Sargon d’Akkad (akkadien : ; « Roi légitime » ; « le Roi est légitime » ou encore « Roi loyal »), est le fondateur de l'Empire d'Akkad. Il unifia par la force les principales cités de Mésopotamie sous son autorité. Les dates de son règne, incertaines, sont estimées entre 2334 et , mais une proposition plus récente le situe sur la période de 2316 à

Son règne demeure assez mal connu, dans la mesure où les historiens ne possèdent que quelques inscriptions commémoratives datables avec assurance du règne de Sargon (et pour la plupart connues par des copies postérieures) et peu d'archives de son temps. Les textes littéraires rédigés après la mort de Sargon dans le but de le magnifier renferment sans doute un noyau historique, mais il est difficile de démêler le vrai du faux. Selon ce qui ressort des études récentes, c'est un souverain de la petite cité d'Akkad, située en Mésopotamie centrale, placée dans l'ombre de sa voisine Kish. Dans des circonstances indéterminées, Sargon parvient à renverser l'ordre établi et s'impose comme le maître de la partie nord de la Basse Mésopotamie à la fin du Puis il affronte et défait Lugal-zagesi, roi établi à Uruk qui domine la partie méridionale de cette même région, le pays de Sumer, qui passe sous la coupe d'Akkad. Il entreprend ensuite des expéditions militaires couronnées de succès en direction du plateau Iranien à l'est (notamment en Élam) et vers la Syrie à l'ouest (Mari, Ebla), sans pour autant les intégrer dans son royaume.

L'ampleur de ses conquêtes et de ses campagnes militaires est sans précédent connu pour l'histoire mésopotamienne. Son règne marque manifestement un tournant dans l'histoire de cette région, d'autant plus que ses successeurs directs vont pérenniser ses accomplissements pour au moins un siècle, constituant ainsi ce qui est généralement considéré comme la première expérience « impériale » de l'histoire. En effet, ce règne voit la mise en place de pratiques caractérisant ce type d'État : importance de l'armée et des victoires militaires, de plus en plus lointaines, création d'une organisation politique englobant les plus petits États qu'elle a vaincus et annexés, réduits au statut de provinces, constitution d'une élite politique au sein de laquelle la famille impériale a un rôle clé, développement d'une idéologie glorifiant la figure du roi et ses exploits militaires, diffusée par des monuments commémoratifs inscrits véhiculant dans tout le royaume l'image et le discours de la royauté.

Le règne de Sargon a également fait une forte impression sur ses contemporains, et sa mémoire est restée préservée par les générations futures, qui ont élaboré des légendes à son propos, reposant au moins en partie sur des exploits qu'il a effectivement réalisés, tout en les amplifiant. Des récits concernent ainsi sa naissance, sa prise de pouvoir et certaines de ses campagnes militaires, dont une expédition manifestement imaginaire qui le conduit jusqu'en Anatolie. Sargon d'Akkad est donc devenu une des figures majeures de l'histoire mésopotamienne, généralement considéré comme l'archétype du souverain conquérant.

Étymologie thumb|alt=Deux photographies de signes cunéiformes gravés sur une stèle érodée, en couleur et en noir et blanc, accompagnées de la copie normalisée des signes.|« Sargon (le) roi » (Šar-ru-gi lugal) inscrit sur une stèle du roi. Musée du Louvre. Le nom de Sargon est en akkadien ancien, la langue de l'époque d'Akkad, śarru(m)-kēn (adapté durant les périodes suivantes aux différentes variantes de l'akkadien, notamment en babylonien šarru(m)-kīn). Dans l'écriture cunéiforme de l'époque, il est écrit sous la forme śar-ru-GI ou šar-ru-Gi. La signification de ce nom est débattue.

