Le Requin-baleine () est une espèce de poissons cartilagineux, seul membre du genre et seule espèce actuelle de la famille des . Pouvant exceptionnellement atteindre de long, pour une masse de , ce requin est considéré comme le plus grand poisson vivant actuellement sur Terre. Cependant, sa taille moyenne observable est comprise entre 4 et .
Massif, se déplaçant assez lentement et dénué d'agressivité, ce requin est parfaitement inoffensif pour l'Homme. À l'image de la baleine bleue, son équivalent chez les mammifères de la mégafaune maritime, ce géant des mers se nourrit principalement de plancton, d'algues et d'animaux microscopiques, qu'il filtre à travers sa large bouche et ses branchies.
Facilement identifiable avec sa livrée de taches grises et bleues disposées en bandes verticalesChaque individu a son propre agencement. le Requin-baleine se rencontre dans les mers ouvertes et les océans tropicaux et chauds. Sa durée de vie est estimée entre 100 et 150 ans même si le plus vieux spécimen recueilli était âgé d'environ 70 ans. Bien qu'il n'y ait aucune donnée précise sur sa population totale, l'espèce est considérée comme en danger.
Description
Morphologie générale Son corps est hydrodynamique, allongé et massif, et pourvu de plusieurs crêtes longitudinales s'étendant de la tête au dos. Sa tête est large et aplatie. Les yeux, dépourvus de paupière ou de poche sub-oculaire, sont placés latéralement, sur les côtés de la tête . Sa bouche immense, qui peut mesurer jusqu'à deux mètres de large, lui permet de filtrer d’eau par heure. Il possède un très grand nombre de dents minuscules, disposées en 300 rangées par mâchoire . Les cinq paires de fentes branchiales, , outre leur fonction respiratoire, filtrent l'eau pour en séparer la nourriture avant la déglutition.
Taille upright=1.2|thumb|left|Croquis comparatif entre un homme et un requin-baleine. gauche|vignette Le Requin-baleine est le plus grand poisson actuel, et seuls les et les Mégalodons, des espèces disparues, l'auraient dépassé.
La taille des requins-baleines a fait l'objet d'un certain nombre d'assertions plus ou moins justifiées. Selon les observations faites dans l'océan Indien, la taille du Requin-baleine se situe presque toujours entre (95 % des observations), avec un maximum d'observations entre (71 % des cas) . Il peut donc en pratique atteindre une longueur de l'ordre de , même si un record de (pour un poids d'environ ) a été rapporté en 1999 .
Dans le reste du règne animal, le Requin-baleine reste toutefois plus petit que la baleine bleue, un mammifère qui peut atteindre (et ).
Nageoires La première nageoire dorsale a une forme globalement triangulaire. L'extrémité est arrondie chez les juvéniles et devient plus droite et anguleuse avec l'âge. Ses faces ont la même livrée en « damier » que le corps. La seconde nageoire dorsale est plus petite.
Les nageoires pectorales, puissantes, ont une forme de faux. La face supérieure est sombre et parsemée de taches tandis que la face inférieure est blanche.
La nageoire caudale est hétérocerque, le lobe supérieur étant bien plus grand que l'inférieur (l'asymétrie devient moins prononcée chez les adultes). C'est elle qui fournit la force motrice. Cependant, le Requin-baleine n'est pas un nageur efficace, il utilise tout son corps pour nager et se déplace à une vitesse moyenne de , une vitesse relativement lente pour un poisson.
Peau La peau du ventre du Requin-baleine est complètement blanche, tandis que celle du dos est grise, plus foncée que chez la plupart des requins, avec beaucoup de taches claires et des lignes horizontales et verticales de couleur blanche ou jaune formant un « damier ».
On a déjà observé aux îles Galápagos et en Australie et même filmé un requin-baleine albinos . Comme dans le reste du règne animal, ces individus sont extrêmement rares.
