René Desmaison, né le à BourdeillesGrande encyclopédie de la montagne, t. 3, Atlas, Paris, 1977, (Dordogne) et mort le à Marseille, est un alpiniste français.

Guide de haute montagne, alpiniste de haut niveau, René Desmaison est l'auteur, à partir du milieu des années 1950 et pendant plus de , de nombreuses premières ascensions de grande difficulté dans les Alpes, l'Himalaya et les Andes. Alpiniste très médiatisé, il est impliqué dans plusieurs polémiques.

Biographie À la mort de sa mère, le jeune René Desmaison qui n'a pas encore , quitte Marsac près de Périgueux et suit son parrain Paul Roze à Antony en région parisienne où il fréquentera le mouvement scout. Il y rencontre Pierre Kohlmann avec qui il pratique, le dimanche, l'escalade en forêt de Fontainebleau, en compagnie d'autres jeunes antoniens dont les futurs alpinistes Bernard Lagesse et André Bertrand.

René Desmaison effectue son service militaire à Briançon dans une section d'éclaireurs-skieurs du d'infanterie alpineRené Desmaison, La montagne à mains nues, Flammarion , page 51 . Devenu sergent il participe au championnat de ski militaire.

De retour à Paris, il se marie et aura deux filles et un fils, Pascal. Après avoir été vendeur dans un magasin de sport, il est visiteur détaillant d'électroménager puis devient vendeur de perceuses à percussion. Il passe des week-ends prolongés en montagne ou va grimper à Fontainebleau et aux rochers du Saussois où il rencontre l'alpiniste Jean Couzy en 1954. Cette rencontre avec Jean Couzy est déterminante : ensemble, ils réalisent nombre de grandes ascensions ainsi que des premières jusqu'au décès en montagne de Jean Couzy quatre ans plus tard.

Au début des années 1960, il se sépare de son épouse et se marie à Simone (1926-2020), actrice, mère de deux filles et sœur de l'écrivain et cinéaste José Giovanni avec lequel il pratiquait l'escalade, à Fontainebleau notamment ; René Desmaison accède ainsi au monde des vedettes du cinéma. Avant de devenir guide de haute montagne en 1961, il est déjà professeur d'alpinisme à l'ENSA à partir de 1960 ; attaché à son indépendance, il quittera l'ENSA en 1963. Devenu un très grand alpiniste, un des pionniers du grand alpinisme hivernal, René Desmaison grimpe tant dans les Alpes que dans l'Himalaya et trouve la médiatisation. En parallèle de ses activités d'alpiniste, il travaille comme conseiller et représentant de commerce pour des fabricants de matériel de montagne.

En 1971, René Desmaison frôle la mort lors de la tentative hivernale d'une nouvelle voie sur l'éperon Walker des Grandes Jorasses : son compagnon de cordée Serge Gousseault meurt de froid et d'épuisement tandis que René Desmaison est sauvé in extremis par les secours alors qu'il était immobilisé à du sommet.

À partir de 1976, René Desmaison se consacre, avec son fils Pascal notamment, à des expéditions dans les Andes péruviennes. Il devient cinéaste-conférencier et est l'un des piliers de Connaissance du Monde. En 1988 son couple avec Simone éclate et, avec sa nouvelle compagne, il devient à nouveau père d'une petite fille, Aurélie, en 1991.

thumb|upright|right|Tombe dans le Dévoluy

René Desmaison décède d'un cancer le , à l'hôpital de la Timone à Marseille. Ses cendres sont déposées le dans le cimetière de la chapelle des Gicons, encore appelée Mère-Église, dominant le village de Saint-Disdier, porte d'entrée du massif du Dévoluy qu'il affectionnait particulièrement.

Principales ascensions René Desmaison totalise quelque dont 114 premières.

La cordée Couzy-Desmaison thumb|upright=1|left|alt=Paroi rocheuse massive dont la crête se détache sur un fond de ciel bleu, quelques plaques de neige recouvrent les rochers|Vue du versant est de l'aiguille Noire de Peuterey, avec l'arête nord sur la droite Après avoir répété en 1955 avec Jean Couzy la face ouest des Drus dont ils effectuent la quatrième ascension, René Desmaison décide avec Jean Couzy d'ouvrir de nouveaux itinéraires alpins l'année suivante. En 1956, leur cordée fait la première ascension de l'arête nord de l'aiguille Noire de Peuterey dans le massif du Mont-Blanc puis, dans l'Oisans, ils gravissent pour la première fois la face nord-ouest de l'Olan.

