vignette|droite|Pierre de Médicis par Mino da Fiesole.|203x203px

Laurent de Médicis (en : « Laurent, fils de Pierre de Médicis »), surnommé Laurent le Magnifique (), né le à Florence et mort dans cette même ville le , est un homme d'État italien et le chef du gouvernement de la République florentine durant la Renaissance italienne.

Ses contemporains le surnommèrent le MagnifiqueDu latin , « qui fait de grandes choses ».. Cette appellation fait référence au sens ancien du mot en français, « généreux, prodigue ». Il a été l’un des personnages les plus remarquables de son époque. Au-delà de ses talents de diplomate et d’homme politique, il a côtoyé un groupe de brillants érudits, d’artistes et de poètes et a également excellé dans des disciplines aussi variées que la joute, la chasse, la poésie, le maniement des armes ou l’athlétisme. Par cet éventail de talents, il constitue ainsi l’une des plus belles incarnations de l’idéal de l’homme de la Renaissance, au même titre que le duc d'Urbino Frédéric III de Montefeltro.

Sa vie coïncida avec la Première Renaissance des arts et il disparut à l’apogée de la puissance florentine.

Premiers pas (1449-1469)

Éducation vignette|gauche|Laurent le Magnifique adolescent (Benozzo Gozzoli, chapelle des Mages). vignette|206x206px|Lucrezia Tornabuoni. Laurent le Magnifique est né le dans l’une des plus grandes familles florentines, propriétaire de la banque des Médicis ainsi que de ses filiales à travers toute l’Europe. Son grand-père, Cosme de Médicis, fut le premier Médicis à allier la gestion de la banque familiale à la gestion de facto de Florence ainsi qu’à une implication philanthropique, en consacrant une très grande partie de sa fortune (qui faisait de lui l’un des hommes les plus riches du monde) au service des arts et de la charité. Le père de Laurent, Pierre de Médicis dit le Goutteux, a également joué un rôle central dans les affaires florentines à travers le mécénat et le développement de sa collection personnelle ; cependant, sa constitution valétudinaireDont la santé précaire est souvent altérée. ne lui permit pas de faire rayonner la famille au même niveau que son père ou son fils le firent. Sa mère Lucrezia Tornabuoni, issue d’une vieille famille florentine, fut également poétesse, côtoyant Luigi Pulci ou Ange Politien.

Laurent reçut une éducation humaniste. Son précepteur, Gentile BecchiGentile Becchi servit fidélement les Médicis toute sa vie. Grâce à leur protection de chanoine de Santa Maria del Fiore, il devint évêque d'Arezzo. Il fut le précepteur de Laurent le Magnifique, puis celui de son fils, Pierre l'Infortuné., l‘initia au latin, aux auteurs classiques comme aux auteurs plus récents. Il approfondit ses connaissances sur la littérature en suivant les cours de Cristoforo Landino dont les commentaires sur Dante devaient faire référence tout au long de la Renaissance. Laurent fut initié à la doctrine aristotélicienne par Jean Argyropoulos et à la doctrine platonicienne par Marsile Ficin. Il étudia aussi la musique (peut-être avec l'organiste Antonio Squarcialupi qu'il admira toute sa vie). Il apprit également la danse. Il ne se contenta pas d’être simplement un bon danseur, il fut également chorégraphe, comme l’attestent deux des chorégraphies que nous possédons de lui, l’une intitulée Vénus, l’autre Lauro. Il fut sans doute initié à l'architecture, qui fut une des grandes passions de sa vie, par Alberti. Il semble par contre qu'il n'ait pas été assez bien préparé à la gestion de la banque Médicis, comme devait le montrer plus tard son impuissance à en enrayer la chute.

Premières missions Laurent de Médicis fit sa première apparition publique en , lorsqu’il fut présenté au fils du roi René, Jean d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine. En 1459, à l'occasion du séjour à Florence de Galeas-Maria Sforza, douze jeunes gens issus des plus grandes familles florentines défilèrent le long de la via Larga. Le dernier d'entre eux était Laurent monté sur un cheval blanc. Le lyrisme des chroniqueurs, qui le décrivent comme un garçon « à l‘air viril […] jeune par l'âge, et vieux par le savoir » (giovan di tempo e vecchio di sapereRicordi di Firenze, publié par G. Volpi, Città di Castello, 1907.), trahit toute l‘espérance que l‘on met en lui.

Pierre de Médicis succéda à Cosme l'Ancien en 1464. Laurent se vit confier certaines missions diplomatiques. C’est ainsi qu’il se rendit à Milan au mariage d'Ippolita Maria Sforza, fille de Francesco Sforza, avec Alphonse d’Aragon, fils aîné de . Ce fut l’occasion de renforcer l’alliance avec Milan, qui, depuis la paix de Lodi, le , constituait le socle de la diplomatie florentine. À la mort de Francesco Sforza, le , Laurent de Médicis fut envoyé à Rome par Pierre de Médicis. Il s'agissait de défendre auprès du pape la légitimité de Galeas-Maria Sforza à succéder à son père comme duc de Milan. Une autre partie de sa mission consistait à négocier avec le pape l’exploitation des mines d’alun de la famille Sforza. Il obtint de lui que la production soit désormais illimitée et que les Médicis puissent l’écouler librement. vignette|Clarisse Orsini. Le Jean Charles Léonard Simonde de Simondi, Histoire des républiques italiennes du moyen age, Volume 6, Furne et Ca., 1840., Laurent épousa Clarisse Orsini. Les Orsini étaient une des deux grandes familles romaines (ennemie des Colonna). Le soutien des Orsini à Laurent fut sans faille tout au long de sa vie, en particulier au moment du conflit avec .

