L'Enseignement du mépris : vérité historique et mythes théologiques est un ouvrage de Jules Isaac édité en 1962, un an avant la mort de son auteur, aux éditions Fasquelle, et réédité chez Grasset en 2004.
Il est composé de deux parties et plusieurs annexes. Le texte principal, éponyme, est suivi du texte d'une conférence que Jules Isaac a prononcée le mardi 15 décembre 1959 à la Sorbonne ; originellement intitulée « Du redressement nécessaire de l'enseignement chrétien concernant Israël », elle est éditée aux éditions Fasquelle en 1960 sous le titre de « L'antisémitisme a-t-il des racines chrétiennes ? »Cf. André Kaspi, Jules Isaac, ou la passion de la vérité, Plon, 2002, 227..
Cet ouvrage traite des Jules Isaac, L'enseignement du mépris, Éditions Fasquelle, Paris, 1962, 11..
Les développements que Jules Isaac effectue dans ce texte sont repris régulièrement par plusieurs historiens et l'expression est entrée dans le langage historique pour y traiter des siècles d'enseignement chrétien vis-à-vis des Juifs. Michel Winock écrit dans La France et les Juifs : .
Léon Poliakov, dans son Histoire de l'antisémitisme, écrivait en 1993 : Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme 1945-1993, Seuil, 2004, 56. L'enseignement du mépris se concentre effectivement sur les origines chrétiennes de l'antisémitisme : Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme 1945-1993, , 327.
Renée Neher-Bernheim, dans son Histoire juive de la Révolution à l'État d'Israël, écrit : Renée Neher-Bernheim, Histoire juive de la Révolution à l'État d'Israël, Seuil, collection « Histoire », 2002, 1198. Il rencontra Jean XXIIIQui reçut Jules Isaac. Cf. Léon Poliakov, Histoire de l'antisémitisme 1945-1993, , 56. qui inspira le texte Nostra ÆtateMichel Winock, La France et les Juifs, , 288.
Synthèse de l'ouvrage
Les titres de la synthèse ci-dessous proviennent directement du découpage opéré par Jules Isaac lui-même dans son ouvrage.
Introduction « L'antisémitisme est profondément enraciné en chrétienté »
Jules Isaac commence son ouvrage en affirmant qu'Jules Isaac, L'enseignement du mépris, , 14.. L'affirmation de Jules Isaac n'est ni gratuite ni dénuée de fondement, car il va s'atteler, tout au long de son livre, références historiques à l'appui, de démontrer ce qu'il affirme ici.
Il commence par citer une série de passages d'ouvrages qui montrent : Pax nostra du Révérend Père Fressard (1936), les articles du professeur J. Leenhardt de Genève (de 1938 à 1941), le propre ouvrage de Jules Isaac Jésus et Israël (1948), ou l'enquête du Révédend Père Démann, La catéchèse chrétienne et le peuple de la Bible (1952).
L'« universalité » de l'antisémitisme n'a pas de fondement historique
Pour Jules Isaac, ceux qui affirment que l'antisémitisme a toujours existé, bien avant l'ère chrétienne, et que Jules Isaac cite à l'appui de cette affirmation le Mémorandum de la Commission théologique de l'œuvre évangélique suisse, Hermann Gunkel cité par W. Visher, Esther. Cf. Jules Isaac, L'enseignement du mépris, , 17., ne s'appuient sur aucun fait historique. Jules Isaac mentionne que ; les Juifs se sont parfaitement intégrés dans la population chinoise. Il est donc faux de dire que les Juifs ne s'assimilent pas et que l'antisémitisme serait dû à leur comportement sectaire. Si on doit reconnaitre une piété juive fidèle à la Torâ, on doit reconnaitre celle-ci, comme tout séparatisme, comme ayant Jules Isaac précise que cette piété religieuse a été nécessaire, notablement pour transmettre le monothéisme aux chrétiens et aux musulmans dans un monde païen.