Début 1957, Jean Couzy et René Desmaison s'engagent dans le grand alpinisme hivernal en réalisant la première hivernale de la face ouest des Drus.

En 1958, Jean Couzy et Réné Desmaison vont dans les Dolomites avec l'intention d'ouvrir à la Cima ovest, en escalade artificielle, une voie directe qu'ils avaient imaginée l'été précédent. Ils ne parviennent pas à mener à bien leur projet mais réalisent la troisième ascension de la voie directe de la Cima Grande ouverte la même année par les Allemands Lothar Brandler et Dietrich Hasse.

Des trois principaux éperons de la face nord des Grandes Jorasses dans le massif du Mont-Blanc, seul l'éperon Marguerite reste encore vierge en 1958. En août, Jean Couzy et René Desmaison décident d'en tenter l'ascension, c'est le dernier succès de leur cordée que René Desmaison qualifiera d'« exceptionnelle ». Jean Couzy trouve en effet la mort le suivant, touché par une pierre alors qu'il ouvre une voie dans le massif du Dévoluy.

Expéditions au Jannu thumb|upright=1.1|right|alt=Montagne enneigée sauf sur les parois les plus raides où le rocher apparaît|Vue du versant sud du Jannu, avec sur la droite la partie supérieure de l'arête sud-est par laquelle le sommet a été atteint En , René Desmaison participe pour la deuxième fois à une expédition de la Fédération française de la montagne au Jannu () dans l'Himalaya, à la frontière népalo-tibétaine.

Il avait déjà effectué une tentative d'ascension de ce sommet en 1959 avec une expédition dirigée par Jean Franco et Lionel Terray, à laquelle participaient également Jean Bouvier, Pierre Lerroux, Robert Paragot, Maurice Lenoir, Guido Magnone et James Lartizien, médecin. Cette première expédition fut un échec mais c'était la « première fois que des alpinistes ouvraient une voie aussi difficile en Himalaya ».

Cette seconde expédition, dirigée par Lionel Terray est un succès : le à 16h30, Robert Paragot, Paul Keller, René Desmaison et le sherpa Gyalzène Mitchung sont au sommet de Jannu. Le lendemain, c'est André Bertrand, Yves Pollet-Villard, Jean Ravier et Lionel Terray qui atteignent le sommet.

Pour ces deux expéditions, des masques à oxygène sont utilisés.

Ascensions dans les Alpes À la fin des années 1950 et tout au long des années 1960, René Desmaison réalise de nombreuses premières dans les Alpes ou de prestigieuses répétitions.

thumb|upright=0.8|right|alt=Montagne rocheuse de forme pyramidale au pied de laquelle se trouve un éboulis|Vue de la face nord de la Cima ovest, avec, en rouge, le tracé de la voie Couzy En , dans les Dolomites, il ouvre avec Pierre Mazeaud, Pierre Kohlmann et Bernard Lagesse la voie directe de la Cima ovest (voie Couzy) qu'il avait imaginée avec Jean Couzy.

Le , il réussit la première hivernale de la face nord de l'Olan dans l'Oisans par la voie Devies-Gervasutti avec Fernand Audibert, Georges Payot et Jean Puiseux.

En , accompagné d'André Bertrand et de Yves Pollet-Villard, il effectue la première ascension du pilier oriental du Pic de Bure, dans le massif du Dévoluy. Cette ascension est présentée à l'époque comme « l'escalade la plus difficile des massifs calcaires des Alpes françaises » ; cotée TD+ (Très Difficile supérieur), elle reste aujourd'hui une entreprise sérieuse et emblématique du massifPic de Bure : Pilier E - Voie Desmaison, camptocamp.org.

Du 5 au , René Desmaison et Jacques Batkin (dit Farine) réussissent, après une première tentative interrompue par la tempête, la seconde ascension hivernale de l'éperon Walker des Grandes Jorasses, dans le massif du Mont-Blanc, quelques jours après la première réalisée par les Italiens Walter Bonatti et Cosimo Zappelli.

