Les inhibiteurs de la pompe à protons (souvent dits IPP) sont un ensemble de molécules dont l'action principale est une réduction prononcée et de longue durée () de la production d'acidité gastrique en agissant sur la pompe à protons. Leur DCI est -prazole.

L'ensemble des inhibiteurs de la pompe à protons succède dans ce rôle aux antihistaminiques H2 et les a largement supplantés grâce à son efficacité supérieure. Le premier inhibiteur de la pompe à protons est apparu sur le marché français en 1988Huang, L., Qi, D. J., He, W., & Xu, A. M. (2017) Omeprazole promotes carcinogenesis of fore-stomach in mice with co-stimulation of nitrosamine. Oncotarget, 8(41), 70332. à la suite d'une autorisation de mise sur le marché, il s'agissait de l'oméprazole (Mopral).

Usage clinique

Ces médicaments sont utilisés dans le traitement de divers états, tels : la dyspepsie ; l'ulcère gastroduodénal ; les IPP sont utilisés pour soigner ou prévenir les ulcères gastriques et duodénaux. Ils sont aussi utilisés en association avec deux antibiotiques dans les traitements anti-helicobacter. Les antibiotiques sont peu efficaces en milieu acide, c'est la raison pour laquelle les IPP sont indispensables ; le syndrome de Zollinger-Ellison ; le reflux gastro-œsophagien (RGO) : suivant la gravité du RGO, les traitements peuvent aller de quelques semaines à plusieurs mois ; certains états de stress, préventivement : au cours d'un infarctus, d'un accident vasculaire cérébral…

Les IPP sont aussi utilisés lors d'un traitement durable à l'aspirine et aux AINS. L'aspirine inhibe les prostaglandines ainsi que la cycloxygènase 1 (COX 1) ; par conséquent, le mucus stomacal est de moins bonne qualité, protégeant moins la muqueuse gastrique contre les attaques acides répétées.

Prescription La prescription d'inhibiteurs de la pompe à protons reste très importante, pour un coût notable, mais les indications ne sont pas toujours bien respectées : entre des prescriptions sont faites en dehors des indications classiques..

En 2008, des essais thérapeutiques et des études de pHmétrie avaient conclu à des avantages significatifs pour l'utilisation de l'ésoméprazole et le rabéprazole par rapport aux autres produits dans le traitement à la demande du reflux gastro-œsophagien (RGO)Les nouveaux inhibiteurs de la pompe à protons, un progrès dans la prise en charge des maladies acido-peptiques ?, publié le 29 février 2008 sur le site em-consulte.com (consulté le 17 mars 2018).. Mais en 2009, une réévaluation des médicaments IPP faite par la Haute Autorité de santé, ne montre aucune différence d'efficacité cliniquement pertinente entre les IPP permettant de recommander un produit plutôt qu'un autre pour une indication donnée Commission de la transparence : Réévaluation des médicaments inhibiteurs de la pompe à protons chez l’adulte, 55 pages, publié le 7 janvier 2009 sur le site de la Haute Autorité de santé (consulté le 10 mars 2018). Quatre points-clés sur les IPP, 2 pages, publié en janvier 2010 sur le site Ameli (consulté le 17 mars 2018)..

Déprescription Certains produits dont les IPP sont parfois utilisés au long cours et leur prescription renouvelée. Le bénéfice initial peut alors ne plus être présent, et les effets indésirables, les risques et le rapport coût bénéfice devenir défavorable.

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Mécanisme d'action Ce type de médicament inhibe l'enzyme gastrique H, K-ATPase (la pompe à protons), catalyseur de l'échange des ions H et K. Il entraîne une inhibition efficace de la sécrétion acide basale et de la sécrétion acide stimulée.

