L’abbaye Notre-Dame du Bec est une abbaye catholique bénédictine faisant aujourd'hui partie de la congrégation de Sainte-Marie du Mont-Olivet et située au Bec-Hellouin, près de Brionne, dans le département de l’Eure, en Normandie. Elle a été fondée en 1034 par Herluin, ou Helloin, d'où son nom, chevalier du comte Gilbert de Brionne.
Avec l’arrivée des Italiens Lanfranc de Pavie, prieur et maître (écolâtre) de l’école monastique, puis Anselme de Cantorbéry, originaire d'Aoste, le Bec devient l’un des principaux foyers de la vie intellectuelle du : le futur pape y étudie vers 1050 ainsi que nombre de futurs légats et évêques.
Depuis près de mille ans, l’abbaye du Bec est liée par l'histoire au diocèse de Canterbury, en Angleterre, à laquelle elle a donné trois archevêques.
Laissée en ruines par la Révolution, la tour Saint-Nicolas est classée à partir de 1840 au titre des monuments historiques et l'abbaye est aujourd'hui gérée par le Centre des monuments nationauxL'abbaye sur le site des Monuments nationaux.. Elle a retrouvé vie grâce aux moines bénédictins de l'ordre du Mont-Olivet qui, en 1948, y ont relevé la vie monastique sous l'égide de dom Paul-Emmanuel Clénet, élu en 1996.
L'abbaye actuelle se compose de la salle capitulaire et du cloître du et de majestueux bâtiments conventuels du . De la grande église abbatiale du , il ne reste que les fondations. L'église actuelle occupe l’ancien réfectoire. L’ensemble est dominé par la puissante tour Saint-Nicolas du . Des travaux de restauration sont en cours depuis 2015, avec l'appui des bénévoles de l'association Chantiers Histoire et Architecture Médiévales.
Histoire de l'abbaye Fondation Naissance d'Herluin,fondateur du Bec.Fondation du premier monastère à Bonneville.Arrivée de Lanfranc de Pavie.Arrivée d'Anselme d'Aoste.Lanfranc est nommé abbé de Étienne de Caen.Lanfranc devient archevêque de Cantorbéry.Mort d'Herluin. Anselme élu du Bec.Mort de Lanfranc.Anselme nommé archevêque de Cantorbéry.Mort d'Anselme.Début de la guerre de Cent Ans.Pillage par les Anglais.Reconstruction après la guerre de Cent Ans.Début du régime commendataire.Réforme des Mauristes au Bec.Construction du cloître.Construction du logis abbatial.Reconstruction des bâtimentsconventuels.Expulsion du dernier moine et arrêt de la vie monastique.L'armée transforme l'abbaye endépôt de remonte.L'ancienne abbatiale est venduecomme carrière à pierres. Guerre mondiale : différents corpsd'armée occupent les lieux.L'abbaye est abandonnée.Création d'une association de sauvegardedes bâtiments subsistants.Restauration de la vie monastique.Transfert des reliques d'Herluin dansla nouvelle église abbatiale.Dédicace de la nouvelle église abbatialeSource : site de l'abbaye..
Contrairement à ce qui se faisait le plus souvent au , l'origine de la fondation de l'abbaye du Bec n'est pas une dotation de riches seigneurs normands, mais celle d'Herluin, simple chevalier sans éducation, tardivement touché par la dévotion. Propriétaire de terres à Bonneville, sur le plateau ouest de la vallée du Bec, Herluin s'y retire et y bâtit un ermitage, en 1034, avec l'accord du comte Gilbert de Brionne, le seigneur local et son ancien maître. Cette première donation se limite au patrimoine de son fondateur et la charte mentionne : « Bec-Hellouin », in Louis-Étienne Charpillon et l'abbé Caresme, Dictionnaire historique de toutes les communes du département de l'Eure, ..
Le , l'évêque de Lisieux le nomme abbé à la tête du monastère soumis à la règle de saint Benoît et consacre la chapelle dédiée à Notre-DameAntoine Desfarges, L’histoire - Abbaye Notre Dame du Bec, site de l'Abbaye.
Pendant cinq ans, Herluin et ses compagnons cultivent et défrichent les terres autour du monastère. Puis, vers 1039, ils descendent dans la vallée en raison du manque d'eau sur le plateau et s'installent à Pont-Authou, à la confluence du Bec et de la Risle. Une seconde église est consacrée, le , par l'archevêque de Rouen Mauger. Cent trente-six moines font alors profession sous l'abbatiat d'HerluinA. Porée, Histoire de l'abbaye du Bec, tome 1, , note 1 et Appendice ..
