thumb|upright=2.5|Situation des deux « blocs » de l'Ouest et de l'Est vers 1980 Légende :

Guérillas communistes = X, Guérillas anti-communistes = X, Autres conflits = X Le bloc de l'Ouest, également connu comme le bloc capitaliste et le bloc américain, ou en forme raccourcie « l'Ouest » désigne l'ensemble formé par les États-Unis et leurs alliés pendant la guerre froide, par opposition au bloc de l'Est ou en forme raccourcie « l'Est » qui désigne l'Union soviétique et les pays communistes dans sa mouvance. Les expressions le « monde occidental » ou les « Occidentaux » ou bien encore le « monde libre » ou le « premier monde » sont également fréquemment utilisées pour désigner les États-Unis et leurs alliés. Le bloc de l'Ouest se met en place dans les années 1947 à 1954 pour l'essentiel, en parallèle des évènements majeurs de la guerre froide, jusqu'à ce qu'une certaine stabilisation s'opère entre les deux grands blocs de l'Ouest et de l'Est. Progressivement, au rythme notamment de la décolonisation émerge un troisième ensemble de pays, le tiers-monde.

Le bloc de l'Ouest dans sa définition la plus restreinte inclut les États-Unis, le Canada et les pays d'Europe de l'Ouest qui vont s'organiser à partir de 1947 autour d'alliances politiques, militaires et économiques fortes, dont la plupart existent encore de nos jours, bien après la fin de la guerre froide en 1991. Dans une définition plus large, le bloc de l'Ouest inclut aussi les pays alliés des États-Unis dans trois autres régions du monde : l'Asie du Sud-Est, l'Amérique Latine et le Moyen-Orient. Chacune de ces composantes de l'Ouest correspond à des contextes géopolitiques différents et recouvre donc des objectifs et des contenus qui lui sont propres.

Le poids considérable des États-Unis au sein du bloc de l'Ouest est une constante quelle que soit la zone géographique concernée et crée par nature un déséquilibre originel dès lors que la prépondérance américaine laisse peu de marge de manœuvre et d'initiative aux pays alliés qui se trouvent ainsi soumis peu ou prou aux décisions politiques prises par les États-Unis et plus largement aux différentes dimensions de l'« impérialisme américain »Cette vision impériale et colonisatrice des États-Unis est notamment popularisée en France par les livres Le Défi américain publié en 1968 par J.J. Servan-Schreiber et République impériale de Raymond Aron publié en 1973..

Le bloc de l'Ouest constitue la sphère d'influence des États-Unis, et rassemble donc des pays qui pour une part consentent librement à en être membre et négocient les conditions de leur participation mais qui pour une autre part subissent les conséquences d'une relation du faible au fort avec les États-Unis : en contrepartie de la sécurité et de l'aide économique dont ils bénéficient, ces pays sont plus ou moins contraints selon les cas de s'aligner sur la politique étrangère des États-Unis. Pendant la guerre froide, le bloc de l'Ouest s'inscrit en premier lieu dans la politique d'endiguement du communisme définie par Truman : il s'agit d'empêcher l'Union soviétique d'étendre sa sphère d'influence en l'encerclant d'un réseau d'alliances militaires et économiques. Lorsque ces alliances sont en plus fondées sur des cultures et des systèmes politiques voisins, elles correspondent alors à des logiques plus profondes et durables, comme c'est le cas avec l'Europe ou certains pays d'Asie.

Les États-Unis, leader du monde occidental

Dans les années 1960 et 1970, les États-Unis mènent sur tous les continents une politique active au nom de l'endiguement du communisme. Jamais dans l'histoire du monde, un pays n'a exercé une prépondérance aussi importante sur sa sphère d'influence.

Sous la pression de leur opinion publique essentiellement, les États-Unis adoptent entre les deux guerres mondiales une posture isolationniste. L'attaque japonaise à Pearl Harbor en est l'évènement majeur qui fait prendre conscience aux Américains que cette posture n'est pas suffisante pour garantir leur sécurité et leur prospérité. Dès lors, les États-Unis développent une vision globale de leur sécurité : sur le plan militaire, par le maintien en temps de paix de moyens militaires substantiels, réorganisés selon les termes du National Security Act de Site, et s'appuyant sur un vaste réseau de bases hors du territoire américain et un nombre considérable d'alliances militaires dans toutes les régions du monde. Tout au long de la guerre froide, les États-Unis entretiennent des forces militaires très importantes dans plusieurs régions du monde, aux deux premiers rangs desquelles l'Europe et l'Asie du Sud-Est .. sur le plan politique, par la mise en place d'une gouvernance mondiale, via les Nations unies, aux objectifs moins ambitieux que la Société des Nations, mais qui doit contribuer à instaurer une sécurité collective mondiale afin de résoudre pacifiquement les conflits entre les pays. sur le plan économique, par l'instauration d'un ordre monétaire et économique mondial, via des institutions comme le Fonds Monétaire International ou la Banque Mondiale, et par l'octroi d'aides importantes notamment aux pays européens dévastés par la guerre (plan Marshall) et à d'autres pays aussi, afin d'éviter de retomber dans une grande dépression semblable à celle de 1929 et d'assurer la prospérité de tous.

