Les critiques de la philosophie sont l'ensemble des jugements négatifs portés sur la philosophie en tant que discipline intellectuelle et académique, mais aussi en tant qu'activité sociale. La philosophie est critiquée dès son émergence, et Socrate, l'un des fondateurs de la philosophie occidentale, est condamné à mort au motif d'avoir corrompu la jeunesse en la faisant philosopher.

Les critiques de la philosophie sont multiples et diffèrent par leurs moyens et leurs buts. Aussi, la philosophie étant une discipline créative, la production philosophique implique une reformulation, une réappropriation des concepts formés par les philosophes antérieurs. Ainsi, la philosophie comprend une activité de critique de la tradition philosophique.

Philosophie comme discipline universitaire Inadéquation de l'enseignement de la philosophie en général La philosophie a parfois été critiquée dans sa dimension institutionnelle et universitaire, ainsi que dans son enseignement. Ces critiques datent pour les plus anciennes de la fin du , lorsque la philosophie devient universitaire. Arthur Schopenhauer publie notamment La philosophie universitaire. Dans le Crépuscule des idoles, Friedrich Nietzsche se moque à qui on apprend , à savoir celle d'Emmanuel KantLe Crépuscule des idoles, « Flâneries inactuelles », § 29..

Inadéquation de l'enseignement de la philosophie comme contenu Emmanuel Kant se montre lui-même critique envers l'enseignement de la philosophie lorsque cet enseignement se fonde sur une histoire de la philosophie. Il soutient dans la Critique de la raison pure que la philosophie est un savoir rationnel, et qu'il est par conséquent impropre d'apprendre historiquement (par son histoire), et non rationnellement, un contenu rationnel. Par conséquent, on ne peut pas apprendre la philosophie, mais .

Philosophie et dogmatisme Dans Par-delà bien et mal, Friedrich Nietzsche écrit : .

Quelques citations de Céline, extraits du Voyage au bout de la nuit, qui témoignent de sa méfiance à l'égard de la philosophie : .

Accessibilité de la philosophie Le jargon philosophique

L'utilisation de jargon par les philosophes a parfois été critiquée comme complexifiant inutilement le discours philosophique. Dans De l'art de raconter n'importe quoi en philosophie, Paul Amselek consacre un chapitre à ce qu'il appelle l', à savoir l'utilisation de méthodes permettant de . Il se montre à ce titre particulièrement critique envers les écrits de Jacques Derrida.

Attaques contre la philosophie La philosophie attaquée par le pouvoir La philosophie et les philosophes ont souvent fait l'objet à travers l'histoire de persécutions, d'attaques ou de tentatives d'intimidation. Dans la Rome antique, Néron s'oppose à des philosophes stoïques et les bannit de Rome ; l'empereur Vespasien bannit à nouveau les philosophes en 71 après Jésus Christ. Des philosophes sont aussi persécutés en 89 par Domitien.

Sous le régime de Vichy, la réforme de Jérôme Carcopino modifie le contenu des programmes de philosophie en Terminale afin de l'enseignement. Dans les textes officiels, l'indication selon laquelle l'enseignant est libre d'organiser son enseignement comme il l'entend (présente constamment depuis 1880) disparaît. Les publiées en 1943 considèrent que l'enseignement de philosophie doit contribuer à l'idéologie de la révolution nationale. Le programme est modifié afin que la séquence sur la philosophie morale développe plus les rubriques travail, famille, et patrie, conformément à la devise du régime, travail famille patrie. La question des droits humains disparaît du programme. La notion de est réduite à .

La philosophie attaquée par d'autres disciplines La philosophie est une discipline transversale car elle ne s'interdit jamais de s'intéresser aux objets des autres disciplines. La philosophie se présente parfois comme une protoscience, un terreau sur lequel la science peut se développer, ce qui ne fait pas consensus. Jean-Louis Poirier soutenait ainsi dans une tribune publiée à l'époque de la loi Haby que chaque science doit se fonder elle-même, sans que la philosophie n'ait à y prétendre.

