vignette|Bus blancs de la Croix-Rouge suédoise, probablement à proximité du domaine de leur quartier général à Friedrichsruh. L'expression Bus blancs (en suédois : Vita bussarna) fait référence à une opération humanitaire de la Croix-Rouge, à la fin de la Seconde Guerre mondiale, dont les acteurs principaux sont deux Suédois, le comte Folke Bernadotte et le masseur Felix Kersten. Elle permet de sauver des milliers de Scandinaves, ainsi qu'un grand nombre de Juifs, des camps de concentration allemands. Le nom de « Bus blancs » provient de ce que les véhicules sont peints en blanc avec des croix rouges sur les côtés et le toit afin qu'aucune confusion ne soit possible avec des véhicules militaires.
En mars et , quelque scandinaves et d'autres nationalités sont soustraits à l'emprisonnement imposé par les nazis, puis conduits en Suède. Le programme continue après la capitulation allemande, rapatriant encore vers la Suède. Au Danemark et en Norvège, l'opération est considérée comme un énorme succès humanitaire qui sauve un grand nombre de vies. Elle est cependant aussi sujette aux critiques comme celle d'avoir favorisé les Scandinaves par rapport aux ressortissants d'autres pays. L'association norvégienne des Bus blancs commémore cette action en organisant des excursions à Sachsenhausen et sur d'autres sites de camps de concentration, pour des classes d'école, en coopération avec les témoins de cette époque. vignette|Autorisation des Bus blancs par Himmler en 1945.
Prisonniers scandinaves en Allemagne vignette|gauche|Le manoir de Gross Kreutz. Le Danemark et la Norvège sont envahis par l'Allemagne le . À peine deux mois plus tard, les forces d'occupation établissent le premier camp de concentration à Ulven, dans les environs de Bergen. La résistance contre l'occupation prenant de d'ampleur, de plus en plus de Norvégiens sont arrêtés. La plupart sont tout d'abord internée dans des camps et prisons en Norvège et plus tard déportés en Allemagne. Les premiers Norvégiens arrivent au camp de concentration de Sachsenhausen le , mais ils sont libérés et renvoyés chez eux en décembre. Des déportations régulières depuis la Norvège commencent au printemps 1941. Au Danemark, les arrestations débutent avec la démission de la coalition gouvernementale le .
Les prisonniers scandinaves en Allemagne sont divisés en plusieurs catégories, allant des fonctionnaires "internés", ainsi nommés, parce qu'ils jouissaient d'une certaine liberté, à ceux des déportés Nacht und Nebel, destinés aux travaux forcés jusqu'à la mort. Le nombre de prisonniers scandinaves augmentant, divers groupes s'organisent afin de leur porter assistance. Les aumôniers des marins norvégiens à Hambourg, Arne Berge et , visitent les prisonniers, leur fournissant de la nourriture et se chargeant des lettres adressées à leurs familles en Norvège et au Danemark. Vogt-Svendsen prend également contact avec les fonctionnaires internés au manoir de « Gross Kreutz »Persson, . Traduction du suédois: « Le troisième pilier de l'aide humanitaire norvégienne, après Stockholm et Genève, fut le comité de Berlin dont le siège était au manoir de Gross Kreutz à l'extérieur de Berlin. Il y avait là un groupe de civils norvégiens internés, avec à sa tête le professeur Didrik Arup Seip et l'avocat Johan B. Hjort." », les familles norvégiennes Hjort et Seip. Avec d'autres Scandinaves, le groupe de Gross Kreutz compile de vastes listes de prisonniers et d'adresses. Ces listes sont envoyées au gouvernement norvégien en exil à Londres par l'intermédiaire de l'ambassade suédoise à BerlinPersson, . Traduction du suédois: « Des listes toujours plus longues de prisonniers norvégiens en Allemagne étaient établies. Depuis Hambourg et Gross Kreutz elles étaient envoyés à l'ambassade de Suède à Berlin. Seip avait obtenu l'autorisation d'utiliser le svenska kurirposten de Stockholm - un trafic illicite qui était assez incroyable. Par le svenska kurirposten la liste allait à Stockholm, puis à l'ambassade de Norvège, et de là à Londres et à la Croix-Rouge à Genève. ». À Stockholm, le diplomate norvégien Niels Christian Ditleff s’implique fortement pour la cause des prisonniers scandinaves. À la fin de l'année 1944, il y a environ prisonniers norvégiens en Allemagne, sans compter quelque prisonniers de guerre norvégiens.
