Béatrice ou Béatrix de Faucigny, parfois appelée Béatrice de Savoie, née en 1234 ou 1237 et morte en 1310 dans la chartreuse de Mélan, est une aristocrate, dame de Faucigny et Dauphine du Viennois (1261-1269), régente du Viennois (1269–1282). Elle est la fille du seigneur Pierre de Savoie (1203-1268), futur comte (1263) et d'Agnès de Faucigny.
Enfant unique, elle hérite de sa mère la seigneurie de Faucigny en 1268 qu'elle possède jusqu'en 1296. Mariée avec le Dauphin , selon la volonté de son grand-père , ses possessions deviennent une enclave dauphinoise entre le comté de Genève et les territoires appartenant au comte de Savoie (Chablais, du Val d'Aoste ou de la Maurienne, voire de la Tarentaise) et de fait un enjeu entre ces différents puissances. Son jeu politique permet l'accroissement de ses États en recourant aux négociations plutôt qu'aux guerres, et de veiller au bien être de ses sujets. Cette attitude lui vaut d'être surnommée la « Grande Dauphine ».
Biographie Enfance La date de naissance de Béatrice ou Béatrix (Beatricem, Beatrix, Beatrice) n'est pas connue. Selon Feige elle serait née dans l'année 1234 (présentation en ligne).. Ce dernier explique que d'après l'interprétation du testament de de son père, . Les historiens contemporains, Nicolas Carrier et Matthieu de La Corbière (2002, 2005). ou encore l'ouvrage Personnages illustres des Savoie (2007). donnent vers 1234. Le site de généalogie de la Foundation for Medieval Genealogy (FMG) donne vers l'année 1237.
Elle est la fille d'Agnès de Faucigny, fille du seigneur de Faucigny, , et du seigneur Pierre de Savoie, sixième fils du comte (présentation en ligne ou version numérique REG 0/0/1/664). (présentation en ligne).., qui a quitté sa carrière ecclésiastique il y a peu. Elle est le seul enfant du couple.
Mariages Le , selon le Régeste genevois ou encore le site FMG. (voire peut être 1242), son grand-père organise un contrat de mariage l'unissant, à l'âge de sept ans, à (1225-1269), dauphin de Viennois, comte de Viennois, d'Albon, de Grenoble, d'Oisans, de Briançon, d'Embrun et de Gap, au château de Châtillon.. (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/738).. Il s'agit de la première mention de Béatrice dans un acte.
La proposition est accompagnée d'une dot conséquente, 5 mille marcs d'argent. L'accord stipule également . L'évêque de Genève Aymon de Grandson acte une menace d'interdit, si le dauphin ne respectait pas le contrat, comme ce fut le cas lors de ses engagements précédents. Guigues donne en gage ses châteaux de la Boissière (La Buissière) et d'Avallon (Saint-Maximin) (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/742).. Toutefois, le mariage n'est réellement célébré que lorsque Béatrice atteint l'âge nubile. Il se déroule probablement avant le , puisqu'un acte publié à cette date et retranscrit par le Regeste dauphinois (1913) la désigne comme ..
L'acte officiel de l'union n'est promulgué par Antelme, abbé de Saint-Chaffre et délégué apostolique, que le (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/930)... Par ce mariage, Béatrice apporte en dot ses possessions propres, le Faucigny, la baronnie de Beaufort (1271) et plusieurs autres châtellenies, par ailleurs elle acquiert tous les biens des seigneurs de Greysier, dans le Faucigny et le Genevois. En fin de compte, les différentes possessions de la dame du Faucigny se trouvent éloignées de celles de son époux en Dauphiné et apparaissent comme menaçantes pour le comté de Savoie. Un certain nombre de futurs conflits entre les deux voisins auront pour objet ces terres jusqu'au milieu du .
Veuve de Guigues, elle se remarie le avec , dernier vicomte de Béarn, veuf de Marthe de Matha († 1270/1273) vicomtesse de Marsan.
