La critique de cinéma est un cinéphile venu soit du journalisme, ou de la critique d'art, voire un professionnel du cinéma, qui expose sa lecture d’un film. Cette lecture, également appelée critique, est publiée principalement dans la presse écrite. Il demeure plusieurs façons d’aborder la critique. Une première est celle de l’entrevoir comme un avis et une seconde est de la penser comme une analyse de film. Cependant, nombreux sont ceux qui la restreignent à un simple avis sur un film, celui qui fera qu’ils iront voir, ou non, le film. La critique évalue le film selon plusieurs aspects : esthétiques, narratifs, ou interprétatifs.
Définitions Devenir critique de cinéma ne demande aucune formation particulière — même si certaines formations, telles que les études de cinéma, d'arts du spectacle, d'histoire de l'art ou de lettres, peuvent favoriser la tâche — mais plutôt un goût prononcé pour l’écriture et pour voir des films Jean-Michel Frodon, « La Critique de cinéma », Les Cahiers du cinéma, 2008, page 2 (SCÉRÉN).. Le métier de critique se situe à l’intersection de deux mondes : le monde du cinéma et le monde des médias Jean-Michel Frodon, « La Critique de cinéma », Les Cahiers du cinéma, 2008, page 31 (SCÉRÉN).. On distingue toutefois deux types de critiques, dont la limite n'est réellement fixée que depuis 1970 : le journalisme et la réflexion, mêlant théorie du cinéma et analyse. La première a pour fonction de juger, de se faire guide du spectateur, alors que la seconde est d'une tendance universitaire, elle privilégie ici une analyse désintéressée du film. Ainsi, la première catégorie implique de simples journalistes (ils disposent d'une carte de presse délivrée par la Commission de la carte d’identité nationale des journalistes professionnels) alors que la seconde est composée de spécialistes (ils disposent de la « carte verte ») Joël Magny, « Critique de cinéma », encyclopédie universalis (page consultée le 25 avril 2009)..
Le critique est le plus souvent en relation avec un attaché de presse, lui-même engagé par un distributeur. L’attaché de presse fabrique et diffuse un dossier de presse qui informe les critiques des principales informations sur le film (fiche technique, filmographies ou autres informations importantes). Un autre outil dont l’attaché de presse dispose est la projection de presse, séance réservée à des critiques et organisée avant la sortie nationale du film. Il réside également les festivals, vitrine de ce qui se fait dans le monde du cinéma. Le distributeur peut même proposer des voyages pour assister au tournage, la rencontre d'une personnalité pour mener une interview, ou de simples cadeaux, tels qu’un disque ou un gadget publicitaire du film. Le critique est en effet souvent soumis à la pression du distributeur. Certains distributeurs vont même jusqu'à ne pas organiser de séances de presse craignant une critique, dans le sens concret du terme, de la part des critiques ; d’autres préfèrent exclure certains critiques de leurs projections, anticipant un mauvais accueil de leur part Jean-Michel Frodon, « La Critique de cinéma », Les Cahiers du cinéma, 2008, page 36 (SCÉRÉN)..
Descriptions thumb|Bob Balaban interprète le mauvais critique qui finit dévoré par les monstres auxquels il ne croit pas dans La Jeune Fille de l'eau
Serge Daney déclarera, en 1974, qu'être critique c'est avant tout comprendre un film et la manière avec laquelle leur univers s'emboîte dans le monde qui les entoure André Bazin, Serge Daney, Thierry Jousse, Jean Narboni, Jacques Rivette, Éric Rohmer et Louis Skorecki, « Critique et cinéphilie », Petite anthologie des Cahiers du cinéma, Les Cahiers du cinéma, page 7, .. Pourtant, répondre à la question « qu'est-ce qu'un critique ? » n'est pas aisé.