Du côté danois, l'amiral Carl Hammerich travaillé longuement sur les plans secrets d'une expédition, nom de code le « Jyllandskorps » (littéralement: « Corps du Jutland »), afin de sauver les déportés danois et norvégiens des camps allemands. Hammerich a de bons contacts avec les deux aumôniers des marins norvégiens, le groupe de Gross Kreutz et avec Niels Christian Ditleff à Stockholm. Au début 1945, il y a environ déportés danois en Allemagne. Pendant l'année 1944, les Danois font d'importants efforts de planification, comme l'enregistrement des prisonniers, des plans de transport de vêtements, de nourriture et d'abris ainsi que l'organisation d'éventuelles quarantaines pour les déportés susceptibles de revenir au Danemark. Hammerich visite Stockholm en février, avril et et discute de ces plans avec DitleffPersson, . Traduction du suédois: « Durant l'année 1944, Ditleff rencontra aussi, à plusieurs reprises, l'amiral danois Carl Hammerich et fut alors informé de ses plans secrets d'un Jyllandskorps pour sortir danois et norvégiens des camps allemands. ».
Évacuer ou « rester sur place » ? vignette|droite|Folke Bernadotte (1895-1948) qui fut la cheville ouvrière de l'opération Bus blancs.
Alors qu'à fin 1944 les forces alliées s'approchent de l'Allemagne, le SHAEF prend sa décision concernant les déportés alliés. Au sein du gouvernement norvégien en exil, le commandant Johan Koren Christie écrit un mémorandum le ; les déportés norvégiens doivent « rester sur place », attendre jusqu'à ce qu'ils soient libérés par les forces alliées. Le groupe Gross Kreutz prend connaissance de cette décision le mois suivant et réagit rapidement. Johan Bernhard Hjort écrit un rapport déconseillant de suivre la proposition Christie. Il argumente alors que les déportés risquent d'être massacrés et qu'ils doivent être exfiltrés d'Allemagne avant que le pays ne soit libéré, il écrit :
« Il est par conséquent fortement suggéré au gouvernement norvégien de considérer la possibilité que le gouvernement suédois puisse être incité d'intervenir afin d'aider au moins les fonctionnaires norvégiens et danois déportés en Allemagne, y compris ceux emprisonnés, avec pour objectif de les transporter vers la Suède, où, si cela est possible, ils puissent rester jusqu'à la fin de la guerre. »Heger, .
Le rapport d'octobre 1944 de Hjort est le premier qui fasse mention d'une opération suédoise afin de sauver les déportés scandinaves ; la proposition est toutefois initialement défavorablement reçue. Le sauvetage des déportés est vu comme relevant de la seule responsabilité norvégienne et le gouvernement norvégien en exil est peu disposé à donner une chance aux Suédois de se distinguer à la fin de la guerre.
L'énergique diplomate Niels Christian Ditleff à Stockholm refuse les règles de conduite que veulent imposer le gouvernement norvégien en exil à Londres et continue d'implorer les Suédois influents et le ministère des affaires étrangères suédois de secourir les déportés scandinaves. En septembre 1944, Ditleff soulève la question avec le comte Folke Bernadotte qui est immédiatement convaincu par le plan. Le , Ditleff transmet son mémorandum « Arguments pour une opération suédoise de secours aux déportés » au ministère des affaires étrangères suédois, mais c'est encore de sa propre et seule initiativeJohan Scharffenberg, Folke Bernadotte og det svensk Redningskorps, 1945, J.G. Tanum, 1958.. Le , le gouvernement norvégien en exil change de position et informe son ambassade à Stockholm de la possibilité d'une opération suédoise concernant les déportés scandinaves.
