Auguste Joseph Bracquemond, dit Félix Bracquemond, né à Paris le et mort à Sèvres le , est un peintre, céramiste, graveur et décorateur d'objets d'art français.
Dès 1856, il est considéré comme le premier, en France, à découvrir l'intérêt de l'art japonais.
Il est un des membres fondateurs de la Société des aquafortistes en . Il joue un rôle essentiel dans le renouveau de la gravure, encourageant Édouard Manet, Edgar Degas et Camille Pissarro à utiliser cette technique.
Il épouse Marie Quivoron, peintre impressionniste, plus connue sous le nom de Marie BracquemondGalerie de dessins de Marie Bracquemond Category:Marie Bracquemond., le , à Paris.
Son statut de membre fondateur et vice-président de la Société nationale des beaux-arts en 1890 a encouragé les artistes étrangers à exposer pour la première fois au Salon des beaux-artssalondesbeauxarts.com..
Biographie L'artiste débutant Auguste Joseph Bracquemond est le fils de César Auguste Bracquemond, tailleur d'habits, et de Jeanne Girardine BaillySelon l'acte de mariage de l'état-civil de la Ville de Paris, ..
Bracquemond débute dans la vie comme apprenti écuyer dans un manège, puis il est employé dans un atelier de lithographie où il polit anonymement des étiquettes et des images pieuses. Il est remarqué par Joseph Guichard, un élève d'Ingres, qui le prend dans son atelier.
Au Salon de 1852, il est admis avec un tableau que Théophile Gautier compare à Hans Holbein le Jeune : Portrait de ma grand-mère.. L'année suivante, il envoie son Autoportrait avec les outils du graveur.
Le portraitiste Son œuvre peint est assez réduit. Il comprend surtout des portraits dont celui du docteur Horace de Montègre (fondateur du positivisme avec Émile Littré et Auguste Comte), celui de , (1866, Paris, anciennement au musée du Luxembourg) et celui d'Auguste Vacquerie.
Le graveur Mais la peinture l'intéresse moins que la gravure. Il a puisé la plupart de ses connaissances techniques dans l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert et a travaillé en autodidacte pendant longtemps.
En 1856, Edmond de Goncourt devient un ami très proche de Bracquemond, il témoigne de sa complicité avec Paul Gavarni avec lequel Edmond de Goncourt partage avec Bracquemond un amour pour l'art japonais, le graveur ayant été le premier à découvrir un album d'Hokusai (genre dit Kachô-ga).
Bracquemond crée d'innombrables gravures, dont des portraits, des paysages, des scènes du quotidien, des oiseaux, ainsi que de nombreuses interprétations d'œuvres d'autres artistes, notamment pour Jean-Louis-Ernest Meissonier, Gustave Moreau et Jean-Baptiste Camille Corot. On peut également citer son eau-forte d'après Les Natchez, La Rochelle, musée du Nouveau Monde. d'Eugène Delacroix, tableau de 1835 conservé à New York au Metropolitan Museum of Art « The Natchez », notice sur metmuseum.org..
Il entre dans le milieu littéraire grâce à Auguste Poulet-Malassis, éditeur de Charles Baudelaire avec lequel Bracquemond se lie d'amitié. Il est aussi l'ami de Théodore de Banville, Jules Barbey d'Aurevilly, Félix Nadar et de toute l'intelligentsia de la Nouvelle Athènes..
En , il rejoint la Société des aquafortistes fondée par l'éditeur Alfred Cadart avec l'aide de l'imprimeur Auguste DelâtreValérie Sueur, « L’éditeur Alfred Cadart (1828-1875) et le renouveau de l’eau-forte originale », in Le Blog de Gallica, (lire sur Gallica).. Sur ses conseils, Jean-Baptiste Corot, Jean-François Millet, Édouard Manet, Edgar Degas, Camille Pissarro, Edme Penauille se mettent à pratiquer la gravure. Il a beaucoup aidé Manet pour ses eaux-fortes de Olympia et de L'Homme mort.
