L’armée ottomane (en , en ) est l'armée de l'Empire ottoman, son histoire peut être divisée en cinq périodes principales. Les bases de ce qu'elle deviendra sont posées entre 1299 avec la fondation de l'Empire ottoman et 1453 (chute de Constantinople). La « période classique » débute en 1451 avec le couronnement du sultan Mehmed II, jusqu'à la paix de Zsitvatorok en 1606. Les réformes militaires couvrent une période qui s'étend de 1606 à 1826 (Vaka-i Hayriye, la dissolution du corps des janissaires), où l'armée ottomane entre dans ce qui est appelé la « période moderne » jusqu'au milieu du . Le déclin de l'Empire et de son armée commence en 1861, avec le règne du sultan Abdülaziz, et s'effondre en 1918 après l'armistice de Moudros.
Fondation (1299–1453) vignette|Osman Ier (1258-1326, r. 1299-1324/26), fondateur de l’Empire ottoman. La première armée ottomane connue est une force de cavalerie nomade des steppes. Formée par des tribus de Turcomans venant de l'ouest de l'Anatolie, elle est réunie par Osman à la fin du . Ces cavaliers deviennent une force irrégulière utilisée comme commandos, armés seulement avec des arcs et des lances. Les terres conquises leur sont attribuées par fiefs appelés timar (), et ils deviennent alors des timariotes (). Ils se partagent aussi les richesses amassées lors des conquêtes.
Orhan (1281-1362, r. 1324-1362) organise par la suite une armée de métier payée par un salaire plutôt que par le butin et les terres. L'infanterie est appelée (piéton en turc) et la cavalerie . Essentiellement composée par des mercenaires étrangers, ainsi que de rares Turcs, ils ne sont pas obligés de se convertir à l'Islam tant qu'ils obéissent à leurs supérieurs ottomans.
L'armée ottomane commence à utiliser des armes à feu au début du . Par la suite, des troupes spécialisées commencent à apparaître, comme l'infanterie régulière de fusiliers (, littéralement « artillerie à pied »), la cavalerie régulière armée de fusils (, littéralement « soldat artilleur monté ») et les bombardiers (), des grenadiers qui lancent des explosifs appelés .
Lors des combats, les dignitaires sont protégés par de remarquables armures.
Période classique (1451–1606)
Organisation L’armée ottomane s’est organisée progressivement aux et pour atteindre sa structure classique au avec la répartition suivante : vignette|Parade de l'armée ottomane près de Sofia ; les forteresses alentour tirent des coups de canon (gravure allemande, 1788). C'était une manière d'affirmer la domination du sultan sur ses sujets, musulmans ou non, et d'inciter les jeunes paysans à s'engager. Les troupes régulières ou (, les « esclaves de la Porte »), directement entretenues par le sultan, composent l'essentiel de l'armée ottomane : Les « Six divisions de cavalerie » () ou : de la Porte ()
(droite) et (gauche) (droite) et (gauche) Les divisions d'infanterie () : Janissaires (, ) (« fantassins de gauche ») et (« fantassins de droite ») (« novices ») (« artilleurs ») (« canonniers ») (« armuriers ») (« bombardiers ») (« mineurs ») (« novices ») Les divisions de gardes : (« jardiniers », gardes du sérail de Topkapi) (« hommes à la hache », gardes royaux)
Les troupes irrégulières, assistent l'armée régulière :
() Bachi-bouzouks () (mercenaires)
(artillerie indigène) (génie)
(cavalerie légère des Balkans) (bénévoles)
ou timariotes (cavalerie noble) (éclaireurs montés)
Les soldats des vassaux ou alliés peuvent aussi participer aux conquêtes.
Les corps auxiliaires de l'armée ottomane font aussi office d'exception parmi leurs contemporains, faisant du système militaire ottoman une machine de guerre efficace. Un corps prépare la route que vont emprunter les soldats ; un corps plante les tentes du camp ; un corps prépare les repas, etc. Le corps des janissaires possède son propre service médical composé de chirurgiens musulmans et juifs, capable d'organiser diverses méthodes pour évacuer les blessés jusqu'aux hôpitaux de l'arrière.
