La sclérose latérale amyotrophique ou SLA, également appelée dans le monde francophone maladie de Charcot (maladie de Lou Gehrig ou ALS en anglais américain), est une maladie neurodégénérative des motoneurones de l'adulte.
Elle est caractérisée par une dégénérescence progressive des motoneurones du cortex cérébral avec destruction consécutive du faisceau pyramidal (atteinte du premier motoneurone) et de ceux de la corne antérieure de la moelle spinale, entraînant la disparition des unités motrices correspondantes (atteinte du deuxième motoneurone). La dégénérescence des neurones extratélencephaliques (ETN) ou cellules de Betz est une caractéristique de la maladie. Elle provoque une paralysie progressive de l'ensemble de la musculature squelettique des membres, du tronc (y compris les muscles respiratoires) et de l'extrémité céphalique.
Les causes de la SLA sont génétiques dans environ 10% des cas, et semblent multi-factorielles et possiblement environnementales dans les autres cas (90% d'entre eux). Elle touche les deux sexes et son incidence augmente avec l'âge à partir de . C'est une maladie rare, mais compte tenu de sa gravité et de l'absence de traitement curatif, la hausse relative de sa fréquence est préoccupante.
Aux États-Unis et au Canada, elle est également nommée « maladie de Lou Gehrig », du nom d'un célèbre joueur de baseball mort de cette maladie en 1941Voir sur lougehrig.com.. Également appelée « maladie de Charcot », elle ne doit pas être confondue avec une maladie de nom et de symptômes voisins, mais d'évolution moins grave, la maladie de Charcot-Marie-Tooth.
Description Formes cliniques Cette maladie comprend deux principales formes cliniques : une forme dite « spinale », débutant à l'extrémité (ou distalité) des membres (les doigts), présentation : Isabelle Moncada ; une forme dite « bulbaire » (un cinquième des cas), débutant dans les territoires d'innervation bulbaires (déglutition, phonation et motricité de la langue).
Toutefois, l'évolution des atteintes tend à se généraliser à l'ensemble des territoires moteurs et la distinction entre ces deux types n'est pas toujours évidente lors du diagnostic. Les femmes présentent statistiquement plus de formes bulbaires que les hommes« La maladie de Charcot ou sclérose latérale amyotrophique », paragraphe « Quelles sont les manifestations de la SLA ? », sur frcneurodon.org, consulté le 3 octobre 2019..
Symptômes Quels que soient les territoires concernés, la symptomatologie initiale se manifeste par la coexistence de troubles moteurs centraux (syndrome pyramidal : hyperréflexie, spasticité) et d'atteintes neurogènes périphériques — crampes, perte de force musculaire, fonte musculaire (« amyotrophie »). Les fasciculations sont rares, mais très spécifiques, surtout si elles concernent la langue. Il n'existe aucun trouble sensitif dans cette maladie.
Un syndrome pseudobulbaire (rires et pleurs spasmodiques) peut survenir. Une atteinte des fonctions cognitives, de type dégénérescence frontotemporale (DFT), se rencontre parfois. Dans certaines formes héréditaires, un membre de la famille peut développer soit une dégénérescence lobaire frontotemporale, soit une SLA.
Évolution La SLA cause une paralysie progressive accompagnée d'une amyotrophie. L'atteinte de la fonction respiratoire est le principal facteur du pronostic. L'évolution se fait toujours vers l'aggravation des déficits, mais à une vitesse variable. Ainsi, la durée totale de la maladie, c'est-à-dire l'intervalle entre l'apparition du premier symptôme et le décès, peut varier de quelques mois à plusieurs années ; elle est en moyenne inférieure à quatre ans et dans 50 % des cas le décès a lieu dans les trois ans suivant la première manifestation clinique Mitchell JD, Borasio GD, Amyotrophic lateral sclerosis, Lancet, 2007;369:2031-2041. Des survies prolongées sont cependant possibles conduisant, dans les formes évoluées, à une perte d’autonomie et à une dégradation de l'état général. L'apparition de troubles de la déglutition favorise la dénutrition. L'atteinte des muscles respiratoires favorise les infections, et peut conduire à une insuffisance respiratoire nécessitant une ventilation mécanique. L'atteinte de la parole rend la communication difficile.
