La frontière entre l'Algérie et le Maroc est une frontière terrestre internationale délimitée par une convention signée à Rabat en 1972 et ratifiée par l'Algérie en 1973 puis par le Maroc en 1992.
Elle s'étend, selon les sources, de à kilomètres, ou de à kilomètres si on inclut les 39 à de la frontière entre l'Algérie et le Sahara occidental, territoire disputé par le Maroc et la République arabe sahraouie démocratique.
La frontière terrestre entre l’Algérie et le Maroc est fermée à tout passage depuis 1994sauf exception humanitaire ; voir par exemple Algérie - Maroc : la réouverture des frontières n’est pas pour demain.
Historique Période précoloniale Frontières nord Définitivement stabilisée à la fin du , la frontière est jusqu'alors fluctuanteTayeb Chenntouf, La dynamique de la frontière au Maghreb, Des frontières en Afrique du , éd. UNESCO, Paris, 2005, , Najima Thay Thay Rhozali rappelant que « les pays du Maghreb n'ont connu des frontières qu'après l'établissement militaire des Européens dans ces contrées »Najima Thay Thay Rhozali, L'ogre entre le réel et l'imaginaire dans le conte populaire du Maroc, . Auparavant, la notion de frontière est inexistante, permettant une grande mobilité des populations qui ne reconnaissent pas les tentatives de délimitation.
Sous le règne de la dynastie saadienne, la Moulouya, sert de frontière entre le sultanat et la Régence d'AlgerChantal de La Véronne, Histoire sommaire des Saʼdiens au Maroc : la première dynastie chérifienne, 1511-1659, éd. Paul Geuthner, Paris, 1997, . Dès sa prise de Fès en 1549, le sultan saadien Mohammed ech-Cheikh tourne ses ambitions vers l'est et attaque la ville de Tlemcen, qui relève alors d'Alger, mais ses troupes sont repoussées. Soucieux de stabiliser les rapports, le souverain d'Alger Salah Raïs dépêche son ambassadeur, Muhammad al-Kharrubi, pour négocier la fixation de la frontière sur le fleuve Moulouya. C'était toujours pour faire respecter aux marocains cette frontière de la Moulouya, ancien fleuve qui délimitait les royaumes Zianides et Mérinides, que les algériens prenaient les armes; et on a vu de quelles sanglantes défaites, de quelles profondes humiliations les chérifs du Maroc ont souvent payé leurs prétentions et leur tentatives à cet égard. Anthony S. Reyner fait démarrer cette délimitation à son embouchure, sans lui faire suivre l'ensemble du cours, la présentant comme la « frontière orientale traditionnelle du Maroc » mais aussi une zone de conflit pour la possession d'OujdaAnthony S. Reyner, « Morocco's International Boundaries: A Factual Background », The Journal of Modern African Studies, vol. 1, (septembre 1963), .. La Moulouya est une limite fixée d'un commun accordAuguste Cour, L'établissement des dynasties des Chérifs au Maroc et leur rivalité avec les Turcs de la Régence d'Alger, 1509-1830, éd. Bouchène, Paris, 2004, même si Oujda (1549)Chantal de La Véronne, « Relations entre le Maroc et la Turquie dans la seconde moitié du et le début du (1554-1616) », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1973, puis Debdou (1563)Louis Massignon, Le Maroc dans les premières années du : tableau géographique d'après Léon l'Africain, éd. Paul Geuthner, Paris, 1906, , à l'est de la Moulouya, sont prises par les Saadiens, la première pour un temps. La frontière de la Moulouya est respectée de part et d'autre pendant un siècle après l'assassinat du roi saadien Mohammed ech-CheikhTayeb Chenntouf, La dynamique de la frontière au Maghreb, Des frontières en Afrique du , éd. UNESCO, Paris, 2005, (1557). gauche|vignette|330x330px|Frontière algéro-marocaine pré-coloniale Le prince alaouite Mohammed reprend Oujda en 1641Pierre Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la Régence d'Alger () », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1966, , razzie la région de Tlemcen et pousse même jusqu'à Laghouat, avant que les Turcs n'obtiennent qu'il