Armée régulière :
Jusqu'au milieu du , l'armée régulière est commandée et payée par d'importants propriétaires terriens devenus des membres de la noblesse ottomane. Ces mercenaires sont alors des outils que les nobles utilisent pour améliorer leur influence auprès du sultan, qui ne peut pas se permettre de payer tant de soldats.
Mais l’augmentation du nombre de mercenaires menace la noblesse ottomane, et le sultan Mourad décide de créer sa propre armée composée d'esclaves issus des captures de guerre, appelés (« sujet (ou esclave) de la Porte »). Cette nouvelle force, basée sur le droit du sultan d'acquérir un cinquième du butin de guerre, inclut des hommes faits prisonniers sur les champs de bataille ou dans les villes conquises, réduits en esclavage puis convertis à l'Islam et entraînés à servir le sultan.
Un des corps des est celui des janissaires (), recrutés de force parmi les enfants chrétiens de l’Empire suivant la taxe du instituée par Mehmed II, mais cette armée s’étendit rapidement et comptait beaucoup d’autres corps, comme celui des hallebardiers (). Leur nombre augmente rapidement et les deviennent l'élément le plus important de l'armée ottomane. Mourad utilise sa nouvelle armée pour asseoir son autorité sur les nobles en les obligeant à payer des taxes afin de renflouer le trésor et ainsi maintenir et embaucher plus de .
Les Ottomans sont alors le premier État à entretenir une armée de métier depuis l’Empire romain. Les janissaires sont comparés ainsi à la garde prétorienne et, de par leur faits d’armes, restent un des symboles de l’armée ottomane. À la fin du , sans y compter tous ses vassaux (khanat de Crimée et régence d'Alger, etc.), le sultan dispose de , et de plusieurs milliers de janissaires, ce qui en fait une des forces les plus puissantes de l'époque.
Janissaires
Les janissaires étaient des unités d'infanterie formant l'armée personnelle et les gardes du corps du sultan. Créée au par Mourad ., la force a été abolie en 1826 par le sultan Mahmoud II.
Les premières unités étaient composée de prisonniers de guerre et d'esclaves. Après les années 1380, Mehmed a rempli leurs rangs par des prises de guerre humaines résultant de la taxe du : les hommes du sultan enrôlaient des jeunes garçons non musulmans, principalement d'origine chrétienne, d'abord de façon aléatoire puis à la suite d'une sélection stricte. Ils étaient alors convertis à l'Islam et entraînés.
Initialement, les janissaires étaient grecs ou albanais, sélectionnés à la hauteur d'un garçon sur cinq entre sept et quatorze ans. Par la suite, à mesure que l'empire s'étendait, leurs rangs s'étoffèrent de Serbes, de Bosniens et de garçons issus des autres pays des Balkans, jusqu'à l'Ukraine et au sud de la Russie. Pendant le règne de Mourad III (1546–1595), ils commencèrent à accepter des hommes non issus du devchirmé, et l’enrôlement des esclaves chrétiens a complètement stoppé au . Par la suite, seuls des volontaires étaient entraînés.
Le corps des janissaires est également distinct des autres troupes contemporaines parce qu'ils sont payés même en temps de paix, où ils servent de gendarmes et de pompiers.
Leur habileté au combat, notamment dans leur efficacité en tant que fusiliers à pied, surpasse alors celle de la cavalerie équipée d'épées et de lances. Ils adoptent les armes à feu dès le , et sont presque entièrement équipés de mousquets au . Ils sont également experts dans le lancer de grenades et dans le maniement des arquebuses.
Leur nombre passe de huit mille au début du à plus de au . Initialement contraints au célibat et à la vie de caserne, ils voient les règles s'assouplir au fil du temps.
