Linconscient ( (« l'inconscient »), antonyme chez Freud de das Bewusste (le conscient): adjectif substantivé, étymologiquement le participe passé d'un ancien verbe composé du préfixe be- et de wissen, « savoir » (Dictionnaire Duden, étymologie).), antonyme de « conscient »« Inconscient » : de in- et conscient, composé du préfixe con-, « avec », et de scientia, « le savoir »., est une notion qui, avant Freud, renvoie en général à des phénomènes échappant à la conscience.

Objet d'une longue maturation de son histoire au travers de la philosophie, de la littérature et de la psychologie, l'inconscient est devenu, au début du , un concept majeur de la psychanalyse, non plus seulement au sens « descriptif », philosophique et psychologique, de « non conscient », mais au sens désormais dynamique et pulsionnel de l'inconscient comme refoulé de la première topique, et du ça, du Moi et du Surmoi de la deuxième topique freudienne.

Pour Jacques Lacan, l'inconscient est essentiellement lié au langage (sujet de l'inconscient).

La notion archétypale d'inconscient collectif est attribuée à Carl Gustav Jung, fondateur, après sa rupture avec Freud, de la psychologie analytique.

L'inconscient jusqu'à Freud Selon J. Laplanche et J.-B. Pontalis, l'adjectif « inconscient » peut s'employer d'abord au de ce qui n'est pas présent Jean Laplanche, Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), PUF-Quadrige, 2004: entrée « Inconscient (S.m, et adj.). », .. En ce sens le préconscient et l'inconscient, tels que Freud définit ceux-ci dans le cadre de sa première topique, sont confondus.

Occurrence du terme Élisabeth Roudinesco et Michel Plon relèvent que la première occurrence du terme — au sens de « non conscient » — se trouve dans la langue anglaise, dans les écrits du juriste, Henry Home Kames, en 1751. Peu après, les termes Unbewusstseyn et bewusstlos sont utilisés en allemand par Ernst Platner (1776). Malgré les écrits précurseurs de Maine de Biran, les auteurs français ne s'intéresseront que peu au sujet et le terme passera dans la langue française beaucoup plus tardivement, grâce à l'écrivain suisse, Henri-Frédéric Amiel qui, en 1860, parle dans son Journal de la .

Conceptualisation du terme

D'après Plon et Roudinesco, la philosophie s'était dès l'Antiquité intéressée à une activité susceptible d'échapper à la conscience, mais c'est au que Descartes, à travers le cogito, conceptualise l'opposition entre la conscience comme fondement de la raison et ce qui y échappeRue Descartes, 1/2001 (), , . — relégué par lui dans le domaine de la foliecf. Méditations métaphysiques, Paris, Librairie générale française, 1990, , cité dans Pierre Sauvêtre, « Folie / non-folie », Tracés. Revue de Sciences humaines [En ligne], 6| 2004, mis en ligne le 22 janvier 2009, consulté le 13 avril 2013. .. Leibniz, avec un texte concernant les « petites perceptions confuses » (ou théorie des petites perceptions.) s'approche également d’un concept d'inconscient qui s'oppose à la conception cartésienne de la conscience. Il constate que nos pensées humaines sont continues à l'insu de nos consciencesL'inconscient de Descartes à Freud: Redécouverte d'un parcours. Par Michel Parahy, L'Harmattan, 2010 .. Dans le même temps, Pascal et Spinoza remettront en cause l’autonomie de la conscience à travers notamment l’importance des automatismes et des affects.

Au apparaît sur ce présupposé la qui pratique une comme chez Franz Anton Mesmer, ce qui amène à voir l’inconscient « comme une dissociation de la conscience: subconscience ou automatisme mental », avancent Plon et Roudinesco, et accessible à l'hypnose.

Au , avec les philosophes Schelling et Arthur Schopenhauer apparaît, selon Plon et Roudinesco, l'idée d’une psyché présente dans l’âme humaine et qui échappe à la rationalité, Eduard von Hartmann publie en 1868 la Philosophie de l'InconscientHistoire de la psychologie de Évelyne Pewzner et Jean-François Braunstein, Armand Colin, 2000.. Et c'est dans ce siècle que se développe une « psychologie expérimentale », médicale et physiologique, avec Johann Friedrich Herbart, Hermann von Helmholtz, Gustav Fechner, Wilhelm Wundt et Carl Gustav Carus qui fut le premier à noter le rôle éminent des fonctions sexuelles, dans la vie psychique.

Sigmund Freud va transformer la tradition philosophique et psychiatrique précédente, où, à propos de l'inconscient, étaient alors employés des termes , remarque Michèle Porte. Selon Plon et Roudinesco, au tournant du siècle, Freud développe une nouvelle conception, à partir de la synthèse de l'enseignement de Charcot, Bernheim et Breuer dans un premier temps, puis de son ouvrage L'Interprétation du rêve (1900) dans un second, donnant par là naissance à la psychanalyse où la notion d'inconscient est centrale.

Selon l'historien Alain Besançon, Alain Besançon, L'histoire psychanalytique. Une anthologie, Paris, Mouton, 1974 ; ..

Traduction du terme

À l'article « Inconscient, inconscience » (allemand : unbewusst, Unbewusste; Unbewusstheit, Unbewusstsein ; anglais : unconscious, unconciousness) du Vocabulaire européen des philosophies. Le dictionnaire des intraduisibles, Alexandre Abensour se demande si Alexandre Abensour, « Inconscient, inconscience », dans .. Freud aurait été en fait . En 1893 en effet, dans un article rédigé en français, « Quelques considérations pour une étude comparative entre les paralysies motrices organiques et hystériques », que lui avait commandé Charcot, il utilisait le terme de , en reprenant la terminologie française en vigueur. C'est dans L'Interprétation du rêve (1900), au dernier chapitre sur la « Psychologie des processus du rêve », où Freud élabore sa première topique, qu'apparaît « das Unbewusste », soit l'. La notion en sera précisée dans l'article Das Unbewusste de la métapsychologie de 1915.

Selon Abensour, le terme : la construction de l'appareil psychique où Freud distingue trois systèmes : l'inconscient, le préconscient et le conscient, .

L'inconscient en psychanalyse Chez Freud, dans la première topique, l'inconscient est l'un des trois systèmes de l'appareil psychique, (avec le préconscient et le conscient) et constitué de contenus refoulés. Puis, dans la deuxième topique, il n'est plus un système à part mais une qualité du ça et, pour une part, du moi et du surmoi. Pour Laplanche et Pontalis, .

Au cours du , différents psychanalystes approfondiront le travail de Freud : Melanie Klein et Karen Horney insistent sur la relation archaïque avec la mère ; Jacques Lacan développe, à partir d'une théorie du signifiant, les liens entre inconscient et langage. Tout en critiquant cette conception langagière de l'inconscient de Lacan, Jean Laplanche, dans le cadre de la théorie de la séduction généralisée, passera à sa propre notion de , puis de au sens de messages compromis avec l'inconscient de l'autre parental qui les adresse à l'enfant.

L'inconscient chez Freud L'adjectif substantivé en allemand das Unbewusste (abrégé : Ubw ; Ics en français) désigne l'inconscient ; l'adjectif (unbewusst:ubw ; abréviation « ics » en français) .

L'inconscient est le concept fondamental de la psychanalyse : , écrivent Jean Laplanche et Jean-Bertrand Pontalis dans le Vocabulaire de la psychanalyse. Freud définit en effet la psychanalyse comme Michèle Porte, « Inconscient (Ics) (l'-) » (article), dans Dictionnaire international de la psychanalyse (dir. Alain de Mijolla), tome I, Calmann-Lévy (2002), Hachette Littérature, 2005, ..