Fin de la philosophie Jean-François Revel, en philosophie, l'essentiel de sa contribution tient dans un essai qui connut un très grand succès en France en 1957, Pourquoi des philosophes. Il y explique comment la philosophie a épuisé son rôle historique qui était de donner naissance à la science. Depuis Kant, la biologie, la physique et plus tard la psychologie se sont détachées de la philosophie qui est devenue un genre littéraire.

Critiques des branches de la philosophie Critiques de la philosophie politique Hannah Arendt critique la philosophie politique tout au long de son œuvre. Dans une lettre à Karl Jaspers en 1951, elle écrit que . Les philosophes auraient, en désertant la théorie politique et en refusant de penser aux préoccupations quotidiennes des citoyens, été en partie responsable de l'avènement de régimes totalitaires.

Critiques de la scolastique Bertrand Russell se montre très critique envers la scolastique et la philosophie médiévale européenne dans son Histoire de la philosophie occidentale, soutenant que les arguments invoqués par les philosophes reposaient d'ordinaire sur Dieu, dont l'existence ne saurait être prouvée.

Inutilité de la philosophie Incapacité de la philosophie à trouver une réponse unique Les critiques sur le caractère inutile de la philosophie sont anciennes. Dans le Tiers Livre de Rabelais, Panurge se montre critique envers les avis contradictoires et l'irrésolution du philosophe Trouillogan ; il lui assène alors : .

Si peu de philosophes ont considéré la philosophie comme inutile, certains ont soutenu qu'elle ne peut par essence qu'aboutir à des résultats peu assurés. Ainsi, dans un entretien à L'Humanité par en 2004, Jacques Bouveresse s'interroge sur son choix de se mêler de philosophie : Bouveresse - Entretien L'Humanité 16 janvier 2004.

Incapacité des philosophes à agir Si Karl Marx commence son parcours intellectuel comme philosophe, il entreprend dans L'Idéologie allemande le projet d'une et devient par la suite un penseur des sciences sociales, faisant de l'économie comme de la sociologie. C'est à ce titre que Marx se montre particulièrement critique envers les philosophies qui l'ont précédé, considérant dans les Thèses sur Feuerbach que . Ce ne sera qu'à ce prix, pour les marxistes, que la philosophie devient utile pour la société.

Exemples de la critique de la philosophie au cinéma Dans le film Fahrenheit 451 (1966), de François Truffaut, on y entend une critique assez commune à l'encontre des livres et des idées philosophiques. À la minute 00:57:12, le capitaine dit : . Dans Ridicule, un film français de Patrice Leconte sorti en 1996, une scène illustre la critique de Nietzsche selon laquelle, les philosophes ne sont que des (Ecce homo (Nietzsche)). L'Abbé de Vilecourt, un prêtre libertin, tient un double langage, fait d'outrances théologiques et d'irrévérence toute philosophique. Croyant finir sur un bon mot en prétendant prouver de la même façon qu'il le fit avec l'existence de Dieu, son contraire, le roi Louis XVI venu l'écouter au salon se cabre contre son impiété. On entend parmi les courtisans la réprobation outrée au son de , .

Bibliographie Rudolf Carnap, * « Überwindung der Metaphysik durch logische Analyse der Sprache », Erkenntnis, 2, , 1932. Trad. Barbara Cassin et al., « Le dépassement de la métaphysique par l'analyse logique du langage », in Soulez, éd., Manifeste du Cercle de Vienne et autres écrits, Paris: PUF, 1985 ; Paris: Vrin, 2010, . Paul Nizan, Les chiens de garde, 1932 Lucien de Samosate, Philosophes à vendre, Éditions J.J. Pauvert, 1965 Jean-François Revel, Pourquoi des philosophes ?, Éditions J.J. Pauvert, 1957 La cabale des dévots, Éditions J.J. Pauvert, 1962 Pierre Thuillier, Socrate fonctionnaire, Éditions Complexe, 1982 Jacques Bouveresse, Prodiges et vertiges de l'analogie. De l'abus des belles-lettres dans la pensée, Raisons d'Agir, 1999. Roland Quilliot, L'Illusion, "Que sais-je ?", Les Presses universitaires de France (PUF), 1996

Notes et références

Annexes Articles connexes Pseudo-philosophie Affaire Sokal

Liens externes

Guillaume Gallant, Enquête sur les conditions actuelles de l'activité philosophique

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