Épidémiologie L'incidence de la maladie est d'environ 2 pour par an. Sa prévalence est de 5 à 7 pour McDermott CJ, Diagnosis and management of motor neurone disease, Shaw PJ, BMJ, 2008;336:658-662. Aux États-Unis, une étude basée sur l'analyse de publications scientifiques consacrées à la SLA, a relevé : ..
Une augmentation globale de l'incidence, d'environ 50 % sur les , est attribuée d'une part à l'augmentation de l'espérance de vie des populations, d'autre part à de meilleurs critères diagnostiques. Cependant, une participation environnementale n'est pas exclue. Certaines localités du Pacifique sont connues pour avoir une très forte surincidence de SLA (île américaine de Guam, péninsule japonaise de Kii), associées à des syndromes démentiels et à la maladie de Parkinson. Elles ont suscité de nombreuses études, mais les intrications entre génotype, environnement et mode de vie ne sont toujours pas élucidées, pas plus que ne l'est le lien entre la SLA et les autres pathologies neurodégénératives.
Le pic d'incidence se situe entre . Des personnes âgées de plus de peuvent être atteintes.. Le rapport hommes/femmes se situe entre 1,3 et 2 (il tend à s'égaliser). C'est la maladie du motoneurone la plus fréquente chez l'adulte..
Enfin, il faut distinguer la forme sporadique (distribution au hasard dans la population) et la forme familiale. La première forme est observée dans 90 à 95 % des cas. La forme héréditaire correspond à 5 à 10 % des cas., la plupart étant de forme autosomique dominante. Les premiers signes d'une SLA héréditaire surviennent statistiquement plus tôt ( en moyenne) que les formes sporadiques ( en moyenne).
En France, jusqu'à sont diagnostiquées par an. Selon une étude de Santé publique France, de fortes disparités régionales sont identifiées, notamment en Bretagne avec pour contre en Guyane. Un autre cluster autour de Clermont-Ferrand est également identifié..
Causes En 2026, on estime que le risque de SLA augmente quand différents facteurs (génétiques et environnementaux) augmentent, et que la manière dont les expositions à ces facteurs s’accumulent et interagissent au fil de l’existence pourrait jouer un rôle dans la maladie. Une hypothèse est que le risque croît chez les patients qui ont autrefois manipulé des pesticides (quotidiennement ou une seule fois dans le cadre de leur profession)., et qui auraient aussi été exposées à d’autres substances toxiques (ou qui auraient subi un traumatisme crânien grave, qui présenteraient une prédisposition génétique). Globalement, les personnes ayant été exposées, ne serait-ce qu’une fois, à des pesticides (fongicides, herbicides ou insecticides) sur leur lieu de travail présentaient un risque de SLA accru de 61 % par rapport à des personnes non exposées.
.
Jusqu'en 2011, plusieurs mécanismes étaient soupçonnés pour expliquer l'atteinte spécifique des motoneurones sans qu'aucun n'ait été formellement établi. Plusieurs pistes sont explorées : une dérégulation cellulaire de la gestion du stress oxydatif, comme le montre l'implication des gènes codant la superoxyde dismutase (SOD) dans certaines formes familialesBunton-Stasyshyn RK, Saccon RA, Fratta P, Fisher EM, SOD1 function and its implications for amyotrophic lateral sclerosis pathology: new and renascent themes, Neuroscientist, 2015;21:519-529 ; un phénomène d'excitotoxicité : soit par excès de glutamate ou d'une molécule apparentée (par exemple l'aspartame), soit par des mutations modifiant les récepteurs au glutamate ; une dérégulation des mécanismes d'apoptose (mort programmée de la cellule). ; une polymérisation désordonnée des neurofilaments entraînant une perturbation du ..
