lien entre les taches solaires et les perturbations du champ magnétique terrestre. Un autre résultat important est obtenu en 1894 : Gonnessiat publie deux articles confirmant les oscillations de l'axe de rotation de la Terre, mises en évidence quelques années auparavant par l’américain Seth Carlo Chandler. Ces publications ont un retentissement international car c’est la première fois que ces oscillations sont observées depuis la France où les astronomes étaient particulièrement réticents face aux concepts de Chandler.. La même année, les chercheurs sont contraints d’abandonner leurs travaux sur le magnétisme terrestre qu’ils menaient dans un pavillon construit sans fer à l’écart des autres bâtiments : une nouvelle ligne de tramway qui passe à proximité de l’observatoire fausse les mesures..