Yacef Saâdi né le à la Casbah d'Alger, et mort le à Alger, est un écrivain, cinéaste, sénateur au Conseil de la nationVoir la biographie de Yacef Saâdi sur son site officiel. et ancien combattant du FLN, dont il était le chef de la zone autonome d'Alger lors de la bataille d'Alger en 1957, pendant la guerre d'Algérie.

Biographie Issu d'une famille originaire d'Azeffoun en Kabylie, Yacef Saâdi commence sa vie professionnelle comme apprenti boulanger dans la Casbah. En 1945, il rejoint le Parti du peuple algérien (PPA), parti nationaliste interdit par les autorités françaises auquel succéda le Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD). De 1947 à 1949, Yacef Saâdi sert dans l'aile paramilitaire du MTLD, l'Organisation spéciale (OS). Après le démantèlement de l'OS, il se rend en France où il vit jusqu'en 1952, puis retourne en Algérie, où il reprend son métier de boulanger dans la Casbah.

En 1954, il est présenté à Rabah Bitat, un des responsables du CRUA, qu'il héberge. Par ce canal il rencontre Amar Ouamrane et Krim Belkacem. Leur mission consiste à la création du réseau de la zone autonome d'Alger en tant que conseillers politique et militaire de toute la zone algéroise.

En 1955, il est expédié par Ramdane Abane en Suisse où il doit rencontrer des Algériens du Caire, ceux de l' « extérieur », et notamment Boudiaf, parce que l' « intérieur » à besoin d'armes, d'argent, de postes radios, etc. Abane charge Yacef d'un autre message : « ceux qui tiennent le maquis de l'intérieur auront priorité sur ceux qui logent dans les hôtels. », à l'étranger. Expulsé en par les autorités suisses, arrêté à son arrivée à Orly par la DST, transféré début juin à la prison de Barberousse à Alger, puis libéré en septembre contre la promesse d'informer la DST sur les activités du FLN à Alger. et plonge dans la clandestinité.

Constitution du premier commando FLN de la zone algéroise Après avoir réussi à prouver sa bonne foi aux membres du CRUA, ces derniers le chargent de constituer un groupe de commando prêt à entrer en action dès qu'Abane et Ouamrane jugeraient cela utile. Avec Hidouche, son beau-frère, et Chaïb Ahmed, dit le Corbeau, Yacef crée son premier réseau qui compte vingt-et-un membres dont Amar Aïdoune, Nafaa Haffaf et Salah Bouhara. Pour respecter le cloisonnement, Yacef adopte le système pyramidal de cellules de trois membres. Dans chaque cellule, un militant connait son supérieur mais ignore tout du troisième. Ce système a l'avantage d'éviter des bavardages, toujours dangereux, et aussi qu'un homme arrêté ne dévoile, sous la torture, les détails de l'organisation. Un chef intermédiaire ne connait jamais que trois hommes : deux sous ses ordres et un à l'échelon supérieur. Il ne sait rien des hommes de la base ni de ceux du sommet.

Rencontre avec Ali la Pointe

En , Saâdi enrôle une nouvelle recrue dont la présence au sein des commandos FLN va influer sur le déroulement de ce que l'on appellera, en , la bataille d'Alger. Cet homme s'appelle Ammar Ali. On le connaîtra sous le nom d'Ali la Pointe. Saâdi a été averti par un informateur de la Casbah qu'un dur, un « prêt-à-tout », voulait s'engager dans les rangs du FLN d'Alger. « C'est un ancien mac », avait ajouté l'informateur, mais il est « tombé » et vient de s'évader. Un type bien « malgré tout. » Saâdi s'était méfié. Un souteneur qui s'évade et qui veut rejoindre le Front, il sentait la machination policière destinée à noyauter les commandos. Il est bien placé pour savoir combien la police est désireuse de se glisser dans les rangs du FLN. « Ce type doit être manœuvré » conclut-il. Il accepte pourtant de le rencontrer, mais dans la rue, au milieu de la foule, pour éviter une éventuelle souricière. Saâdi repère tout de suite son homme : grand (1,69m), beau garçon (?), habillé à l'européenne d'une façon un peu trop voyante qui soulignait son physique d'ancien boxeur. Il l'aborde et tout de suite le mit en confiance. Il lui fait comprendre que le FLN l'acceptait.