Le maître de Florence (1469-1492) Premières années vignette|gauche|upright 1.15|Vue de Prato avec la statue de Francesco di Marco Datini. vignette|gauche|upright 1.15|Vue de Volterra. Pierre le Goutteux mourut dans la nuit du 2 au . Le jeune Laurent fut désigné par les partisans des Médicis comme son successeur. Il conforta son autorité, en faisant preuve d’« une brutalité calculée »André Ronchon, La Jeunesse de Laurent le Médicis, les Belles Lettres, 1963., lorsque Bernardo Nardi, opposant aux Médicis, tenta de s’emparer de la ville toscane de Prato. Il le fit décapiter puis fit pendre 14 de ses partisans (et 21 autres plus tard), tout en demandant la destruction des actes du procès. Ainsi les autres complicités furent-elles passées sous silence et Laurent put-il, à bon compte, donner l'image d’un homme magnanime. En 1471, les habitants de Volterra se soulevèrent contre les propriétaires d’une de leurs mines, proches des Médicis. Laurent envoya les troupes florentines, menées par le condottiere Federico da Montefeltro, qui mirent à sac la ville. Il eut ainsi l’occasion, à la fois d’agrandir le territoire de Florence, en soumettant la cité, et le patrimoine des Médicis, en s’emparant de ses mines d’alun.

En 1471, succéda à , bien décidé à favoriser la fortune de sa famille. C’est ainsi qu’il entreprit d’acheter la ville d’Imola pour son neveu favori, Girolamo Riario. La banque Médicis refusa de lui accorder l’avance nécessaire pour cela, ducats, parce que Laurent voyait comme une menace l’ambitieux Girolamo. En 1474, les armées pontificales, sous la conduite du cardinal Giuliano della Rovere, menèrent une campagne militaire pour ramener l’ordre à l’intérieur des États du pape. Après avoir soumis les cités de Lodi et Spoleto, elles assiégèrent Città di Castello, dont le seigneur, Niccolò Vitelli, était un allié de Laurent de Médicis. Laurent apporta son soutien diplomatique à Niccolò Vitelli, qui dut malgré tout se rendre, puis accepta de lui accorder l’asile, ce qui augmenta encore le ressentiment du pape.

Conjuration des Pazzi

Laurent écarta tous ceux dont il n’était pas sûr ou qui lui semblaient trop puissants. Ainsi, la puissante famille des Pazzi n’obtint pas les charges qui auraient dû lui revenir, et Beatrice Pazzi fut spoliée de l’héritage de son père par une loi iniqueBeatrice Pazzi aurait dû légitimement hériter de son père Giovanni Borromeo mort intestat et sans héritier mâle, mais la Seigneurie promulgua, le 20 mars 1477, une loi rétroactive, donnant dans ces cas-là priorité dans l’ordre de succession aux autres héritiers mâles (ici ses neveux) sur les propres filles du défunt.. Il fit tout pour freiner la carrière ecclésiastique de Francesco Salviati, en particulier pour l’empêcher de devenir archevêque de Florence, parce que Laurent se méfiait des Salviati qui étaient liés aux Pazzi. Scandalisés par ces brimades, les Pazzi et les Salviati s’unirent (avec le soutien de et de son neveu, Girolamo Riario) pour éliminer Laurent et son frère.

Les conjurés profitèrent de la venue à Florence du cardinal Raffaele Sansoni Riario, petit-neveu du pape , âgé de 17 ans, pour agir. Au printemps de 1478, le jeune cardinal, nommé légat à Pérouse, partit y occuper son gouvernement. L'archevêque Salviati lui proposa de l'accompagner jusqu'à Florence. Sansoni fut logé dans le palais des Médicis à Fiesole. Un projet d'attentat contre Laurent lors d'un banquet fut différé, car Laurent, blessé lors d'une chasse, était resté alité à FlorenceIvan Cloulas, Laurent le Magnifique, Fayard, 1982, p. 197-198.. Le dimanche , le jeune cardinal devait présider une messe à Santa Maria del Fiore, en présence de Laurent et son frère Julien. À la fin de l’office, les conjurés frappèrent à mort Julien et blessèrent à la gorge Laurent qui réussit à se réfugier dans la sacristie avec deux proches ; d'autres amis refermèrent sur eux la porte de bronze de la sacristie. Les conjurés s'enfuirent, mais les deux prêtres assassins de Julien furent rattrapés et mis à mortCloulas, Id., p. 200.. Laurent put alors rejoindre son palais.

Jacopo Pazzi, le chef de la famille Pazzi, tenta en vain de rallier à sa cause le peuple florentin, qui prit le parti des Médicis. Francesco Pazzi qui s’était acharné sur Julien de Médicis, Francesco Salviati, qui avait tenté d’occuper le Palazzo Vecchio avec son frère, son cousin et Jacopo Bracciolini, furent arrêtés, interrogés et immédiatement pendus aux fenêtres du Palazzo Vecchio. Leurs hommes d'armes furent poignardés ou jetés par les fenêtres du palaisCloulas, Id., .. Jacopo Pazzi parvint à fuir, mais il fut reconnu, ramené à Florence et pendu à son tour aux fenêtres du Palazzo Vecchio le . Par la suite, la répression s'abattit sur tous les membres de la famille Pazzi. Même ceux qui n'étaient pas compromis furent inquiétés, exilés ou emprisonnésCloulas, Id., p. 203-204.. Le cardinal Raffaele Sansoni Riario, quant à lui, fut emprisonné. Il ne devait être relâché que le .

Guerre des Pazzi