La première partie du nom, śarru(m), signifie « roi ». Jusqu'alors, ce terme ne semble pas employé couramment pour former des noms de personne en akkadien. Son équivalent sumérien, , est en revanche souvent employé dans des noms personnels. Le second terme, kīnu(m), a de nombreuses acceptions : « permanent », « véridique », « fidèle », « loyal », « juste », « honnête », « stable », « légitime », « correct », etc.. Reste à savoir quel sens il prenait dans ce cas précis, parmi ces possibilités.

Qui est le « Roi » auquel le nom fait référence ? Selon certains il s'agirait de Sargon lui-même. Cela voudrait dire qu'il a changé de nom au moment de sa prise de pouvoir, en prenant ce qu'on appelle un « nom de trône », différent de son nom de naissance. Mais cette pratique n'est pas attestée à cette période, et n'est courante en Mésopotamie qu'un millénaire plus tard. En revanche, si Sargon porte le même nom depuis sa naissance, alors le « Roi » évoqué dans le nom renverrait au souverain qui régnait au moment où il est né, cherchant à lui apporter sa bénédiction. Cette pratique est courante dans les noms de personne akkadiens des périodes postérieures. Il a également été proposé que le « Roi » soit en fait une divinité.

Le nom de Sargon a donc pu être traduit « Roi légitime », si on admet qu'il s'agit d'un nom de trône, programmatique, qui viserait à légitimer la position de ce roi, cherchant à faire oublier qu'il est un usurpateur. D'autres possibilités de nom de trône sont « Roi loyal », « Roi sûr », « Roi véridique ». Si c'est un nom de naissance, il pourrait signifier « le Roi est fidèle (à sa parole) », « le Roi est légitime », ou encore « le Roi est juste ».

Sources thumb|alt=Signes cunéiformes gravés sur une stèle, détail.|Détail d'une des rares inscriptions originales de Sargon connues, figurant sur une stèle mise au jour à Suse (Iran). Musée du Louvre.

Peu de sources primaires datées de l'époque du règne de Sargon sont connues. Elles comprennent quelques inscriptions royales originales rédigées sur des monuments mis au jour sur des sites archéologiques. Sargon et les rois d'Akkad qui lui ont succédé ayant joui d'un grand prestige dans l'Antiquité mésopotamienne, plusieurs de leurs inscriptions monumentales ont été recopiées par des scribes sur des tablettes cunéiformes, en particulier durant la première partie du . C'est en particulier le cas de celles inscrites sur des monuments exposés à Nippur, dans la cour du temple d'Enlil de cette ville, encore présents un demi-millénaire après leur rédaction, et qui ont depuis disparu. En particulier, deux tablettes reprennent les copies de plusieurs inscriptions akkadiennes. Elles contiennent des informations sur ses conquêtes militaires, mais ne présentent pas de descriptions développées des événements. Les tablettes de copies comprennent aussi des informations sur l'aspect des monuments sur lesquels étaient inscrits les textes (type d’œuvre, emplacement des inscriptions, images).

Parmi les textes commémorant les accomplissements du roi figurent aussi les noms d'années : suivant un usage qui se répand à cette période afin de différencier les années, on donne un nom à une année en référence à un événement majeur qui s'est produit l'année précédente. Ils sont utilisés pour dater certains textes administratifs, et c'est ainsi que les historiens les identifient généralement. C'est en principe très utile pour reconstituer la trame événementielle d'un règne, à la condition que l'intégralité (ou du moins la majorité) des noms d'années d'un roi soit connue, et qu'il soit possible de les mettre dans l'ordre. Or ce n'est pas le cas pour Sargon : seuls quatre noms d'années sont connus pour son règne (qui est crédité d'au moins 40 années). Ils commémorent tous des victoires militaires, qui sont également évoquées dans les inscriptions royales. Ces noms d'années sont : « Année où fut détruite », « Année où Sargon détruisit l'Élam », « Année où Mari fut détruite », « Année où Sargon alla (en campagne) au ».