Dans le micro-canal où le pH est bas (≤2), ces inhibiteurs sont ionisés et modifiés en molécules actives qui se connectent en liaisons covalentes avec le groupe sulfhydryleCystéine et pont disulfure, publié le 21 juin 2016 par Emmanuel Jaspard, sur le site de la section Biochimie de l'université d'Angers (consulté le 17 mars 2018). (-SH) de la cystéine de la sous-unité a de la pompe. Ainsi, d'une manière irréversible, la pompe est inhibée. La reprise d'activité de pompage nécessite la synthèse de nouvelles pompes. Étant donné que la demi-vie de renouvellement des pompes est approximativement de 18 à 24 heures, une prise unique permet une inhibition de près de 24 heures..

Le fait que les inhibiteurs ne soient actifs qu'en milieu acide, après protonation, explique qu'ils ont peu d'effets sur la H/K-ATPase extra-gastrique située au niveau du rein et du colon.

Si ces inhibiteurs étaient administrés sous forme non gastro-résistante, ils se transformeraient en métabolite actif dans l'estomac, mais sans pour autant atteindre au niveau du micro-canal une concentration suffisante pour inhiber la pompe à protons.

La sécrétion de Cl- qui est parallèle à celle de H pour donner HCl, n'est pas directement modifiée par les inhibiteurs de la H/K-ATPase. Le mécanisme de la sécrétion de Cl- reste mal connu. Elle paraît couplée à celle du potassium, ce qui permet le recyclage de ce dernier.

Une conséquence de l'inhibition de H/K-ATPase gastrique est l'élévation réactionnelle de la gastrinémie, très importante chez le rat, mais faible chez l'humain. L'hypergastrinémie pourrait entraîner une hyperplasie des cellules entérochromaffines.

Principes actifs Appartenant à la classification ATC A02BCClasse A02BC, inhibiteurs de la pompe à protons, publié sur le site du Dictionnaire Vidal (consulté le 17 mars 2018)., cette dernière est composée des molécules suivantes : Oméprazole (Mopral, Losec, Logastric, Mopralpro), disponible sous forme de génériques depuis 2002. Il s'agit du premier inhibiteur de la pompe à protons, sorti en 1989 ; Ésoméprazole (Inexium, Nexium, Nexiam) disponible depuis 2000, il s'agit de l'isomère-S de l'oméprazole ; Pantoprazole (Pantoloc, Inipomp, Eupantol, Panthomed) ; disponible sous forme de médicament générique depuis 2009 ; en 1995 ; Lansoprazole (Lanzor)Désignation des produits liés à la lansoprazole, publié sur le site du Dictionnaire Vidal (consulté le 17 mars 2018). ; dont l'AMM a été autorisée à partir du sous le nom de marque Lanzor Avis d'AMM pour le produit Lanzor, 6 pages, publié le sur le site de la Haute Autorité de santé (consulté le 17 mars 2018)., dont les génériques sont commercialisés depuis 2007 ; Dexlansoprazole, forme dextrogyre du lansoprazole, non commercialisé en France, Suisse et Belgique, commercialisé entre autres sous le nom de Dexilant ou Gladexa. Rabéprazole (Pariet)Désignation des produits liés à la rabéprazole, publié sur le site du Dictionnaire Vidal (consulté le 12 mars 2018). ; dont l'AMM a été autorisée depuis le pour le produit Pariet du laboratoire Johnson & Johnson Avis d'AMM pour le produit Pariet, 2 pages, publié le sur le site de la Haute Autorité de santé (consulté le 12 mars 2018)..

Effets secondaires Effets de court et moyen terme Les IPP sont des médicaments habituellement bien tolérés à court et moyen termesLes inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) remis en question, publié le par Estelle B., sur le site sante-sur-le-net.com (consulté le 17 mars 2018). et ils ne semblent pas à court ou moyen termes induire de pathologies gravesLaine L, Ahnen D, McClain C, Solcia E, Walsh JH (2000) Review article: Potential gastrointestinal effects of long-term acid suppression with proton pump inhibitors. Aliment Pharmacol Ther 14:651–668.McCloy RF (1995) Pathophysiological effects of long-term acid suppression in man. Dig Dis Sci 40:96S-120S.Pohle T, Domschke W (2000) Results of short-and long-term medical treatment of gastroesophageal reflux disease (GERD). Langenbecks Arch Surg 385:317–323. mais ont quelques effets secondaires indésirables, légers et transitoires. Ces effets sont rapportés pour tous les IPP, mais plus souvent pour l'oméprazole (probablement parce qu'il est utilisé depuis plus longtemps, ce qui a permis de mieux révéler ses effets secondaires).