Dans une lettre à Lou Andreas-Salomé, il écrira à propos de son texte sur L'inconscient (1915): . Philippe Valon remarque alors que Freud emploie le terme rare d'origine latine d' AgnoszierungAgnoszierung, mot autrichien, est un substantif abstrait formé sur le verbe agnoszieren (du latin agnoscere: anerkennen en allemand) qui signifie « reconnaître » en français et s'emploie notamment au sens d' identifizieren pour « identifier » un mort dans l'expression einen Toten agnoszieren (d'après le dictionnaire Wahrig, Deutsches Wörterbuch, Munich, Bertelsmann, 1986/1987 pour agnoszieren). pour « reconnaissance » ; Jean Laplanche, dit-il, en signale . D'après Valon, si Freud tend à choisir , c'est bien parce qu'il entend signifier par là .

La découverte de l'inconscient comme constitutif du psychisme En 1893 et 1895, au moment des Études sur l'hystérie, Freud et Breuer évoquent dans leur « Communication préliminaire », la ou qu'ils appellent aussi « double conscience », phénomène qu'ils observent, disent-ils, . Ils donnent à ces le nom . Même si plus tard, à l'occasion du cas « Dora » (1905), Freud attribue cette formulation d' « état hypnoïde » au seul Breuer, il est loisible, selon Roudinesco et Plon, d'entrevoir dans cette déclaration alors commune de Freud et Breuer en 1895 . Toutefois, c'est seulement dans la lettre à Wilhelm Fliess du que Freud utilise explicitement pour la première fois le terme d' en indiquant déjà . Dans la lettre du , Freud situe , écrit-il.

À la fin des années 1890, Freud est en train de travailler à L'Interprétation du rêve : il fait part le à Fliess de de l'ouvrage, qu'il estime lui avoir été . C'est au chapitre VII de L'Interprétation du rêve, consacré à l'exposé de la théorie du fonctionnement de l'appareil psychique, que Freud va décrire : conscient, préconscient et InconscientÉ. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, entrée: « Interprétation du rêve (L') », Paris, Fayard, 2011, ..

L'inconscient au sens topique Freud élabore un appareil psychique constitué de systèmes doués de fonctions différentes et disposés dans un certain ordre les uns par rapport aux autres. On peut les considérer comme des lieux (topos : « lieu » en grec), d'où la notion de topique. D'après Michèle Porte, le nom « Inconscient » désigne .

vignette|Représentation de la seconde topique comparée à la première.

Dans la première topique de l’appareil psychique, Freud nomme une instance composée d’éléments refoulés à qui a été refusé l’accès à l’instance préconscient-conscient et qui est constituée de représentations des pulsions régies par les mécanismes du processus primaire. Dans l'article de Freud sur L'inconscient (Das Unbewusste, 1915), les contenus refoulés de l'inconscient sont appelés , parmi lesquels compte . Les représentations inconscientes . Si, assez souvent, l'inconscient est classiquement assimilé à , Laplanche et Pontalis expriment la réserve suivante: dans la théorie freudienne, . Pour les deux auteurs, l'inconscient freudien est . Dans la seconde topique, avec le remaniement de la théorie de l'appareil psychique à partir de 1920 chez Freud, l'inconscient va désigner principalement l'instance du « Ça », tout en recouvrant partiellement celles du et du . Selon Laplanche et Pontalis, le terme est alors employé , qualificative du ça et en partie du moi et du surmoi, sans être . Toujours d'après les mêmes auteurs, le ça Jean Laplanche, Jean-Bertrand Pontalis, Vocabulaire de la psychanalyse (1967), PUF-Quadrige, 2004: entrée « Ça (subst.) », .. Les contenus du ça, « contenus » étant à entendre comme , sont inconscients, .

Après Freud Courants freudistes Melanie Klein et Karen Horney conservent bien , mais déplacent .

D'après Roudinesco et Plon, certains courants du freudisme comme l'annafreudisme et l'Ego psychology vont faire du moi de la deuxième topique freudienne , contrairement à l'importance reconnue par Freud de (dans Le Moi et le Ça).

Lacan L’inconscient est le discours de l’Autre