Du règne de Sargon datent également des documents d'archives, des tablettes cunéiformes provenant notamment d'Adab, d'Umma et de Nippur.

Des sources écrites rédigées postérieurement au règne de Sargon témoignent de l'apparition d'une tradition légendaire à son propos. Elles fournissent avant tout des informations sur leur époque de rédaction, en particulier sur l'idéologie de la royauté. Quant à leur utilité pour reconstituer l'histoire de l'empire d'Akkad, elle est débattue. Il a été relevé que ces traditions avaient été jusqu'à influencer l'image de l'époque d'Akkad chez les historiens modernes, qui ont souvent eu tendance à trop se reposer sur elles pour étudier les règnes des rois akkadiens, voire à reprendre sans le recul nécessaire la vision « héroïque » et « impériale » de la période qu'elles charrient. Il est aujourd'hui reconnu qu'il est difficile, mais pas forcément impossible, de les mobiliser pour reconstituer le règne de Sargon : elles reposent manifestement sur une base de vérité, puisqu'une partie de ces textes s'inspire d'inscriptions commémoratives, mais elles comprennent une large partie de faits imaginaires inventés des siècles après sa mort. Certains historiens s'en passent lorsqu'il s'agit de reconstituer l'histoire de l'empire d'Akkad, d'autres en revanche estiment nécessaire de continuer de les utiliser.

Les sources non textuelles sont très peu nombreuses. Parmi les sculptures datables du début de l'époque d'Akkad par leur style, seule une stèle fragmentaire porte une inscription au nom de Sargon. Une ou deux autres pourraient dater de son règne, mais ne portent pas de mention du roi qui permettrait de le confirmer. En archéologie, le début de la période d'Akkad (le règne de Sargon et de ses deux successeurs Rimush et Manishtusu) ne peut être distingué de la fin de la période des dynasties archaïques sur des critères matériels dans les niveaux stratigraphiques des sites mésopotamiens. Sans trouvaille épigraphique, il est impossible de les dater plus précisément.

Famille

Comme les autres rois de la dynastie d'Akkad, Sargon ne mentionne pas son père dans ses inscriptions. L'identité de ses parents demeure donc inconnue. Les inscriptions du temps de Sargon mentionnent des membres de sa famille : son épouse Tashlultum, sa fille Enheduanna, personnalité notable car devenue prêtresse du dieu Nanna/Sîn à Ur et autrice supposée de plusieurs œuvres littéraires, et son fils Su-Enlil. Deux de ses fils lui succèdent sur le trône (dans un ordre incertain) : Rimush et Manishtusu. Un autre de ses fils, Ilaba'ish-takal, est connu par l'inscription de l'obélisque de Manishtusu.

Le règne de Sargon

Incertitudes chronologiques

Comme il est de mise pour cette période reculée, le déroulement des événements ayant eu lieu durant le règne de Sargon ne peut être reconstitué avec précision : on ignore la durée exacte de son règne : la Liste royale sumérienne le crédite, selon les versions, de 40, 54, 55 ou 56 années de règne, ce qu'il est impossible de confirmer faute de sources complémentaires ; on ignore à quel moment il monte sur le trône, et par suite, étant donné l'incertitude sur sa durée de règne, à quel moment il meurt ; aussi ses dates de règne proposées par les historiens ne sont qu'approximatives, et on trouve différentes propositions : 2334-, 2324-, 2316- ; on ignore à quel moment de son règne se produisent les événements évoqués dans les inscriptions du roi, notamment sa victoire contre Lugal-zagesi qui est un moment charnière.

Contexte

thumb|alt=Carte de la basse Mésopotamie à l'époque d'Akkad, indiquant l'ancien tracé approximatif des fleuves et de la côte du golfe Persique ainsi que la localisation des villes principales. La localisation d'Akkad elle-même, incertaine, y est supposée au Nord de Kish.|Localisation des sites principaux de Mésopotamie méridionale durant la période d'Akkad.