Assainissement de la Casbah et l'élimination des indics thumb|right|200px|Schéma du système pyramidal de la Zone autonome d'Alger (Z.A.A.) adopté par Yacef Saâdi, chef politico-militaire de la Z.A.A. (1956-1957) Pour respecter le cloisonnement : des cellules de trois membres, dans chaque cellule, un militant connait son supérieur mais ignore tout du troisième. Ce système a l'avantage d'éviter des bavardages, toujours dangereux, et aussi qu'un homme arrêté ne dévoile, sous la torture, les détails de l'organisation. Un chef intermédiaire ne connait jamais que trois hommes : deux sous ses ordres et un à l'échelon supérieur. Il ne sait rien des hommes de la base ni de ceux du sommet.

Après avoir contribué à la prise en main de la population par le FLN, Yacef Saâdi se résout à « assainir » la Casbah de ses éléments troubles. Il s'ouvre de son projet à Abane Ramdane. Celui-ci, réticent, souhaite « asseoir » sa politique, multiplier les réseaux, implanter une organisation politico-administrative avant de passer à l'action. Et pour parvenir à ce but, explique-t-il, il a besoin du calme à Alger. Saâdi, qui ne partage pas les idées de son chef, le contre violemment. Il tient à passer rapidement à l'action. Abane réfléchit. Il vient d'entrevoir ce que serait sa politique - mise au point avec Larbi Ben M'hidi - sur le plan national et international. Yacef ajoute :

Convaincu, Abane cède. Saâdi, aidé d'Ali la Pointe, doit assainir la Casbah.c'est au « milieu» algérois que Saâdi et Ali ont décidé de s'attaquer. Dans cette tâche, Ali la Pointe va lui être d'une aide considérable. En , Saâdi est désigné comme responsable militaire de la zone autonome d'Alger (ZAA) et bras droit de Larbi Ben M'HidiHaffaf Arezki, alias "Houd", chef des Liaisons Renseignements de la zone autonome d'Alger, étant le deuxième adjoint..

Larbi Ben M'hidi décide d'étendre les actions terroristes à la ville européenne, afin d'atteindre les couches urbaines, en particulier la bourgeoisie arabe, et de faire d'Alger une caisse de résonance pour toucher l'opinion publique métropolitaine et internationale.

Terrorisme de la Main rouge

Les plus radicaux des militants de l'Algérie française s'organisent en groupuscules paramilitaires, sous la direction d'André Achiary, ex-officier du SDECE qui fut sous-préfet dans le Constantinois au moment du massacre de Sétif (1945). Avec des membres de l'Union française nord-africaine, créée par Robert Martel, Achiary monte l'attentat de la rue de Thèbes, dans la Casbah d'Alger, dans la nuit du , qui fait 16 morts et 57 blessés, et marque un tournant dans la guerre d'Algérie. Le scénariste Patrick Rotman souligne ainsi, dans L'Ennemi intime (2002), qu'« à Alger, le contre-terrorisme a précédé le terrorisme »Cité in . Saâdi déclarera plus tard à la journaliste Marie-Monique Robin :

Attentats à la bombe du FLN Pour rassurer la population musulmane et plus particulièrement celle de la Casbah, pour lui prouver que le FLN est capable de venger ses martyrs, Larbi Ben M'hidi et Yacef Saadi créent les filières de conception, de réalisation, de stockage et de distribution de bombes (réseau bombes) et organise les séries d’attentats à la bombe dans Alger entre l’automne 1956 et l’été 1957. Ces attentats dans les lieux publics (bars et restaurants, hôtels, avenues et boulevards, transports en commun, stades, dancings) font des dizaines de victimes civiles, y compris des enfants.

Le , Amédée Froger, un ultra, président de l'Association des maires de l'Algérois est assassiné. Selon Saâdi, cet assassinat a été commandité par les ultras de l'armée française pour déstabiliser le pouvoir civil et provoquer la prise du pouvoir des militairesSaâdi, La Bataille d'Alger, 1997 ( édition., mais Marie-Monique Robin affirme que « ce point n'est toutefois pas du tout établi », .. Yves Courrière attribue cet assassinat à Ali la PointeLe Temps des léopards, La guerre d'Algérie Tome II.