L'antisémitisme païen n'a jamais été développé
Jules Isaac précise que l'antisémitisme païen et les persécutions juives ont certes existé avant l'ère chrétienne, comme le mentionne la Bible aux livres de l' Exode, d' Esther, des Macchabées, mais cette source-ci de l'antisémitisme est le fruit d'une rivalité économique entre Grecs et Juifs. Quant aux Romains, ils reprochaient aux Juifs leur monothéisme et le sabbat, attaqué comme un signe de paresse qui s'est propagé dans tout l'Empire romain. Jules Isaac, L'enseignement du mépris, , 19.. Cependant, les persécutions dans le monde païen ont été épisodiques et les Juifs ont été, par exemple par les Ptolémées d'Égypte, employés comme soldats, douaniers, colons, agents du fisc ; la religion juive fut la seule licita dans l'Empire romain. Tout ceci n'a rien à voir avec le « mépris » et la « haine universelle » attribuée aux Juifs.
La nocivité et la persistance de l'antisémitisme chrétien
Après avoir rappelé que le christianisme est né au sein du judaïsme, qu'il a été une simple secte juive à l'origine et que, par la voix de ses apôtres juifs, il s'est efforcé de rallier les masses juives, Jules Isaac « constate » qu'à partir du moment où le christianisme s'oriente vers les peuples païens et s'affranchit de la loi mosaïque, il se heurte forcément à l'hostilité du judaïsme fidèle à la Torâ. . De là vient la volonté, de la part de l'apologétique chrétienne visible dans les Évangiles canoniques mais aussi apocryphes, de discréditer le peuple juif. Jules Isaac cite Marcel Simon (Verus Israël) : . Il s'agit ici non pas de combattre la foi chrétienne, mais de lutter pour la vérité historique, contre ce qui est
Trois thèmes de l'enseignement du mépris La dispersion, châtiment providentiel de la crucifixion
Jules Isaac précise que, pour ce qui est de la dispersion du peuple juif (la diaspora de son nom grec), on doit distinguer entre mythe théologique et fait historique.
La Dispersion comme mythe théologique La théologie chrétienne enseigne que la dispersion a eu lieu en 70 et qu'elle est le châtiment divin de la Crucifixion
Jules Isaac affirme que la théologie à la suite de la crucifixion de Jésus dont le peuple juif est accusé d'être coupable (voir plus bas, chapitre Le peuple déicide). Il ajoute que l'Histoire n'a rien à dire à cela et que chaque religion a montré que les malheurs qui les frappent sont , et que la théologie juive et chrétienne sont d'accord sur ce point. Ce qui étonne Jules Isaac, c'est que la mise en croix de Jésus se situe vers les années 29 ou 30, et que la Dispersion d'Israël doit se situer de peu après cette date. La théologie chrétienne, au contraire, enseigne que la Dispersion est intervenu en 70, L'année 70, précise Jules Isaac, est également l'année de la destruction du second temple, .
Jules Isaac cite plusieurs textes théologiques chrétiens majeurs qui affirment tous que l'année 70 est la fin de la nation juive et sa dispersion dans le monde entier : Origène cité par Marcel Simon, Contre Celse, I, 47Cf. Marcel Simon, Verus Israel, Paris, 1948, 90 ; Saint Augustin, de la cité de Dieu, XVIII, 46 ; Cf. Tiollier, Saint Grégoire le Grand et les Juifs Tiollier, Saint Grégoire le Grand et les Juifs, Brignais, 1913, 19 : que des références des pour la théologie chrétienne. Jules Isaac relève que le thème est repris principalement ; il relève particulièrement un passage qu'il a lu dans un texte apologétique oriental du Sargis d'aberda, texte éthiopien, dans Patrologia Orientalis, III, 507 : Et Jules Isaac de citer à nouveau des passages d'auteurs chrétiens majeurs, comme Braun, Où en est le problème de Jésus ?Braun, Où en est le problème de Jésus ?, 147 ; Fessard, Pax nostraFessard, Pax nostra, Paris, 1936, 201-202, 206-207 ; F. Prat, Jésus-ChristF. Prat, Jésus-Christ, éd., Paris, 1933, t. II, 372 ; Berard, Saint Augustin et les JuifsBerard, Saint Augustin et les Juifs, Besançon, 1913, 73 ; F. Vernet, dans le Dictionnaire de théologie catholiqueF. Vernet, dans le Dictionnaire de théologie catholique, Paris, 1925, VIII, 2. col. 1884 ;Fr. J.-H. Leenhardt, L'antisémitisme et le mystère d'IsraëlFr. J.-H. Leenhardt, L'antisémitisme et le mystère d'Israël, Genève, 1929, 26 ; J. Bosc, Le mystère d'IsraëlJ. Bosc, Le mystère d'Israël, dans Réforme, du 23 novembre 1946 ; K. Barth, La réponse chrétienne au problème juifKarl Barth, La réponse chrétienne au problème juif, dans Foi et Vie, mai-juin 1951, 265-266 (discussion de ce texte par Jules Isaac dans Foi et vie, septembre-octobre 1951, 559-563).
