Pierre Simon, né le à Metz et mort le à , est un médecin et homme politique français. Il est grand maître de la Grande Loge de France de 1969 à 1971 et de 1973 à 1975.

Biographie Pierre Félix Simon naît à Metz en 1925. dans une famille de la bourgeoisie juive française. Du fait du plan d'évacuation des populations civiles de la « zone rouge » de la ligne Maginot, il rejoint en 1939, avec sa famille, la Dordogne. Il obtient en 1944 son certificat d'études physiques, chimiques et biologiques (PCB)https://bu.univ-angers.fr/sites/default/files/2021-11/inventaire_simon.pdf.

À la Libération, il s'intéresse au théâtre, ce qui le décide à s'installer à Paris pour poursuivre ses études de médecine. et il réalise son internat, de 1948 à 1952, à l'hôpital Bretonneau, dans le service du professeur Robey. Il choisit l’exercice de la gynécologie et de l’endocrinologie, « domaines qui touchent à la condition de la femme et à la représentation que se font les sociétés du concept de vie », devenant notamment assistant au laboratoire d'endocrinologie sexuelle de 1951 à 1955, dirigé par le professeur Simonnet.

Pierre Simon meurt le ... Ses archives sont déposées à l'université d'Angers, au Centre des archives du féminisme (BU Angers) et classées sous la cote 17AF.

Engagements

Durant la Seconde Guerre mondiale En 1942, il fait partie des éclaireurs israélites et protestants, groupe permettant le transport, vers la Suisse, de jeunes juifs d'origines étrangères. Puis il trouve refuge à Lyon, dans un foyer catholique de jeunes ouvriers où il donne des cours de musique

En 1945-1946, il assiste au procès de Nuremberg.

Engagements politiques L'action de Pierre Simon trouve des appuis politiques : ainsi, il fonde en 1951 avec Charles Hernu le Club des Jacobins, s’est engagé au Parti radical et participe à plusieurs cabinets au ministère de la Santé, auprès de Robert Boulin, de Michel Poniatowski et enfin de Simone Veil. Il mène également la réflexion au sein du Commissariat général du Plan.

Franc-maçonnerie Franc-maçon, il est à deux reprises grand maître de la Grande Loge de France, l'une des deux plus importantes obédiences françaises, de 1969 à 1972, puis de 1973 à 1975. Il inaugure dans ces fonctions un dialogue de son obédience avec l’Église catholique.. Accouchement sans douleur et engagement pour la contraception

Pierre Simon s'investit dans les pratiques liées à l'accouchement : il importe en France les techniques de l'accouchement sans douleur qu'il a découvertes lors de son séjour en URSS, en 1953., et contribue activement à leur diffusion, se confrontant pour cela au scepticisme d'une grande partie du corps médical français. Par la suite, il se joint à des réunions organisées en Suisse par le groupe Littré, constitué vers 1954 par des gynécologues francophones, français, suisses et belges. Ces groupes réfléchissent aux moyens de promouvoir les méthodes contraceptives en joignant leurs efforts aux mouvements qui s'activent pour le contrôle des naissances.

Il devient directeur du centre d'orthogénie de l’hôpital Boucicaut (1961-1986)Voir notice d'autorité.. Cet engagement l'incite à rejoindre la sociologue Évelyne Sullerot et la médecin Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, qui ont fondé l'association La Maternité heureuse. Les premières initiatives de cette association visent à dissocier les questions liées à la contraception de celles liées à l'avortement, pour obtenir la dépénalisation des méthodes contraceptives et leur diffusion. Dans cette perspective, l'association se donne pour objectifs de favoriser l'information et la formation des médecins. La formation et la théorie se déroulent à Paris et la pratique et la participation à des conférences se déroulent à Londres. Il s’agit de former le corps médical simultanément aux progrès de la science et aux idées nouvelles. Pierre Simon, pour sa part, participe à la diffusion en France des méthodes contraceptives. et notamment à celle du stérilet, contraceptif intra-utérin d'origine américaine, dont il a inventé le nom français..

Puis il présente à la presse, en , le stérilet, qu’il décrit comme . Dans les facultés de médecine de Tours et de Lyon est inscrit pour la première fois, fin 1964, un cours sur la contraception"La contraception au fil du temps. Histoire de la contraception" par Martine Chosson, Association Nationale des Centres d'IVG et de Contraception .

Mouvement français pour le planning familial et légalisation de la contraception

L'évolution de l'association se poursuit ; en 1960, La Maternité heureuse prend le nom de Mouvement français pour le planning familial (MFPF) et s'affile à la fédération internationale créée en 1952, l'International Planned Parenthood Federation (IPPF). Le mouvement reçoit au départ des appuis d'un certain nombre de protestants., tandis que son action suscite une forte opposition, pour des raisons distinctes, du Parti communiste français., ou de représentants de l’Église catholiqueCf. notamment .. Cette action en faveur de la dépénalisation de la contraception est toutefois largement soutenue par l'opinion publique, en faveur d'un accès libre à la contraception et à une évolution législative. La bataille en faveur de la contraception passe alors par un engagement politique et législatif, dans la mesure où la loi du , « réprimant la provocation à l'avortement et à la propagande anticonceptionnelle » confondait dans une même condamnation avortement et propagande en faveur de la contraception.. La parution de son ouvrage Contrôle des Naissances, Histoire, philosophie, morale. en 1966, puis le vote de la loi Neuwirth le , légalisant l’usage des méthodes contraceptives en France, représentent une avancée, bien que les questions liées à la dépénalisation de l'avortement ne soient pas envisagées par cette loi..