En 1888, Auguste Lepère crée avec Félix Bracquemond, Daniel Vierge et Tony Beltrand, la revue L'Estampe originale, afin d'intéresser les artistes et les amateurs aux nouveaux procédés et tendances de la gravure, notamment en couleur, et Henri Rivière réalise à partir de cette date Les Trente-six vues de la Tour Eiffel, de 1888 à 1902L'anti-musée par Yann André Gourvennec, « Les Trente-six vues de la Tour Eiffel » de Henri Rivière, site antimuseum.online.fr.. Félix Valloton renouvèle alors en 1891 la gravure sur boisThe Great Wave: The Influence of Japanese Woodcuts on French Prints, Colta Feller Ives, 1980, , Metropolitan Museum of Art, site books.google.fr, avec Gauguin ou Émile Bernard ; tandis que Toulouse Lautrec révolutionne à son tour l'art de l'affiche.
sont consacrées soit à des paysages, soit à des animaux : Roseaux et sarcelles (1882), Les Hirondelles (1882), Les Mouettes (1888).
L'ami des impressionnistes vignette|redresse|Marie Bracquemond, Sous la Lampe (Sisley et sa femme dînant chez les Braquemond à Sèvres (1877), localisation inconnue. En 1874, rejoignant la Société anonyme des artistes peintres, sculpteurs et graveurs, Bracquemond participe à la Première exposition des peintres impressionnistes, dans les ateliers de Nadar, boulevard des Capucines à Paris, aux côtés d'artistes que l'on ne nomme plus bientôt que par les « impressionnistes », (lire en ligne, consulté le 4 août 2014). L'inauguration a lieu le et connaît un succès de scandale.Marina Ferretti Bocquillon, L'impressionnisme, Presses Universitaires de France, 2004, .. Il y présente un portrait dessiné, un cadre d'eaux-fortes comprenant les portraits d'Auguste Comte, Charles Baudelaire et Théophile Gautier, mais aussi des eaux-fortes d'après Turner, Ingres, Manet, et des eaux-fortes originales : Les Saules, Le Mur. Il expose de nouveau avec ses amis en 1879. Vers la fin des années 1870, Alfred Sisley est son voisin à SèvresAlfred Sisley : poète de l'impressionnisme, [catalogue de l'exposition du au ], Lyon, musée des Beaux-Arts, 2002, : .
Avec Degas, Camille Pissarro et Mary Cassatt, il rêve de fonder une revue consacrée à la gravure.. En 1880, il expose une dernière fois avec les impressionnistes, présentant, dans son envoi, le Portrait d'Edmond de Goncourt.
Il est aussi l'auteur d'un ouvrage intitulé Du dessin et de la couleur, publié en 1886, très apprécié par Vincent van Gogh et d'une Étude sur la gravure sur bois et la lithographie.
Le céramiste En 1856, Bracquemond découvre, chez son imprimeur Auguste Delâtre où il avait servi à caler un envoi de porcelaines, un recueil des gravures de la Manga du Japonais Hokusai, typique du genre pictural connu au Japon sous le nom de Kachô-ga, peinture de fleurs et oiseaux avec figuration d'insectes, crustacés et poissons.... Il est séduit par ce thème, ce qui fait de lui l'initiateur de la vogue du japonisme qui s'empara des arts décoratifs en France au cours de la deuxième moitié du Gazette des beaux-arts, 1905, ] (gallica.bnf.fr en ligne sur Gallica)., cité in : Résumé de présentation des expositions de 2005, musée de Grenoble, catalogues d'exposition, Bibliothèques municipales de Grenoble (notice en ligne)..
Le service Rousseau vignette|redresse|Service Rousseau, Creil Montereau, décor par Félix Bracquemond (vers 1867).
En 1860, il rentre d'abord dans l'atelier du céramiste Théodore Deck, puis du marchand de faïence Eugène Rousseau, établi rue Coquillière, à Paris. Ce dernier lui commande les motifs d'un service de table, pour un projet destiné à l'Exposition universelle de 1867. Bracquemond propose alors un modèle qui reprend les thèmes du Kachô-ga d'Hokusai et également d'albums de Hiroshige ou encore de Katsushika Isai, entièrement dessiné et gravé par lui-même. Pour la première fois un artiste européen copie directement un artiste japonais, en reproduisant les figures animales de la Manga d'Hokusai. En 1867, Bracquemond fait également partie des neuf membres de la « Société japonaise du Jinglar » avec Henri Fantin-Latour, Carolus Duran et le céramiste Marc-Louis Solon, qui se réunissaient mensuellement à Sèvres pour un dîner à la japonaise, auquel ce service aurait également été destiné.