Avec Robert Flematti, il accomplit la première ascension hivernale du pilier central du Freney, atteignant le sommet du mont Blanc le .

En , il s'engage à nouveau avec Robert Flematti dans une première hivernale, l'ascension du Linceul aux Grandes Jorasses. René Desmaison assure la médiatisation de cette première en la faisant suivre en direct aux auditeurs de RTL grâce à deux radios de qu'ils transportent pendant toute l'ascension qui dura neuf joursRené Desmaison, page « disparitions » du Monde daté du dimanche 30 septembre et lundi , , page 19 à 270.

La voie Gousseault aux Grandes Jorasses thumb|upright=1.3|left|alt=Paroi rocheuse verticale partiellement couverte de neige avec le tracé en couleur de trente voies d'ascension différentes|Vue de la face nord des Grandes Jorasses, avec : - la voie du Linceul, première hivernale réalisée avec Robert Flematti en (voie 5, jaune) ;- la voie Gousseault ouverte en et (voie 6, mauve) ;- la voie de l'éperon Walker réalisée en hiver avec Jack Batkin en 1963 (voie 9, rouge) ;- la voie de l'éperon Marguerite ouverte avec Jean Couzy en 1958 (voie 27, noir) René Desmaison veut ouvrir une nouvelle voie, directe, à l'éperon Walker des Grandes Jorasses dans le massif du Mont-Blanc. Pour cette première, qu'il souhaite hivernale, il choisit comme compagnon de cordée un jeune guide, Serge Gousseault. Ils commencent leur ascension le . L'ascension est difficile, les cordes sont gravement endommagées par les chutes de pierres et ils rencontrent le mauvais temps. Serge Gousseault se fatigue et souffre du froid, il a des gelures aux mains et a de plus en plus de mal à grimper. Les pitons manquent, les vivres s'épuisent, le contact radio est coupé. Serge Gousseault finit par mourir de froid et d'épuisement quelques dizaines de mètres sous le sommet. Choqué, René Desmaison ne peut se résoudre à laisser son compagnon et ne poursuit pas immédiatement l'ascension : « Je n'avais plus envie. J'avais échoué, Serge était mort » expliquera-t-il. Épuisé à son tour, il reste bloqué à du sommet et attend plusieurs jours les secours héliportés qui finiront par réussir à se poser à Paris Match du 6 mars 1971 près du sommet des Grandes Jorasses () et à le sauver le , après deux semaines dans la paroi.

René Desmaison est atteint, tant physiquement que psychologiquement, par cette terrible ascension. Pour retrouver confiance en ses capacités, à l'été 1972, il décide de s'engager dans une nouvelle course d'envergure, la première solitaire en intégrale de l'arête de Peuterey, arête longue et difficile qui mène au sommet du mont Blanc. Il ajoute ainsi à son actif une nouvelle première.

Le , en compagnie du guide italien Giorgio Bertone et du chamoniard Michel Claret, René Desmaison parvient à terminer sa voie directe, qu'il dénomme voie Gousseault, sur l'éperon Walker des Grandes Jorasses.

Les Andes À partir de 1976, René Desmaison entreprend des expéditions dans les Andes péruviennes.

thumb|upright=0.9|right|alt=Montagne enneigée avec une lumière rasante venant de l'arrière|Vue du pic sud du Huandoy Il organise ainsi quatre expéditions au Huandoy de 1976 à 1979, expéditions auxquelles participent Pierre Cerquetta, Patrick Vetter, Maurice et Didier Faivre, Pierre Perry, Christian Lemrich, Pascal Ottmann, Jean-Claude et Alain Salomon, Xavier Chappaz, André Bertrand, Alain Vagne et son fils Pascal. Ils réalisent les premières ascensions de la face sud et de l'arête sud-ouest du Huandoy.

Ensuite, René Desmaison ouvre dans la cordillère Blanche l'arête est du Chopicalqui avec Xavier Chappaz, Michel Arizzi et Alain Vagne puis la face sud du Chacraraju et la face sud-est du Chopicalqui en 1987 avec Christophe Profit et Sylviane Tavernier.

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