Héritage parental Le , cède ses droits à sa fille Agnès, mis à part la dot de son autre fille, Béatrix (Béatrice) de Faucigny, mariée à ..... Le Faucigny, étant un fief de la Bourgogne Transjurane, pratiquait l'hérédité par les femmes lorsque la postérité masculine faisait défautJean-Joseph Hisely, Les comtes de Genevois dans leurs rapports avec la maison de Savoie jusqu'à l'établissement définitif de la domination savoisienne dans la Comté de Vaud: soit jusqu'à la fin du treizième siècle, Institut national genevois, 1854, 104 pages, (Lire en ligne)..
En 1263, son père, alors âgé de soixante ans, succède à son jeune neveu en devenant sous le nom de , le nouveau comte de Savoie et de Maurienne. Au cours de sa vie, il établit quatre testaments : 1234, 1255, 1264 et 1268.. Ce dernier se trouve dans une situation exceptionnelle pour la dynastie des Humbertiens, c'est la première fois qu'un comte de Savoie-Maurienne n'a pas d'héritier mâle.. Pierre nomme, dans son second testament de 1255, pour successeur son frère, Philippe, au détriment de sa fille, à qui il lègue toutefois une dot de cinq mille livres viennoises (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/871)..
Dans son testament du , Agnès de Faucigny laisse à son époux, Pierre, les deux tiers de ses biens, le reste allant à Béatrix (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/943).. Selon l'acte recueilli par le Régeste genevois, « elle s'engage par serment à ne pas faire, du vivant de son mari, des dispositions contraires au présent testament ».
Le comte réalise un dernier testament peu avant sa mort le (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/1028).. Il confirme l'héritage du titre de comte et des possessions à son frère, et lègue à sa fille l'ensemble de ses terres « qu'il possède à quelque titre que ce soit dans le Genevois, dans le Pays de Vaud jusqu'à Montreux, ainsi que dans l'Allemagne, en exceptant ses droits à Seyssel et à Montfalcon. [...] les hommages du seigneur de La Tour du Pin et du comte de Forez, les châteaux de Falavière (près Bourgoin), de Lompnes et de Saint-Rambert (en Bugey). ». Sa mère hérite les châteaux de Versoix (Genève), d'Allinges (Vieux et Neuf en Chablais), de Féternes (Chablais), de Charousse (Faucigny/Genève) et d'Aubonne (Vaud).. Elle meurt à son tour, quelques mois plus tard, le , au château de Pierre-Châtel en Bugey tout comme son époux. Elle a cependant rédigé un nouveau testament quelques jours auparavant, le , où sa fille devient l'héritière universelle de l'ensemble de ses titres et biens, mis à part deux châteaux en Bresse qui reviennent à sa sœur et son frère () Simon de Joinville, seigneur de Gex, des biens qui doivent toutefois rester dans le fief de Faucigny (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/1034)..
Le mari de Béatrix, , prend l'entière possession du Faucigny ainsi que des châteaux dans le comté voisin du Chablais que possède son beau-père, comte de Savoie.. Le lendemain de la mort d'Agnès, sa tante, Béatrix de Thoire-Villars, mais aussi son oncle, le comte Philippe de Savoie, revendiquent leur part d'héritage..
Les luttes d'intérêts et d'influence Par son testament de , fait de son fils son héritier, précisant que la tutelle est laissée à son épouse en cas de décès prématuré du fils (présentation en ligne)..
Un conflit éclate et oppose désormais le Dauphin à l'alliance du comte de Savoie aux Thoire-Villars. Les hostilités cessent lors d'une trêve signée au château de Coudrée (Sciez), le . à l'instigation de Marguerite de Provence (femme du roi Saint Louis et nièce du comte de Savoie). Cette dernière demande qu'une médiation se déroule durant sous le contrôle de Aymon de Cruseilles, évêque de Genève. Cependant le conflit reprend, mais meurt. Les armées de Béatrix de Thoire-Villars réussissent, courant l'année 1269, à capturer Béatrix et son fils, . Toutefois, l'oncle et comte Philippe de Savoie intervient à nouveau dans le conflit en réclamant la libération de la Dauphine.
C'est chose faite le .. Au château de Vigon, la dauphine Béatrix obtient sa libération en remettant en gage à sa tante les territoires et châteaux de Monthoux, Hermance et Châtelet du Crédo, et entre les mains des médiateurs ceux de Faucigny, de Toisinge, d'Aubonne et d'Allinge-vieux..
