thumb|Louis Blanc au Luxembourg. La Commission du Luxembourg, qui a siégé au Palais du Luxembourg à Paris au printemps 1848, du au , a été chargée de réfléchir et de proposer une nouvelle organisation du travail afin d'améliorer le sort des travailleurs. Sous la présidence de Louis Blanc, elle a mis en œuvre, pendant quelques mois, son plan d'Organisation du travail dont l'exemple le plus marquant a été l'atelier social. Véritable parlement du Travail, cette assemblée, démocratique et représentative dans sa composition, a été à l'origine d'un projet de loi sur le travail.
En d'autres termes, la Commission du Luxembourg a été créée pour résoudre la principale question sociale : le chômage. Les Ateliers nationaux sont la solution pour donner du travail à des chômeurs ; des milliers d'ouvriers sont employés à des grands travaux publics d'infrastructures. Néanmoins ils seront supprimés deux mois plus tard en raison de leur coût trop élevé.
Contextualisation
Lorsque la première version de l'Organisation du travail est publiée à la fin de l’année 1839, elle rencontre un large public et fait de Louis Blanc automatiquement en 1848 le chef de file des revendications des travailleurs« La vraie idole, le vrai maître populaire de l’époque était Louis Blanc avec son ouvrage L’Organisation du travail (…). Très peu d’hommes jouirent d’une popularité telle que la sienne ; peu de livres ont eu un succès pareil (…). Chaque année il en paraissait une nouvelle édition, et celle de 1848 était la cinquième. » (TCHERKESOFF, W., Précurseurs de l’Internationale, Bibliothèque « temps nouveaux », Paris, 1899, p. 91.). Or, une fois au pouvoir , c’est sans secousses qu’il cherche à opérer une révolution sociale. Le calme et le retour à l’ordre sont ses priorités.
Toutefois, les membres du gouvernement provisoire ne comprennent pas (Lamartine en particulier) l’organisation du travail et approuvent encore moins l’idée de créer un ministère du travail faisant la promotion des ateliers sociaux (associations industrielles à but lucratif qui, parce qu’elles partagent les bénéfices à égalité entre les associés, respectent le droit du travail et bénéficient d’emprunts gratuits par l’État).
L’idée est alors de proposer à Louis Blanc le minimum garantissant son adhésion. Il demande un ministère du travailNotons qu’il refera une demande de création d’un ministère du travail le 10 mai 1848 à l’Assemblée nationale. BLANC Louis, DP, op.cit., p. 9-16. Dans ce discours Louis Blanc se justifie aussi de la calomnie dont il a été victime. Par ailleurs, pour une histoire du ministère du travail voir TOURNERIE Jean-André, Le Ministère du travail (Origines et premiers développements), Thèse de droit, Paris, 1968., et après négociation, le Gouvernement Provisoire lui confie la présidence d’une commission pour les travailleurs, aussi nommée commission du Luxembourg. Il refuse d’abord cette présidence, faute de budget et donc de pouvoir, mais il finit par l’accepter au nom de la paix civile et pour le compte du socialisme. « Au lieu de satisfaire à leurs demandes, le Gouvernement établit la Commission du Luxembourg avec, à sa tête, Louis Blanc et Albert, commission qui n'avait ni budget ni pouvoir exécutif. » (SLYKE Gretchen van, « Dans l'intertexte de Baudelaire et de Proudhon : pourquoi faut-il assommer les pauvres ? », Romantisme, vol. 14, n° 45, 1984, p. 59.). Cette avancée est néanmoins importante car elle permet l’organisation d’un mouvement ouvrier qui, depuis la loi Le Chapelier, était interditeBRUAND Françoise, « La Commission du Luxembourg en 1848 », in DEMIER Francis (dir.), Louis Blanc : Un socialiste en république, Paris, Céraphis, 2005, p. 107. C’est en ce sens que Louis Blanc vient jouer un rôle particulièrement important de modération et d’organisation de la classe ouvrière après les évènements de BRUAND Françoise, « La Commission du Luxembourg en 1848 », in DEMIER Francis (dir.), Louis Blanc : Un socialiste en république, Paris, Céraphis, 2005, p. 107-131.. Il lance d’ailleurs, lors de son premier discours à la commission pour les travailleurs du Luxembourg, un appel au « calme »« Citoyens travailleurs, la Commission de gouvernement, instituée pour préparer la solution des grands problèmes qui vous intéressent, s’étudie à remplir sa mission avec une infatigable ardeur. Mais, quelque légitime que soit votre impatience, elle vous conjure de ne pas faire aller vos exigences plus vite que ses recherches. Toutes les questions qui touchent à l’organisation du travail sont complexes de leur nature. Elles embrassent une foule d’intérêts qui sont opposés les uns aux autres, sinon en réalité, du moins en apparence. Elles veulent être abordées avec calme et approfondies avec maturité. Trop d’impatience de votre part, trop de précipitation de la nôtre, n’aboutiraient qu’à tout compromettre. L’Assemblée nationale va être incessamment convoquée. Nous présenterons à ses délibérations les projets de loi que nous élaborons en ce moment, avec la ferme volonté d’améliorer, moralement et matériellement, votre sort, projets de loi, d’ailleurs, sur lesquels vos délégués sont appelés à donner leur avis… » (Le Moniteur du 5 mars 1848 et aussi . et à la « maturité »Le Moniteur du 5 mars 1848 et aussi . au peuple rassemblé.
Néanmoins, pourquoi Louis Blanc demande-t-il, dès les toutes premières séances du Gouvernement Provisoire, la création d’un ministère du progrès dont la mission unique serait de garantir le droit au travail ? Dans son esprit, l’homme, en naissant, a un doit naturel à vivre, et la réunion des hommes en société est l’unique conséquence de l’application de ce droit. La légitimité a originelle de l’État est de garantir la survie de ses membres. En ce sens, s’il existe un droit naturel à vivre, c’est à la société de le garantir par un ensemble de règles adaptées à la situation économique. Le contrat social politique de Rousseau a été la première étape sur ce chemin; à présent un nouveau type de contrat social économique doit être proposé à ceux qui souhaiteraient sortir du système concurrentiel - de l’état de nature économique - de l’époque.
Garantir aux membres de la société leur droit à vivre dans nos sociétés modernes passerait alors par le droit du travail. Louis Blanc y consacre tout un système que l’on peut résumer en un mot : l’Association. C’est selon lui la clef de voûte permettant la justice et la paix sociale car « les intérêts sont solidaires »BLANC L., « Discours du 26 avril 1848 », Révolution de Février au Luxembourg, Michel Lévy, Paris, 1849, p. 87. tant les interdépendances économiques vont croissantes. C’est la conséquence de la révolution industrielle. Dès lors, la problématique de Louis Blanc dans toute son œuvre se dessine : comment faire en sorte qu’il existe dans notre société un système permettant le dynamisme, vecteur de « progrès »Entendu comme l’émancipation physique, morale et intellectuelle de tous ainsi que le plein exercice de la Liberté., et de l’autre côté des garanties minimisant les injustices ? Pour Louis Blanc, la réponse est par une institution : le ministère du travail. Lorsque la révolution de février est principalement une révolution sociale rassemblant côte à côte des ouvriers et des bourgeois - car les intérêts sont liés face à la monarchie financière de Louis Philippe - finalement, le grand vainqueur semble être la haute bourgeoisie qui, une fois la monarchie mise à mal, marque un retour à l’ordre en juin avec la répression des émeutes dans le sang par le général Cavaignac. En somme, lorsque la conjugaison des efforts s’opère d’une façon très harmonieuse en février, les événements de juin et le retour à l’ordre viennent sonner le glas de l’idéologie socialiste. À présent, pendant que les malheureux du monde s’entretuent dans la concurrence, c’est sans aucune contrainte institutionnelle que les prétentions hégémoniques de l’oligarchie financière peuvent s’exprimer. Les analyses d’avril sont alors toujours pertinentes après juin car, « à l’ancienne féodalité territoriale et militaire a succédé une féodalité financière (…) qu’il s’agit de détruire au nom de la solidarité humaine, c’est-à-dire au profit de tous, de tous sans exception »BLANC L., « Discours du 26 avril 1848 », op.cit., p. 88..
