Antoine Zacharie Adrien d'Épinay, né en 1794 à Port-Louis et mort en 1839 à Paris, est un avocat et homme politique mauricien.
Biographie Antoine Zacharie Adrien Caïez d'Epinay, descendant de la famille d'Épinay, s'établit à l'île Maurice au . La branche aînée s'est éteinte au , avant la révolution, elle a accompagné le Duc de Normandie lors de sa victoire à Hasting, le , contre les anglais.
Il est le fils d'Antoine Jean Caïez d'Epinay, avocat, procureur général de l'Île Maurice, membre du Conseil colonial, député de Moka, et de Marie Marthe Blanc, fille du consul de France à Saint-Jean-d'Acre et d'une Grecque de l'île de Chypre (décédée à l'Isle de France en 1803). Il épouse au quartier de Flacq Marguerite Le Breton de La Vieuville le , fille de Jean-Baptiste Le Breton de La Vieuville né à Saint-Malo vers 1759 et de Louise de Rune, fille de Louis Charles Pierre de Rune et de Marie Jeanne Anne Jocet de la PorteD'Épinay Prosper, Souvenirs d'Adrien d'Épinay 1794-1839, Maurice Bourges imprimeur breveté, Fontainebleau, 1901, note 1, . vignette|gauche|Maison d'Adrien d'Épinay à Port-Louis. Le 28 juillet 1832, une députation d'habitants vint demander que sa fille, qui venait de naître, fut adoptée par l'Île Maurice et portât le nom de Mauricia. Au balcon, d'Épinay tenant son enfant dans ses bras. Estampe du . vignette|Gravure du représentant la statue d'Adrien d'Épinay. Légende parue dans la revue L'Illustration, Paris : « La pose est noble et simple et répond admirablement à l'idée qu'on a pu se former d'Adrien d'Épinay, mandataire de ses concitoyens. Il leur rend compte de son mandat avec ce geste suprême de l'homme convaincu de n'avoir puisé ses aspirations que dans son cœur de patriote. » Il est reçu en 1816 comme avoué. Après le décès de Charles-Thomi Pitot de La Beaujardière (plus connu sous le nom de Thomi Pitot) le chef politique de la colonie d'Épinay, alors âgé de 27 ans, fut choisi pour le remplacer en 1821. En 1827, il crée le Comité colonialSornay Pierre de, Isle de France, Ile Maurice, réédition de l'édition original de 1950 par Précigraph Ltd., 1995, . pour défendre les intérêts de la colonie et restaurer les institutions libres supprimées en 1803. Il participe au développement économique de Maurice notamment en modernisant l'importante sucrerie située à Argy, sur la côte est de l'île près de Belle-Mare, avec des moulins à vapeurLenoir Philippe, L'Ile Maurice Ancienne Isle de France, Éditions du Cygne, Port-Louis, Ile Maurice, 1979, ., en fondant la Société royale des arts et des sciences de l'île Maurice, la Banque de Maurice, qui fonctionne pendant une vingtaine d’années avant d’être supplantée par la Mauritius Commercial Bank créée en 1838 par des commerçants anglais et mauriciens avec l’appui du gouverneur Nicolay, ou encore en 1832 le journal Le CernéenDictionnaire de Biographie mauricienne, A. Toussaint, juillet 1944, , , du nom de Cerné nom inscrit sur les portulans portugais pour désigner l'île Maurice, qui est sans doute le plus ancien quotidien de l'hémisphère sudLenoir Philippe, Ile Maurice, ancienne Isle de France, Éditions du Cygne, 1979, ..
En 1939, une statue d'Adrien d'Epinay a été érigée au Jardin de la Compagnie à Port Louis pour marquer le centenaire de sa mort. Le , l'Organisation Fraternelle a érigé un monument en béton à proximité pour marquer le 141e anniversaire de l'abolition de l'esclavage. En 2005, une plaque a été apposée sur le socle de la statue d'Adrien d'Epinay avec des inscriptions décriant les crimes commis contre les esclaves.