Mais le une sentence est prononcée par Edmond, fils du roi , et Philippe, comte de Savoie et de Bourgogne, arbitres nommés entre la dauphine Béatrix de Faucigny et sa tante Béatrix de Villars-Thoire et ses enfants. Les souverains statuent que la dame de Faucigny doit céder à cette dernière, pour toutes ses réclamations, les châteaux d'Aubonne et d'Hermance, ainsi que tous les fiefs qu'elle possède dans le pays de Vaud, au nord d'Aubonne, à l'exception de ceux des seigneurs de Montfaucon..
Selon Nicolas Carrier et Matthieu de La Corbière, la seigneurie de Faucigny avait été largement amputée par les événements de 1268/1271, mais cette enclave restait essentielle comme trait d'union entre le Lac Léman et les cols alpins.
D'après Hilaire Feige, Béatrix de Faucigny conserve ses terres de Faucigny, ainsi que les châteaux d'Allinges, Versoix, Féternes ou encore Chillon, hérités de son père en Genevois ou en Chablais, et débute la régence pour son fils. Elle aurait bénéficié le par une donation non précisée de la faveur de Philippe de Savoie.
Le , des conventions sont réalisées entre , duc de Bourgogne, la Grande Dauphine, en présence du comte Philippe de Savoie, au sujet de l'administration du Dauphiné : le duc, comme tuteur du dauphin Jean a la gouvernance de la terre du Gapençais et les châteaux de Moras, Voreppe et Vaulx, où il établit des officiers, hommes liges du dauphin, qui rendent compte à Béatrix ; le dauphin Jean doit épouser Marguerite, fille du duc, dès qu'il sera en âge de puberté ; Béatrix doit régir le surplus des terres du dauphin au nom du duc ; et en cas de décès de Jean avant l'âge de puberté, les terres seront rendues à sa sœur, la dauphine Anne..
En , les seigneurs de Beaufort, ne pouvant rembourser une dette contractée auprès du comte de Savoie, vendent leur château ainsi qu'une partie du fief attaché à la Dauphine pour la somme de ..
Le , elle se remarie avec , dernier vicomte de Béarn, neveu de comte de provence, , époux de Béatrice de Savoie, parents de quatre reines. Cet événement créé quelques remous en Faucigny et en Dauphiné. Cette même année, le , sa fille aînée, Anne épouse Humbert de la Tour du Pin et de Coligny.
Dans le contrat de fiançailles du , entre leur fille Anne et Humbert de La Tour et de Coligny, cette dernière indique qu'elle renonce en faveur de son jeune frère Jean l'héritage des titres et droits paternels, à moins que celui-ci décède sans postérité (présentation en ligne)..
Après avoir promis son fils à la fille de , celui-ci est fiancé à Bonne de Savoie (v. 1275 † 1300), fille du comte . Le mariage a lieu en 1280..
Selon Guy Gavard, en 1282/1283, à la fin de son existence, le comte Philippe de Savoie revendique à nouveau ses droits sur la baronnie du Faucigny, ses armées l'envahissent et Béatrix se réfugie dans son château de Bonne et résiste aux assauts.
De même, d'après Louis Boisset et Alain Kersuzan, un conflit existe en Faucigny à la suite d'invasions des comtes de Savoie allant de 1282 à 1286 et aboutit au traité de Paris en 1286 ou 1287. Dans les faits, il n'est pas connu de traité de Paris à cette date, seul un traité est relevé dans le Régeste genevois par Nicolas Carrier et Matthieu de La Corbière entre les différentes parties à Annemasse en 1287 faisant état de pacification ( présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/1252).. Le texte de cette charte est explicite :
La Grande dauphine signe, lors du traité de Versoix (le ), une alliance avec , comte de Genève et son oncle, Robert, évêque de Genève (présentation en ligne ou numérique REG 0/0/1/1182).. La guerre avec le comte de Savoie se termine avec l'intervention des évêques de Bâle, de Lausanne et de Belley, lors du traité de Payerne (). Elle reprendra plus tard, en 1291, avec le comte de Savoie, , neveu de Philippe..
Une succession difficile Un malheur frappe la vie de Béatrix le , son fils, Jean, héritier du Faucigny et du Dauphiné, meurt des suites d'un accident de cheval, durant la traversée de la rivière Menoge..