Le cinéma est un art particulier, différent de ceux reconnus par la tradition à travers les six muses, et André Bazin le nommera ainsi André Bazin, « Qu'est-ce que le cinéma ? », Cerf, 1994.. Bazin l’a appelé ainsi du fait de la place qu’occupe l’argent et la technique dans le processus de fabrication d'un film. Cependant, très tôt on reconnaît au cinéma son fondement artistique Riciotto Canudo, critique italien, en 1911, publie un ouvrage, « Naissance d'un sixième art. Essai sur le cinématographe », et joue un grand rôle dans cette reconnaissance artistique du cinéma. Il a également écrit en 1922 « Manifeste des sept arts » où le cinéma est enfin appelé septième art.. Dans ce sens, le critique de cinéma peut se contenter de décrire le film. Cependant, un film n'est pas seulement une œuvre d'art, mais également une énigme ouverte : le critique l’accompagne et en déploie les possibilités Jean-Michel Frodon, « La Critique de cinéma », Les Cahiers du cinéma, 2008, page 12 (SCÉRÉN)..
Le cinéma a besoin de la critique, sans cette dernière, il ne peut exister pleinement. Selon Jean Douchet, il faut remarquer, dans un premier temps, qu'un film se meurt tant que ne se déclenche pas, par l'intermédiaire de la critique, un contact entre deux sensibilités : celle de l'artiste auteur de l'œuvre et celle de l'amateur qui l'apprécie. Selon lui, le fait d'apprécier, de ressentir et de propager son enthousiasme pour un film constitue un acte critique.
Dans les années 1950, les jeunes critiques des Cahiers du cinéma (tels que Godard, Truffaut ou encore Chabrol) mettent en évidence la puissance artistique du cinéma, initialement conçu comme seul moyen de distraction, en élevant au rang d’artiste John Ford, Howard Hawks et Alfred Hitchcock Jean-Michel Frodon, « La Critique de cinéma », Les Cahiers du cinéma, 2008, page 14 (SCÉRÉN).. En parallèle, ils mettent en marge le cinéma français, de mauvaise qualité et trop académique.
Fondements Le cinéma est l’un des arts, sinon l’art, qui attirent un public très vaste et diversifié. Il incite à parler ; c’est ainsi que chacun, après avoir assisté à une projection, dès qu’il se retrouve en compagnie d’autres personnes, souhaitent en parler. Le cinéma n’est pas, dans ce sens, un spectacle intimidant, et tout le monde se considère spécialiste, ou, tout au moins, détenteur d’une opinion fondée au propos du film qu’il vient de voir. C’est ainsi que déclare François Truffaut : .
Si cette définition d’un critique de cinéma est large, elle n’en reste pas moins le fondement du métier de critique, certes plus restreignant : il demande un recours à l’écriture et à la publication.
Histoire thumb|John Ford : (L'Homme qui tua Liberty Valance)
Une pré-critique La critique de cinéma a débuté dès alors que le cinématographe naissait, l’invention suscitant de nombreux articles dans la presse mais tout reste encore publicitaire : si l’on écrit sur un film, c’est pour faciliter ses envies Écran noir, « La Critique » (page consultée le 13 mars 2008). Ce ne sont alors que des chroniqueurs qui rendent compte des projections, insistant sur le côté documentaire des images animées. Puis, en 1897, née une presse corporative qui s'adresse directement aux professionnels. Cependant, jusqu’au début du , la critique ne représente que des propos techniques, dans des revues sur la photographie car le cinéma n’était pas alors considéré comme un art majeur et aussi influent que le théâtre par exemple. En 1903, la presse commence à se diriger plus amplement vers le public, et, en 1908, les frères Lafitte inventent la promotion. C’est en 1912, dans Le Figaro, qu’une enquête est réalisée sur la concurrence grandissante exercée par le cinéma sur le théâtre. Dès lors, dans les critiques, sont intégrées des anecdotes sur les tournages.
Débuts de la critique En 1911, il ne manque à la critique qu'une indépendance et un regard tourné plus amplement sur l'esthétique. C'est ainsi que Lucien Wahl imagine dans le Petit Bleu : .
