France Antelme (-) fut, pendant la Seconde Guerre mondiale, un agent mauricien du Special Operations Executive (SOE).

À la tête de Bricklayer, un petit réseau spécialisé dans les questions économiques et financières en prévision du débarquement allié, il effectua trois missions en France occupée. Lors de la troisième, il fut arrêté par les Allemands, torturé, déporté et finalement exécuté au camp de concentration de Gross-Rosen.

France Antelme est l'un des 14 agents franco-mauriciens engagés par le SOE, en raison notamment de leur connaissance des deux langues, l'anglais et le français. Il est l’un des 18 agents du SOE parachutés directement dans les mains de l’ennemi, parmi lesquels 11 l'ont été en février et malgré la forte évidence que les Allemands contrôlaient les réseaux avec lesquels leurs parachutages étaient organisés.

Biographie Avant la guerre 1900. Le , naissance de France Antelme à Port-Louis (Maurice).

France Antelme fait ses classes au collège royal de Curepipe. Vu la situation de son père, il est très vite introduit dans les meilleurs milieux mauriciens. Sportif, il chasse au cerf au sein des traditions cynégétiques maintenues par la famille.

Passionné turfiste, Fairy Gift et Oxendean portent ses couleurs - casaque vermillon, manches et toque en or - en 1926 et 1930 respectivement.

Il se lance dans une carrière d’agent commercial, qui l’amène à beaucoup voyager entre l'Île Maurice, l'île de La Réunion, Madagascar, l'Afrique du Sud et l'Europe. Il établit partout de fructueux contacts commerciaux et politiques.

1932. Il s’installe à Durban comme représentant commercial de Madagascar en Afrique du Sud.

1933. Il se marie.

Pendant la guerre Mission Todd à Madagascar 1939-1940. Au début de la Seconde Guerre mondiale, il s'enrôle dans l'armée sud-africaine

1941. En novembre, France Antelme est recruté par le SOE à Durban.

1942.

Mission Todd. Conduite par le Lt-Col. J.E.S. Todd, cette mission consiste à recueillir des renseignements sur Madagascar (tenue par Vichy) et à gagner des leaders politiques à la cause alliée dans la perspective d’un débarquement britannique à Diego-Suarez (opération Ironclad, ).

. Antelme est déposé par bateau près de Majunga (Mahajanga). Il sert dans l’état-major opérationnel de la mission Todd à Dar es Salaam. Bilan de la mission : il a noué de nombreux contacts dans l'île et en a ramené des renseignements politiques et militaires. Aboutissement naturel de cette mission réussie, il reçoit l'offre de se joindre au SOE en Angleterre. . Antelme s'embarque pour Londres. Versé à la section F, il suit l’entraînement intensif, à Beaulieu et à Arisaig (Écosse).

