vignette|200px|Les armoiries de la ville de Grasse se blasonnent ainsi : D'azur à l'agneau pascal d'argent, la tête contournée, ornée d'un nimbe d'or chargé de trois tourteaux de gueules, portant une longue croix de gueules au guidon d'argent chargé d'une croix de gueules.Devise : Dei gratia consules grassae. Ces armoiries ont été attribuées à la ville en 1427..
Cet article traite de l'histoire de la cité puis ville de Grasse (en occitan provençal : , écrit Grassa selon la norme classique ou Grasso selon la norme mistralienne), une commune française, située dans le département des Alpes-Maritimes et la région Provence-Alpes-Côte d'Azur.
Histoire Préhistoire
Néolithique : premières traces d'habitations Les premières traces d’existence humaine dans le pays de Grasse datent du Néolithique. Des archéologues grassois du tels que Paul Goby, Marcellin Chiris, Adrien Ghébart ou Casimir Bottin ont décrit et étudié les vestiges d’une activité humaine remarquable : dolmens, dolmens à couloir, tombes à chambre carrée, tumuli, « bories »… mettent en évidence l’existence d’une population plus importante qu’ailleurs. Plus étrange, ils y ont découvert de grosses enceintes faites d’énormes blocs dont l’utilité reste mystérieuse et qu’ils ont appelées « Castellaras »Marcellin Chiris, Recherches sur la civilisation néolithique dans les Alpes-Maritimes.
Antiquité vignette|Le temple de Jupiter (gravure de 1838).
On trouve dans la région quelques vestiges préhistoriques, mais l'origine de Grasse est relativement obscure. La région de Grasse a été de bonne heure fertile et habitée par les Celto-Ligures avant de l’être par les Gallo-Romains..
Durant l'Antiquité, la Provence a vu de nombreuses populations la parcourir et parfois s’y installer comme les Ligures (Magagnosc) ou encore les Grecs. Quoi qu'il en soit, le territoire où se trouve Grasse est intégré à l'Empire romain, province des Alpes maritimes, dès l'an
Selon Gilette Gauthier-Ziegler on ne peut admettre l’hypothèse fantaisiste au des abbés Massa et Boyer qui font de Grasse la capitales des Oxybiens, située plus probablement de l'autre côté de l'Esterel dans la plaine de Frejus. Selon Barruol, elle serait la capitale des DéciatesBarruol, Les Peuples préromains du Sud-Est de la Gaule: étude de géographie historique., p188., bien que Vallauris soit également évoquée.
Grasse ne figure pas dans l’Itinéraire d’Antonin et n’est mentionnée dans aucun document de la période romaine. On a longtemps voulu placer à Grasse la station ad Horrea mentionnée dans l'itinéraire Antonin comme un point intermédiaire entre Antibes et Fréjus (et qui serait plus probablement Cannes), mais l'abbé Alliez a prouvé que cette voie ne passait point par Grasse et cette hypothèse est à peu près abandonnée. Cependant il semble certain qu'il y eut à Grasse un poste romain.
Quelques céramiques de l'Antiquité tardive () découvertes lors de travaux autour de la cathédrale indiquent à cette période une occupation humaine à l'emplacement de l'actuelle vieille-ville.
Grasse ayant été occupé par les Romains, on a pensé au qu'un temple dédié à Jupiter se serait élevé à la place de l’actuelle chapelle de Saint-Sauveur ou de Saint-Hilaire, mais il s'agissait plus vraisemblablement d'une église, la construction datant du ..
Les envahisseurs barbares n’eurent pas de difficulté à envahir la Provence orientale qui, après avoir été reprise par le patrice Stilicon pour l'Empire d'Occident, tomba au pouvoir des Burgondes (443), des Ostrogoths (493), des Francs (534), puis des Lombards (817).
Moyen Âge En 875, la Provence se rattache au royaume de France et Boson, nouveau roi, lui fait signer acte d’allégeance le . Grasse refuse de le signer et se détache donc de la Provence. Elle se rattache alors au royaume de Lombardie sous le règne de Charles II le Gras en 879, avant de faire son retour à la Provence au sein du royaume de Bourgogne Jurane sous Rodolphe II, au royaume d’Arles sous Rodolphe III. Dévastées par les Arabes, Grasse et sa région sont reconquises par les princes d’Arles qui donnent en fief la Ville et la moitié du territoire de l’Évêché d'Antibes à Rodoard qui avait aidé à cette libération et fondateur de la maison de Grasse, seigneurs d'Antibes.