se tienne « en deçà de la Tafna »Charles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, éd. Payot et Rivages, Paris, 1994, . Quelques coups de force sont aussi tentés contre Oran alors possession espagnole, et revendiquée par la dynastie des AlaouitesAlfred Salinas, Quand Franco réclamait Oran : l'Opération Cisneros, éd. L'Harmattan, Paris, 2008, . Mohammed s'engage, dans un traité négocié avec le pacha d'Alger en 1647, à ne plus franchir la Tafna, « considérée alors comme la frontière commune délimitant les influences turques des influences chérifiennes »Laurent Pointier, Sahara occidental : la controverse devant les Nations unies, éd. Karthala, Paris, 2004, . En 1651, il soumet la région de Nedroma avant de revenir sur OujdaGilbert Grandguillaume, « Une médina de l'Ouest algérien : Nédroma », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, 1971, qui retombe aux mains des Turcs vers 1692Abdelkader Retnani, Mohamed Brahimi et Jean-Pierre Péroncel-Hugoz, Oujda : années 20, éd. Eddif, Casablanca, 2010, . Malgré ces contestations frontalières, les Turcs considèrent la Tafna comme limite entre les territoires marocain et turcMagali Morsy, La relation de Thomas Pellow : une lecture du Maroc au , éd. Recherche sur les civilisations, Paris, 1983, .
Le sultan alaouite Moulay Ismail tente à son tour une incursion jusqu'au Djebel Amour en 1678-1679 mais, défait par l'artillerie turque, doit reconnaître la limite sur la TafnaCharles-André Julien, Histoire de l'Afrique du Nord : Des origines à 1830, éd. Payot et Rivages, Paris, 1994, , après que des lettres de ses prédécesseurs, Mohammed et Moulay Rachid, reconnaissant cette délimitation, lui soient présentées ; le traité n'est sans doute pas appliqué car une garnison turque demeure à Nedroma, ce que confirme Pierre Boyer, qualifiant la frontière sur la Tafna de « théorique »Pierre Boyer, « Contribution à l'étude de la politique religieuse des Turcs dans la Régence d'Alger () », Revue de l'Occident musulman et de la Méditerranée, , 1966, . Par ailleurs, lorsque Moulay Ismail est défait une fois de plus par les algériens, au XVIIIe siècle, ce dernier leur reconnait la possession de la Moulouya.
À la fin du , d’après An-Naciri, le sultan alaouite Moulay Slimane réoccupe Oujda qui est intégrée au territoire marocain en 1795 et la frontière définitivement fixée à l'oued Kiss. Dans le même temps, entre 1792 et 1830, les sultans alaouites harcèlent les beys d'Oran, « successeurs patrimoniaux de l'Espagne », avant de profiter de l'effondrement de la Régence d'Alger pour lancer leur armée sur l'Oranie. En 1830, les marocains tirent avantage de la chute d'Alger et franchissent la Moulouya pour s'avancer jusqu'à la Tafna. Les habitants de Tlemcen reconnaissent bientôt le sultan marocain Abd ar-Rahman ibn Hicham comme suzerain pour ne pas tomber sous le joug français, avant de vite se désister après que ces derniers se soient rendus compte que le sultan du Maroc avait tenté de les dépouiller de leurs biens. Durant le début des résistances algériennes à la colonisation, l’Émir Abdelkader contrôlait virtuellement la province de Oujda. Ce dernier affirmait que son pays « s'étend depuis Oujda jusqu'à Frickia (Tunis), Djerid, Tell et Sahara, ». Il faudra atteindre l'année 1845 avec le traité de Lalla Maghnia pour que les frontières nord soient fixées. Le ministère français de la guerre choisit la rivière Oued Kiss comme frontière au lieu de la Moulouya, qui était la frontière traditionnelle du Maroc. Frontières fixées en théorie, car dans les faits, cela a du prendre plusieurs années. Certaines tribus algériennes avaient des droits jusqu'aux portes d'Oujda et n'ont jamais accepté ce découpage considéré comme imprécis. L'on a vu par exemple la tribu algérienne des Beni-Bou-Said, qui s'étant retrouvée en meme temps dans les deux territoires, se plaindre aux autorités françaises à propos de cette situation.
