(titre latin signifiant Apologie de sa propre vie) est une autobiographie spirituelle écrite par John Henry Newman et publiée en 1864, considérée comme l'une de ses principales œuvres littéraires. Comme l'indique le sous-titre: a reply to a pamphlet (réponse à un pamphlet) Newman s'explique sur le long et difficile discernement qui le conduisit à reconnaitre l'authenticité du catholicisme et demander son admission dans l'Église catholique. L'œuvre eut un grand retentissement et plusieurs de ses amis anglicans se reconcilièrent avec lui.
Histoire de l'ouvrage Après la conversion de John Henry Newman au catholicisme, certains anglicans, dont Charles Kingsley, l'accusent de malhonnêteté sur sa démarche et sa conversion au catholicisme, ainsi que sa loyautép. 32. L'article virulent de Kingsley, venant s'ajouter aux soupçons romains qui suivent ses deux essais théologique sur le 'développement du dogme' ((1845) et la 'consultation des fidèles en matière de doctrine' (1859), sans parler de sa perte de crédit auprès des évêques catholiques anglais et irlandais, provoquent Newman à expliquer les raisons de sa conversion de l'anglicanisme au catholicisme, tant au niveau existentiel que théologique. Il donne comme sous titre à son ouvrage . Il s'agissait surtout de montrer que ce qui l'a conduit est uniquement la recherche de Dieu et sa vérité: sa démarche est parfaitement honnête.
Le livre (près de 500 pages) fut rédigé en l'espace de deux mois, Newman passant quotidiennement jusqu'à seize heures à son écritoire. Les sept parties furent publiées d'abord séparément, comme c'était souvent l'usage à l'époque. La tension vécue fut extrême. A la fin - à ses propres dires - il fut épuisé..
Contenu du livre Dans cet ouvrage, Newman explique sa conversion en faisant valoir que la doctrine du concile de Chalcédoine est la même que celle du concile de Trente.
Le récit montre comment il fut amené à être reçu dans l'Église par Dominique Barberi, John Dobree Dalgairns et Frederick William Faber. Ce livre d'apologétique a eu beaucoup d'influence sur le mouvement d'Oxford, dont plusieurs membres ont alors suivi le même chemin de retour au catholicisme. Parmi eux l'éminent poète et pasteur-théologien anglican, Gerard Manley Hopkins (qui deviendra plus tard jésuite) qui fut reçu par Newman lui-même dans l'Église catholique ().
La première édition du livre sortit de presse en 1864. Elle eut un succès considérable, nécessitant immédiatement une deuxième édition (1865) dans laquelle l'auteur supprima toutes les allusions à son détracteur Kingsley. Les deux premiers chapitres furent supprimés enlevant de l'œuvre son caractère polémique. C'est l'édition connue aujourd'hui.
Plan de l'ouvrage
Influence et postérité du livre L'ouvrage de John Henry Newman est vite considéré comme un ouvrage de référence, bon nombre d'anglicans méfiants et qui n'avaient pas compris la conversion de John Henry Newman retrouveront l'estime envers lui à la suite de cet ouvrage.
Ce livre fut un grand succès de librairie et conduisit à un changement important de la situation de John Henry Newman : il reçut le soutien et les félicitations de nombreux catholiques dont les doutes furent levés, notamment auprès des catholiques qui ne comprenaient pas la relative neutralité de John Henry Newman envers les anglicansp. 455. Cela permit aussi de renouveler le dialogue avec les anglicans du mouvement d'Oxford, dont John Keble et Edward Bouverie Pusey, avec qui il ne parlait plus depuis près de vingt ansp. 457.
Analyse de l'ouvrage Dans l'ouvrage La Littérature autobiographique en Grande-Bretagne et en Irlande, Robert Ferrieux consacre un sous-chapitre à l'apologie qu'il range avec les Confessions dans la catégorie de « l'autobiographie de circonstance », et il analyse ce genre en s'appuyant essentiellement sur l'exemple de John Henry Newman. C'est à cette analyse qu'est en grande partie emprunté le propos faisant l'objet de cette section.
