Jean Baptiste Hippolyte Guiraud, né le à Quillan dans l’Aude et mort le à Saint-Martin-de-Bréthencourt, est un historien français, spécialiste de l’histoire de l’Église, agrégé d’histoire (1888), docteur ès lettres (1895), professeur d’histoire et de géographie de l’Antiquité et du Moyen Âge à l’université de Besançon, rédacteur en chef de La Croix de 1917 à 1939Notice d'auteur Autorités SUDOC.

Biographie Les origines La famille de son père est originaire de Villemagne, non loin de Carcassonne, où son grand-père était un modeste paysan, qui meublait ses loisirs d'activités variées : chantre à l'église, barbier du village, sabotier aussipage 14. Ses grands-parents maternels étaient des ouvriers de Montolieupage 15.

Guillaume, son père, était le troisième d'une fratrie de dix enfants, la plupart morts en bas âge et dont seuls deux deviendront adultes. Doué intellectuellement, et d'un fort caractère, Guillaume sortit en 1843 de l'école normale primaire de Carcassonnepage 17. C'était un remarquable pédagogue, qui fut longtemps instituteur à Cenne-Monestiés, où il se maria en 1847 avec Adélaïde Escudié. Jean sera leur cinquième et dernier enfantpage 19 (leur fille aînée était morte en bas âge).

Paul, l'aîné des survivants, ayant montré des dispositions pour les étudespage 21, Guillaume vend la totalité de ses biens afin de financer ses études et abandonne l'enseignement, sa vraie vocation, pour des activités supposées plus lucratives, qui se révèlent décevantes et l'obligent à s'endetter lourdementpage 23. En 1872, il perd sa femme épuisée de soucispage 31, puis place ses filles au service d'une institution privée. Il vit alors des secours que lui envoie son fils aîné, Paul, grâce aux leçons qu’il donne pendant ses jours de sortie de l’École Normale Supérieurepage 32.

L'enfance Si la petite enfance de Jean Guiraud semble avoir été heureuse, entre des parents aimants et un grand-père maternel qui l'adorepages 28 et 29, à la mort de sa mère, Jean Guiraud se retrouve dans une solitude affective rude pour un enfant de six ans : sa mère est morte, son frère et ses sœurs ne vivent plus au foyer familial. Guillaume trouve un emploi de comptable. .

Guillaume prépare son fils Jean, entre huit et neuf ans, à l'examen des bourses de gratuité qui doit lui permettre d'accéder aux études secondaires au lycée. La discipline qu'impose le père est de fer : après les classes de l’école, alors que ses amis l’appellent pour jouer dans la rue, seul dans sa chambre, Jean fait le devoir que son père lui a donné la veille. Puis, revenant du bureau, le père donne à son fils une nouvelle leçon. Le régime est tellement dur que Jean se révolte : . Et son père lui répond posément : .

Toujours est-il que, grâce à ce travail acharné, Jean est reçu avec brio et peut ainsi envisager le lycée. Mais la bourse obtenue, il faut s’en montrer digne : pour son père, ancien instituteur, les boursiers ont été ; ils doivent être un pour leurs camarades et, tout au long de la scolarité de Jean, il n'aura de cesse de le rappeler à son devoir, à ce qu'il doit à la Républiquepage 37.

Les années d'études, 1876-1889 Le lycée de Carcassonne, 1876-1883 En 1876, Jean Guiraud entre comme interne boursier au lycée de Carcassonne ; la discipline de l’internat est dure : lever à cinq heures en été, cinq heures et demie en hiver ; après une petite récréation et une étude pendant laquelle on apprend les leçons pour la classe du matin, le petit déjeuner n’est pris qu’à sept heures et demie. La journée ne comprend que deux classes, une le matin et une l’après-midi, toutes de deux heures. Le reste du temps est consacré au travail en étude, le matin après la classe (1 h ¾) ; l’après-midi, après une longue récréation d’1 heure, de 5 à 8 heures du soir. Une seule sortie par mois : le premier jeudi ; les autres jeudis, les cours sont remplacés par la messe à 7 h ½, instruction religieuse et étude le matin ; promenade l’après-midi puis étude habituelle de 5 à 8 heures. Silence absolu au cours des déplacements, dans les dortoirs, à l’étude, au réfectoire, à la promenade (sauf en pleine campagne), en classe évidemment ; la récréation fait seule exceptionpage 45.

Il y reste jusqu'en 1883, bon élève malgré une ambiance générale peu studieuse et particulièrement anticléricale. Une anecdotepage 39 qu'il nous rapporte dans ses "souvenirs", semble importante pour comprendre sa personnalité ultérieure : pour les Pâques de 1878, le maître d'études vient annoncer aux élèves que l'aumônier reçoit ceux qui veulent se confesser : ; Jean Guiraud n'ose alors pas se signaler de crainte de provoquer rires et ironies du maître et des élèves. Et, lorsque de retour chez son père, il lui annonce, sous divers prétextes, son père lui fait une leçon qui semble l'avoir suivi toute sa vie : . C'est également dans la cour de récréation du lycée de Carcassonne qu'il sympathise avec Jean Durand avec lequel, bien que d'opinions différentes, il peut "même causer religion et politique sans nous blesser"page 56. À 17 ans, Jean Guiraud passe et réussit son baccalauréat avec la mention très bienpage 59.