Dès 1968, Pierre Simon publie un très attendu Précis de contraception, destiné aux médecins, salué par le Dr Jean Dalsace en .Les facultés sont jusqu’ici muettes sur tous les sujets touchant à la sexualité et les médecins, pour la plupart, étaient ignorants de tout ce qui traite de la contraception et de ses motivations". En préface, Alan Guttmacher rappelle que des médecins "La contraception en microsillon" par Cécile Raynal, dans la Revue d'Histoire de la Pharmacie de 2009 .

Légalisation de l'avortement

En 1969, il oriente alors son action vers les questions liées à l'avortement, qui reste illégal en France. Dans cette perspective, il participe à la fondation de l'Association nationale pour l'étude de l'avortement (ANEA) avec le Jean Dalsace. et l'avocate Anne-Marie Dourlen-Rollier.. Cette association prend sa place dans les débats concernant cette revendication de dépénalisation, dans lesquels s'engagent également le Planning familial, présidé par Simone Iff. Mais aussi des mouvements militants féministes, tels le MLF français, le mouvement féministe Choisir ou encore le mouvement protestant Jeunes Femmes, ainsi que des personnalités emblématiques de la société civile, telles Simone de Beauvoir qui rédige le texte du Manifeste des 343 en 1971Le manifeste des 343 commence par ces mots : « Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses […] On fait le silence sur ces millions de femmes. Je déclare que je suis l'une d'elles, je déclare avoir avorté.». ou Gisèle Halimi qui obtient l'acquittement d'une jeune fille mineure au procès de Bobigny en 1972.

Le vote, en 1975, de la loi Veil, à l'écriture de laquelle il a contribué, légalise, d'une façon d'abord transitoire, l’avortement. La loi devient définitive en 1979.

Le rapport Simon de 1972

L'initiative de réaliser une enquête sur le comportement sexuel des Français naît en lors d'un congrès sur l'éducation sexuelle organisé à Paris par le Mouvement pour le planning familial (MFPF).. S'inscrivant dans la période de libération sexuelle qui suit les événements de Mai 68 et qui marque le passage de la société traditionnelle à la société moderne, cette étude commandée à l'IFOP par le MFPF, est menée par le docteur Simon (surnommé à cette occasion le « Kinsey français ») et une équipe formée du sociologue Jean Gondonneau, de l'avocate Anne-Marie Dourlen-Rollier et de Lucien Mironer, chef d'enquête à l'Ifop. Le sondage d'opinion est réalisé du au par 173 enquêteurs ( et ) formés par l'IFOP qui interrogent âgées de 20 ans et plus, d'après un questionnaire standardisé soumis à un échantillon représentatif de la population française.. .

Dans le rapport qu'il écrit en 1970 et 1971, publié en 1972 sous le nom de Rapport Simon et consacré à l'étude du « comportement sexuel des Français »., Pierre Simon place, pour la première fois en France, la sexualité au cœur des enquêtes sociologiques et de la réflexion politique. L’enquête française, qui dit s’inspirer de l’enquête suédoise de 1969 (), se différencie des enquêtes américaines (notamment les rapports Kinsey)Pierre Simon, Jean Gondonneau, Lucien Mironer, et Anne-Marie Dourlen-Rollier, « Rapport sur le comportement sexuel des Français », Paris : Éditions René Julliard et Pierre Charron, 1972, 922 pages, citée dans Représentations du genre et des sexualités dans les méthodes d'éducation à la sexualité élaborées en France et en Suède - Elise Devieilhe, avril 2014 . car elle . Le comportement sexuel étudié ne se limite pas aux aspects physiologiques mais considère les dimensions relationnelles, affectives et culturelles.

Deux autres enquêtes sur les comportements sexuels ont depuis été réalisées en France sous l'initiative de l'ANRS qui souhaite une mise à jour des connaissances sur ce domaine dans le cadre des stratégies de prévention de maladies infectieuses émergentes (SIDA, hépatites virales B et C). En incluant notamment les comportements « à risque » (relations homosexuelles, multipartenariat sexuel, recours à la prostitution, usage de drogues par voie intraveineuse) : le rapport d'Alfred Spira et de Nathalie Bajos (INSERM) publié en 1992 et celui de Nathalie Bajo et de Michel Bozon (INED) publié en 2008.. De ces trois « photographies », nous pouvons essentiellement retenir selon le médecin psychiatre Philippe Brenot, .

Procréation médicale assistée et fin de vie

Il poursuit son action dans les années 1980 en militant en faveur des techniques de procréation médicalement assistée et en soutenant le , notamment en créant en 1980 avec Henri Caillavet, l'Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD).

Décorations

Distinctions et hommages

Un prix « Éthique et société » est créé en 2007, en son honneur et porte son nom. Sous le patronage du ministère de la Santé, celui-ci récompense chaque année des personnalités et des œuvres qui s'inscrivent dans le cadre de l'action et de la réflexion sur l'éthique..

Une plaque commémorative lui rend hommage 120 boulevard Saint-Germain ().

Publications . .

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Notes et références Notes

Références

Annexes

Bibliographie . . . . Emmanuel Pierrat, Pierre Simon, médecin d'exception. Du combat pour les femmes au droit de mourir pour la dignité, Don Quichotte éditions, 2018. .

Articles connexes Henri Fabre (médecin) Lucien Neuwirth Jacques Derogy

Liens externes

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