Élie Vinet (Saint-Médard, 1509 - Bordeaux, 1587) est un humaniste, enseignant, archéologue, traducteur et historien de la Renaissance. Il est l'auteur d'une cinquantaine de livres : traductions d'auteurs classiques, histoire des villes de Saintes, Angoulême et Bordeaux et de livres scolaires. Élie Vinet est considéré comme le fondateur de l'érudition à Bordeaux.

Biographie On sait peu de choses de la vie personnelle d'Élie Vinet. Il est né en 1509 au village des Planches de la commune actuelle de Saint-Médard, non loin de Barbezieux dans le département de la Charente. Au ce village s'appelait Les Vinets. Sa famille paternelle, originaire du Poitou, vient s'y installer vers 1470. Sa mère, Colette Chat, est originaire de Montmoreau-Saint-Cybard. Élie Vinet lui-même ne semble pas avoir eu une descendance.

Vinet fait ses premières études à Barbezieux dans une école tenue par Simon Pererius, qui lui apprend les éléments de la langue latine. Après la mort de son père, Jehan Vinet, sa mère l’envoie à Angoulême pour continuer ses études. Puis il va à Poitiers où il obtient le grade de maître ès arts. Il fréquente, à la cour de Cognac, Louise de Savoie, puis Marguerite d'Angoulême. Puis il va à Paris se perfectionner en grec ancien et en mathématiques au Collège Sainte-Barbe.

En 1539, Vinet est encore à Paris lorsque André de Gouveia, principal du Collège de Guyenne et ancien du Collège Sainte-Barbe, le fait venir à Bordeaux pour professer dans l'établissement.

Trois années après, en 1542, Vinet se sent fatigué et retourne dans son pays natal, la Saintonge. C'est pendant cette « retraite » qu'il se met à étudier quelques auteurs classiques et à traduire, en français ou en latin, leurs œuvres :

En 1547 André de Gouveia est appelé par le roi Jean II de Portugal pour réorganiser le collège de Coimbra sur le modèle de celui de Bordeaux. Élie Vinet part avec lui. Gouveia décide de rester au Portugal, son pays natal, mais Vinet revient à Bordeaux en juillet 1549. Il repart rapidement à Paris pour surveiller l'édition de son livre sur Ausone, qui sera publié en 1551.

De retour à Bordeaux en janvier 1550, Vinet reprend sa chaire de mathématiques au collège de Guyenne et entre 1552 et 1556 il publie une série d'ouvrages à l'usage de ses classes :

En 1556 le principal du collège de Guyenne, Jean Gelida, qui avait remplacé André Gouviea en 1547, meurt. Les Jurats du Parlement de Bordeaux appellent Élie Vinet pour le remplacer et procèdent à sa nomination officielleJean Gelda meurt de la peste le 19 février 1556. Le 22 février Vinet est nommé à sa place par les Jurats ; il prête serment entre leurs mains et le 6 mars un arrêt de la Cour du Parlement confirme cette nomination : .. Cependant le roi Henri II passe outre et nomme un autre principal : Nicolas Hérigaray. Très froissé par ce procédé, Vinet quitte le collège et passe six années en Saintonge et en Angoumois. Pendant ces années d'absence de Bordeaux, Vinet est très actif. Il consacre son temps à préparer de nouvelles publications d'auteurs classiques et des notes sur l'histoire de la Saintonge, de l'Angoumois et du Bordelais qui lui serviront pour ses futures études.

Nicolas Hérigaray démissionne en 1562 et les Jurats, de nouveau, nomment Vinet principal du Collège de Guyenne. Il s'occupe de l'administration du Collège. Il dispense des cours, rénove la pédagogie, avec des méthodes d'enseignement destinées à des « têtes bien faites », avec une discipline plus humaine. Il publie les ouvrages qu'il avait préparés :

alt=Édition du livre Ausone d'Élie Vinet édité chez Simon Millanges à Bordeaux en 1580|gauche|vignette|L'Ausone d'Elie Vinet, édité chez Simon Millanges à Bordeaux en 1580En 1570 Vinet se décharge de ses tâches administratives pour se consacrer à son « Ausone », dont la version définitive sera publié en 1580.