Le plaidoyer pro domo Avec son Apologia Pro Vita Sua, parue en 1867, Newman se distingue comme l'un des grands écrivains autobiographiques du . Peut-être a-t-il, dans le choix d'un titre latin, été inspiré par un illustre prédécesseur, le poète romantique Samuel Taylor Coleridge qui avait publié en 1817 sa Biographia Literaria, livre se présentant déjà comme une sorte d'apologie, puisqu'il se situe surtout par rapport à la préface composée par William Wordsworth lors de la deuxième édition en 1800 des Lyrical Ballads. Dès la première page, en effet, Coleridge insiste sur ce qu'il appelle une « exculpation » (disculpation), répondant à une « charge » (accusation), signifiant par là son désir apologétique, prélude nécessaire à l'exposition de ses idées, volume I, chapitre 1, ...
L'essence de l'apologie de soi, en effet, est un plaidoyer pro domo rendu nécessaire par une accusation. Socrate, est-il dit, a corrompu les jeunes de la cité, et John Henry Newman, selon Charles Kingsley, ne considère pas que l'amour de la vérité ().. Charles Kingsley, en effet, dans un compte-rendu de lHistoire de l'Angleterre de J. A. Froude pour le Macmillan's Magazine, a inséré une phrase vengeresse à l'égard de Newman : (). Après une correspondance polémique – les deux hommes ne se sont pas rencontrés – la réponse de Newman a été son Apologia Pro Vita SuaPour plus de renseignements sur la polémique entre Kingsley et Newman, voir ., réponse non pas à une sollicitation intime, mais à la blessure d'une injustice venue de l'extérieur.
Le besoin autobiographique n'est donc pas premier : c'est parce que Newman se sait sous le coup d'une calomnie intellectuelle et morale qu'il entreprend de rendre compte de lui-même. S'il n'avait à répondre de ses actes, au sens quasi pénal du terme, devant le tribunal des hommes, et non plus de sa seule conscience (le mot « charge » [accusation] revient sans cesse sous sa plume), il n'aurait sans doute pas pris la peine de ce rappel systématique de sa vie spirituelle. Qui plus est, il ressent la nécessité de se justifier au nom de l'Église tout entière, visée à travers sa personne par ses détracteurs. Son apologie, ambitieusement appelée Pro Vita Sua (« Pour sa vie »), ce qui témoigne de l'importance « vitale » de l'engagement, devient alors une nécessité, un devoir (duty), comme il l'écrit, envers lui-même, la cause catholique et le clergé..
L'épreuve obligée À ce compte, l'apologie ne peut se développer dans les conditions de sérénité qui caractérisent nombre d'entreprises autobiographiques. Au contraire, c'est la passion qui la gouverne et, de fait, Newman blêmit sous l'insulte et entend bien ne pas se laisser traiter de fripon ou de sot sans relever le gant. De plus, se savoir ainsi placé en position d'infériorité le rend malgré lui agressif et le détachement qu'il affiche lorsqu'il prétend se trouver désormais ()., ne peut longtemps faire illusion, puisqu'aussitôt il envoie « voler » Mr Kingsley dans les espaces infinis avec une vigueur peu commune ()...
Dans de telles conditions, la démarche autobiographique cesse d'être un plaisir : ().. Exposer les motifs profonds de sa conduite à des adversaires pour lesquels il ne ressent que mépris ou haine est une véritable souffrance : Newman a honte de se livrer ainsi au regard de ses détracteurs. Les mots « obligation », « trial » (épreuve), « reluctance » (répugnance) reviennent sans cesse dans son récit et chaque fois qu'il doit révéler un détail personnel, c'est une très grande violence qu'il se fait, éprouvant le sentiment d'un intrusion sacrilège dans le plus secret des débats, celui que conduit son âme avec Dieu : ()...