Dans l’esprit des révolutionnaires de , reconnaître le droit au travail passe logiquement par sa réorganisation. La tendance organisatrice du mouvement populaire prenant une forme concrète, avec un projet clairement établi (organisation du travail, ministère du travail): il est temps de faire droit au nouveau souverain. Non seulement ce dernier précise la ligne de conduite à tenir par le Gouvernement Provisoire, mais il est aussi lucide face à la difficulté des réformes à mettre en place. Aussi, de façon à dire au pouvoir que l’amélioration du sort des classes souffrantes doit être désormais la plus ardente de ses préoccupations et conscients des sacrifices que cela engage, les ouvriers «offrirent trois mois de misère au service de la République ». pour engager, sans secousse, la Révolution sociale souhaitée. Le gouvernement provisoire né de la victoire du peuple devrait avoir, selon les ouvriers, comme priorité l’amélioration du sort des salariés et des entrepreneurs en faillite, des travailleurs qui ont des conditions de vie déplorables. La rue est dans l’attente de la création immédiate de ce nouvel organe, le ministère du travail« Le principe proclamé, restait à lui donner vie, par la création immédiate d’un ministère dont ce fut là l’objet spécial. Et le peuple ne l’entendait pas autrement. » .. Louis Blanc n’hésite pas à se prononcer pour qu’on fasse droit au vœu du souverain populaire : unique mission justifiant la présence des membres du gouvernement provisoire au pouvoir.
« La Révolution venait de révéler le vrai souverain, et ce souverain, le Prolétariat, le retenait esclave : que tardait-on à le reconnaître ? Créer un ministère qui fut celui de l’avenir, remplacer par une organisation fraternelle du travail l’anarchie qui couvait sous son vaste désordre l’oppression de la multitude et faisait hypocritement porter à son esclavage les couleurs de la liberté, voilà ce qui était à faire. »
Du ministère du travail à la Commission de gouvernement pour les travailleurs
Cette idée d’un ministère du Travail rencontre une vive opposition au sein du gouvernement et est finalement repoussée principalement en raison de l’opposition de LamartineSur Lamartine : « M. de Lamartine, fort peu versé dans l’étude de l’économie politique, et à qui l’on avait fait peur des idées nouvelles comme on fait peur aux enfants de quelque châtiment fantastique » . qui ne « comprenait pas l’organisation du travail » . Au fond, la création de la commission du Luxembourg est en premier lieu un expédient politique destiné à faire face aux nécessités présentes, et en second lieu une sorte de complot organisé par la majorité dans le but de montrer l’inanité des revendications ouvrières et de ruiner la popularité de Louis Blanc. Pour eux, ses théories vont être réduites à néant par l’exposition nette des voies et des faits praticables tout en détournant l’attention des ouvriers.
Naissance de la commission du Luxembourg
La commission du gouvernement pour les travailleurs dite commission du Luxembourg, du nom de son lieu de réunion, est instituée par le décret du rendu par le Gouvernement Provisoire au lendemain de la proclamation de la République.
« Considérant que la révolution faite par le peuple doit être faite pour lui : Qu’il est temps de mettre un terme aux longues et iniques souffrances des travailleurs ; Que la question du travail est d’une importance suprême ; Qu’il n’en est pas de plus haute, de plus digne des préoccupations d’un gouvernement républicain ; Qu’il appartient surtout à la France d’étudier ardemment et de résoudre un problème posé aujourd’hui chez toutes les nations industrielles de l’Europe ;