Eugène Rousseau est convaincu et passe commande de à la Manufacture Lebeuf, Milliet et installée à Creil et Montereau. Bracquemond réalise les eaux-fortes et les planches gravées sont tirées par la manufacture. Les épreuves sont découpées et mises sur la pâte prête à recevoir le décor. Au four, la chaleur fait disparaître le papier ne laissant que l'empreinte du dessin. Puis on peint par-dessus et la pièce est mise au four à grand feu.
Présenté pour la première fois à l'Exposition universelle de 1867, ce service obtint un grand succès. Il figure dans le troisième groupe « meubles et autres objets destinés à l’habitation », classe 17 « porcelaines, faïences et poteries de luxe », , installé sur des étagères Louis XIII en vieux chêne avec des gradins de velours. Au-dessus du comptoir, le nom de Rousseau est émaillé au feu sur une plaque. Le jury lui remet une médaille de bronze (car Rousseau n'est que marchand et non pas fabricant). La médaille d'or est attribuée à la manufacture Lebeuf et Milliet. Ce service revendique aussi deux nouveautés : la première est que chacun est libre de composer son service selon ses goûts et son usage personnel. Rousseau suggère . La seconde est que ce service s'adapte à tous les milieux : .
Le service est ensuite complété (tasses à thé, à café…) et la fabrication est laissée à la manufacture de Creil et Montereau. Barluet, successeur de Lebeuf le réédita au début des années 1880. En 1885, Eugène Rousseau cède son affaire à Ernest-Baptiste Leveillé qui continue l'édition de ce service sous sa propre marque. De nombreuses rééditions ou variantes suivront. Parmi elles, celle de la Manufacture Jules Vieillard à Bordeaux (fin ), celle de l’Escalier de Cristal (début ), ou même encore de la faïencerie de Gien Les grands oiseaux toujours en cours de réédition. De nombreuses pièces de ce service sont désormais conservées dans divers musées nationaux (musée d’Orsay, musée Adrien Dubouché…)Cf. « Félix Bracquemond » sur la base Joconde..
Chaque élément du service, inspiré par les estampes japonaises, est orné d'un motif différent. Le décor traite et associe une multitude de volatiles, poissons, et crustacés en laissant toujours place aux plantes et insectes. Le décor est souvent présenté comme une trilogie. Le papillon à la rencontre d’un coq au détour d’un branchage, une libellule à la rencontre d’une carpe au détour d’un nénuphar.
De nombreux artistes de l’époque ont célébré la poésie de ce service et ont fait l’éloge de son exceptionnel décor. Mallarmé notamment, qui note une depuis la Restauration dans le mobilier français, témoigne de son attrait pour ce service. Il s’attarde plus longuement sur la céramique, pour un éloge particulier de Rousseau, qu’il défend contre ses imitateurs anglais : . Stéphane Mallarmé Deck, Collinot et Rousseau, qui ont su : . Mallarmé possédait lui-même des pièces du service, éditées pendant la période 1866–1875.
Manufacture de Sèvres vignette|redresse|Soupière (vers 1870), Cleveland Museum of Art. Félix Bracquemond a également travaillé pour la manufacture nationale de Sèvres en 1870, donnant à ses œuvres une orientation nouvelle qui prélude à l'Art nouveau. Il a aussi accepté le poste de directeur artistique de l'atelier parisien de la firme Charles Edward Haviland de Limoges. Ami proche d'Édouard Manet, James McNeill Whistler, Henri Fantin-Latour il est représenté dans les tableaux de ce dernier, Hommage à Delacroix de 1864, conservé à Paris au musée d'OrsayHenri Fantin-Latour, Hommage à Delacroix, 1864, musée d'Orsay, site musée-Orsay.fr. et Toast avec la Vérité de 1865, détruit par l'auteurHenri Fantin-Latour, Toast avec la vérité, 1865, musée du Louvre, dessin du tableau détruit par l'artiste, site art-graphiques.Louvre.fr..
Il encourage Laurent Bouvier à produire ses premières pièces en terre cuite vernissées d'une grande modernité Marc Ducret, « Laurent Bouvier. Entre éclectisme et orientalisme », Revue de la société des amis du musée national de céramique, 2011, 20, ( en ligne)..
L'aquarelliste
Nemours, Château-Musée : Homme d'arme en armure, , gouache et lavis, photo.rmn.fr..