La peau du Requin-baleine, son principal moyen de défense, est plus dure que celle de toute autre espèce dans le monde, atteignant jusqu'à d'épaisseur, et est couverte de denticules dermiques .
Identification La forme et distribution des taches de la peau permettent l'identification des individus par photo-identification : des fiches signalétiques, sortes de cartes d’identité, sont associées aux animaux, et sont ensuite utilisées par les chercheurs pour reconnaître et dénombrer les requins-baleines .
Un algorithme spécial a été développé pour aider à l'identification.Arzoumanian, Z., J. Holmberg and B. Norman. 2005. An astronomical pattern-matching algorithm for computer-aided identification of whale sharks Rhincodon typus. Journal of Applied Ecology 42:999–1011..
Comportement
Alimentation vignette|Un requin-baleine s'alimentant de zooplancton aux Maldives. thumb|upright=0.8|Le Requin-baleine peut « aspirer » d'énormes quantités d'eau pour se nourrir (observer la déformation de la surface).thumb|left|Le krill fait partie du régime alimentaire du Requin-baleine.
Ce géant des mers ne partage pas que son nom avec les baleines ; il en adopte le régime alimentaire. En effet, le Requin-baleine se nourrit uniquement de proies de petite taille telles que le plancton et le krill, mais aussi d'algues, de petits crustacés, de petits calmars ou de poissons de moins de (maquereaux). Une analyse du contenu de l'estomac d'un spécimen pêché au large des côtes de l'Inde en 1961 a révélé une grande variété d'ingesta, . Cependant, il convient de se montrer moins catégorique car, à cause de son comportement de filtreur, l'absorption d'algues peut être involontaire. Il compte parmi les quatre seules espèces connues de requins qui, à l'instar des baleines à fanons, filtrent leur nourriture en nageant lentement dans des eaux riches en plancton, gueule béante. L'eau s'y engouffre chargée d'aliments de toutes tailles et en ressort vidée de nutriments.
Pour compenser la petite taille de ses proies, il doit ingurgiter de grandes quantités d'eau (près d'un par jour) qu'il filtre.. Pour cela, il filtre, grâce à ses larges ouïes, l'eau qui s'engouffre dans son immense gueule. Ses nombreuses rangées de dents, longues de quelques millimètres, ne jouent vraisemblablement pas de rôle dans son alimentation. Au lieu de cela, le requin aspire l'eau, ferme la bouche et expulse l'eau filtrée par ses branchies. Dans ce processus qui va de la bouche aux fentes branchiales, la nourriture est piégée contre les denticules dermiques tapissant les lames branchiales et le pharynx. Cette modification des branchies empêche le passage des solides, de taille supérieure à , mais laisse les liquides s'écouler.. Les particules isolées par ce « tamis » sont alors avalées. Des requins-baleines ont été surpris en train de « tousser ». On présume qu'il s'agit d'un moyen de retirer l'accumulation de particules dans les branchies.
Seuls quatre membres de la famille des élasmobranches sont réputés être des filtreurs : le Requin-baleine ; le Requin grande-gueule ; le Requin pèlerin ; la Raie manta.
Dans son comportement alimentaire, le Requin-baleine fait appel à deux techniques : il peut « filtrer », à la manière de la baleine bleue ou bien « gober », de façon similaire au tarpon. Ainsi, l'animal ne se contente pas de filtrer l'eau au cours de ses déplacements quand la concentration de nourriture planctonique est faible. Immobile, il peut aussi aspirer très rapidement de grandes quantités de liquide, ce qui est plus adapté à la capture des proies plus larges ou de nuages planctoniques compacts .
Des individus solitaires ont été observés se nourrissant passivement, nageant gueule béante, ou parfois en position verticale dans la mer et ouvrant la bouche pour aspirer des proies, alors nombreuses. Cette méthode est employée sur des bancs de petits crustacés (krill), de calmars, d'anchois ou sardines.
Les requins-baleines se nourrissent, au crépuscule ou la nuit, en filtrant les eaux de surface avec la bouche ouverte et la mâchoire distendue, ou bien en « gobant » les proies de façon dynamique.