Le nom « de Grasse » est apparu au , il fut porté pour la première fois par le petit fils de Rodoard : Guillaume Gauceran qui, dans une charte du , signa « Guillelmus de Grassa ». Cette première trace se trouve dans le Cartulaire de l’Abbaye de Saint-Victor de MarseilleCartulaire de l’Abbaye de Saint-Victor de Marseille, volume 1, Edited by Benjamin Edme Charles Guérard, Cambridge University press, 2010, page 22, Chartularium 16, « Dos Sancti Petri humus monasterii » : 15 octobre 1040 « Et Guillemus de Grassa dat unum mansum in combattu Antibolense, … » présentation en ligne). Jean-Claude Poteur, Grasse au Moyen Âge, Pouvoir et lieux de pouvoir (s) Association Historique du Pays de Grasse, Castrum Alpes-Maritimes, Édition TAC Motifs des Régions Grasse 2014, Page 17 : Au , les membres de la famille de Grasse ne sont mentionnés que par leur prénom, ce qui est habituel pour des personnages de ce rang. Une exception notable est tout de même faite par Guillaume Gauceran à Marseille en 1040, ou il choisit de se faire appeler Guillaume de Grasse. Ernest Hildesheimer, Histoire de Grasse et sa région, Édition Horvath 1984, Page 17 : Pour la première fois le nom de Grasse apparaît dans un texte le 15 octobre 1040 ... Guillaume de Grasse, ce personnage désigné ailleurs sous le nom de Guillaume Gauceran était le petit-fils de Rodoard. Gilette Gautier Ziegler, Archiviste- Paléographe, Histoire de Grasse au Moyen Âge 1155 - 1482, Édition Auguste Picard 1935, Page 6 : pendant toute la durée du , ... La ville restait aux mains des Seigneurs issus de Rodoard. Gauceran avait eu deux fils, dont l'un Aldebert, était évêque d'Antibes et dont l'autre, Guillaume Gauceran, s"intitulait prince d'Antibes, mais prenait aussi parfois le nom de Guillaume de Grasse. Émile Litschgy, Nos ancêtres les Grassois, Édition TAC Motifs 1999, Page 42 : Ce Gauceran a deux fils, ... et Guillaume Gauceran qui signera un acte du nom de Guillaume de Grasse, ce sera ainsi pour la première fois que le nom de notre ville apparaîtra dans l'Histoire. M. L. d'Armagnac Del Cer, Les vieux noms de la France méridionale et centrale, Édition L vieille France 1981, Page 455 : ... Rodoard, prince d'Antilles, père de Gauceran dont Guillaume Gauceran qui porta le nom de Grasse en 1040, .....
L’assujettissement féodal de la ville va être de courte durée. Dès 1138 on constate que Raimond de Grasse traitant avec la république de Gênes, signe un protocole au nom des seuls Antibois sans faire aucune mention des GrassoisÉmile Litschgy, Nos ancêtres les Grassois, TAC motifs, 1999, pages 41; 47 et 53.. Les Grassois abolissent le servage et la ville est dirigée par des consuls élus pour un an, au nombre de cinq. Ils représentent la ville auprès des autres républiques, des seigneurs, des villes voisines, de l’évêque, ils possèdent le pouvoir judiciaire, bien qu’assistés par des « judex consulum », ils organisent la défense de la ville, fixent les impôts et nomment les fonctionnaires de la ville. Grasse compte alors une forte population d'origine juive, peut-être andalouse comme dans le reste de la Provence et elle gardera une importante « juiverie » jusqu'au (voir Magagnosc).
En 1171, le Consulat signe un traité politique et commercial avec Gênes d’une durée de 29 ans, le premier d’une longue série qui durera près de trois siècles. En 1179, c’est avec Pise que Grasse signe un traité pour 26 ans. La ville aime commercer avec des villes indépendantes comme Gênes en exportant ou important toiles, cuirs, blé, peaux brutes, peaux tannées, vin et bétail. Le commerce maritime se faisait jusqu'au XI siècle via le port d'Arluc, dans l'estuaire de la Siagne, et qui dépendait directement de la ville via ses seigneurs. Après l'ensablement de son port, le lieu est abandonné et le trafic se reporte vers le port et le castrum du Suquet, dependant de l'abbaye de Lérins, marquant ainsi la naissance la ville de Cannes. Sa nouvelle liberté fait fleurir le commerce avec les villes voisines qui cherchaient à conclure des alliances avec les Consuls. Ainsi, en 1207, les comtes de Castellane offrent à Grasse un droit de passage et de pâturage sur leurs terres. En 1212, c’est au tour du Seigneur de Séranon de conclure les mêmes accords.