Prémices de l'abolition Après la prise de l'Île de France en par les Britanniques, l’Angleterre a l'intention d'y abolir la traite et l’esclavage À la page 145 de son livre Les Missions d'Adrien d'Épinay publié en 1946, Auguste Toussaint précise : « Ainsi, tout en se refusant à adopter l'abolition complète de l'esclavage décrétée par la Convention à Paris, l'Assemblée coloniale de l'Île-de-France se montra disposée à rencontrer les vues du gouvernement républicain au sujet de l'esclavage dans ce qu'elles avaient de sage et de modéré. ». L'abolition de la traite avait été votée au parlement britannique en 1807Œuvre collective, sous la direction de d'Unienville Noël, L'Ile Maurice et sa Civilisation, G. Durassié & Cie. Éditeurs, 64, Bld. St-Germain, Paris, 1949, . sur proposition du député William Wilberforce. Dès 1813, la traite est donc officiellement abolie à Maurice, mais ce n'est qu'en 1821 qu'elle cessera complètement. En 1830 les choses se précisent concernant l'abolition de l'esclavage et Adrien d'Épinay, avocat et planteur, ne s’oppose pas au principe de l’abolition, mais lui et les autres acteurs de l’industrie sucrière demandent qu’elle soit accompagnée d’une aide financière qui permettrait d’éviter l’effondrement de l’économie du pays. Ce principe d’indemnité financière avait été préconisé par les colons en 1796Karl Noël, L'esclavage à l'Isle de France, Éditions Two Cities, Aubin Imprimeur, Ligugé, Poitiers, 1991, ., lorsque le gouverneur Anne-Joseph-Hippolyte de Maurès de Malartic avait dû affronter les envoyés du Directoire chargés d'appliquer l’abolition sans compensation "Le gouverneur Malartic, tant bien que mal, maintint le statu quo à l'Île-de-France" (après le renvoi des agents du Directoire Baco et Burnel) nous dit Karl Noël dans son ouvrage L'Esclavage à l'Isle de France, ..
Première mission à Londres (1830-1832) Son action fait parfois l’objet de controverses. Certains lui reprochent, en effet, de s’être opposé à l’abolition de l'esclavage à Maurice en 1835. Mais on ne trouve trace dans aucun de ses discours ou de ses écrits qu'il se serait prononcé contre l'abolition de l'esclavage. Pourtant, le titre de son rapport, publié dans l'ouvrage d'Auguste Toussaint Les Missions d'Adrien d'Épinay 1830-1834, adressé aux autorités britanniques, en dit long sur son état d'esprit et sur ses objectifs : Rapport fait par Adrien d'Épinay au Conseil du Gouvernement, en 1832, sur les moyens les plus propres à obtenir la plus grande amélioration possible de la condition des esclaves à l'Île Maurice et les préparer à jouir de l'état de liberté sans compromettre le sort de la colonie et qui se termine par : « on aura trouvé le moyen d'avancer sûrement vers une émancipation générale, signé : A. d'Épinay, Rapporteur ». L'introduction de sa lettre à Thomas Fowell Buxton, fondateur de l'Anti-Slavery Society (une organisation politico-religieuse) et membre du Parlement du Royaume-Uni, en date du , donne également une indication sur ses sentiments à l'égard du projet de l'abolition de l'esclavage à Maurice : « Je ne vous écrit que dans le désir sincère d'allier les intérêts de mon pays à la cause de l'humanité que j'ai toujours servie, que je servirai toujours et qui eût déjà triomphé si le sacrifice n'avait dû porter que sur moi seul »Les Missions d'Adrien d'Épinay 1830-1834, par A. Toussaint, Lauréat de l'Institut, 1946, .. On lui reproche en fait, d’avoir été envoyé le Dictionnaire de Biographie mauricienne, A. Toussaint, juillet 1944, , . comme représentant des planteurs mauriciens à Londres auprès du gouvernement britannique pour conditionner l'abolition à l'octroi par les autorités anglaises d'une contrepartie financière. En effet, les planteurs risquent de se retrouver du jour au lendemain sans aucune main d’œuvre pour travailler sur les plantations et faire fonctionner les sucreries, ce qui ne manquerait pas de ruiner très rapidement cette industrie naissante. Adrien d'Épinay est de retour le En l'absence d'Épinay à l'Île Maurice, il a été convenu que ce soit Évenor Dupont, avocat et homme politique (1803-1869) qui le remplace comme chef politique de la colonie. avec la promesse de Lord GoderichSornay Pierre de, Isle de France, Ile Maurice, réédition de l'édition originale de 1950 par Précigraph Ltd., 1995, .,Secrétaire d'État pour les colonies, que l'abolition sera accompagnée d'une aide financière. C’est lors de ce séjour à Londres qu'il est présenté, le , à Arthur Wellesley duc de Wellington, vainqueur de Napoléon à la bataille de Waterloo. Il en profite pour dire au duc combien les Mauriciens regrettaient le décès du gouverneur Sir Robert Farquhar, défenseur de l’Île Maurice et des MauriciensD'Épinay Prosper, Souvenir d'Adrien d'Épinay, Maurice Bourges, imprimeur breveté, Fontainebleau, 1901, ..
