Benjamin Lee Whorf, né le à Winthrop (Massachusetts) et mort le à Wethersfield (Connecticut), est un linguiste et anthropologue américain qui s'intéressa particulièrement aux langues amérindiennesWhorf, B.L. The Hopi Language, Toreva Dialect." Linguistic Structures of Native America. Ed. Harry Hoijer. New York: Viking Fund, 1946: 159-83.. Il est l'auteur avec Edward Sapir de l'hypothèse de Sapir-Whorf pour laquelle il est principalement connu.

Whorf fut un linguiste atypique, se tenant volontairement à l'écart du monde universitaire : il enseigna peu et refusa tous les postes en université qui lui furent proposés à la fin de sa vie. Son métier d'ingénieur dans une compagnie d'assurances (la Hartford Insurance Company) ne le prédisposait pourtant pas à se distinguer dans les sphères académiques. Mais il revendiqua toujours son indépendance comme un gage de liberté lui permettant de développer des idées originales, encore aujourd'hui objets de vives polémiquesPinker, Steven. The Language Instinct. New York: HarperCollins, 1994Pullam, Geoffrey. The Great Eskimo Vocabulary Hoax and Other Irreverent Essays on the Study of Language. Chicago: University of Chicago Press, 1991.

Whorf meurt en 1941, laissant son œuvre inachevée. Son impact sur la linguistique contemporaine est considérable, comme en témoigne la vivacité des polémiques qui l'entourent.

La relativité linguistique

Le principal centre d'intérêt de Whorf en matière de linguistique fut l'étude des langues amérindiennes, et principalement celles d'Amérique centrale. Il est notamment l'auteur d'un ouvrage sur la langue Hopi Whorf, B.L. Discussion of Hopi Linguistics" (1937). In Language, Thought, and Reality: 102-111, mais s'intéressa en outre à la langue maya "Whorf, B.L. A Central Mexican Inscription Combining Mexican and Maya Day Signs." American Anthropologist 34(1932): 296-302; in Language, Thought, and Reality: 43-50 ou à la langue inuit, et c'est de l'ensemble de ces recherches qu'est né son principe de la relativité linguistiqueWhorf, Benjamin (John Carroll, Editor) (1956). Language, Thought, and Reality: Selected Writings of Benjamin Lee Whorf. MIT Press..

Partant du fait que l'on ne trouve aucune notion temporelle dans la langue Hopi, Whorf en déduit que la pensée est conditionnée par la langue qui l'exprime. À ce premier principe se combine un autre : celui suivant lequel la langue est conditionnée par la culture, principe qui sera plus particulièrement développé lors de sa collaboration avec Sapir.

Language is shaped by culture and reflects the individual actions of people daily (Le langage est façonné par la culture et reflète les activités quotidiennes des individus)Turner, Roland. Thinkers of the 20th Century. St. James Press, 1987.. Collaboration avec Sapir

Quand, en 1931, Benjamin Whorf décide de suivre les cours d'anthropologie de l'Université Yale, il travaille sous la direction d'Edward Sapir. Ce dernier prend vite conscience de l'originalité de sa pensée, et décide de l'encourager. Ils travailleront ensemble sur la théorie de la relativité linguistique (hypothèse de Sapir-Whorf). Durant cette période, Whorf publie plusieurs articles dans de grandes revues de linguistique comme Language.

Théories adverses L'hypothèse de la relativité linguistique va à l'encontre de la majorité des théories linguistiques dominantes. Elle s'oppose radicalement à l'hypothèse chomskyenne du caractère inné du langage dans la mesure où il lui stipule un caractère acquis. Elle s'oppose également à l'ensemble de la conception néo-grammairienne de la linguistique, qui, jusqu'à Saussure, envisageait la langue comme un système propre indépendant des contingences sociales et culturelles.

Influences

La pensée de Whorf fut principalement influencée par celle de son compatriote Franz Boas, le fondateur de l'anthropologie américaine. On y voit parfois également l'influence de son éducation méthodiste, et de son profond engagement mystique (il connaissait également l'hébreu). Ses détracteurs lui auront, entre autres, reproché d'avoir écrit pour la peu scientifique revue New Age.

Références

Bibliographie

John E. Joseph, « The Sources of the Sapir-Whorf Hypothesis », From Whitney to Chomsky: Essays in the History of American Linguistics, John Benjamins Publishing Company, 2002

Lakoff, George (1987). Women, fire, and dangerous things. University Of Chicago Press.

Lucy, John A. (1992a). Grammatical Categories and Cognition: A Case Study of the Linguistic Relativity Hypothesis. Cambridge: Cambridge University Press. Lucy, John A. (1992b). Language Diversity and Thought: A Reformulation of the Linguistic Relativity Hypothesis. Cambridge: Cambridge University Press.

Pinker, Steven (1994). The Language Instinct: How the Mind Creates Language. Perennial. Pinker, Steven (2007). The Stuff of Thought: Language as a window into human nature. Penguin Books.

Pullum, Geoffrey (1991). The Great Eskimo Vocabulary Hoax and other Irreverent Essays on the Study of Language. Chicago University Press.

Schultz, Emily Ann (1990). Dialogue at the Margins: Whorf, Bakhtin, and Linguistic Relativity. University of Wisconsin Press.

Liens externes

L'hypothèse Sapir Whorf est-elle une légende urbaine ? (Hady Ba)

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