Les évêques d’Antibes s’installent à Grasse et le pape Innocent IV transporte officiellement le siège épiscopal d’Antibes à Grasse le . Le nouvel évêché grassois couvre les communes d'Antibes, Cannes, Biot, Valbonne, Roquefort, Le Rouret, Le Bar-sur-Loup, Gourdon, Caussols, Saint-Vallier et Saint-Cézaire-sur-SiagneHistoire de Grasse, fin sur le site du conseil général. Mais cette importance grandissante attire l’attention du comte de Provence Raimond Bérenger qui attaque la ville. Et malgré une défense héroïque menée par le chevalier Hugues Sicard de Tourettes, Grasse est vaincue en 1220 et rattachée au comté de Provence.
Le Comte de Provence prend possession des deux tours du Puy et de la Foux le . Il maintient les consuls, mais nomme un juge et un bayle et instaure de nouveaux impôts : l’albergue, le droit de ban, les chevauchées (ou cavalcades), l’aide aux quatre cas et la gabelle du sel.
Sicard, le bayle nommé à Grasse pour rendre la justice au nom du comte fait de Grasse un chef-lieu de baylie. En 1250, Grasse devient également chef-lieu de Viguerie. Le viguier rendait, lui, la justice au nom du Roi, mais possédait aussi un rôle administratif immense et le conseil municipal mit du temps à imposer son autorité face à un tel personnage, premier fonctionnaire de la Ville. Hiérarchiquement, sous le viguier, une organisation administrative importante se met en place avec des sous-viguiers ou lieutenants de viguerie, des juges, des clavaires, des regardeurs… La Viguerie de Grasse comprend alors Briançonnet, La Motte, Saint-Vallier, Auribeau, Le Rouret, La Garde, Mouans, Escragnolles, Avignonnet, Saint-Cézaire, Le Bar, Gourdon, La Roquette, Mougins, Biot, Cannes, Roquefort, Châteauneuf, Opio, Caussols, Clermont (au , en 1822, par décision royale, la commune du Clermont est rattachée à Châteauneuf) , Sartoux, Cabris, Saint-Panduce, Cipières, Canneaux, Touron, Pégomas, Magagnosc, Antibes, Auria, Olive, Garbies, Valettes, Calian, La Malle, Thorenc, Andon, Arlucques et Revert. Au travers de cette viguerie, on voit déjà se dessiner le Pays de Grasse.
Grasse obtient des privilèges du Comte de Provence, puis des Rois et Reines de France : liberté de commerce, liberté de l’héritage, droit d’affouage et de pâturage dans les lieux voisins, baisses et exemptions d’impôts, liberté de culture et d’élevage, droit de posséder une cloche, indulgences judiciaire, charité aux pauvres de Grasse. La famille royale montra ainsi sa reconnaissance pour la fidélité de Grasse à sa cause jusqu’à Louis XIV qui respecta moins ces franchises. L’artisanat de la tannerie est la principale activité économique et commerciale.
Le est celui des religieux qui construisent de nouveaux couvents et agrandissent les remparts pour les protéger. Derrière ces nouvelles fortifications, on crée de nouvelles maisons, autour de la place aux Aires. La population s’accroît. En 1321, Grasse compte .
Le Foulques d'Agout, sénéchal de Provence, fait donation de biens à la commune de Grasse en récompense de son attachement à la cause de la Maison d'Anjou, et fait rentrer dans la viguerie de Grasse les châteaux, villes et lieux situés en deçà du Var et dépendant de la viguerie de Nice ou des bailles de Villeneuve et de Sigale soit : Cagnes, La Colle, Saint-Paul-de-Vence, la Gaude, Saint-Jeannet, Tourettes, Courmes, Gattières, le Broc, Bézaudun, les Ferres, Gilette, Bonson, Revest, Pierrefeu, Tourette, Toudon, Saint-Antonin, La Penne, Saint-Pierre, Collongues, Sallagriffon et La Rochette..