Joseph Katz, né le à Paris et mort le à CéretRelevé des fichiers de l'Insee, est un général d'armée français. À la fin de la guerre d'Algérie, il se voit confier la lutte contre l’OAS d’Oran. La raison de son absence d'intervention, lors du massacre du 5 juillet 1962, n'a pas été totalement élucidée, mais celle-ci a entraîné la mort violente de 700 à 3 000 Européens.
Biographie
Né de parents inconnus, trouvé le jour de l'anOn ignore le jour de sa naissance : 31 décembre 1906 ou . sous le porche d’une égliseJules Roy, « Préface », in Joseph Katz, Une destinée unique : Mémoires (1907-1996), p. 7., il est confié à l'Assistance publique qui le place chez un couple du département de l'Allier, à Nades, près d'ÉbreuilBrayauds et Combrailles, , 2014., « deux paysans misérables avec un bout de terre, deux vaches, et vivant surtout de la pension de l’assistance publique pour l’enfant ». À dix ans, il obtient son certificat d’études. À treize ans, il est placé comme domestique de ferme au château de Veauce. Il entre ensuite à l’école d’horticulture Le Nôtre de Villepreux, où il ne se plaît pas, estimant ne pas disposer des qualités « de calme et de patienceJoseph Katz, op. cit., p. 60. » nécessaires au métier d’horticulteur. Il gagne Paris, où il travaille comme apprenti-maçon, puis comme stucateur. Il adhère à la CGTJoseph Katz, op. cit., p. 98..
En 1927, il part effectuer son service militaire au d’infanterie, à Sarrebruck. Bien qu’ayant de grosses difficultés en lecture et en orthographeJoseph Katz, op. cit., p. 96 et 97. (il n’a rien lu depuis ses treize ans), il intègre le peloton des élèves caporaux. Il devient sergent au printemps 1928Joseph Katz, op. cit., p. 113.. Il décide de se rengager et prépare le concours d’entrée à l’école des sous-officiers de Saint-MaixentJoseph Katz, op. cit., p. 115.. Il y est reçu en 1931. Il y rencontre le philosophe Jean Beaufret, qui effectue son service militaire comme sous-lieutenant et qui l’aide à se présenter au baccalauréatJacques Isnard, Le Monde, 10 mars 2001., puis à préparer une licence d’allemand.
Lieutenant, il est blessé à la bataille d'Abbeville en . Il est promu capitaine. En 1942, rendu à la vie civile, il se retire dans l’Allier où il se livre à du renseignement sur les opérations menées par le régime de Vichy contre les résistants et les maquisards. En 1944, il sert dans les FFI de l’Allier. Il y est chargé de la liaison avec les maquis d’Auvergne et les saboteurs de la SNCF.
Après la Libération, il est affecté en Allemagne. De 1948 à 1950, il suit les cours de l’École de guerre. Colonel, il part à Bou Saâda, en Algérie, en . En octobre, il prend le commandement opérationnel du sud Algérois (COSA) puis, au printemps 1957, le commandement du secteur autonome de Laghouat-Ghardaïa. Ses succès militaires lui valent trois citations et la cravate de commandeur de la Légion d'honneurBiographie détaillée, « Joseph Katz ». Le , il est promu général de brigadeJoseph Katz, op. cit., p. 237..
Il se rallie en au mouvement d’Alger. Il tient publiquement des propos très fermes en faveur de l’Algérie française et du retour au pouvoir du général de Gaulle. Mais, pressé par ses officiers et sous-officiers de former un comité de salut public, il s’y refuse, tenant à rester dans la légalité républicaineJoseph Katz, op. cit., p. 239. Sur les comités de salut public, voir René Rémond, 1958, le retour de De Gaulle, coll. « Questions au », Complexe, 1998, vol. 96.. Cette défection lui vaut d’être rappelé en métropoleJoseph Katz, op. cit., p. 239. Sur les sanctions infligées aux officiers légalistes, voir Marc Chervel, De la Résistance aux guerres coloniales : des officiers républicains témoignent, L’Harmattan, 2001. Voir aussi Henri Alleg, La Guerre d'Algérie, Temps Actuels, 1981, t. III, p. 73.. Il devient commandant du groupement de subdivisions de Rennes puis, en 1959, de celui de Perpignan. En , après le putsch des généraux, il condamne publiquement leur action. S’amorce alors son retour en grâce. Fin 1961, il est nommé général de division.
Oran Le , il est placé à la tête du secteur d’Oran, au sein du corps d'armée d’Oran commandé par le général Cantarel. Le général Katz a pour mission d’en finir avec l’OAS, dite « zone III », retranchée dans la ville d'Oran. Les Européens d’Oran l'accusent de méthodes brutales, évoquant des mitraillages d’immeubles à l’arme lourde ou d’attaques de quartiers par des T-6 de l’armée de l’air et le qualifiant de Charles-Robert Ageron, « Préface », in Joseph Katz, L’Honneur d’un général : Oran 1962.. S'adressant à un membre de l'exécutif provisoire, Joseph Katz tient les propos suivants (qui conduiront un député à interpeller le ministre des Armées à l'Assemblée nationale)JO du 8 mai 1962 - page 977 : « Donnez-moi un bataillon de l'ALN et je réduirai l'OAS à Oran ». Le , il procède à l’arrestation d’Edmond Jouhaud, commandant l’OAS de l’Oranie. Il échappe à plusieurs attentats de l’OAS, notamment à celui du , où un jeune Oranais tue par erreur le commandant du corps d’armée, le général Ginestet, le prenant pour le général Katz. Dès le lendemain, le général Katz commande à titre provisoire le corps d'armée d'Oran. Il exerce cette responsabilité le , jour du massacre d'environ 700 personnes d'origine européennes, hommes, femmes et enfants, jour de la proclamation de l’indépendance de l’Algérie (indépendance reconnue officiellement depuis le ).
