thumb|Plaque commémorative. L’attentat de la rue Copernic est un attentat à la bombe dirigé contre la synagogue de l'Union libérale israélite de France et qui a été perpétré dans le arrondissement de Paris le vendredi , soir du shabbat et jour de la fête juive de Sim'hat Torah amenant un grand nombre de fidèles dans cette synagogue. Causant 4 morts, c'est le premier attentat contre les juifs en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.
Après un mandat d’arrêt international, 27 ans plus tard, Hassan Diab, Canadien d'origine libanaise, est arrêté au Québec en 2008, où les enquêteurs poursuivent ses interrogatoires, puis extradé le , vers la France, où il est placé en détention provisoire. Un non-lieu, daté du , est prononcé trois ans après , où Hassan Diab est condamné, par contumace, à la réclusion criminelle à perpétuité le .
Déroulement Cet attentat antisémite à la bombe du , à 18h38, dirigé contre la synagogue de l'Union libérale israélite de France, rue Copernic dans le arrondissement de Paris, fait quatre morts et quarante-six blessés. La verrière de la synagogue s'effondre sur les fidèles, une des portes est soufflée. Des voitures dans la rue sont projetées sur la chaussée, les devantures de magasin sont soufflées sur 150 mètres..
Philippe Bouissou (22 ans) qui passait à moto est tué sur le coup. Aliza Shagrir (42 ans), présentatrice de télévision israélienne en vacances en France, est également tuée sur le coup alors qu'elle marchait sur le trottoir, tout comme Jean Michel Barbé, chauffeur d'une famille qui fréquente la synagogue. Hilario Lopes-Fernandes, le concierge portugais de l'hôtel Victor Hugo, situé presque en face du temple, est grièvement blessé et meurt deux jours plus tard..
La plaque commémorative apposée sur la façade indique : « À la mémoire de Jean Michel Barbé, Philippe Bouissou, Hilario Lopez Fernandez, Aliza Shagrir tués lors de l'odieux attentat perpétré contre cette synagogue le 3 octobre 1980 ».
Le mécanisme de minutage de l'explosif d'une dizaine de kilos de pentrite, dans les sacoches d'une moto Suzuki TS 125 bleue garée à une dizaine de mètres de la synagogue, était prévu pour que la bombe explose à la sortie des fidèles : en cette veille de shabbat, la synagogue était pleine de 323 personnes venues fêter les Bar Mitzvah de trois garçons et Bat Mitsva de deux jeunes filles. Le rabbin Michael Williams avait pris un quart d'heure de retard dans la cérémonie, ces quelques minutes épargnant la vie de centaines de membres de l'assemblée..
Le lendemain, une manifestation spontanée de plusieurs milliers de personnes se tient devant la synagogue, puis part sur les Champs-Élysées, tandis que d'autres manifestations de protestation ont lieu dans des villes de province. Le , une manifestation voit défiler entre Nation et République. Plusieurs députés s'y joignent, tous partis confondus..
Le Premier ministre, Raymond Barre, choque le en déclarant sur TF1 : ., lapsus allégué que ses propos du à l'Assemblée nationale, assurant ses de la , n'effaceront pas des mémoires. Peu avant sa mort en , Raymond Barre a nié le lapsus et imputé cette campagne de protestations au qu'il tient ..
La piste d'extrême droite et les réactions Tout de suite après l'attentat, le rabbin Michael Williams déclare, face aux caméras : « Il s'agit d'une bombe plantée par nos amis les antisémites et les nazis de France, mais nous n'avons pas peur ». Le porte-parole du Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (MRAP), Albert Lévy, le président de la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (LICRA), Jean Pierre-Bloch, et le président de la section française du Congrès juif mondial accusent « l'internationale néo-nazie ».
Environ une heure après l'attentat, un appel anonyme par téléphone à l'agence France-Presse revendique l'attentat au nom des Faisceaux nationalistes européens, un groupuscule d'extrême droite, reconstitution de la Fédération d'action nationale et européenne (FANE), organisation dissoute par le gouvernement, exactement un mois plus tôt, le .. L’appel émane de Jean-Yves Pellay, membre de la FANE et futur légionnaire au Liban, qui déclarera deux mois après, via une interview dans la presse, avoir inventé cette revendication.
Les réactions prennent souvent pour cible le gouvernement de droite alors au pouvoir, notamment le ministre de l'Intérieur Christian Bonnet un proche du président Valéry Giscard d'Estaing, accusé de n’avoir pas pris au sérieux la menace terroriste. Il est reproché au Premier ministre Raymond Barre sa déclaration sur les « Français innocents ». Le lendemain du drame, le Comité de liaison des étudiants sionistes socialistes (CLESS) organise un rassemblement aux cris de « Bonnet, Giscard, complices des assassins ! »-41. La campagne présidentielle du printemps 1981 n’est qu’à quelques mois. Puis une manifestation massive à lieu à Paris, le mardi 7 octobre, pour dénoncer plus généralement la barbarie terroriste, d’autant qu’a eu lieu peu avant l’attentat de la gare de Bologne, qui a causé en août 85 morts en Italie.
Cinq jours après l’attentat, Jean-Pierre Chevènement, leader du CERES, l’aile gauche du parti socialiste, dénonce dans Le Monde la « véritable osmose [qui] s'est créée entre une partie du personnel dirigeant giscardien et l'extrême droite…». Toutes les manifestations dénoncent la « menace néo-nazie ».