Cette vision repose initialement sur la conviction de Roosevelt que . Confrontés dans l'immédiat après-guerre (1945-1947) à ce qu'ils perçoivent comme l'impossibilité d'instaurer cet ordre du monde avec l'Union soviétique de Staline, les dirigeants américains complètent cette vision assez idéaliste d'une approche pragmatique destinée à favoriser les intérêts américains de manière directe ou indirecte en contribuant au redressement économique des européens et des japonais et en décidant de s'opposer, au besoin par la force, à tout agrandissement de la sphère d'influence communiste issue de la Seconde Guerre mondiale. Les principes, de ce qui sera appelé la doctrine Truman, en sont énoncés le lorsque Truman demande au Congrès d'approuver la demande d'aide de la Grèce et de la Turquie, répondant ainsi à l'appel de la Grande-Bretagne, sortie exsangue de la Guerre, qui quelques semaines auparavant s'est déclarée dans l'incapacité d'y faire face Site. La politique étrangère des États-Unis mettra en œuvre avec constance ces principes durant les vingt-cinq années suivantes.

Le système interétatique mis en place par les États-Unis se caractérise d'abord par sa dimension planétaire : les Américains n'ont pas restreint leur politique d'endiguement du communisme à une zone géographique. Ensuite, il substitue au colonialisme traditionnel tel que les Anglais et les Français notamment l'ont pratiqué, un impérialisme américain fondé sur la puissance économique et financière qui provoque presque partout dans le monde un rejet de nature parfois à favoriser l'émergence de mouvements révolutionnaires, que les Soviétiques et les Chinois sauront exploiter. Enfin, il tend à développer une vision bipolaire des relations internationales, essentiellement articulées autour des États-Unis et de l'Union soviétique, faisant passer au second plan les aspirations et intérêts des autres pays Site de référence. La prépondérance américaine dans le monde est sans égale dans l'histoire moderne : ni la Grande-Bretagne, ni la France n'ont à l'apogée de leurs empires exercé leur puissance sur une partie aussi importante du globe et de sa population. La richesse des États-Unis leur donne les moyens de cette projection tous azimuts, dont ils tirent en retour des bénéfices importants pour le développement de leurs entreprises dans le monde : en 1950, le PNB américain représente plus de 27 % de la richesse mondiale, soit presque trois fois celui de l'Union soviétique ; ce ratio diminue jusqu'au début des années 1970 qui marquent une période d'affaiblissement de l'hégémonie américaine ; il retrouve ensuite à la fin des années 1980 sa valeur initiale, illustrant les difficultés auxquelles l'URSS se trouve confrontée, qui conduiront à son effondrement Site de référence.

Le rôle des États-Unis dans le monde suscite des interrogations quant à sa vraie nature et à sa légitimité au point qu'à des degrés divers les observateurs politiques et les historiens assimilent le bloc de l'Ouest à l'empire américain, ou du moins qualifient les États-Unis de république impériale ou dénoncent l'impérialisme américain : l'historien John L. Gaddis assimile les deux blocs de l'Ouest et de l'Est à deux empires ; Raymond Aron fait aussi référence à cette notion, et analyse la diplomatie américaine des vingt-cinq premières années de la guerre froide comme de nature impériale ou de nature impérialiste selon les cas.

L'Europe, cœur du bloc de l'Ouest

À partir de 1947, les États-Unis ne doutent plus que le monde soit entré dans la guerre froide. L'échec des conférences diplomatiques entre les anciens alliés et l'état de fragilité des pays d'Europe de l'Ouest qui peinent à se relever de leurs ruines, conduisent les américains et les européens à mettre en place une alliance politique, militaire et économique forte, dans le but d'appuyer la politique américaine d'endiguement, face au bloc soviétique. L'historien John L. Gaddis écrit : .

thumb|left|Truman signe le traité de l'Atlantique nord à la Maison-Blanche le Les accords conclus dans ce cadre s'inscrivent soit dans la logique de l'atlantisme, c'est-à-dire englobant l'Amérique du Nord et l'Europe de l'Ouest, soit dans une logique purement européenne qui conduit par étape à une certaine intégration européenne. Relevant de la première catégorie, le traité de l'Atlantique Nord signé en constitue la colonne vertébrale de l'alliance politique et militaire du bloc de l'Ouest en Europe. C'est au sein de cette alliance atlantique ainsi formée que se met en place dès 1950 en raison des craintes suscitées par le déclenchement de la guerre de Corée une organisation militaire intégrée permanente, l'OTAN. Afin de renforcer les moyens militaires en propre de ses alliés, et en premier lieu des membres de l'OTAN, Truman fait voter par le Congrès en le Mutual Defense Assistance Act par lequel les États-Unis peuvent financer des achats de matériel militaire par les pays qui en font la demande ; la France est un des principaux bénéficiaires de cette aide Site Site. L'accord bilatéral concernant l'aide pour la défense mutuelle sera conclu entre les États-Unis et la France le , en même temps que des accords similaires conclus par l'OTAN et plusieurs autres pays membres Site.

Après différentes avancées, dont notamment la création de la CECA, la construction de l'Europe prend définitivement son élan avec la conclusion du traité de Rome en 1957 par six pays, la France, la RFA, l'Italie et les trois du Benelux qui crée la Communauté Économique Européenne, dont l'élargissement progressif des compétences et du nombre de ses membres conduira à l'Union européenne telle qu'elle existe depuis 2007 par le Traité de Lisbonne. Au moins à l'origine, les États-Unis encouragent la construction européenne, car ils souhaitent une Europe de l'Ouest forte économiquement pour faire face à la menace soviétique et partager le fardeau de sa défense.