Sous l'impulsion de Vinet, en 1572 un jeune professeur du Collège, Simon Millanges, ouvre une grande imprimerie, 12 rue Saint-James, près du collège. C'est chez Simon Millanges que Vinet fait imprimer ses derniers travaux :

La peste éclate à Bordeaux en juin 1585 et en quelques mois elle provoque plus de morts. Le Collège de Guyenne ferme et Vinet quitte la ville. Il peut rouvrir le collège pendant l'année 1586, mais inquiet, fatigué et de santé fragile, il meurt dans son appartement du collège le 11 mai 1587.

Ses obsèques ont eu lieu en grande pompe à l'église Saint-Éloi de Bordeaux. Élie Vinet est enterré dans le cimetière de l'église. Sa plaque tombale a été déplacée vers une chapelle à l'intérieur de l'église vers 1840 et, vers 1874, elle est encastrée dans le mur de l'église, au-dessus de la fonte baptismale. Elle porte une inscription en grec, latin et français :

ΝΥΝ ΤΙΣ ΑΡΙΣΤΑΡΧΟΥ ΟΥΙΝΗΤΟΥ ΚΥΔΟΣ ΟΗΑΖΟΙ

ΕΙ ΚΥΔΙΝΟΜΕΝΟΙ ΕΙΔΟΤΕΣ ΩΣ ΤΟ ΗΑΛΛΙQui aurait aujourd'hui la gloire d'Aristarque Vinet, si les savants étaient honorés comme jadis ?

INQVIRE IN MORES, DOCTRINAM CARPE FVIT-NE SANTONEVINETO DOCTIOR ET MELIORInformez-vous de ses mœurs, profitez-vous de sa science : quelqu'un fut-il plus savant et meilleur que le saintongeois Vinet ?

VINET A ENTENDV LES LANGUES ET LES ARTS VINET A CONFONDV EN MOVRANT LES BAVARDS« Beaucoup, et nous sommes de ce nombre, sont confondus de ne pas bien comprendre le sens de ce dernier vers », , voir page 210, note 4.

Vinet a eu une autre épitaphe que ses amis ont écrite à la fin de l'édition posthume de son Ausone, publiée en 1590 avec des hommages et des poésies latines et grecques.

Élie Vinet et Ausone Le travail majeur de Vinet est son édition des œuvres du poète Ausone. Il y travaille entre 1551 et 1580.

Sa première publication, en 1551, est Decii Magni Avsonii Paeonii Bvrdegalensis, suivie, en 1565, par Ausonii Bvrdigalensis liber de Claris vrbibus (les poèmes des villes).

Un texte des poèmes d'Ausone vient d'être découvert à Lyon (le manuscrit de l'Ile Barbe : Codex leidensis Vossianus latinus. . . ) qui est plus complet que les précédents et Vinet le fait venir à Bordeaux pour l'étudier.

Vinet prépare une série de notes, avec l'intention de publier les œuvres complètes d'Ausone. En 1573 ou 1574, il demande à son ancien élève Joseph Juste Scaliger, de passage à Lyon, de vérifier l'exactitude de ses notes. Scaliger fait plus que vérifier les notes de Vinet, il publie. les œuvres d'Ausone en 1575, se présentant comme le seul auteur !

Cet incident ne semble pas déranger Vinet, qui publie lui-même son , chez Simon Millanges en 1575 et un second tome en 1580.

En 1590, Scaliger et d'autres érudits bordelais rééditent l’œuvre de Vinet, y ajoutant hommages et poésies latines et grecques à la gloire de Vinet.

Élie Vinet l'historien et archéologue

En 1565 Vinet commence à publier ses études historiques de : Bordeaus, Engovlesme, Xaintes, Barbezieus et une étude paléographique préparée durant sa « retraite » de 1564-1562.

Antiqvité de Bordeavs (1565) : L'étude de Vinet est d'un intérêt considérable, car il est le premier historien de la ville. L’œuvre est une dissertation savante sur les origines de Bordeaux, telles que connues à l'époque. Le livre est publié avec quatre planches gravées sur bois : le plan de la ville, les Piliers de Tutelle, le Palais Gallien et un tombeau romain, tels qu'ils existaient au .

La publication est précipitée par un évènement historique : le roi Charles IX doit visiter Bordeaux et Vinet veut profiter de l'occasion pour lui présenter ce premier livre sur l'histoire de la ville. Le 13 avril 1565, Vinet offre le manuscrit du livre au roi lors de sa visite au Collège de Guyenne, car les impressions ne sont pas encore terminées. L'analyse du contenu du livre est faite par Labadie.. Un discours de Vinet sur les antiquités de Bordeaux et de Bourg se trouve dans le fonds « Pierre Bernadau » conservés à la Bibliothèque municipale de Bordeaux.