Des groupes de militants juifs décident de passer à l'action directe. Mark Fredriksen, le chef de la FANE, est passé à tabac et s'en sort avec un traumatisme crânien et les poignets fracturés. Des coups de feu sont tirés sur le local de L'Œuvre française. Michel Caignet, cadre de la FANE, a le visage vitriolé. Un commando débarque chez Jean-Yves Pellay, le responsable du service d’ordre de la FANE. Menotté, il subit des injections d’un mélange mi-huile, mi-œstrogènes. Un autre commando projette de l'acide sur le visage d'un retraité, nommé Charles Bousquet, dont le seul tort est de porter le même nom de famille que l’ancien collaborateur des nazis Pierre Bousquet.
L’auteur du coup de fil anonyme à l'agence France-Presse du 3 octobre finit par rapidement s’identifier. Il s’agit du même Jean-Yves Pellay, chef du service d’ordre de la FANEFils de Marcel Pellay et d'Estelle Vincent, Jean-Yves Pellay, né le 7 juillet 1951 à Grenoble, successivement trompette dans la Légion étrangère, garde du corps, mercenaire au Liban (1982), démineur, prisonnier des Palestiniens puis colonel dans l'armée croate, a disparu en ex-Yougoslavie à l'été 1992. Source : Maryvonne Pellay, Exécuté à blanc, éditions 7 écrit, Paris, 2014, 356 pages . et victime de ces représailles, qui révèle dans la presse avoir faussement revendiqué l'attentat et affirme être en fait de mère juive et avoir infiltré la FANE« La Subversion de l’extrême droite radicale face à l’État durant la République », Nicolas Lebourg, 30 mai 2010.. Il déclare le au journal le Matin : « On m'a demandé d'infiltrer la FANE. »Le Matin, 28 novembre 1980..
Interpellé le lendemain au domicile de sa mère, à Ligny-lès-Mâcon (Saône-et-Loire), il est inculpé le 4 décembre, d'« infraction à la législation sur les armes et les munitions », les policiers y ayant trouvé un pistolet mitrailleur Sten et cent vingt cartouchesLe Monde du 6 décembre 1980, puis remis en liberté le 3 , avant de s’engager comme mercenaire au Liban.
En , Gaston Defferre, ministre de l'Intérieur, qui a succédé à Christian Bonnet après l’élection du président François Mitterrand, exige que les policiers orientent leurs recherches vers les milieux d'extrême droite.
Dans son livre publié trois décennies après et consacré à l’infiltration d'Action directe par la police au début des années 1980, à laquelle il a participé, le commissaire de police Jean-Pierre Pochon affirmeJean-Pierre Pochon, Les Stores rouges, au cœur de l’infiltration d’Action directe, Éditions des Équateurs, 2008. que le nouveau pouvoir politique socialiste a exercé ensuite des pressions pour diriger l'enquête vers les milieux d'extrême droite au détriment de la piste moyen-orientale. La piste d'extrême droite sera encore relancée à plusieurs reprises : on parlera jusqu'en 1983 d'une mystérieuse « piste fasciste espagnole ».
L'enquête Les écoutes téléphoniques, les perquisitions et les interrogatoires des militants d'extrême droite n'aboutissent à rien. Fin , la Bundeskriminalamt (BKA) allemande livre un élément clé aux Français : le commando de la rue Copernic était composé de 5 personnes, qui, juste après l'attentat, sont reparties dès le d'un aéroport parisien pour Beyrouth. Des indices concernant l'identité de deux de ces personnes sont transmises également.
Les auteurs de l'attentat n'ont jamais été retrouvés. La police a pu établir un portrait-robot du poseur de bombe : un homme moustachu, de type arabe, d'une taille d'environ . Cet homme muni d'un passeport jordanien, s'était doté, lors d'une escale à Chypre, d'un permis de conduire et d'un faux passeport chypriote au nom d'Alexander Panadriyu et avait acheté à ce nom la moto utilisée pour l'attentat.
En 2007, alors que le juge antiterroriste Jean-Louis Bruguière en disponibilité confie le dossier à son collègue Marc Trévidic, ce dernier délivre une commission rogatoire internationale aux États-Unis pour un suspect du nom d'Hassan Diab ayant vécu aux États-Unis et au Canada. Considéré comme le chef du commando, il est identifié grâce aux archives du Front populaire de libération de la Palestine (FPLP-OS]) transmises par l'Allemagne à la France et à l'enquête sur la Suzuki qui conduit jusqu'au magasin du vendeur Moto Shopping Étoile, situé sur l'avenue de la Grande-Armée, dont le concessionnaire offre un portrait détaillé de l'acheteur, un certain Alexandre Panadriyu, domicilié au Celtic Hôtel. Ce suspect d'origine palestinienne, âgé de 55 ans en 2007, posséderait la double nationalité libanaise et canadienne. Le , à l'aéroport Léonard-de-Vinci de Rome Fiumicino, la police de l'air et des frontières italienne arrête un groupe de Palestiniens en provenance de Beyrouth et transmet à la justice française un passeport utilisé par Hassan Diab et dont la photo ressemblerait au portrait-robot..