Affirmation passée dans les livres d'histoire
Jules Isaac raconte une anecdote pour montrer à quel point l'affirmation que la dispersion des Juifs a eu lieu en 70 et qu'elle est le châtiment divin de la Crucifixion a été tellement répétée qu'elle en était devenue une affirmation « acquise ». Dans son livre Jésus et Israël, paru en 1948, Jules Isaac cite cette affirmation trouvée dans un manuel de certificat d'études publié en 1947 (destinés aux jeunes de 13-14 ans) faite sur :
Depuis la publication de son livre Jésus et Israël, Jules Isaac précise que des chrétiens ont entrepris une . Les résultats, publiés dans La catéchèse chrétienne et le peuple de la BibleP. Démann, N.D.S., et Renée Bloch, numéro spécial des Cahiers sioniens, 1952., sont sans appel :
Jules Isaac ajoute que les auteurs de manuels (dont il était) ont des circonstances atténuantes en ceci qu'ils ne font qu'aller puiser à des sources reconnues fiables, et l'affirmation sur la dispersion des Juifs avait tellement été répétées par de nombreux auteurs que la chose était acquise. Jules Isaac cite même des auteurs juifsDont M. Braunschwig, Le vrai visage d'Israël, Paris, 1948, qui font le même genre d'affirmations ; ou des historiens professionnels ou savants qualifiés. Non sans ironie, il relève le même genre d'erreur dans la grande Histoire de l'Église, de Fliche et MartinFliche et Martin, Histoire de l'Église, tome V, 108, dans un passage qui fut rédigée sous la plume de Louis Bréhier, professeur de faculté, membre de l'InstitutJules Isaac, L'enseignement du mépris, , 45.
La Dispersion comme fait historique La dispersion a commencé un demi-millénaire avant l'ère chrétienne
Jules Isaac va citer par exemple Alphonse Causse, lequel fait référence à un texte biblique qui permet de remonter au temps d'Achab, roi d'Israël, au , où le peuple hébreu aurait alors essaimé en Syrie, à Damas, où un quartier de la ville lui fut réservé. Mais selon Jules Isaac, la . Il explique que chacune des conquêtes fut accompagnée de son lot de déportations plus ou moins massives en direction de la Mésopotamie et la fuite des populations apeurées vers l'Égypte. Les déportés mésopotamiens s'accommodèrent de leur sorts de cultivateurs, artisans ou marchands. Jules Isaac mentionne en effet que lorsque Cyrus, cinquante ans plus tard, permis aux exilés de retourner en Terre Promise, en Terre Sainte, .
Par conséquent, plus de 500 ans avant Jésus-Christ, mis à part le foyer palestinien reconstitué autour du Temple rebâti,
La dispersion s'est étendue après les conquêtes d'Alexandre et l'hellénisation de l'Orient ( )
. De là est venu , mais l'émancipation arrivaient pour beaucoup de ces esclaves : ils étaient .
Jules Isaac précise encore que les Judéens étaient utilisés pour former des colonies.
Les Judéens peuplaient aussi des villes comme Alexandrie,
Plusieurs milliers de Judéens ont été transportés par les Lagides et les Séleucides dans diverses parties de leur empire, principalement dans les zones frontières. Jules Isaac cite Antiochos III le Grand qui écrit au satrape de Lydie pour l'informer qu'il va envoyer dans des places fortes importantes de son empireJules Isaac cite .. À la génération suivante, Demetrios écrit à l'hasmonéen Jonathan pour enrôler , demande qui est refusée, . L'armée égyptienne a aussi en son sein des Judéens. Jules Isaac cite Onias, un de ces généraux juifs, qui .
La dispersion s'est étendue dans le monde méditerranéen avec la conquête romaine et la fondation du grand Empire romain