Les possessions s'étendent, grâce à Guy de Bourgogne, seigneur de Brionne après l'assassinat du comte Gilbert, d'une partie de la forêt de Brionne, le Parc-du-Bec, et de l'abbaye de Saint-Évroult, apportée par Guillaume Giroie, où Herluin restaure la vie religieuse.
L'école du Bec vignette|redresse=0.8|gauche|Lanfranc du Bec avec, à ses pieds, son adversaire Béranger de Tours. Le rayonnement du monastère commence à se faire sentir avec la création de l'école du Bec, en 1045, par Lanfranc de Pavie, arrivé en 1039 dans la communauté pour devenir prieur de l'abbaye. Elle est, comme d'autres monastères bénédictins au , ouverte non seulement aux oblats mais aussi aux fils d'aristocrates destinés ou non à une carrière ecclésiastiqueHistoire culturelle de la France. Tome 1 : Le Moyen Âge, Seuil, , . Selon Guillaume de Malmesbury, cette école permet à la communauté de récolter de larges fonds financiers. Les qualités d'enseignement du prieur, déjà exercées à Avranches, font venir des élèves de toute la Normandie. Fils de barons ou de riches laïcs, ils étaient une centaine à suivre les cours de Lanfranc. Passeront par ce , de nombreux intellectuels tel Anselme de Laon, plusieurs évêques dont Yves de Chartres et le futur pape , et Anselme d'Aoste qui succédera à son maître Lanfranc à la tête de l'école puis au siège de CantorbéryAdolphe-André Porée, Les origines de l'abbaye du Bec : conférence faite au grand séminaire, le 10 janvier 1899, impr. de L. Odieuvre, Évreux, 1899..
Face au nombre grandissant de moines, la nouvelle abbaye se révèle insuffisante en plus d'être humide et malsaine. Sous l'impulsion de Lanfranc, devenu proche conseiller du duc Guillaume de Normandie sans abandonner la communauté d'Herluin, une translation et une extension sont envisagées. Financés par les dons des seigneurs normands dont les enfants fréquentent l'école, les travaux débutent en 1060. En trois ans, les bâtiments claustraux sont achevés, mais les moines ne quittent Pont-Authou qu'à l'automne 1073. Anselme, arrivé comme élève en 1059, devient prieur et écolâtre du Bec, en 1063, lorsque Lanfranc est placé par Guillaume le Conquérant à la tête de l'abbaye Saint-Étienne de Caen. Quand Lanfranc est nommé, en 1070, toujours par le duc de Normandie, Guillaume le Conquérant, archevêque de Cantorbéry, l'élève et le maître, tous deux Italiens, poursuivent à distance une relation épistolaire faite de respect mutuel. Devenu donc primat d'Angleterre, Lanfranc vient consacrer, le , la nouvelle église qu'il avait contribué à faire édifier en présence des évêques de Bayeux, Évreux, Lisieux, Sées, Le Mans et de nombreux seigneurs normands, français et anglais. Herluin meurt en 1078 et Anselme lui succède comme abbé du Bec jusqu'à ce qu'il succède, en 1093, à Lanfranc à l'archevêché de Cantorbéry.
vignette|left|upright=0.8|Anselme de Cantorbéry. Sous la direction de Lanfranc puis d'Anselme, l'enseignement du trivium et du quadrivium à l'école du Bec a gagné une réputation de qualité Histoire culturelle de la France. Tome 1, , qui a fait venir pendant un demi-siècle, des élèves Dom Rivet, Histoire littéraire de la France, , .. Si le sanctuaire normand possède aussi des chaires de théologie, d'écriture sainte, de droit canon et civil, il se différencie des autres communautés scolaires de cette époque par l'importance donnée par ses deux premiers écolâtres à la littérature, la mettant presque autant à l'honneur que les disciplines monastiques. Lorsque Baudri de Bourgueil visite l'abbaye, il loue . Un vanté également par l'abbé Porrée dans son Histoire de l'abbaye du Bec, et que Bernard Gicquel attribue aux trois fondateurs de l'abbaye — Herluin, Lanfranc, et Anselme — ayant respectivement apporté la , la et la . À l'enseignement de la scolastique, s'ajoute la participation de l'abbaye aux controverses théologiques de son temps telle celle sur la nature de l'eucharistie où Lanfranc défend, contre Bérenger de Tours, le principe de la présence substantielle et non seulement spirituelle du corps et du sang du Christ dans l'hostie et le vin, tandis qu' Anselme dénonce le nominalisme de Roscelin de Compiègne. Autre trace de cette activité intellectuelle, l'écriture très probable dans cette enceinte, vers 1050, de la Chanson de saint Alexis et plus tard de la Chanson de Roland par TuroldBernard Gicquel, Généalogie de la Chanson de Roland, éditions Publibook, 2003, . La musique y est également pratiquée.