Alors que Ditleff tente d'influencer le gouvernement norvégien en exil, les Danois obtiennent l'autorisation des Allemands de ramener des déportés. Les premiers à être rapatriés au Danemark sont des policiers danois depuis le camp de Buchenwald et le premier transport démarre le Levine, ss.. Jusqu'à fin février 1945, les Danois acheminent , la plupart malades. Ces transports donnent aux Danois une expérience précieuse qui, plus tard, bénéficiera aux Bus blancs.
Aide suédoise aux prisonniers vignette|gauche|Le Reichsführer Heinrich Himmler. La Suède est le seul pays nordique qui reste neutre durant la Seconde Guerre mondiale, cependant sa neutralité fluctue au fil de l'évolution de la guerre. Si jusqu'à la défaite allemande lors de la bataille de Stalingrad, la Suède est plutôt obligeante envers l'Allemagne, elle modifie ensuite graduellement sa politique pour se rapprocher des Alliés.
Le Germano-Balte Felix Kersten, masseur personnel d'Heinrich Himmler, qui avait vécu à Stockholm, agit comme intermédiaire entre le ministère des affaires étrangères suédois et le Reichsführer.
Himmler et son subordonné en qui il a toute confiance, Walter Schellenberg, ont depuis longtemps le sentiment que l'Allemagne perdra la guerre. Ils examinent la possibilité d'un traité de paix séparé avec les puissances occidentales dans lequel la Suède pourrait s'avérer un intermédiaire utile. Avec l'aide de Kersten, le ministère des affaires étrangères suédois est en mesure de faire libérer norvégiens, danois et trois Suédois en décembre 1944. Une condition absolue à la libération des déportés est qu'elle doit être cachée à la presse ; si Hitler en avait connaissance, les rapatriements suivants deviendraient impossibles.
Ditleff envoie un nouveau mémorandum, le , cette fois sous forme d'une requête officielle norvégienne. Celle-ci sollicite la Suède pour l'envoi d'une délégation de la Croix-Rouge à Berlin afin de négocier le sort des déportés scandinaves et, en cas de succès, la constitution d'une expédition d'assistance suédoise. Le ministre des affaires étrangères suédois y est favorable, et le gouvernement suédois autorise le comte Folke Bernadotte, alors vice-président de la Croix-Rouge suédoise, :
« de tenter d'obtenir l'autorisation de l'Allemagne pour le transport vers la Suède ou le Danemark des Norvégiens et Danois internés. »Hadenius, ss.
Folke Bernadotte s'envole vers Berlin le et rencontre plusieurs dirigeants nazis ; le ministre des affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop, Ernst Kaltenbrunner, chef du Sicherheitsdienst, Walter Schellenberg et Heinrich Himmler. Ce dernier, l'un des plus puissants personnages de l'Allemagne nazie, s'oppose tout d'abord au transport de prisonniers vers la Suède neutre. Bernadotte se replie sur une proposition alternative, que les déportés soient rassemblés dans un seul camp afin que la Croix-Rouge suédoise puisse subvenir à leurs besoins. Bernadotte dit à Himmler qu'il estime le nombre de déportés scandinaves aux alentours de , alors qu'Himmler soutenait qu'ils n'étaient pas plus de deux à trois mille.
Lors d'une seconde rencontre avec Walter Schellenberg le , Bernadotte déclare qu'Himmler a accepté la proposition de rassembler les déportés scandinaves dans un seul camp. Lors de sa visite à Berlin, Bernadotte a aussi plusieurs entretiens avec le groupe Gross Kreutz, Didrik Arup Seip, Conrad Vogt-Svendsen, Wanda Hjort et Bjørn Heger. La seconde proposition de Bernadotte, qu'Himmler accepte, a été préparée par Heger.
Organisation de l'expédition La planification de l'expédition des Bus blancs s'appuie sur plusieurs années d'organisation et de récoltes d'informations par les Danois et les Norvégiens. Celle-ci est utilisée par les Suédois sans grands changements. La Croix-Rouge suédoise contacte l'armée suédoise qui fournit la plupart des hommes et la capacité de transport nécessaireCesarani, ss. En réalité, c'est: