Henry Knox, né le à Boston (Province de la Baie-du-Massachusetts) et mort le à Thomaston (District du Maine), est un libraire, militaire et homme politique américain, considéré comme l'un des Pères fondateurs des États-Unis. Officier de l'Armée continentale pendant la guerre d'indépendance américaine, il devient l'un des principaux généraux de George Washington et sert comme commandant de l'artillerie dans l'ensemble de ses campagnes.
À la fin du conflit, Knox dirige le département de la Guerre sous les Articles de la Confédération de 1785 à 1789 avec le titre de secrétaire de la Guerre. Après l'adoption de la Constitution des États-Unis, il est nommé par Washington premier secrétaire à la Guerre des États-Unis, fonction qu'il occupe de 1789 à 1794. À ce titre, il supervise l'organisation de l'armée permanente, la mise en place de fortifications côtières, la création d'arsenaux fédéraux et la conduite des opérations militaires dans le Nord-Ouest, tout en étant officiellement chargé des relations avec les nations amérindiennes.
Henry Knox est également connu pour l'expédition Knox, au cours de laquelle il organise, durant l'hiver 1775-1776, le transport de lourdes pièces d'artillerie depuis le fort Ticonderoga jusqu'aux lignes américaines devant Boston, permettant la fortification de Dorchester Heights et le retrait de la flotte britannique. Il joue un rôle central dans la création de la Société des Cincinnati, fraternité héréditaire d'anciens officiers de l'armée continentale, dont il rédige l'acte fondateur en 1783.
Démissionnant du gouvernement en 1795, au moment où circulent des rumeurs de spéculation sur des contrats publics, Knox se retire à Thomaston, dans le district du Maine. Il y investit massivement dans l'élevage, la construction navale et la spéculation foncière, bâtissant un vaste domaine financé en grande partie par l'emprunt. Il meurt en 1806, au moment même où sa situation financière commence à se redresser. Plusieurs villes, comtés et installations militaires, dont le Fort Knox dans le Kentucky, ainsi que le fort Knox dans le Maine, ont été nommés en son honneur.
Situation personnelle Origines familiales Henry Knox naît le à Boston, dans la province de la Baie-du-Massachusetts, alors en Amérique britannique, dans une famille de Scots d'Ulster immigrés originaires de Derry, en Irlande, installés à Boston depuis 1729Vues anciennes de la ville de Boston par Stark en 1901.. Son père, William Knox, est charpentier de marine ; à la suite de revers financiers, il quitte la famille pour Sint Eustatius, dans les Antilles néerlandaises, où il meurt en 1762 pour des causes inconnues.
Études et formation gauche|vignette|Annonce de 1771 pour la librairie de Knox, gravée par Nathaniel Hurd. Henry est admis à la prestigieuse Boston Latin School, où il étudie le grec, le latin, l'arithmétique et l'histoire européenne. Aîné des fils encore présents au foyer au moment de la mort de son père, il quitte toutefois l'école à neuf ans pour devenir commis dans une librairie et subvenir aux besoins de sa mère. Le propriétaire de la boutique, Nicholas Bowes, devient une sorte de père de substitution pour le garçon et lui permet de lire librement les ouvrages des rayonnages. Knox apprend ainsi le français, découvre la philosophie, les mathématiques avancées, les récits de guerres antiques et les grands traités militaires. Parallèlement, il fréquente les rues populaires de Boston et s'illustre dans les bagarres de quartier. Impressionné par une démonstration militaire, il rejoint à 18 ans une compagnie d'artillerie locale appelée The Train.
Carrière de libraire vignette|Annonce de la librairie de Knox dans le Boston News Letter, 1771.|droite
Le , Knox est témoin du Massacre de Boston. Selon son témoignage, il tente de calmer la foule et d'inciter les soldats britanniques à regagner leurs quartiers. Il dépose ensuite au procès des soldats, dont la plupart sont acquittés.
En 1771, il ouvre sa propre librairie, la London Book Store, sur Cornhill, à BostonBoston News Letter, August 15, 1771. La boutique devient rapidement, selon un contemporain, .. Knox entretient des relations suivies avec des fournisseurs britanniques comme Thomas Longman et se constitue une clientèle aisée, tout en continuant à se former en autodidacte en matière de stratégie et d'artillerie. Ses affaires sont cependant touchées par le Boston Port Bill et le boycott des marchandises britanniques qui suit le Boston Tea Party. Proche des Fils de la Liberté, Knox soutient l'opposition coloniale aux politiques jugées tyranniques du Parlement de Grande-Bretagne. Il sert notamment de garde pour empêcher le déchargement du thé de la Dartmouth avant le Boston Tea Party et refuse en 1774 une cargaison de thé envoyée par le loyaliste new-yorkais James Rivington.
Vie privée Le , à 24 ans, il épouse (1756-1824), fille d'une riche famille loyaliste de Boston, malgré l'opposition de ses parents en désaccord avec les opinions politiques de Knox.
Lectrice passionnée, Lucy a rencontré Henry dans sa librairie l'année précédente.. Son frère sert dans l'armée britannique et la famille tente un temps de convaincre Henry de rejoindre le camp royaliste, sans succès. Les parents de Lucy la désavouent après le mariage et quittent définitivement Boston avec les troupes britanniques en 1776. Le couple, très uni malgré les longues séparations dues à la guerre, entretient une correspondance nourrie.. Sur les treize enfants nés de leur union, seuls trois atteignent l'âge adulte.
Carrière militaire Siège de Boston
La guerre éclate avec les batailles de Lexington et Concord le . Henry et Lucy Knox quittent alors secrètement Boston, et il rejoint l'armée de milice qui assiège la ville. Sa librairie abandonnée est pillée et tout son stock détruit ou volé. Il sert sous les ordres du général Artemas Ward, mettant à profit ses connaissances en génie pour aménager des fortifications autour de la ville. Il dirige le feu de l'artillerie américaine lors de la bataille de Bunker Hill. Lorsque le général George Washington arrive en pour prendre le commandement de l'armée, il est impressionné par le travail accompli par Knox. Les deux hommes sympathisent rapidement, et Knox commence à fréquenter régulièrement Washington et les autres généraux de la nouvelle Armée continentale. Knox ne possède alors aucune commission officielle, mais John Adams s'emploie au Second Congrès continental à lui faire obtenir le grade de colonel du régiment d'artillerie. Pour renforcer sa candidature, Knox écrit à Adams que , chef plus âgé de l'artillerie sous les ordres de Ward, est en mauvaise santé et peu apprécié de ses hommes.
thumb|upright=1.2|left|Henry Knox surveillant l'artillerie de l'armée continentale allant au siège de Boston lors de l’expédition Knox. Au fil du siège, l'idée s'impose que les canons récemment capturés lors de la prise des forts de Ticonderoga et de Crown Point, dans le nord de l'État de New York, pourraient avoir un impact décisif sur l'issue de l'affrontement. Knox est généralement crédité de cette suggestion auprès de Washington, qui le charge d'une expédition pour aller récupérer les pièces, alors même que sa commission officielle n'est toujours pas arrivée. Arrivé à Ticonderoga le , Knox lance ce qui sera connu sous le nom d'expédition Knox, acheminant environ 60 tonnes de canons et de munitions sur près de de rivières gelées et de montagnes enneigées des Berkshires jusqu'aux lignes américaines devant Boston..
La région étant peu peuplée, Knox rencontre de grandes difficultés pour recruter des conducteurs et des animaux de trait. À plusieurs reprises, des canons passent au travers de la glace en franchissant des rivières, mais les hommes parviennent chaque fois à les récupérer. Ce que Knox pensait accomplir en deux semaines prend finalement plus de six semaines, et il ne peut annoncer l'arrivée du convoi d'artillerie à Washington que le Drake (1873), p. 23. L'historien Victor Brooks décrit cette opération comme « l'un des plus stupéfiants exploits logistiques » de toute la guerre, et l'effort de Knox est commémoré par une série de plaques le long du Henry Knox Trail dans l'État de New York et le Massachusetts..
Les canons sont aussitôt déployés sur les hauteurs de Dorchester récemment occupées par les Américains. La position domine tellement le port de Boston que les Britanniques sont contraints de retirer leur flotte vers Halifax. Une fois le siège levé, Knox se voit confier l'amélioration des défenses des colonies du Connecticut, de Rhode Island et de la Province de New York, en prévision d'une nouvelle offensive britannique. À New York, il se lie d'amitié avec Alexander Hamilton, commandant local de l'artillerie, ainsi qu'avec le général du Massachusetts Benjamin Lincoln.
Campagne de New York et du New Jersey Knox accompagne l'armée de Washington pendant la campagne de New York et du New Jersey, participant à la plupart des grands engagements qui aboutissent à la perte de New York au profit des Britanniques. Il échappe de peu à la capture après le débarquement de Kips Bay par les troupes britanniques, ne réussissant à regagner les lignes de l'Armée continentale que grâce à l'aide d'Aaron Burr. Il est responsable de la logistique lors de la traversée critique du Delaware qui précède la bataille de Trenton du . Malgré la glace et le froid, et grâce au soutien des Marbleheaders ( régiment continental) de John Glover, il parvient à faire passer hommes, chevaux et artillerie sans perte à travers le fleuve. Après la bataille, il ramène le même détachement, ainsi que des centaines de prisonniers, des approvisionnements capturés et toutes les embarcations, de l'autre côté du fleuve avant la fin de l'après-midi du . Pour cette action, Knox est promu brigadier général et placé à la tête d'un corps d'artillerie porté à cinq régiments. L'armée franchit à nouveau le Delaware quelques jours plus tard pour revenir défendre Trenton ; Knox est présent lors de la bataille d'Assunpink Creek le et le lendemain à la bataille de Princeton.
thumb|right|Des hommes déchargent des canons derrière Washington dans de Thomas Sully (1819, Museum of Fine Arts de Boston).
En 1777, alors que l'armée hiverne à Morristown, Knox retourne au Massachusetts pour améliorer les capacités de production d'artillerie de l'Armée continentale. Il lève un bataillon supplémentaire d'artilleurs et contribue à la création d'un arsenal à Springfield, tandis qu'un de ses subordonnés établit un second arsenal à Yorktown, en Pennsylvanie. Ces établissements demeurent des sources importantes de matériel de guerre jusqu'à la fin du conflit.
Campagne de Philadelphie Knox rejoint l'armée principale pour la campagne de Philadelphie de 1777. En juin, il apprend que le Congrès a nommé le soldat de fortune français Philippe Charles Jean Baptiste Tronson du Coudray à la tête de l'artillerie. Cette nomination provoque la colère de Knox, qui menace de démissionner, ainsi que celle de John Sullivan et Nathanael Greene, qui dénoncent une décision dictée par des considérations politiques. Washington écrit lui aussi au Congrès pour soutenir Knox le .. Du Coudray est finalement réaffecté au poste d'inspecteur général, puis meurt en en tombant de cheval dans le Schuylkill.