L'apriori des données Un tel fonds de passion et une réticence aussi prononcée ne sauraient a priori constituer les meilleures garanties d'objectivité. À trop vouloir se justifier, l'apologiste risque, même à son insu, de se trahir : organiser le récit de sa vie spirituelle et intérieure pour prouver au monde le bien-fondé d'une attitude est tentant et, en ce genre d'entreprise, la fin appelle les moyens. Là se situe ce que Georges Gusdorf a appelé la « reconstruction a posteriori »Georges Gusdorf, « Lignes de vie 1 », Les Écritures du moi, Paris, Éditions Odile Jacob, 1993, .. Newman, bien conscient de ce péril, souligne au début de son ouvrage les nombreuses difficultés qu'il va rencontrer. Réussira-t-il à empêcher que sa conversion au catholicisme romain, événement majeur de sa vie et dernier épisode de son récit, influence et colore son propos ? Il se porte aussitôt au devant de l'objection : ().
Il y a là, comme chez tous les apologistes, un apriori des données qui ne correspond pas exactement aux buts de l'autobiographie. Newman n'a pas besoin de passer toute son existence en revue, puisque sa démarche se limite à une section bien définie de son activité. Il lui faut réunir un faisceau de preuves d'autant convaincantes qu'elles se rapprochent de la période où il a été mis en cause. Ainsi, il ne s'intéresse aux divers aspects de sa vie que dans la mesure où ils peuvent contribuer à échafauder son système de défense et de persuasion : ().. Rien d'étonnant, du coup, que son apologie consacre trente et une pages à trente-deux années de son existence, alors que presque le double est réservé aux deux seules, cruciales pour lui et ses adversaires, qui ont définitivement changé le turbulent agitateur anglican en un catholique convaincu..
Le genre du présent Genre du présent, donc, que cette apologie qui, par nature, tend à se développer en surface mais, invitant à livrer le meilleur de soi, n'en constitue pas moins un document autobiographique de valeur. Rétablir une situation jugée compromise exige d'abord un système de défense exempt de malhonnêteté intellectuelle : Newman le sait qui accumule les vertus dont il entend faire la preuve : il ().. Historien de son esprit, comme il se définit lui-même., il précise au fil des pages son programme et sa méthode : pas d'anecdote ou de romantisme. ; malgré le manque de documents « autobiographiques » qu'il déplore., il a trouvé quelques notes de qui illustrent son propos. ; il se défie de sa mémoire et, le cas échéant, préfère écarter un argument possible à courir le risque de déformer la réalité. ; il s'efforce enfin de s'exprimer avec toute la clarté nécessaire et ne néglige pas, à l'occasion, de structurer son ouvrage . : ()..
Le rendez-vous avec soi En général, l'apologiste, à force de se justifier, apprend peu à peu et comme malgré lui à se connaître ; parti du principe de sa compétence absolue, il s'aperçoit, arrivé au terme de sa quête, qu'il n'est plus tout à fait le même homme qu'au début. Newman ne fait pas exception : son ton se fait peu à peu moins péremptoire, l'argumentation moins dogmatique, l'expression moins polémique. Il s'intéresse maintenant à ses hésitations et à ses angoisses, il s'interroge : (.. Est-il certain de quelque chose, de lui-même ? ).
Ainsi, le récit l'a aidé à surmonter, une fois encore, les sollicitations de sa conscience et lui a apporté une confirmation dont il avait secrètement besoin : . Vers la fin de son livre, Newman peut écrire en toute sérénité : ().. Suprême gratification, il remercie Mr Kingsley des tracas qu'il lui a causés. ; en définitive, commente Robert Ferrieux, ..
Liens externes Texte intégral en anglais sur le site Newman Reader
Notes et références Notes
Principales sources utilisées
;Texte de Apologia Pro Vita Sua'' . .Autres sources'''
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