Reproduction Les auteurs ne s'accordent pas sur le mode de reproduction du Requin-baleine. Il semble ovovivipare, mais ceci a longtemps été contesté. En 1953, un œuf de de long, de large et de haut, contenant un embryon presque à terme de a ainsi été découvert dans le golfe du Mexique. L'hypothèse a donc été faite que l'espèce est ovipare. Toutefois, en raison de la rareté du recueil d'œufs viables, leur fragilité et l'absence de vrilles sur le seul exemplaire connu, le jaune considérable, le développement incomplet des branchies de l'embryon en son sein, mais également la présence de cicatrices ombilicales sur les plus petits individus vivants observés (55 cm de long), une autre hypothèse a été formulée. L'œuf retrouvé dans le golfe du Mexique a été abandonné avant terme et le Requin-baleine est normalement ovovivipare. Cette théorie a été confirmée par la capture d'une femelle adulte requin-baleine au large de Taïwan. Elle contenait quelque 300 jeunes dans son utérus. Ces jeunes requins-baleines ont été séparés selon trois classes : embryons rattachés au vitellus à l'intérieur d'un œuf, mesurant de 42 à de long ; embryons rattachés au vitellus à l'intérieur d'un œuf, mesurant de 52 à de long ; et enfin, individus apparemment à terme, sans œuf et avec un vitellus résorbé long de 58 et .
Le type d'ovoviviparité adopté par le Requin-baleine est relativement simple et semble très semblable à celui des requins nourrices : les jeunes se développent dans un œuf au sein de l'utérus, puis s'extraient de cette enveloppe avant d'être « mis bas » par leur mère.
La période de gestation n'est pas connue, mais certains auteurs suggèrent que le Requin-baleine peut se reproduire tous les deux ans, comme le Requin nourrice . Il disparaît parfois pendant des semaines, plongeant à plus de 1,5 km sous la surface pour se reposer dans les profondeurs. Personne ne sait où ils s'accouplent et mettent bas.
Les plus petits requins-baleines retrouvés vivants dans le milieu naturel mesurent de 55 à de long, dont certains portant une cicatrice ombilicale. Ces juvéniles ont été pêchés au niveau de l'Afrique occidentale tropicale dans l'Atlantique Centre-Est et à proximité de l'Amérique centrale dans le Pacifique Est, près des eaux continentales et dans l'océan loin de la terre, ce qui suggère que les jeunes peuvent être nés dans l'océan et que les zones de mise bas y existent.
Plongées Selon une étude menée en 2015, les requins-baleines passent 95 % du temps dans les profondeurs épipélagiques (inférieures à 200 m). Néanmoins, ils plongent régulièrement à des profondeurs dépassant les 500 m, généralement en journée ou au crépuscule. La plongée la plus profonde a été enregistrée à 1928 m. Des observations confirment en outre la présence continue de requins-baleines pendant au minimum trois jours à des profondeurs dépassant 50 mètres, ce qui indique qu’ils ne s’alimentent pas uniquement en surface .
Répartition géographique thumb|upright=1.2|Un requin-baleine rencontré au large de l'Australie. On rencontre le Requin-baleine dans les eaux tropicales et tempérées à chaudes de l'Atlantique, du Pacifique, de l'océan Indien, et exceptionnellement en Méditerranée. En hiver, de jeunes requins-baleines viennent se nourrir de plancton dans les eaux riches en nutriments du golfe de Tadjourah, au large de Djibouti. Le Requin-baleine vit dans une bande autour de l'équateur jusqu'à ° de latitude Nord et ° de latitude Sud. C'est une espèce essentiellement pélagique vivant au large en eau très profonde . Cependant, adultes et juvéniles se retrouvent près de lagons, de récifs coralliens ou de zones sablonneuses durant plusieurs mois. Ils sont généralement repérés près de la surface de l'eau, solitaires ou en groupes pouvant atteindre des centaines d'individus.