Les rites maçonniques égyptiens forment une famille de rites maçonniques nés au début du , dans le sillage de la campagne d'Égypte. Les rites de Memphis Misraïm illustrent la présence, dans la franc-maçonnerie, de l'ancestral thème des mystères de l'Égypte antique et de ses temples, qui a entre autres donné naissance à d'importants édifices de hauts grades. Quatre rites écrivent l'histoire de la maçonnerie égyptienne : le Rite de Misraïm, le Rite de Memphis, le Rite de Memphis et Misraïm issu de leur fusion à l'époque de Giuseppe Garibaldi et le Rite de Memphis-Misraïm, tel que rénové par Robert Ambelain. Si la pratique de ces rites véhicule un hermétisme certain, les « maçons d'Égypte » ont été au , d'ardents révolutionnaires et d'impétueux républicains - à l'instar de Garibaldi, qui occupa les plus hautes fonctions du rite en Italie.

Réformés par Robert Ambelain en 1960, les rites égyptiens se sont singularisés par l'importance accordée à l'occultisme, au sein du duquel naît notamment la « haute philosophie ». La hiérarchie initiatique que présentent les rites, propose à l'initié l'étude de mythes et symboles, intimement liés aux contrées du Nil. La particularité des rites égyptiens s'affirme également par le mode de transmission utilisé. Toujours partagés par de nombreuses obédiences, de manière minoritaire et au sein de structures souvent éphémèresVoir le chapitre "Obédiences actuelles" ainsi que la liste d'obédiences maçonniques, les rites ne demeurent pas moins perpétués.

thumb|upright=1.2|Sculpture de Sphinx devant le temple maçonnique de Santa Cruz de Tenerife, dans les Îles Canaries.

Histoire

L'origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte à plus de 200 ans. Ces rites revendiquent une première filiation, venant d'un Rite primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l'existence n'a jamais été historiquement démontrée. Ils se réclament aussi du Rite primitif des Philadelphes à Narbonne en 1779.

Cependant leur histoire est plus complexe. Ceci est dû principalement à une triple particularité : la légitimité maçonnique y est réputée provenir principalement de la transmission de pouvoirs de dirigeant à dirigeant, via des documents appelés « chartes », leurs dirigeants étaient, jusqu'à la scission de 1998, tous nommés à vie, leur pratique ayant toujours été extrêmement minoritaire dans la maçonnerie mondiale, la littérature les concernant est moins fournie et moins facilement accessible que pour d'autres rites.

Les origines

thumb|upright|left|Athanasius Kircher, égyptologue auteur de l' « Oedipus aegyptiacus » en 1652.

Plusieurs rites ou ordres initiatiques ont existé en France à la fin du . Ils se présentaient comme héritiers de divers courants mystiques non maçons beaucoup plus anciens. C'est le cas, par exemple, en 1767 des , en 1780 du , en 1785 du , en 1801 de l' et en 1806 des ..

thumb|upright|Portrait de Joseph Balsamo, dit Alessandro Cagliostro - fondateur d'un rite dans les années 1780 de « la haute maçonnerie égyptienne ». thumb|upright|Le Général Bonaparte et son état-major en Égypte par Jean-Léon Gérôme, 1867. C'est à la suite de la campagne d'Égypte, que l'égyptomanie se développa le plus dans la franc-maçonnerie. Ces rites s'inspirent de ce qu'ils appellent la « tradition égyptienne », et consistent en une association de traditions et de textes, tels qu'ils sont compris à cette époque. C'est le cas, par exemple, du « Séthos » de l'abbé Jean Terrasson (1731), l' « Oedipus aegyptiacus » d'Athanasius Kircher (1652) et du « Monde primitif » d'Antoine Court de Gébelin (1773). La Kabbale judéo-chrétienne, l'hermétisme néoplatonicien, l'ésotérisme, les traditions chevaleresques et autres trouvent également là une source naturelle d'expression.. Cagliostro, par exemple, constitue ainsi un rite aux inspirations surtout théurgiques et magiques sans lien avec une tradition égyptienne et nomme sa création dans les années 1780, « rite de la haute maçonnerie égyptienne »..

