Vittorio Ambrosini, né le à Favara et mort le à Rome, est un avocat, journaliste et homme politique italien.

Jeune journaliste, il est interventionniste durant la Première Guerre mondiale et devient capitaine des Arditi. Membre fondateur du Fascio de Palerme et de l'Association des Arditi d'Italie, il rejoint par la suite le Parti socialiste italien (PSI) puis le Parti communiste d'Italie et participe à l'organisation des formations de défense prolétarienne. À Vienne en 1923, il entretient des contacts avec l'Internationale communiste avant de revenir au fascisme en 1924. De retour en Italie la même année, il plaide pour un rapprochement de l'URSS avec l'Italie sur le plan économique mais également idéologique, entre bolchévisme et fascisme. Devenu propagandiste des idées corporatistes du régime et espion des services secrets italiens, il est envoyé à Paris en 1926 comme agent-provocateur. Rappelé en Italie après une série de péripéties, il est envoyé en confino jusqu'en 1931, date à laquelle il reprend son activité d'avocat — prenant notamment la défense d'Amerigo Dumini en 1938 —, de journaliste et de confident de l'OVRA jusqu'à la fin du régime.

Lié aux antifascistes Guido Calogero et Mario Delle Piane ainsi qu'aux milieux communistes et au Parti socialiste révolutionnaire italien (PSRI) durant la guerre civile, il s'engage après la guerre comme avocat dans la défense des épurés fascistes, notamment d'Amleto Poveromo en 1947, et adhère au Mouvement social italien (MSI), au sein duquel il rejoint l'« aile gauche ». Partisan de l'« idéologie socialiste corporative, chrétienne et nationale » de la République Sociale Italienne (RSI), il est finalement exclu du parti en 1952 pour « des actes d'incohérence politique continus ». Après de brèves relations avec les Démocrates chrétiens, il fonde un groupusculaire Parti socialiste national italien (PSNI) ainsi qu'une Ligue poujadiste italienne et entretient des liens étroits avec l'internationale néofasciste. Il continue son activité dans les années 1960 avant de mourir en 1971 dans le contexte de l'attentat de la piazza Fontana.

Une de ses déclarations dans l'après-guerre peut résumer son parcours :« On m’a accusé, en raison de mes conversions politiques successives, d’être un caméléon politique et un homme vendu. Je ne m’en suis pas étonné ».

Années 1910-1919

Premières années de journalisme et interventionnisme (1893-1919) Fils de Giovanni Battista et Carmela Lentini, Vittorio Ambrosini naquit en février 1893 à Favara, en Sicile, aux côtés de ses trois frères : Gaspare, Antonio (1888-1983) et Alessandro (1891-1992)..

Ambrosini réalisa ses études d’abord à Girgenti, puis à Palerme et obtient enfin une licence en droit à Turin. Journaliste dès son plus jeune âge, il fut, dès 1913, correspondant à Berlin pour le Giornale di Sicilia. En 1914, il était correspondant en Belgique envahie pour La Tribuna et le Frankfurter Zeitung. Sur place, il rencontra des militaires allemands et visita plusieurs hôpitaux militaires allemands à Bruxelles. Après l'entrée en guerre de l'Italie en 1915, il se prononça pour l'interventionnisme démocratique. En octobre 1916, il publia dans La vita internazionale un long article intitulé « Il proletario italiano e la guerra ». Dans ce dernier, il théorisa l'union du national et du social, du prolétariat et de la nation, de l'ouvrier et du soldat, et s'insurgea contre la « barbarie allemande » :« Le prolétariat italien a accepté de participer à la lutte, en formant le nerf le plus solide de notre armée et en assumant le poids le plus lourd de la présente guerre […] La nation allemande, avec à sa tête un empereur — hideuse et spectrale représentation d’une pseudo-volonté divine, qui prêchait la paix et préparait la guerre —, se servant de la complicité d’un autre État ayant à sa tête le plus triste et le plus féroce tyran des temps modernes, auquel est infligée une adéquate punition de Dieu avec une longue vie, traînée au milieu des plus hideux désastres —, avec la complicité de cet empire fait comme l'habit d’Arlequin, tout de pièces de violence et de sang, agressait les nations les plus civilisées d'Europe et du monde, la France et l'Angleterre, fleurons de liberté, centres de la pensée et du progrès international […] Notre prolétariat, uni au reste de la nation, a combattu et combat de bon cœur cette sainte guerre : ayant offert dans ce grand combat le très précieux appui de son bras, il a pris à sa charge la part la plus lourde, s'est attiré dès à présent les applaudissements et l'admiration du monde entier, s'assurant ainsi pour l'avenir ces droits et ces mesures de protection par lesquels notre Patrie devra les récompenser de leur très noble sacrifice accompli. » Le prolétariat avait compris, selon lui, « que notre patrie était en danger, il a compris que notre nation aurait perdu sa dignité, son honneur et peut-être aussi son indépendance si elle n’avait pas pris les armes contre l’ennemi séculaire » ; cependant, il chercha à se démarquer des nationalistes : « Personne n’avait parlé à notre ouvrier de sa Patrie et de sa nation, pas même les nationalistes, qui avaient le tort de se faire les chantres d’un impérialisme chauvin d’inspiration allemande et s'appuyaient non pas sur le prolétariat, mais sur les grandes coteries capitalistiques, justifiant le soupçon et l'accusation d’exciter l’esprit impérialiste de la nation et de fomenter la guerre pour favoriser les spéculations capitalistiques...Personne n’avait donc parlé à nos ouvriers des principes idéaux de justice et de liberté, personne ne leur avait appris à connaître ou à aimer la Patrie. » mais aussi des socialistes internationalistes qu'il accusait d'avoir renié la patrie et de s'être servis « des masses ouvrières comme d’un instrument de pouvoir, les soulevant contre les institutions et les classes riches, prêchant l’abolition de tout principe idéal, pour le soin des seuls intérêts matériels et des besoins du ventre ? » : « Les principes idéaux de liberté, de justice et d’humanité, qui les avait enseignés à nos ouvriers ? Quel parti les leur avait prêchés ? Peut-être le parti socialiste, lequel, après avoir accompli la grande et méritoire œuvre d’organisation des classes ouvrières et leur avoir donné conscience des droits du prolétariat, n’a pas pu faire poindre le soleil de l’avenir, que dans leur trop grande simplicité les prophètes du socialisme avaient prédit à brève échéance ? […] De la Patrie, ces socialistes leur en avaient-ils parlé, eux qui prêchaient que celle-ci n’était pas vraie, ni existante la division du groupe humain en nations, eux qui niaient l'existence de la nation comme groupe ethnique et politique, qui reniaient toutes les plus belles traditions de notre Risorgimento ? Les socialistes, qui poussaient nos ouvriers à l’anarchie syndicaliste et protestaient contre toute espèce de guerre, même soutenue pour défendre les sacrés confins de la Patrie, avaient été les maîtres politiques des ouvriers, les avaient imbibés de leurs doctrines et se préparaient à empêcher ou à saboter une éventuelle guerre, la révolution sociale ou pour le moins la grève générale. »

Durant la Grande guerre Engagé volontairement, Ambrosini fut officier de propagande sur le front intérieur puis affecté au IIIe bataillon d'assaut, où il atteignit le grade de capitaine. Le journal La Stampa donne des détails sur son action au front : « Dans l'un des différents combats qui se sont déroulés dans le Trentin oriental, le sous-lieutenant de réserve et avocat Vittorio Ambrosini a été blessé à trois moments différents […] On devait donner l'assaut à une tranchée ennemie située sur le mont C. Le sous-lieutenant Ambrosini était en tête de sa compagnie lorsqu'il fut appelé en aide par le capitaine d'une autre compagnie qui se trouvait en avant. Ambrosini donna alors l'ordre d'avancer, et avec ses hommes, il se lança vers l'ennemi avec tant d'impétuosité qu'il dépassa la compagnie qui le précédait. Dans cette avancée, il fut touché par une première balle d'obus shrapnel ; mais, ne tenant aucun compte de la blessure et de la douleur, il continua à commander l'attaque et à aller de l'avant ; cependant, une deuxième balle le toucha [...] La conduite de l'héroïque officier a suscité l'admiration de ses supérieurs et de ses soldats. Le commandant de son bataillon a écrit à ce propos à Ambrosini que « son action avait été tellement et louablement appréciée et signalée aux autorités supérieures qu'il aura bientôt la grande satisfaction de la récompense pour valeur militaire. » Étrangement, plusieurs source indiquent au contraire qu'il ne participa « jamais à aucune action de guerre ». Peut-être un homonyme.

Après la bataille de Caporetto, les positions politiques d'Ambrosini se radicalisèrent, notamment concernant l'usage de la force en politique.

Années 1919-1920

Le combattantisme d'après-guerre : arditisme, fascisme et socialisme Selon l'historien Mauro Canali, Ambrosini, dans l'immédiate après-guerre, vécu de « nombreuses années » dans les Balkans où il eut « des contacts avec les mouvements slavophiles, lesquels s'étaient vraisemblablement tous fondus dans les rangs titistes ».

À la fin du mois d'avril 1919, Ambrosini fit partie du groupe promoteur de la constitution du Fascio de Palerme, groupe composé de l'ancien syndicaliste révolutionnaire Vincenzo Purpura, de Vito Catalano, Arturo De Vespri, Antonio Ambrosini, Giovanni Tedesco, Francesco Tortorici, Savona Marino, Brucato. Le programme du groupe avait été formulé et illustré par Ambrosini sous la forme d'une « synthèse simplificatrice de celui de San Sepolcro et dans une tentative appréciable de le mettre en harmonie avec les problèmes spécifiques de la réalité sicilienne ». En effet, en plus de l'élection de la Constituante (à réaliser au scrutin de liste avec représentation proportionnelle pour la réforme de la Constitution, du Parlement et en particulier du Sénat), le programme mettait l'accent sur l'autonomie administrative de la Sicile. La partie économique et sociale comprenait quant à elle la confiscation des richesses de guerre, de fortes taxations sur les grandes fortunes, un impôt progressif fort (à titre exceptionnel) sur toutes les richesses nationales, et pour la Sicile une expropriation des latifundia pour les redistribuer aux paysans et avant tout aux combattants.

L'historien Giuseppe Carlo Marino écrit à propos de l'attitude d'Ambrosini à cette époque : « Vittorio Ambrosini, combattant courageux redevenu avocat dans la vie civile, mais arborant encore ostensiblement un grade de capitaine de l'armée qui avait du mal à ranger son uniforme dans le placard […], de la campagne électorale de 1919 jusqu'à la dure saison des luttes paysannes pour la terre au cours de l'année suivante, et jusqu'à la rupture dramatique avec le parti socialiste officiel aux portes de 1921 […] ne parviendra pas à voir de contradiction entre sa qualité de « combattant » promoteur du Fascio de Palerme et la sympathie vibrante pour le drapeau des Soviets. »