Depuis, les causes sont conjointement attribuées à un ensemble de mutations génétiques, et de dysfonctionnements cellulaires, impliquant notamment les protéines , , l' (UBQLN2) et C9orf72.. et à l'exposition à des contaminants de l'environnement (pesticides notamment).
Une étude montre que, comme les malades, les porteurs asymptomatiques de gènes de risque de SLA (mutations C9orf72 ou SOD1) présentent des troubles du sommeil avec une réduction du sommeil à mouvements oculaires non rapides. Ces signes préalables à la survenue des symptômes moteurs impliqueraient des neurones à orexine de l'hypothalamus. Sur modèle murin de SLA, l'administration d'un antagoniste double des récepteurs de l'orexine (DORA) ou d'hormone de concentration de mélanine (MCH) a limité ces troubles et contribué à épargner certains motoneurones....
SLA sporadiques Les SLA sporadiques concernent 90 % des personnes atteintes par cette maladie. Si de nombreuses études ont été réalisées à ce jour, aucun facteur de risque ne peut être retenu avec suffisamment de certitude pour permettre d'en affirmer la causalité. Parmi les facteurs de risque les plus fréquemment cités, on trouve les facteurs environnementaux suivants : le métier d'agriculteur et/ou l'exposition aux pesticides. De nombreuses études.... ont mis en évidence des corrélations statistiques entre le contact avec certains pesticides agricoles et la SLA, mais sans compréhention du phénomène à ce jour (mi-2026). Une méta-analyse (de cas de SLA issus de huit études faites entre 1990 et 2025 confirme qu'une exposition professionnelle aux trois grands types de pesticides (fongicides, herbicides ou insecticides) ou à l'un d'entre eux — accroît le risque de SLA d'environ 60 %, avec un risque légèrement accru pour les herbicides et possiblement plus élevé chez les hommes..
les traumatismes physiques importants et/ou le sport à haute intensité... ; l'exposition aux métaux lourds (hypothèse très discutée) ; le tabagisme. ; l'entérovirus (cousin du poliovirus), dont une réactivation tardive expliquerait la maladie (plusieurs cas de SLA régressives après régénérescence de l'immunité ont été décrits chez des patients atteints du SIDA) ; une intoxication alimentaire par un acide aminé semblable au glutamate, la BMAA (bêta-N-méthylamino-L-alanine), qui est produite par la plupart des cyanobactéries, et dont l'ingestion à hautes doses chez des primates provoque un ensemble de neurodégénérescences compatibles avec la SLA, notamment celle de Kii. et celle de Guam. ; le rôle de l'alimentation est encore discuté. En Savoie, après un nombre anormal de cas dans le village de Montchavin, une équipe de chercheurs évoque un lien entre le développement de la SLA et la consommation d'un champignon : le gyromitre géant.. ou fausse morille.. En 2021, dans le , les chercheurs rapportent qu'après avoir éliminé les autres causes possibles (toxines bactériennes, plomb dans l'eau, gaz radon dans les maisons…), il avait été constaté que les atteintes, sans lien de parenté mais se connaissant, avaient bien consommé et à plusieurs reprises sur plusieurs années ce champignon, contrairement aux autres villageois.. Une augmentation des cas de SLA a aussi été constatée dans une région de Finlande où ce champignon est très consommé. Dans le village de Saint-Vaast-en-Chaussée, cinq personnes ont développé une SLA en à peine douze ans, dont elles sont décédées. Tous vivaient dans la même rue. Une enquête de Santé publique France a été demandée par l'ARS. La fausse morille reste la meilleure suspecte dans ce cas, pour le moment. Sur l'île de Guam, la graine de Cycas du Japon consommée traditionnellement s'est révélée être à l'origine de nombreux cas de SLA.
La plupart de ces facteurs de risque ont été mis en évidence grâce à des études cas-témoins basées sur de très faibles effectifs. Suivant l'hypothèse d'une exposition environnementale, les anciens combattants de la guerre du Golfe atteints de SLA sont indemnisés.