Mais, c'est notamment au début du , à la suite de la campagne d'Égypte, que l'égyptomanie se développe le plus dans la franc-maçonnerie comme dans l'ensemble de la société française.

Au Rite de Misraïm ou égyptien La première loge française de Misraïm (Misraïm signifiant « Égypte » en hébreu) bien attestée fut fondée en 1814-1815 à Paris par les trois frères Marc, Michel et Joseph Bédarride., cadres moyens de l'armée impériale en Italie., qui ramenaient ce rite de Naples. Dans l'état actuel des recherches historiques, il semble que ce rite soit apparu dans la république de Venise, peut-être à partir d'une patente délivrée par Joseph Balsamo, avant de commencer son développement dans les loges franco-italiennes du royaume de Naples. Il est possible qu'il ait eu des sources dans les milieux maçonniques férus d'ésotérisme du Comtat Venaissin où le père des frères Bédarride aurait été initié vers 1771-1773.

Il semble que le système et les chartes des frères Bédarride aient convaincu divers maçons, dont Thory et le Comte Muraire, qui les mirent en relation avec d'autres maçons du rite écossais. Quelques autres loges furent créées, mais les frères Bédarride, réduits au chômage avec la fin de l'Empire et n'ayant pu réussir à se reconvertir dans la parfumerie, commencèrent à vivre de la diffusion de leur rite, ce qui poussa quelques frères à s'en retirer et à demander en 1816, sans succès, leur admission au sein du « Grand Consistoire » du Grand Orient de France..

Le rite de Misraïm poursuivra son histoire avec des hauts et des bas jusqu'en 1822, date à laquelle, ayant été utilisé comme couverture par des réseaux politiques libéraux et républicains, il fut interdit par la police de la Restauration. Celle-ci ferma la dizaine de loges qui le composaient et confisqua une grande partie de ses archives, qui se trouvent en partie aujourd'hui aux Archives nationales.. En 1831, le rite obtint de la Monarchie de Juillet le droit de se reconstituer, mais seules quatre loges parisiennes y parvinrent. gauche|vignette|Témoignage stéréoscopique datant de 1867 de lEgyptian hall, dans le temple maçonnique de Boston. Le frère Morrison (1780-1849) joua également un rôle notable dans l'histoire de ce rite. Originaire d'Écosse, ancien médecin militaire des armées britanniques pendant les guerres napoléoniennes, il s'établit à Paris en 1822. Passionné par les hauts grades maçonniques, il fut dignitaire de tous les systèmes de hauts grades existant à l'époque à Paris et contribua à la reconstitution du rite.

Entre les années 1848 et 1862, le rite de Misraïm traversa une crise. Michel Bédarride ayant un comportement très contesté à plusieurs reprises en ce qui concernait son administration jugée autoritaire et sa gestion financière jugée peu orthodoxe, quelques frères quittèrent l'obédience et, ne pouvant créer une autre structure, entrèrent au Grand Orient de France où ils ouvrirent entre autres, la loge « Jérusalem des Vallées Égyptiennes ». En 1858, le Grand maître du Grand Orient de France fit savoir que les frères de Misraïm ne pouvaient être reçus en visite dans les loges du Grand Orient de France.

Michel Bédaride transmit avant sa mort, en 1856, la charge de diriger l'ordre à Hayère auquel succédèrent Girault en 1876, Osselin père vers 1884, puis Jules Osselin en 1887.. Ce dernier ferma la Grande loge Misraïmite en 1899.

En 1889, le Rite de Misraïm placé sous la juridiction française comptait trois loges à Paris, huit en province, deux à New-York, une à Buenos-Aires et une à Alexandrie. À celles-ci, il convenait d'ajouter les loges de la juridiction italienne qui était alors indépendanteArchive sur archive.is..