Deuxième mission à Londres (1833-1835) vignette|Portrait en pied d'Adrien d'Épinay, vers 1834. Tableau sans doute réalisé par François-Gabriel Lépaulle (1804-1886). Mais en , Sir John Jeremie, débarque à l'Île Maurice avec le titre de procureur général en remplacement du demi-frère d'Adrien d'Épinay qui avait été nommé à ce poste en 1828 par le gouverneur Lowry ColeDictionnaire de Biographie Mauricienne, A.Toussaint, juin 1948, , .. Le but de John Jeremie est, en fait, de tenter une abolition sans compensationDictionnaire de Biographie mauricienne, A. Toussaint, juillet 1944, , ., décidée par un ordre en Conseil le , sans doute sous l'influence de l'Anti-Slavery Society dont il est un ardent défenseur. Adrien d'Épinay veut faire respecter les engagements de Lord Goderich et organise un système d'inertie (sorte de grève générale avant la lettre qui dure 40 jours) dans l'île. Le gouverneur Sir Charles Colville convoque une réunion extraordinaire du Conseil législatif qui se prononce à une très grande majorité pour le renvoi de John Jeremie en Angleterre. Épinay repart alors en mission à Londres au début de 1833. Après d'âpres négociations et un court séjour à Paris pendant lequel il obtient sa licence en droit, il revient à Maurice le Sornay Pierre de, Isle de France, Ile Maurice, réédition de l'édition originale de 1950 par Précigraph Ltd., 1995, . avec la promesse d'une compensation20 millions de livres sterling (pour la Jamaïque et toutes les autres colonies occidentales anglaises), montant équivalent à 500 millions de francs de l'époque et dont les planteurs de l'Île Maurice recevront UK£ 2,112,632-10s 11d, soit Roupies mauriciennes 31,659,495.- ref. A. Toussaint, page 143, note 81, de l'ouvrage Les Missions d'Adrien d'Épinay (1830-1834). pour tous les planteurs de l'industrie sucrière de la colonie. L'esclavageSelon la lettre d'Adrien d'Épinay à Lord Goderich, en date du 16 juillet 1831 : " 65,000 esclaves dont 25,000 sur les sucreries. Si l'on excepte de ces 25,000 les enfants, les vieillards et les infirmes, il reste 15,000 activement et effectivement employés aux travaux de sucreries ". est alors légalement et officiellement aboli à l'Île Maurice le . L'industrie sucrière traverse aussitôt une période où tous les esclaves et apprentis abandonnent leurs postes de travail pour se diriger vers des métiers de forgerons, maçons, mécaniciens, charpentiers ou de pêcheurs sur les côtes de l'île car ils ne veulent plus travailler la terre. C’est pendant son second séjour à Londres qu’Adrien d’Épinay rencontre Talleyrand, alors ambassadeur de France, lors d’un dîner le chez ce dernierD'Épinay Prosper, Souvenirs d'Adrien d'Épinay, Maurice Bourges imprimeur breveté, Fontainebleau, 1901, , 37 et 38.. Il est également présenté par Lord Goderich au roi Guillaume IV et par Lord Colville à la reine Adélaïde de Saxe-MeiningenRéponse de M. Adrien d'Épinay à un écrit intitulé : Avis du gouvernement (1835), p.17. Et "Court Circular" : 1830-1832 et 1833-1835..
Résultats de ses missions