Ils interférent régulièrement dans les processus de succession pour défendre leurs intérêts, contraignant certains sultans à abdiquer et assassinant même l'un d'eux, Osman II, en 1622. En 1826, Mahmoud ordonne leur exécution par le reste de l'armée ottomane et des dizaines de milliers d'entre eux sont tués.
Cavalerie régulière vignette|upright=1|Des pendant la bataille de Vienne (1683). La cavalerie du sultan (, littéralement « le foyer des cavaliers esclaves de la Porte ») était composée de six divisions d’élite de cavalerie () : les , les , les de la droite () et de la gauche () et les de la droite () et de la gauche ().
La plus importante et prestigieuse de ces divisions était les s. Placés directement sous les ordres du sultan, ils sont l'équivalent monté des janissaires, qu'ils escortent et protègent. Leur corps est créé par Mourad au . Ils sont à l'origine recrutés comme les janissaires, par le système du , mais leur recrutement s'élargit par la suite.
Armée irrégulière Elle se compose de différents corps locaux ou irréguliers, les et les .
Parmi les , les plus connus sont les , des conscrits turcs essentiellement issus d'Anatolie. Parmi eux, on peut compter les fameux bachi-bouzouks () qui sont recrutés à partir de 1389 et composés de sans-abri et de criminels ; indisciplinés et bigarrés, ils sèment la terreur dans les territoires conquis. Les sont aussi utilisés pour l'approvisionnement des lignes de front et le génie ou parfois en servant littéralement de chair à canon.
Les sont des mercenaires recrutés en tel nombre qu'ils constituent parfois la principale force des armées ottomanes. Leur loyauté va cependant au plus offrant, et de nombreuses rébellions, envers le sultan et les janissaires notamment, jalonnent leur histoire. Les autres corps des sont les , les (artillerie indigène) et les (génie).
Les sont composés des (cavalerie légère des Balkans), des (bénévoles), des , des (cavalerie noble), des (éclaireurs montés).
vignette|gauche|Drapeau des . Le statut des ressemble à celui des chevaliers de l'Europe médiévale. Un sipahi est propriétaire d'un fief (), d'où leur nom alternatif ou timariotes. Comme dans les fiefs européens, il peut récolter les revenus issus de sa terre en échange de ses services en temps de guerre. Les paysans du fief sont ses sujets. Le est la plus petite unité de terre que peut obtenir et posséder un (directement de la part du sultan à la suite d'une conquête militaire), et l'ensemble des revenus qu'il peut obtenir par année ne dépasse généralement pas (soit deux à quatre fois plus que ce que gagne un professeur à l'époque). Un est détenu par des ayant le grade d'officier, rapportant jusqu'à . La plus grande unité de terre, le rapporte plus de et son propriétaire ne peut être qu'un officier supérieur de l'armée. Un doit fournir plus de cinq soldats à l'armée du sultan, un est tenu d'envoyer jusqu'à vingt soldats et un plus de vingt. En temps de paix, les sont responsable de la perception des impôts pour le sultan.
Ils ne doivent pas être confondus avec les de la Porte, le corps de cavalerie professionnelle de l'armée composé essentiellement d'esclaves. Ils ont peu de points communs, les timariotes () étant ce qu'on peut apparenter à des nobles, si ce n'est leur appellation commune sous le terme .
Une force légère de cavaliers professionnels appelés les Akindjilars (« faiseurs de raid ») précède le gros de l'armée sur les territoires à conquérir. Faisant office d'éclaireurs et de force d'intervention rapide, ils ne touchent pas de solde et se rémunèrent par les pillages et razzias.
Réformes (1795–1858) vignette|180px|Enseigne à deux TüyLe mot tüy désigne en turc une plume et ce symbole d'autorité est bien en plumes sur un turban mais sur une hampe il est matérialisé par des queues de chevaux. d'un pacha ottoman, 1877. Un tel symbole ne quittait jamais son titulaire, ni en paix en tant que gouverneur d'un territoire, ni en guerre en tant que commandant d'un corps d'armée.
À partir de la fin du , un certain nombre de réformes touchent les forces armées ottomanes.
Réformes de Sélim III (1789-1807)