Qouneitra, en (aussi transcrit Kuneitra, Qunaytirah', Qunaitira) est une ancienne ville de Syrie située sur le plateau du Golan à environ mille mètres d'altitude. Fondée à l'époque de l'Empire ottoman comme ville étape sur la route caravanière de Damas, elle est surtout connue en raison des événements liés à la guerre des Six Jours (1967) et à la guerre du Kippour (1973) entre la Syrie et Israël.
Le , dernier jour de la guerre, l'armée israélienne s'empare et occupe la ville, chef-lieu de gouvernorat et principale ville du Golan. Elle est brièvement reprise en 1973 par l'armée syrienne durant la guerre du Kippour, mais Israël la reprend lors de sa contre-offensive. Les accords d'armistice de prévoient le retrait des Israéliens de Qouneitra au début de juin. À leur retour, les Syriens retrouvent une ville dévastée. Le gouvernement syrien décide de la laisser en l'état à titre de témoignageAbraham Rabinovich. The Yom Kippur War, 492. Cette ville-fantôme se trouve depuis lors dans la zone démilitarisée séparant les forces armées syriennes des forces israéliennes occupant l'Ouest du Golan, qui a été annexé unilatéralement par Israël en 1981.
Statut dans la Syrie actuelle Qouneitra reste formellement la capitale du gouvernorat de Qouneitra, division administrative du sud-ouest de la Syrie qui inclut toujours la partie du Golan occupée par Israël.
En pratique, depuis 1974, l'administration du gouvernorat se trouve dans la localité de , construite dans les années 1980 à 12 kilomètres au nord de l'ancienne Qouneitra.
Géographie Relief et hydrographie Qouneitra est située dans une haute vallée du plateau du Golan à d'altitudeGeoffrey William Bromiley. "Golan", in International Standard Bible Encyclopedia: E-J, . Wm. B. Eerdmans Publishing, 1994. . La ville est dominée à l'ouest par les hauteurs du Golan contrôlées par Israël et, en particulier, le mont Har Bental.
La zone entourant Qouneitra est composée d'anciennes coulées de lave séparées par plusieurs cônes volcaniques qui culminent à 150-200 mètres au-dessus du niveau de la plaine. Ces proéminences volcaniques ont joué un rôle essentiel en tant que postes d'observation et de tir lors des conflits qui se sont déroulés dans la région, en particulier la guerre de KippourSimon Dunstan. The Yom Kippur War 1973: The Sinai, . Osprey Publishing, 2003. . La fertilité des sols volcaniques a aussi permis la culture du blé et le pastoralisme.
Population (jusqu'en 1974) La position de cette localité sur une route commerciale a entraîné une forte diversité du peuplement.
Au début du , elle est peuplée principalement de Circassiens, musulmans originaires du Caucase. Après l'indépendance de la Syrie, la ville atteint habitants, principalement arabes.
Lors de l'occupation israélienne de 1967 à 1974, la population locale est expulsée. Quand la Syrie récupère la ville en ruines, les seuls habitants sont des soldats syriens qui assurent la sécurité de la zone.
Histoire Préhistoire et Antiquité La région de Qouneitra est habitée depuis plusieurs millénaires. La découverte d'outils en silex taillés selon la méthode Levallois caractéristique de l'industrie lithique du Moustérien confirme la présence de chasseurs-cueilleurs du Paléolithique moyen dans la zoneTakeru Akazawa, Kenichi Aoki, Ofer Bar-Yosef, Neanderthals and Modern Humans in Western Asia, . Springer, 1998. .
Une petite localité a existé durant la période romaine, servant de halte sur la route entre Damas et la Palestine. On suppose que Saint Paul passa par cette localité lorsqu'il se rendit à Damas depuis Jérusalem. Le site où eut lieu la conversion de Saint Paul est traditionnellement identifié au village de Kobab, à proximité de QouneitraIvan Mannheim, "Biblical Damascus", in Syria & Lebanon Handbook, . 2001, Footprint Travel Guides. .
Période ottomane (vers 1520-1920)
La ville moderne a grandi autour d'un noyau constitué d'un caravansérail ottoman construit avec des pierres de l'ancienne citéPaul Virgil McCracken Flesher, Dan Urman, Ancient Synagogues: historical analysis and archaeological discovery, . Brill Academic Publishers, 1995. . Le nom de « Qouneitra » apparait à cette époque.
Période mandataire (1920-1946)
En 1920, la Syrie et le Liban deviennent des mandats français de la Société des Nations, tandis que la Palestine devient un mandat britannique.
Qouneitra devient le centre administratif du secteur du Golan. Elle est principalement peuplée de Tcherkesses.
De l'indépendance de la Syrie à la guerre des Six Jours (1946-1967) La Syrie devient indépendante en 1946. En Palestine, Israël proclame son indépendance le . Le débute la première guerre israélo-arabe, qui inclut la Syrie. Israël l'emporte au début de 1949, mais la Syrie conserve alors le Golan.
Qouneitra prend une grande importance stratégique en raison de sa position sur la route liant les deux pays, à de la frontière définie par les accords d'armistice de 1949, la « ligne verte ». Elle devient une ville marchande prospère et sa population triple à la suite de l'installation d'une garnison militaire"Qunaytirah, Al-." Encyclopædia Britannica. 2007..