La bataille d'Alger

Le , de la DP de retour d’Égypte, où ils ont participé à la campagne de Suez, entrent dans Alger avec pour mission de « pacifier » la ville. La division est commandée par le général Jacques Massu, à qui Robert Lacoste vient de donner les pleins pouvoirs, assisté des colonels Marcel Bigeard, Roger Trinquier, Fossey-François et Yves Godard.

Le FLN lance ensuite un mot d’ordre de grève générale pour le . Les parachutistes brisent la grève en quelques jours, ouvrant les magasins de force, allant chercher à domicile avec des camions les travailleurs et les fonctionnaires absents au travail.

Larbi Ben M'hidi, arrêté le par les parachutistes, refuse de parler sous la torture avant d'être pendu extra-judiciairement par le commandant Aussaresses dans la nuit du 3 au . Yacef Saâdi le remplace à la tête de la zone autonome d'Alger.

Saâdi est maintenant un homme seul. Profitant de la relative accalmie dont bénéficie la Casbah, il tente de remettre sur pied, avec les moyens du bord, une organisation plus légère et aussi plus efficace. On y trouve Zohra Drif, sa compagne, Djamila Bouhired, responsable de son secrétariat, Ali la Pointe, qui fait équipe avec Hassiba Ben Bouali, Petit Omar qui sert d'agent de liaison, Kamel, l'adjoint militaire et Si-Mourad, responsable du « réseau bombes ». Au printemps, Yacef Saâdi saisit l'occasion de la campagne contre la torture lancée par le PCF et de l'absence des paras pour reprendre l'initiative et relancer la résistance urbaine.

Rencontre avec Germaine Tillion Quand Yacef Saâdi apprend que l'ancienne résistante Germaine Tillion, déportée à Ravensbrück, ethnologue, ancien membre du cabinet de Jacques Soustelle, vient d'arriver à Alger dans le cadre d'une commission d'enquête internationale sur le régime concentrationnaire, il décide de la rencontrer. L'idée paraît invraisemblable. Pourtant Germaine Tillion et Yacef Saâdi se verront deux fois, le et le , au plus fort de la bataille d'Alger. Avec un luxe inouï de précautions, l'ancienne résistante sera conduite secrètement à la Casbah rue Caton, le repaire de Saâdi, où il se cache, bardé de mitraillettes et de grenades, derrière une cloison de carrelage.

Germaine TillionGermaine Tillion, Fragments de vie, Seuil, 2009, . n'ignore rien des souffrances dont il est le responsable. Mais rien non plus des exactions de l'armée française. Dans la cour de la prison Barberousse, les exécutions des militants FLN s'enchaînent. Elle veut arrêter ça. Et Saâdi a confiance en elle. Il lui fait la plus surprenante des propositions :

Porteuse de ce message, Germaine Tillion alerte les plus hautes autorités de l'État. On lui fait croire un temps qu'elle a été entendue. Saâdi continue de faire éclater des bombes, mais pendant quelques mois ne tue plus de civils. La presse s'interroge sur les raisons de cette « étrange accalmie ». Saâdi tiendrait-il parole ? Germaine Tillion en est convaincue. Mais de retour à Alger elle apprend que l'on continue à guillotiner. Au moins aura-t-elle tenté l'impossible.

Quand Saâdi est arrêté le , elle se battra pour le sortir des mains des parachutistes. Elle témoignera en sa faveur lors d'un de ses trois procès — où il sera par trois fois condamné à mort —, puis interviendra pour obtenir qu'il soit gracié. Une étrange amitié est née entre eux, qui n'a jamais cessé depuis. « Mademoiselle Germaine a tout fait pour moi, et je la respecte infiniment », dit Saâdi.

En , il était à son chevet une semaine avant sa mort, il était également présent à Paris lors de sa panthéonisation le Germaine Tillion, Yacef Saâdi, deux visages de la résistance. Reportage de TV5 du 27 mai 2015..

Arrestation au 3 de la rue Caton dans la Casbah thumb|150px|L'insigne régimentaire du REP.

thumb|150px|Au premier plan, la maison où fut arrêté Yacef Saâdi par les paras du REP le 28 septembre 1957, située au 3 rue Caton, dans la Casbah.