La prestigieuse école forme des auteurs de la pensée ecclésiastique, des acteurs du monachisme normand, des réformateurs de l'Église d'Angleterre… Ainsi, on compte parmi ses élèves : le futur pape , Guillaume Bonne-Âme, archevêque de Rouen, Yves, évêque de Chartres, les évêques de Rochester Ernost, Gundulf et Ernulf, Foulques, évêque de Beauvais, Turold d'Envermeu, évêque de Bayeux, Guillaume, abbé de Cormeilles, les premiers abbés de Lessay Roger et Geoffroy, Henri, abbé de la Bataille, Richard, abbé d'Ely, Richard, abbé de Sainte-Vaubourg, Lanfranc, neveu de l'écolâtre, abbé de Saint-Wandrille, Anselme, abbé d'Anchin, Lanfred, abbé de Saint-Wulmer, William, écolâtre de Bamberg, moine de Fulda et abbé de Mersebourg, Henri, doyen de Cantorbéry, Bernard, abbé du Mont-Saint-Michel, Durand, Guillaume, Normand, abbés d'Ivry, Jean, abbé de Saint-Sabas et Jean, abbé de Telese, en Italie, ou encore les théologiens Anselme de Laon et GuitmondHistoire de l'abbaye du Bec, ..
: déclin intellectuel et enrichissement foncier vignette|redresse=0.7|Sceau de l'abbaye : Germain Demay, Inventaire des sceaux de la Normandie, Impr. nationale, 1881. ..
Avec la conquête de l'Angleterre en 1066 par le duc Guillaume de Normandie, les barons concèdent à l'abbaye maints domaines en Angleterre : ainsi le village de Tooting Bec, aujourd’hui dans la banlieue londonienne, tient-il son nom de ce que l’abbaye en possédait les terres« L'Abbaye du Bec Hellouin », Normandie gîte..
Appelé en 1093 à l'archevêché de Cantorbéry, Anselme choisit pour lui succéder Guillaume de Montfort-sur-Risle, prieur de Poissy qui avait passé au Bec. De 1077 à 1106, le Bec enregistre la fondation de onze prieurés, aussi bien en Normandie qu'en Île-de-France et en Angleterre. L'aristocratie est très impliquée dans le développement du Bec, tant au niveau le plus élevé avec les ducs de Normandie et les rois de France, qu'au niveau des familles qui gravitent dans l'entourage des précédents ou de la petite aristocratie qui dote le Bec de terres, de fours, de moulins et d'églises dans le voisinage de l'abbayeAspects du monachisme en Normandie (), actes du colloque scientifique de l'« Année des abbayes normandes », Caen, 18—, Paris, 1982, Librairie philosophique J. Vrin. . On trouve notamment parmi ses bienfaiteurs les noms de Richard de Bienfaite, Henri d'Eu, ou Guillaume de Breteuil, qui entre 1087 et 1096, octroie un péage et une coutume à l'abbaye, et où signe comme témoin aux côtés de Robert Courteheuse..
L'école du Bec perd de son rayonnement au début du en raison du départ d'Anselme pour Cantorbéry et de plusieurs de ses compagnons pour l'Angleterre ainsi que de l'affaiblissement des écoles monastiques au profit des écoles urbaines, en particulier celles de ParisM. Lenormant in Séance publique du 13 août 1846, Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie, vol. 17, 1847. Tandis que le nombre des moines sur place diminue au profit des prieurés donnés ou fondés sous l'autorité de la communauté, « il n'y a plus au Bec ni philosophe, ni théologien » au milieu du . Jusqu'à la fin du siècle, l'abbaye poursuit toutefois sa tradition scolaire et intellectuelle, accueillant en ses murs le chroniqueur Robert de Torigni et les poètes Étienne de Rouen et Pierre de Dives, et sa réputation attire toujours de nouveaux frères à l'instar du roi et de son fils, le futur , qui s'affilie au Bec sous l'abbatiat de Guillaume.