Lycée Louis-le-Grand à Paris, 1883-1885 Grâce aux relations universitaires de son frère Paul, devenu membre du jury du concours de l’agrégation d’histoire, sa bourse est transférée à Paris. Il quitte, pour la première fois, sa région et arrive à Paris où il entre à Louis-le-Grand, en classe préparatoire au concours d'entrée à l'École normale supérieurepage 63. La discipline y est aussi dure qu'au lycée de Carcassonne. La préparation consiste à refaire la classe de rhétorique de seconde, plus des conférences de discours latins, de vers latins et de thèmes grecs. Une année, mais le plus souvent deux, voire trois. En effet, le nombre de places est limité et rares sont ceux qui réussissent le concours après une seule année de préparation. En arrivant, Jean Guiraud constate rapidement que le niveau de son ancien lycée n'était pas à la hauteurpages 63 et 64. Avec l'aide de son frère Paul, il met au point un programme d'études renforcées qui lui permet de décrocher le concours après deux ans de préparation et avec le second prix d'histoire au concours généralpage 87. Durant ces deux ans, il fréquente Romain Rolland qui était externepage 66, Paul Claudel et Léon Daudet dans la classe de philosophie d'Auguste Burdeaupage 85 ; mais surtout, il rentre, grâce à son frère Paul dans la sphère privée de ses professeurs. Burdeau, qui l'a pris en affection, le reçoit fréquemment dans sa famille malgré des opinions religieuses opposées. Pierre Foncin, ancien professeur de son frère, inspecteur général de l'instruction publique, l'introduit également dans sa famille, où Jean Guiraud peut converser avec Foncin dans leur dialecte, étant comme Jean, originaire de Carcassonnepages 72 à 76.. Il rencontre aussi le mentor de son frère Paul : Numa Denis Fustel de Coulanges dont il adoptera le point de vue qu'un bon historien doit aborder ses sujets d'un point de vue scientifique et en dehors de toute idée politique afin d'éviter toute idée préconçue et favoriser autant que possible la vérité historiquepages 76 à 78.

École normale supérieure, rue l'Ulm, 1885-1889 En 1885, il entre à l'École normale supérieure, la formation à l’École dure trois ans ; elle consiste à préparer la licence de lettres en ; la , sans examen, autorise une plus grande curiosité intellectuelle ; la est consacrée à l’agrégation. Il n'y a pas de programme limitatif pour l’agrégation d’histoire que passe Jean Guiraud, l’ampleur du travail à fournir est donc considérablepage 98. Il a comme professeurs, entre autres, Gabriel Monod, Paul Vidal de La Blache, Gaston Boissier, Ferdinand Brunetière et Léon Ollé-Laprunepages 97 à 117 (qui marque particulièrement Jean Guiraudpage 117 ). Il obtient l'autorisation de suivre un cours d’archéologie du Moyen Âge à l’École des Chartes, un cours de philologie chrétienne à l’École pratique des hautes études et un cours d’histoire ecclésiastique à l’Institut catholique, (les deux derniers sont donnés par l’abbé Louis Duchesne)page 100. Reçu à l'agrégation à 22 ans, Jean Guiraud envisage le début de son activité professionnelle mais Monod et Duchesne l'ont proposé à M. Perrot pour l'École française de Rome ; il obtient la place de Stéphane Gsell mais celui-ci prolonge son séjour d'un an au palais Farnèse. On offre alors à Jean Guiraud une quatrième année rue d'Ulm, avec un statut spécial pour attendre son séjour à Romepages 141 et 142. Pendant ses années-là, il s'est rapproché de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, principalement la conférence Saint-Médard. Comme d'autres étudiants catholiques, il visite des familles pauvres du quartier Mouffetardpage 127.

L'École française de Rome, 1889 à 1892 Il arrive au palais Farnèse à l'automne 1889, Il profite de l'ouverture récente, par Léon XIII, des archives "secrètes" du Vatican. Il participe à l'édition des registres pontificaux d'Urbain IV (1251-1264), Grégoire X (1272-1276) et de Jean XXI (1276-1277). Il fréquente de nombreux prélats et savants italiens. Il s'inscrit aux cours du grand archéologue romain de Rossi et découvre les catacombes, principalement celle de Saint-Calixte qu'il fera bientôt visiter aux Français de passage. Il retrouve en arrivant les normaliens Stéphane Gsell, Édouard Jordan et Auguste Audollent, rencontré à Louis-le-Grand, vite rejoints par Romain Rolland. Il fait connaissance avec Camille Enlart ; plus tard Jules Gay, Edmond Courbaud, Jules Toutain, Léon Dorez et Frédéric Soechnée viennent compléter les effectifs. Il se lie aussi avec l'abbé Georges Audollent, frère d'Auguste, et futur évêque de Blois, pensionnaire de la procure Saint-Sulpice de Rome et avec l'abbé Louis Guérard (1862-1942) qui dînait tous les 15 jours chez Jean Guiraud à partir de 1917 et restera un ami fidèle jusqu'à sa mort. Il rencontre également de nombreux ecclésiastiques français en visite à Rome et noue, avec eux, des liens qui lui seront très utiles dans ses futures activités de militant chrétien et de rédacteur en chef de La Croix. En 1891, il obtient le privilège d'une troisième année qui lui permet de parcourir l'Italie, découvrant archives et bibliothèques. Il considérera son séjour romain comme l'un des meilleurs moments de sa vie. Et c'est avec regrets qu'il quitte l'Italie en 1892 pour attendre sa première nominationpour l'ensemble du paragraphe pages 163 à 258.

Les années d'enseignement, 1892-1917 Professeur en lycée, 1892-1898