Conquête et occupation israélienne (1967–1973) vignette|redresse|Soldats israéliens à Qouneitra en juin 1967. La prise de Qouneitra par les Israéliens eut lieu dans des circonstances chaotiques le , dernier jour de la guerre des Six Jours. L'avancée des Israéliens par le nord-ouest provoqua le déploiement sous un bombardement massif des troupes syriennes au nord de la ville afin de protéger la route de Damas. À 8 h 45 du matin, la radio syrienne annonça par erreur que la ville était tombée. Paniquée par cette nouvelle, l'armée syrienne transforma son redéploiement en une retraite chaotique le long de la route de Damas. Bien qu'un démenti radiophonique ait été diffusé deux heures plus tard, l'armée israélienne profita de la méprise pour réellement occuper la villeAndrew Beattie, Timothy Pepper, The Rough Guide to Syria , . Rough Guides, 2001. . Une brigade sous le commandement du général de division Albert Mendler entra à 14 h 30 dans Qouneitra et constata qu'elle était entièrement abandonnée par les troupes syriennes, du matériel militaire gisant çà et là. gauche|vignette|Soldats israéliens retenant des habitants du village syrien de Qouneitra, après sa conquête en juin 1967. vignette|Quartier général de la police militaire à Qouneitra sous occupation israélienne, 1969.
Le cessez-le-feu proclamé plus tard dans l'après-midi laissa la ville sous contrôle israélien. La population civile qui n'avait pas fui avant l'arrivée de l'armée israélienne fut expulsée. À la suite de la conquête, des pillages eurent lieu. Le représentant des Nations unies qui visita la ville en rapporta que presque chaque boutique semblait avoir été ouverte et pillée. Bien que les porte-paroles israéliens aient affirmé à Nils-Goran Gussing, le représentant de l'ONU, que Qouneitra avait été pillée par les Syriens lors de leur retraite, ce que ce dernier jugea improbable en raison du très court laps de temps s'étant écoulé entre l'annonce de la prise à la radio et l'entrée effective des Israéliens dans la ville quelques heures plus tard. Il conclut que la responsabilité de ce pillage à grande échelle de la ville de Qouneitra repose en grande partie sur les forces israéliennesBowen, ibid.. La ville désertée resta aux mains des Israéliens durant six ans.
Lors des deux premiers jours de la guerre du Kippour en 1973, Qouneitra fut brièvement reprise par les Syriens aidés par les forces armées royales marocaines (FAR) du colonel 'Aqid El Allam, avant qu'ils ne soient repoussés lors de la contre-offensive israélienne« Tables turned on Arabs, Israel general says », The Times, 9 octobre 1973, .
Évacuation et destruction israélienne de la ville en 1974 Retrait israélien de Qouneitra (juin) Les Israéliens l'occupent jusqu'au début de , date à laquelle, après avoir été entièrement détruite, elle est rendue au contrôle civil syrien à la suite d'un accord de désengagement signé le . La ville doit se trouver dorénavant à la limite ouest d'un no man's land démilitarisé s'étendant le long de la lisière orientale du Golan.
Cette rétrocession fut critiquée par certains Israéliens favorables à la colonisation« Settlers insist Israel keeps Golan », The Times, 7 mai 1974, , ainsi que par le Likoud et le Parti national religieux qui s'y opposaient« Criticism in Israel over peace pact's concessions to Syria », The Times, 30 mai 1974, . Une colonie de peuplement fut même installée à la périphérie de Qouneitra durant une brève période (cf. Keshet).
L'accord stipulait que Qouneitra soit repeuplée afin de prouver les intentions pacifiques des Syriens, ce témoignage de bonnes intentions devant pousser Israël à continuer son retraitMichael Mandelbaum, The Fate of Nations: The Search for National Security in the Nineteenth and Twentieth Centuries, . Cambridge University Press, 1988. .
La journaliste Isit Gal parle d'une « expulsion méthodiquement organisée de la population » par l'armée israélienne (exception faite de la population druze). Syriens ont fui le Golan à la suite des combats de 1967 et 1973. Par la suite les citoyens syriens qui tenteront de revenir seront « arrêtés et jugés comme infiltrés illégaux ».
Le désengagement eut lieu le « Israel-Syrian disengagement goes into effect today after detailed plan is signed in Geneva », The Times, 6 juin 1974, . Le , le président syrien Hafez el-Assad se rendit à Qouneitra où il promit de reconstruire la ville et réclama le retrait des territoires occupés« Egypt offers air force to defend Lebanon », The Times, 26 juin 1974, .
right|thumb|250px|Bâtiment détruit à Qouneitra. 250px|right|thumb|Hôpital abandonné de Qouneitra.
Une situation de dévastation vignette|Bâtiments détruits à Qouneitra. À la suite du retrait israélien, il apparait que la plus grande partie de la ville avait été dévastée. Des reporters accompagnant des réfugiés syriens revenant à Qouneitra en ont décrit ce qu'ils y ont vu. Les correspondants de Time Magazine ont indiqué que les bâtiments étaient tous détruits, à terre comme frappés par de la dynamite. Un autre correspondant a fait cette description :
La ville aurait été pillée par les soldats israéliens. Les meubles étant ensuite revendus à des entrepreneurs. Les maisons, une fois vidées, étaient détruites par les bulldozers et les tracteurs. À ce jour, le plateau reste recouvert de décombres. Le Rough Guide To Syria décrit ainsi la cité : « La première vue des maisons aplaties de la banlieue de Qouneitra est la plus dramatique. La vision des toits indemnes reposant sur un tas de décombres laisse l'impression d'une implosion. »
Israël affirme que les dégâts causés à Qouneitra furent le résultat de duels d'artillerie. Des rapports affirment que la ville était détruite bien avant le retrait israélien comme l'affirme un correspondant du Times le : « La ville est détruite et déserte après 7 ans de guerre et d'abandon, on dirait une ville frappée par un tremblement de terre. Si les Syriens récupèrent la ville, ils devront faire preuve d'un immense effort de reconstruction. Presque chaque bâtiment est gravement endommagé ».