À partir de 1916, des rubriques régulières sont tenues par Émile Vuillermoz dans Le Temps, ainsi que par Louis Delluc (qui impose le terme de cinéaste), René Jeanne ou par Léon Moussinac, où leurs auteurs analysent quelque peu l'image, et son contexte. VuillermozPascal Manuel Heu : Le Temps du cinéma : Émile Vuillermoz père de la critique cinématographique, L'Harmattan (2003) et Delluc sont ainsi considérés comme les véritables fondateurs de la critique cinématographique du fait qu'ils défendent le cinéma comme un art qui s'impose par sa forme, son style, ses auteurs. Ces deux derniers se veulent indépendants par rapport à l'industrie, pour se permettre d'exprimer un jugement propre. On parle alors de « pensée du cinéma ». Parallèlement, Moussinac pense le cinéma comme .
À la suite de la naissance du cinéma sonore, La Revue du cinéma, fondée en 1929 par Jean George Auriol crée une nouvelle idée du cinéma. Revenant à la vocation populaire du cinéma, La Revue du cinéma met en avant l'humain dans le film. Dans ce type de presse, le critique est en fait un spectateur qui s'immerge dans le film et qui écrit selon ses émotions ressenties.
Les années 1930 verront naître des critiques de qualité, indépendants, tels que Alexandre Arnoux ou Georges Altman. Cependant, la nouvelle époque qu'est celle du parlant laisse transparaître un vide théorique, et la critique est donc emprunt à l'idéologie et à la morale, en relation directe avec le climat intellectuel.
Alors que L'Écran français devient un hebdomadaire indépendant, de nouveaux critiques sont remarqués : André Bazin, Alexandre Astruc, Jean-Charles Tacchella ou encore Roger Thérond qui sont passionnés par le cinéma américain. Un nouveau débat né d'une opposition entre forme et fond. Alexandre Astruc déclare ainsi que :
La réflexion critique est désormais, en général, axée sur la mise en scène et sur la notion d'auteur, un film est perçu comme l'œuvre d'une personne, comme l'affirme le critique américain Irving Pichel.
L'Occupation est marquée par un certain âge d'or du cinéma français et par Lucien Rebatet, critique de cinéma influent dans le journal collaborationniste Je suis partout. Cet écrivain impose la critique comme genre littéraire.
Politique des auteurs thumb|left|Une nouvelle critique, avec la naissance des Cahiers du cinéma
Ce n'est ni le personnage, ni les évènements relatés qui font le film, mais leur organisation dans le temps. C'est de cette manière qu'à partir de 1953, de nouveaux concepts critiques apparaissent : l' a déclaré André Bazin dans Les Cahiers du cinéma, créé récemment par ce dernier, aux côtés de Jacques Doniol-Valcroze, Joseph-Marie Lo Duca et Léonide Keigel. Avec cette nouvelle critique, sont attaqués les réalisateurs qui ne font qu'illustrer un scénario, à la manière de Jean Aurenche et Pierre BostFrançois Truffaut, « Une certaine tendance du cinéma français », Cahiers du cinéma, , janvier 1953. Jean Giraudoux déclara ainsi : . Cette nouvelle perception s'oppose à l'idée d'un cinéma perçu comme art collectif, et cherche à établir ce qui a été admis en littérature, en musique ou en peinture. Malgré les ensembles différenciés qui font l'œuvre (le cinéma expressionniste, le cinéma pur ou encore la Nouvelle Vague), Les Cahiers du cinéma affirmeront que l'unité du film demeure le responsable de la mise en scène. Puis, en 1952, naît la revue Positif qui s'oppose à la « politique des auteurs » des Cahiers, pour préférer le côté politique ou le surréalisme du film. Dans ce sens, ils vantent rapidement les mérites de Luis Buñuel, Jean Vigo ou encore de Luchino Visconti et de Stanley Kubrick. À la même époque, en 1955, naît à Montréal la revue Séquences, qui sera longtemps dirigée par l'auteur et professeur Léo Bonneville et est toujours en activité aujourd'hui.