Première mission en France Définition de la mission : établir le contact avec certains éléments politiques et connaître leurs vues et leurs besoins ; jeter les bases du financement et du ravitaillement de l'éventuel débarquement allié. Novembre. Dans la nuit du 18 au 19Les sources concordent sur la date : 1. [Boxshall] : « 18/19 novembre » ; 2. [Foot, p. 326] : « … la nuit qui suivit celle de l'arrivée de Biéler et Trotobas. », ce qui correspond bien à la nuit du 18 au 19 ; 3. Francis Suttill, SOE contre Gestapo, 2019, p. 51 : 18/19., il est parachuté en France sur le terrain La Crêpellière, à Saché, au sud-est de ToursLe lieu du parachutage est donné par Francis Suttill dans son ouvrage SOE contre Gestapo, p. 51. D’autres sources, plus anciennes et moins fiables indiquent un autre lieu du parachutage : Version 1. « à NE de Chambord et O/NO de La Ferté. » [Source : Boxshall]. Cette indication correspond assez bien avec le terrain Boisrenard, en face de Mer. Version 2. « Près de Poitiers » [Source : Foot, p. 326]. Foot confond probablement avec la première destination d'Antelme, où il va rencontrer Lise de Baissac trois jours plus tard., le comité de réception étant assuré par le réseau MONKEYPUZZLE de Raymond Flower « Gaspard »Selon Boxshall, le comité de réception comprend entre autres M. et André Dubois, M. Cadioux et Armel Guerne « Gaspard », du réseau CARTE. Cependant, cette information est douteuse, car Armel Guerne n’avait pas encore été recruté par Germaine Tambour. Plus probablement, le « Gaspard » mentionné était Raymond Flower, car il était l’organisateur du parachutage et il avait ce même pseudo.. Le 19, Antelme part pour Artannes-sur-Indre avec André Dubois, sa femme et « Gaspard »Source : Boxshall.. Le 21, il continue vers Tours et passe la nuit à l'hôtelFoot, p. 201, évoque un incident, qui a dû se passer ce soir-là (à Tours) ou le soir suivant (à Poitiers) : « France Antelme « Renaud » qui s'était soigneusement entraîné à jouer un personnage d'emprunt nommé Antoine Ratier, était depuis moins d'une semaine en France lorsque, conduit à sa chambre d'hôtel, il se rendit soudain compte qu'il avait signé de son vrai nom, à la réception, la fiche de police. Il réussit à récupérer à temps le dangereux bout de papier, en bredouillant qu'il n'avait pas inscrit dessus la bonne adresse. ». Le 22, il prend le train pour Poitiers, et là, il prend contact avec Henri Gateau, commissaire-priseur, 19 rue Boncenne, qui le présente à Lise de Baissac au café de la Paix, place d'Armes. Antelme réserve une chambre à l'hôtel des 3 Piliers, rue Gambetta. Le 23, il se déplace, grâce aux arrangements de M. Gateau, dans l'appartement de M. et Louis Roy. Le 27, Il s'installe dans la maison du 19 rue Jean-Jaurès. Louis Roy le présente au docteur Roux, maire de Latillé et Adolphe Martin, officier de réserve, grâce auxquels deux comités de réception sont formés (Vouillé et Vivonne). Plus tard M. Martin présente Paul Brau, un entrepreneur qui forme un comité de réception dans sa propriété près de Châtellerault. Décembre. Antelme et Gateau vont à Paris, où, grâce aux Gateau, il rencontre leur beau-frère, Albert Rambault, Directeur Général de l'Escompte et agent de compensation entre la France et l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne. Sur la suggestion de Rambault, Antelme va à Dijon, où il reste trois jours avec la famille Rambault dans leur appartement de l'immeuble de la Banque de France. En retournant à Paris, Antelme fait la connaissance d'Henri Garry, que lui avait recommandé Armel Guerne « Gaspard ». Garry a été en relation avec le réseau de Philippe de Vomécourt, était injoignable depuis l'arrestation de ce dernier le . Par l'intermédiaire de Garry, Antelme rencontre Margot Nadeau, secrétaire au ministère de l'Agriculture et du Ravitaillement, 78 rue de Varenne. Elle essaye d'organiser une réunion entre Antelme et le ministre Bonnafous. Ce dernier semble d'accord, mais au dernier moment perd courage et refuse de recevoir Antelme.