Frontières sahariennes
Période coloniale
Frontières nord vignette|redresse=1.5|Frontière entre le Maroc et l'Algérie en 1963. La frontière entre l'Algérie française (les Territoires du Sud compris) et le Maroc se divise en trois tronçons qui ont été définis successivement : de la mer Méditerranée à Figuig, de Figuig à la Hamada du Guir, de la Hamada du Guir au Sahara espagnolMinistère des Affaires étrangères. Direction des Affaires politiques (Afrique du nord), « Note du sur les confins algéro-marocains », dans .
De la Méditerranée à Figuig Le premier tronçon a été défini pour la première fois par le traité de Lalla Maghnia signé le , par le général comte de la Rüe, pour la France, et le sid Ahmida Ben-Ali, pour le Maroc.
Ce traité, qui fait suite à la bataille d'Isly remportée par le maréchal Bugeaud, fixe la frontière de l'embouchure de l'oued Kiss, sur la côte méditerranéenne, jusqu'au col de Teniet-Sassi, dans l'Atlas tellien, à de la Méditerranée.
De Teniet Sassi à Figuig, le tracé correspond à entre les deux séries de postes énumérés dans le traité précité. Jusqu'à la fin de la période coloniale, ce tracé, qui n'est pas officiellement reconnu par le Maroc, ne donne lieu qu'à peu de contestations. Pour autant, en , le gouvernement français concède que son homologue marocain serait fondé à réclamer la palmeraie d'El-Adjar qui appartient aux habitants de Figuig et que les autorités françaises d'Algérie ont renoncé à recenser en .
De Figuig à la hamada du Guir Au sud de Figuig et jusqu'à la hamada du Guir, les limites entre l'Algérie française et le Maroc sont restées moins précises. Les administrations françaises de l'Algérie et du protectorat au Maroc se sont efforcées d'adapter aux données géographiques et humaines les stipulations des deux accords franco-marocains antérieurs au protectorat.
Le premier est le protocole du , signé à Paris par le ministre français des Affaires étrangères, Théophile Delcassé, et son homologue marocain, Abdelkrim ben Slimane. Il nomme une commission commune de mise en œuvre de leur coopération commune le long de la frontière. L'accord du , est le résultat du travail de la commission commune décidée lors du protocole du . Dans son article , il est dit: « l'autorité chérifienne sera consolidée entre la Méditerranée et Figuig avec le concours de la France, le royaume aidera la France à asseoir le sien au Sahara ». L'article IX demande la nomination d'un administrateur marocain de Figuig devant aider les autorités algériennes à assurer l'ordre et la paix à Kenadsa, Béchar et Ouakda.
Le second accord est celui du , signé à Paris par le ministre français des Affaires étrangères, Stephen Pichon, et, pour le Maroc, Mohammed El Mokri et Abdellah El Fassi.
Les deux accords étant imprécis et parfois contradictoires, les administrations françaises cherchent un tracé plus précis. Un premier tracé, connu comme la ligne Varnier, est proposé dès par Maurice Varnier. Un second tracé, connu comme la ligne Trinquet, est proposé en par le colonel Trinquet. Ces deux projets de frontière ne sont pas officiellement homologués bien que la ligne Trinquet serve de frontière de fait jusqu'en et la fin du protectorat français au Maroc. Jusqu'en et l'indépendance de l'Algérie, le gouvernement marocain considère la ligne Trinquet comme la frontière orientale minimale du Maroc. En , le gouvernement français reconnaît que son homologue marocain serait fondé à invoquer les accords de 1901 et de 1910 qui lui sont plus avantageux, notamment parce que Meridja, poste algérien situé sur la ligne Trinquet, figurait en 1912 au nombre des postes reconnus au sultan. Le gouvernement français concède néanmoins que son homologue algérien pourrait soutenir que les autorités françaises ne considéraient pas la ligne Trinquet comme une véritable frontière puisqu'en 1958, le commandement français en Algérie l'avait repoussée vers l'ouest, pour des raisons stratégiques, créant ainsi une troisième ligne, connue comme la ligne opérationnelle.
De la hamada du Guir au Sahara espagnol