Engoulesme (1567) : le livre, qui est publié anonymement, est divisé en deux parties. La première est intitulée Recherche de l'Antiqvité d'Engoulesme. Vinet y fait la narration des premiers temps de la ville, jusqu'au , puis il donne quelques renseignements sur les anciennes abbayes de la région. La seconde partie porte le titre De la Trovvre et quelqves avtres rivières d'Engoulesme. Le même texte a été publié, comme le chapitre XX, du livre Discours non plus mélancoliques en 1556. L'analyse du contenu du livre est faite par Labadie..

Saintes et Barbezieux (1568) : Comme pour Bordeaux et Angoulême, Vinet cherche pour Saintes la plus ancienne mémoire de la ville. Il s’arrête en 1094 et décrit rapidement quelques ruines romaines qui existaient encore de son temps, mais il garde le silence sur les églises de Notre-Dame-de-Sainte-Marie, de Saint-Pierre et de Saint-Eutrope. Pour Brebezieux, c'est le contraire. Vinet passe rapidement sur son histoire, mais décrit en détail les anciens monuments existants. L'analyse du contenu du livre est faite par Labadie..

Narbonensivm votvm et arae dedicato... (1572) : Le livre est une dissertation sur les inscriptions d'un autel en marbre trouvé à Narbonne en 1566, et qui existe toujours. Les inscriptions lui avaient été adressées par un professeur de Toulouse, Franciscus Roaldes, qui montre en quelle haute estime était tenue l'érudition de Vinet dans toute la région du Sud-ouest. Historia gymnasii Aquitanici : cet ouvrage consacré à l'histoire du Collège de Guyenne n'a jamais été imprimé, il ne reste aucune trace du manuscrit.

Élie Vinet le scientifique L'intérêt que Vinet porte aux sciences et en particulier aux mathématiques est évident dans ses traductions en français ou en latin, destinées aux élèves du Collège de Guyenne :

Il publie aussi lui-même des ouvrages de mathématiques et « science pratique » :

Logistica libri tres (1573), un livre d'arithmétique.

La Manière de faire les Solaires que communement on appelle quadrans (1564) est un livre pratique pour la construction d'un cadran solaire, réimprimé en 1577, 1583 et 1606. Dans son avant-propos, Vinet donne son motif pour écrire ce livre. À son retour du Portugal en 1549 il constate que, à la suite de la rébellion contre la gabelle du sel, la suppression de toutes les cloches et horloges de Bordeaux a été décidée par le roi Henry II. D'où l'utilité pour les bordelais de maitriser la technique des cadrans solaires pour avoir l'heure.

L'Arpanterie (1577), un traité d'arpenterie qu'il destine aux juristes qui emploient des arpenteurs, pour s'assurer de la justesse des mesures

Lettres d'Élie Vinet

Vinet était en correspondance avec de nombreux érudits et on garde trace de son écriture avec quelques lettres qui ont été conservées :

Une lettre datée du 17 mai 1567Le texte de la lettre : .

Une lettre datée du 3 octobre 1571Le texte de la lettre : .

Une lettre datée du 14 novembre 1582Le texte de la lettre : , facsimilé de la lettre : .

Une lettre datée du 26 novembre 1583Le texte de la lettre : , facsimilé de la lettre .

Une lettre datée du 29 décembre 1583Le texte de la lettre : , facsimilé de la lettre : .

Voir aussi Émile Brethe pour deux autres lettres de Vinet.

Hommages Plusieurs établissements tirent leur nom d'Élie Vinet : Le lycée général et technologique Élie-Vinet de Barbezieux-Saint-Hilaire La bibliothèque spécialisée en histoire et histoire de l'art de l'Université Bordeaux-Montaigne Une rue à Bordeaux porte son nom.

Bibliographie

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Œuvres d'Élie Vinet Ci-dessous les références bibliographiques des œuvres d'Élie Vinet. La majorité de ses ouvrages sont disponibles en version numérisé. Pour faciliter l'accès aux ouvrages numérisés voir : The works of Élie Vinet sur Commons.

Notes et références

Annexes

Articles connexes

Collège de Guyenne André de Gouveia Simon Millanges

Liens externes

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