Massacre d’Oran
Les troubles commencent à 11 heures 15Témoignage du commandant Pierre Tanant, reproduit in Geneviève de Ternant, L'Agonie d'Oran, Nice, Gandini, 2001, t. I., et se poursuivent jusqu’à ce que l’armée française prenne position dans la ville, à 17 heuresGeorges-Marc Benamou, Un mensonge français : retours sur la guerre d'Algérie, Robert Laffont, 2003, p. 257. Thierry Godechot, secrétaire privé du général Katz, Le Monde, 12 avril 1972 : « Le général Katz a rétabli l’ordre dès qu’il l’a voulu, c’est-à-dire à 17 heures. ». Dans l’intervalle, plusieurs centaines d’Européens sont massacrés ou enlevés par des musulmansLe nombre des victimes européennes est sujet à controverses. Le nombre des victimes musulmanes (ce jour-là et dans les trois jours qui ont suivi) n’est pas connu.. Les Européens d’Oran dénoncent un non-respect des accords d'Évian (dont l’article V leur accorde la protection de l’armée française). Sous le choc de l’événement, beaucoup ne veulent voir dans la temporisation de près de six heures qu’une cruauté délibérée du général Katz. Les historiens (connaissant le réflexe qu’ont les militaires de toujours « se couvrir ») sont plus circonspects. Ils examinent les ordres que le général Katz a reçus de sa hiérarchie au mois de juinVoir les ordres du général Fourquet, chef d’état-major en Algérie, in Maurice Faivre, Les Archives inédites de la politique algérienne : 1958-1962, L'Harmattan, 2000., sous forme d’une vingtaine de notes ou messagesJoseph Katz, L’Honneur d’un général. qui ne font que relayer la volonté des politiques d’éviter toute intervention de l’arméeGeorges-Marc Benamou, op. cit., p. 259 et 260.. Le général Katz se réfugie derrière ces ordres : il ne pouvait faire intervenir l’armée sans une demande du préfet algérien« Une interview du général Katz accordée à l’auteur le 17 février 1989 », in Jean Monneret, La Tragédie dissimulée : Oran, 5 juillet 1962, p. 184..
Les historiens se montrent également prudents au sujet d’un témoignage faisant état d'un ordre téléphonique de non-intervention que le général Katz aurait reçu de Paris, ce jour-làUn témoin affirme l’avoir appris de la bouche du général Katz. Témoignage in Geneviève de Ternant, op. cit., t. II, p. 49. « Mais tout cela est imprécis », juge l’historien Jean Monneret, op.cit., p. 135.. Celui-ci dément« Une interview du général Katz… », in Jean Monneret, op.cit., p. 187.. Mais, par ailleurs, il exprime son amertume de devoir « porter le chapeau » :
Le , il mettra aux arrêts de rigueur le lieutenant Rabah Kheliff, commandant une compagnie du de chasseurs portés, qui ayant désobéi aux ordres, avait fait libérer des centaines de prisonniers européens.
Fin de carrière
Le général Katz fait l’objet un mois plus tard, le , d’une citation à l’ordre de l’armée comportant l’attribution de la croix de la Valeur militaire avec palme pour, entre autres, « avoir su rétablir et préserver avec force et dignité l’autorité légale et l’ordre public ». Il quitte Oran le .
Muté en Allemagne, à Coblence, il y est poursuivi par des commandos de l’OAS. Il est nommé fin 1963 à la tête de la région militaire de Bordeaux, avec rang et appellation de général de corps d'armée. Début 1968, Edmond Michelet et Jacques Chaban-Delmas obtiennent du président De Gaulle que Joseph Katz soit élevé au rang et à l’appellation de général d'armée. Il achève sa carrière militaire en cette même année.
De 1970 à 1976, il est conseiller général UDR de l'Allier, élu dans le canton d'Ébreuil, ville près de laquelle il avait passé son enfance.
En 1968 et en 1973, il est candidat de l'UDR aux élections législatives dans la Troisième circonscription de l'Allier, détenue par le député communiste Pierre Villon.
Plainte de familles de victimes Le , une plainte contre Joseph Katz est déposée entre les mains du doyen des juges, au palais de justice de Paris, au nom de 47 familles de victimes du massacre d'Oran, pour « complicité de crime contre l'humanité ». La plainte est déclarée recevable, requalifiée en « complicité de crimes d'enlèvements suivis d'actes de barbarie et d'assassinats », puis suivie d’un non-lieu d'informer pour prescription. Un appel de cette décision n’aura pas de suite, en raison du décès du général Katz.
Décorations
Croix de la Valeur militaire avec citation
50px Commandeur de l'ordre du Mérite civil Le , Joseph Katz est nommé au grade de chevalier dans l'ordre national de la Légion d'honneur, au titre de (prise de rang au ). Il est promu au grade d'officier le , au titre de puis au grade de commandeur, le , au titre de . Il est élevé à la dignité de grand officier le , au titre de .
Il est titulaire de la Croix de la Valeur militaire avec palme et de la médaille de la Résistance française depuis le .
Le , il est nommé au grade de commandeur de l'ordre du Mérite civil.
Notes et références
Bibliographie Joseph Katz, L’Honneur d’un général : Oran 1962, L’Harmattan, 1993. Joseph Katz, Une destinée unique : mémoires (1907-1996), préface de Jules Roy, L’Harmattan, 1997 (en ligne). Jean Monneret, La Tragédie dissimulée : Oran, , Michalon, 2006. Contient un entretien avec le général Katz, p. 182-190.
Liens externes
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