Les manifestations indésirables suivantes ont été rapportées dans les monographies : diarrhée ou au contraire constipations prolongées, céphalées, flatulence, douleurs abdominales, étourdissements/vertiges, éruptions cutanées, allongement de la durée des règles chez la femme, palpitations cardiaques, anxiété voire dépression.. Ces manifestations disparaissent après la fin du traitement.

L'apparition de myopathies (dont polymyosite) avec réaction grave (rhabdomyolyse) a aussi été signalée par Clark & Strandell en 2006..

L'acide gastrique joue un rôle a priori majeur pour la dégradation et donc la bonne digestion de nombreux aliments, ainsi que pour la bioassimilation de certains micronutriments : plusieurs études ont montré que réduire sa production diminue l'absorption du magnésium. ; des médicaments antagonistes des récepteurs H2 restaurent l’absorption de magnésiumPark CH, Kim EH, Roh YH, Kim HY, Lee SK (2014). "The association between the use of proton pump inhibitors and the risk of hypomagnesemia: a systematic review and meta-analysis". PLoS ONE. 9 (11): e112558. . . . ; de même l'absorption du calcium qui est diminuée par les IPP O’Connell MB, Madden DM, Murray AM, Heaney RP, Kerzner LJ, Effects of proton pump inhibitors on calcium carbonate absorption in women: a randomized crossover trial, Am J Med, 2005;118:778-81, publié en sur le site The American Journal of Medicine (consulté le 10 mars 2018). ; le fer est également malabsorbé, ce qui cause des anémie ; une carence en vitamine B12 est également constatéeLes soucis des inhibiteurs de pompe à proton, sauvegarde du par Georges Mouton, publié sur le site archive.is (consulté le 10 mars 2018). même si concernant le fer et la vitamine B12, les données sont faibles et encore à confirmer car plusieurs facteurs de confusion ont été identifiés.. En 2017, la plupart de ces risques sont jugés « faible » ou « très faible » par l'association américaine des gastroentérologues, caractérisés par un faible niveau de preuve. Vaezi (2017) estiment que ces risques existent mais que certains messages ont été . Selon lui,

Traitements anticancéreux Selon une étude de 2024, les inhibiteurs de la pompe à protons pourraient diminuer l'efficacité de certains anticancéreux, principalement les inhibiteurs de tyrosine kinase et les inhibiteurs de point de contrôle utilisés en immunothérapie.

Effets à long terme Longtemps ignorés, ils concernent principalement le risque infectieux et des risques de perturbation du microbiote intestinal, cardiovasculaires, de fracture osseuse et de cancer ;

S'ils restent relativement faibles ils ont été récemment jugés préoccupants car les IPP sont souvent utilisés plus longtemps que nécessaire. Une étude visant à établir de bonnes pratiques a montré que 50 % de personnes hospitalisées ou vues dans une clinique de soins primaires continuaient à prendre des IPP sans aucune raison documentée d'utilisation à long terme des IPPFarrell, B; Pottie, K; Thompson, W; Boghossian, T; Pizzola, L; Rashid, FJ; Rojas-Fernandez, C; Walsh, K; Welch, V; Moayyedi, P (Mai 2017). "Deprescribing proton pump inhibitors: Evidence-based clinical practice guideline". Canadian Family Physician. 63 (5): 354–364. . .. Dans les années 2010, au vu du peu de preuves d'efficacité à long terme du traitement, de son coût et des risques de préjudice liés aux effets de traitements longs, des associations de cardiologues estiment que les cliniciens devraient envisager l'arrêt des IPP chez de nombreux patients"Canadian Cardiovascular Society and Choosing Wisely Canada : The Road to Creating a List of Five Things Physicians and Patients Should Question". Canadian Journal of Cardiology. 30 (8): 949–955. August 2014..

Risques infectieux