1943. Janvier. Antelme établit son quartier général 9 rue Chartran, à Neuilly-sur-Seine. Lise de Baissac le présente à Maître William Savy « Alcide » (connu aussi sous le nom de Jean Millet), un juriste international, domicilié 6 rue d'Alger, à Paris. Il entre en contact avec Claude de Baissac « David » et, par son intermédiaire, avec le major Francis Suttill « Prosper », qui tous les deux sont sans liaison radio avec Londres depuis six semaines, et ont de grands besoins d'argent. Maître Savy s'arrange pour obtenir un prêt d'un million de francs, confirmé par Londres qui fait passer à la BBC le message « Alcide est en bonne santé ». De Baissac et Suttill obtiennent chacun 250000 francs. Antelme recrute Henri Garry et Octave Simon « Badois ». Par l'intermédiaire d'Octave Simon, il entre en contact avec le comte Jean Cellier, propriétaire du château d'ÉporcéAdresse : 72550 La Quinte. et avec Antoine de Mascureau, propriétaire du château de la RenaudièreAdresse : 72240 Neuvy-en-Champagne, où un comité de réception était formé comprenant eux-mêmes, leurs fermiers et fils, des garde-chasse et le chef de gare du Mans. Le terrain se situe entre les deux châteaux, à environ au NO de la gare du Mans. Février. Recevant le message BBC annonçant un parachutage pour la nuit, le comité se réunit, mais l'avion tourne en rond plusieurs kilomètres trop au nord. Après un échange de plusieurs messages radiotélégraphiés, l'avion revient le 16 et tombe pile sur la position du comitéOn ignore le nombre de containers parachutés lors de cette opération.. Par l'intermédiaire d'Henri Garry, Antelme prend contact avec Maurice Roland et M. Vassart, procureur de la République à Troyes, grâce auxquels s'est formé le comité de réception pour Troyes. Maurice Roland informe Antelme qu'à Bordeaux existe une organisation forte de hommes, impatiente de recevoir des armes et des fournitures (région B de l'OCM). Antelme demande à Claude de Baissac d'entrer en contact à Bordeaux avec cette organisation, dirigée dans le sud-ouest par André Grandclément, domicilié au 34 cours de Verdun. Ce contact aura des conséquences désastreusesEn juillet 1943 commence une vague d'arrestation dans la région, qui conduira à celle de Grandclément et à son retournement par la Gestapo. Les conséquences de ce changement de camp impacteront fortement le réseau "Scientist", touché également par la chute de "Prosper" en juin.. Antelme discute avec Alexandre Celier, président du conseil d'administration du comptoir national d'escompte de Paris et M. Panouillot de Vesly, inspecteur des finances, des plans de fourniture d'argent français pour les armées de libération alliées. Il discute également des plans de fourniture de nourriture aux armées avec Maurice Duthilleul, directeur adjoint du ravitaillement dans la Sarthe. Ces plans ne furent pas exécutés : Maurice Duthilleul sera arrêté et déporté en Allemagne, mais rentrera en . Antelme est en contact aussi avec Édouard Herriot et avec Paul Reynaud. Antelme confie l'organisation du Mans à Henri Garry. L'organisation de Troyes sera prise en charge par Benjamin Cowburn « Germain » à partir d'avril. Mars. Au début du mois, il rencontre Édouard Herriot, âgé et en mauvais état de santé. Celui-ci se déclare favorable aux Alliés, mais ne souhaite pas avoir un rôle actif.

À Londres Mars (suite). Le 17/18, France Antelme revient à Londres en Lysander, avec Claude de BaissacOpération TRAINER organisée par Henri Déricourt ; doublé de Lysander, pilotés par flg. off. Rymills et flg. off. Vaughan-Fowler ; terrain situé au sud de Poitiers et à au nord de Marnay (Vienne). Personnes amenées : Francine Agazarian, John Goldsmith, Pierre Lejeune, Roland Dowlen ; personnes remmenées : Claude de Baissac, France Antelme, Raymond Flower, André Dubois. [Source : Verity, p. 262]. Mai. Entre le 15 et le 20Paturau situe l'entrevue le 27 avril, ce qui est incompatible avec les dates données par Verity pour les vols., France Antelme et Francis Suttill (arrivé dans la nuit du 14/15Source : Verity, p. 266.) ont une entrevue avec des membres de la London Controlling SectionCertaines sources évoquent une entrevue avec Winston Churchill lui-même, mais Michael R. D. Foot, historien officiel du SOE en France, a souligné qu'à cette période, Churchill n'était pas à Londres : il avait embarqué le sur le Queen Mary pour participer, du 11 au 27 mai, à la interalliée Trident à Washington.On lui aurait demandé de se préparer à un débarquement dans le Pas-de-Calais en septembre (en cohérence avec le plan Cockade-Starkey) et à intensifier les actions contre les Allemands (corroboré par l'accélération du rythme des parachutages qu'on observera en juin 1943, dernier mois du réseau Prosper). Et quand Suttill revient en France, il est préoccupé par la perspective de l'imminence d'un débarquement, pour lequel il ne se sent pas prêt. Il y a un débat sur les motivations des Britanniques : Selon certaines sources, ils auraient renvoyé leur agent en France, avec l'intention de sacrifier son réseau pour mieux intoxiquer les Allemands sur le débarquement imaginaire de septembre. Autrement dit, le sacrifice du réseau Prosper aurait été un élément du plan de mystification des Allemands.