Le Grand collège des Rites du Grand Orient de France accorda ensuite une reconnaissance officielle au Souverain Sanctuaire de Memphis aux États-Unis. Sous la grande maîtrise de Seymour, celui-ci ouvrit d'assez nombreuses loges non seulement aux États-Unis, mais aussi dans différents pays du monde. Il fonda en particulier un souverain sanctuaire pour la Grande-Bretagne et l'Irlande, dont John Yarker était le grand-maître. En 1881, Yarker procéda à un échange de chartes avec le rite réformé de Misraïm de Pessina, sous l'Égide de Giuseppe Garibaldi, qui devint « Grand Hiérophante » des deux rites réunis, « Memphis et Misraïm ». À la mort de celui-ci, Yarker lui succéda.. vignette|Giuseppe Garibaldi, « Grand Hiérophante » en 1881 des deux rites réunis, « Memphis et Misraïm ». En France, le docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l'Ordre martiniste et adversaire du Grand Orient de France, s'intéressait à la tradition maçonnique ésotérique. Après avoir sans succès demandé son admission à la Grande Loge Misraïmite et à la Grande Loge de France, il obtint de John Yarker une patente lui permettant d'ouvrir une loge au rite Swedenborgien. En 1906, il obtint de Yarker l'autorisation de constituer une Grande Loge et en 1908, Théodore Reuss l'autorisa à ouvrir en compagnie de Teder la loge « Humanidad » qui devient lAntique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France. Il en devint le grand-maître. Lui succédèrent Teder (de 1916 à 1918), puis Jean Bricaud (de 1918 à 1934), Constant Chevillon (de 1934 à son assassinat en 1944 par la Milice française), Henri-Charles Dupont (de 1945 à 1960), Robert Ambelain (de 1960 à 1986), Gérard Kloppel (de 1986 à 1998). En 1998, l'organisation a implosé en de multiples groupes, chacun revendiquant la légitimité.

Rite de Memphis ou oriental

Le Rite de Memphis nait peu avant 1838, sous l'influence de Jean Étienne Marconis de Nègre (1795-1868). Exclu du rite de Misraïm, il fonda en 1838, l'Ordre de Memphis dont il devint le grand maître et grand hiérophante. Son rite ne compte jamais plus de cinq ou six loges au . Cependant, il l'implante aussi aux États-Unis, en Roumanie et en Égypte. En 1841, sur la dénonciation des frères Bédarride, son rite est interdit en France sous l'accusation d'afficher des sympathies républicaines..

En 1862, répondant à l'appel du Maréchal Magnan, grand maître du Grand Orient de France, pour l'unité de l'ordre maçonnique en France, Marconis de Nègre propose la réunion de son rite à l'obédience, ce qui est fait la même année : les loges qui composent alors l'obédience se réunirent au Grand Orient de France.

Au Antique et primitif Rite oriental de Memphis-Misraïm En France, le docteur Gérard Encausse (dit Papus), fondateur de l'Ordre martiniste et adversaire du Grand Orient de France, s'intéresse à la tradition maçonnique ésotérique. Après avoir sans succès demandé son admission à la Grande Loge Misraïmite et à la Grande Loge de France, il obtint de Yarker une patente lui permettant d'ouvrir une loge au rite Swedenborgien. En 1906, il obtient de Yarker l'autorisation de constituer une Grande Loge et en 1908, Théodore Reuss l'autorise à ouvrir en compagnie de Teder la loge « Humanidad » qui devient l'Antique et Primitif Rite Oriental de Memphis-Misraïm en France. Il en devint le Grand Maître. Lui succédent Teder (de 1916 à 1918), puis Jean Bricaud (de 1918 à 1934), Constant Chevillon (de 1934 à son assassinat en 1944 par la Milice française), Henri-Charles Dupont (de 1945 à 1960).

Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm thumb|upright|left|Robert Ambelain prend la direction du rite en 1960 et en réformera les rituels en profondeur. Robert Ambelain, ayant pris la direction du rite en 1960, en réformera les rituels en profondeur et renommera son obédience du nom de « Grande Loge française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm ». Il transmettra sa succession à Gérard Kloppel en 1985.

L'éclatement de la Grande Loge Française du Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm