Les Wolastoqeys (ou, selon le pluriel étymologique, les Wolastoqiyik.), aussi désignés avec l'exonyme parfois critiqué Malécites, sont un peuple autochtone d'Amérique du Nord. Leur territoire ancestral est le Wolastokuk.
Le peuple wolastoqey habite les vallées de la Wolastoq, aussi connue comme le fleuve Saint-Jean, et de ses affluents, à cheval sur la frontière séparant le Nouveau-Brunswick et le Québec au Canada, et le Maine aux États-Unis. Leurs coutumes et leur langue de la famille algonquienne, le wolastoqey latuwewakon, sont proches de celles de leurs voisins Micmacs, Passamaquoddys et Pentagouets.
Aujourd'hui, près de vivent au Nouveau-Brunswick, au sein des communautés de Madawaska (première nation), Tobique, Woodstock, Kingsclear, St. Mary's et Oromocto 26. En , ils sont au sein de la Première Nation Wolastoqiyik Wahsipekuk (au Québec) et, selon les données du site officiel des Wolastoqeys vivant sur le territoire américain, à Houlton dans le Maine.
Étymologie
Le mot Wolastoqiyik signifie le « peuple de la belle rivière ». Cette « belle rivière » désigne la Wolastoq ou fleuve Saint-Jean . L'exonyme Malécite, historiquement utilisé en français, provient d'un mot micmac signifiant probablement « locuteurs paresseux ». Certains Micmacs les appellent quant à eux les « Autochtones des rats musqués » ou « mangeurs de rats musqués ».
Les Wolastoqeys sont parfois appelés les Etchemins. Ce nom, utilisé pour la première fois à Tadoussac, est d'origine inconnue mais ne provient probablement pas de la langue wolastoqey latuwewakon. En 1692, Antoine de Lamothe-Cadillac fait probablement allusion à ce peuple en parlant des « Marisiz ». Le terme Amalécites est utilisé pour la première fois par Chauvignerie en 1736 et utilisé jusqu'au pour désigner les membres de ce peuple vivant au Québec. Au Nouveau-Brunswick, les formes Milicite et Melicite sont préférées en anglais au cours du , avant que le terme Malecite soit préféré par les ethnologues au début du .
En 1758, une appellation qui devient alors de plus en plus fréquente et observée tant en français qu'en anglais sous les terminologies « Marichites » en français et « Maricheets » en anglais..
Histoire Préhistoire Les origines des Passamaquoddys et des Wolastoqeys sont floues, mais ils semblent originaires du même peuple, qui se serait séparé en deux au milieu du ou plus tôt. Depuis cette époque, les Wolastoqeys sont en effet résidents de la vallée du fleuve Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick et au Québec, tandis que les Passamaquoddys résident dans la vallée de la rivière Sainte-Croix et au bord de la baie de Passamaquoddy.
Période traditionnelle (1603-1785) Il est probable que des pêcheurs basques, français, portugais, espagnols et anglais rencontrent des Wolastoqeys dès le ou même plus tôt. La première rencontre est documentée par Samuel de Champlain, à Tadoussac en 1603. Au , les Wolastoqeys ont surtout des contacts avec les Européens, et ces contacts sont généralement amicaux. Il y a toutefois au plus « Etchemins » en 1612, et leur nombre diminue dramatiquement au cours des , à cause des maladies apportées par les Européens, la dépendance envers les provisions françaises, l'alcoolisme et probablement des empoisonnements planifiés. .
De Mons note que le village de Ouiguoudi, aujourd'hui Saint-Jean, compte de nombreuses habitations, dont l'une servant au conseil et pouvant loger une centaine de personnes. Certains villages estivaux sont fortifiés durant le . À l'époque, le principal est Médoctec, situé à l'extrémité du réseau de navigation menant aux territoires Passamaquoddys et Pentagouets. Eqpahak, situé l'actuel Fredericton, est mentionné pour la première fois en 1733, et, à la fin du , un village s'élève à l'embouchure de la rivière Nerepis. Les îles Harts et Eqpahak, face à Eqpahak, servent à la fois pour la chasse hivernale et comme lieu neutre pour régler les conflits. Médoctec est abandonné en 1767 et sa population se déplace à Eqpahak. Les Wolastoqeys doivent céder Eqpahak aux Loyalistes en 1794.
Période loyaliste (1785-1900) Après la perte d'Eqpahaq, les Wolastoqeys se déplacent à Kingsclear (Pilick), qui devient ensuite la réserve Kingsclear 6. La réserve Tobique 20 est mise sur pied afin d'inciter les Wolastoqeys à devenir agriculteurs et sédentaires; ils décident toutefois de continuer leur mode de vie semi-nomade et utilisent plusieurs campements le long du fleuve. Ces campements sont situés près de Saint-Jean, à Apohaqui, à Gagetown, à Pokiok, à Upper Woodstock, à Saint-Basile et dans le comté d'Aroostook, au Maine. Le village de Saint-Basile devient une réserve. Au début du , de nombreuses personnes migrent de Tobique vers Cacouna et L'Isle-Verte, au Québec ; la réserve de Viger est créée pour cette raison en 1827. La réserve The Brothers 18, consistant en deux îles près de Saint-Jean, est donnée en 1938. Pour compenser la perte de Médoctec, le gouvernement du Nouveau-Brunswick achète la réserve de Woodstock 23 en 1851. Les Wolastoqeys souffrent de plus en plus de l'acculturation, tandis qu'ils vivent en plus grand nombre dans les villes, où ils vendent de l'artisanat ou travaillent dans les chantiers. La réserve de Devon 30 est donc établie en 1867 près de Fredericton, puis celle de Saint-Mary's 24 est mise sur pied en 1928 afin d'accueillir la population grandissante. Une réserve est établie près du lac Chiputneticook en 1881 puis celle de Canoose plus en aval de la rivière Sainte-Croix. Oromocto 26 est établie en 1895, sur le site d'un campement.
En 1820, la population atteint à nouveau le niveau du premier recensement 1612 et, à part certaines périodes de déclin, elle augmente continuellement par la suite. La population double entre 1910 et 1970, passant de .
Période contemporaine (à partir de 1900)
Au cours du , les réserves les plus isolées sont peu à peu abandonnées au profit des plus centrales. Un autre mouvement pousse une autre partie de la population à quitter les réserves vers des localités plus dynamiques, où une partie est toutefois assimilée. Plus aucune famille ne vit selon le mode traditionnel au début du siècle. Les Wolastoqeys de la rivière Sainte-Croix s'en vont dans celles de la vallée du fleuve Saint-Jean. Les communautés d'Apohaqui, Saint-Jean, The Brothers et Pokiok sont aussi abandonnées. De nombreux Wolastoqeys de la haute vallée du fleuve se déplacent vers le comté d'Aroostook, au Maine, attirés par l'industrie de la pomme de terre. D'autres Wolastoqeys et Passamaquoddys se déplacent dans la réserve Penobscott d'Old Town, au Maine. De nombreux Wolastoqeys et Passamaquoddys se déplacent vers les villes industrielles du Connecticut et du Massachusetts. Les Wolastoqeys du Québec se sont mariés avec des Canadiens français et la plupart sont assimilés de nos jours. Les Wolastoqeys faisaient partie de la confédération Wabanaki ou Waban'aki (peuple du soleil levant), regroupant les Penobscot, les Passamaquoddy, les Abénaquis du Maine et les Micmacs. Cette coalition avait été formée entre ces peuples pour contrer l'agression des Iroquois. Ils partageaient une partie de leur territoire avec ces tribus.
En 1989, le Gouvernement du Canada a reconnu la persistance de cette nation en redonnant le statut d'Autochtone à plus de 500 WolastoqeysAmérindiens et Inuits : Portrait des Nations autochtones du Québec . , il y a deux réserves wolastoqey au Québec, celle de Washipekuk à Cacouna et celle de KataskomiqAmérindiens et Inuits : Portrait des Nations autochtones du Québec .
Mode de vie et activités économiques Usages traditionnels . Ils vivaient de la chasse et de la pêche. Les saisons guidaient leurs déplacements : le long du fleuve Saint-Jean en été, en grands rassemblements ; dans les terres l'hiver, en petits groupes, pour survivre au froid.
Depuis leur reconnaissance par le Gouvernement du Canada, les Wolastoqeys du Québec se sont dotés d'un secteur Ressources naturelles et Territoire qui a pour objectif de permettre à la communauté de redécouvrir son territoire ancestral et d'encourager sa réappropriation par les jeunes générations auxquelles sont transmis les savoir-faire traditionnels de chasse, pêche et piégeage.
Économie contemporaine gauche|vignette|200x200px|Logo (2016). Au début du , les Wolastoqeys du Québec se sont lancés dans la pêche commerciale et ont constitué les dont le siège se trouve à Cacouna. Dans un premier temps, en 2000, ils acquièrent du gouvernement fédéral des permis pour la pêche au crabe des neiges et à la crevette nordique. En 2006, ils se développent en obtenant un permis exploratoire pour la pêche à l’oursin vert, puis, en 2012, deux permis compétitifs pour la pêche au poisson de fond et trois permis pour la pêche au buccin. Plus de 50 % des membres des équipages de la flottille sont des autochtones de la Nation.
Le , un accord de pêche durable a été signé à Cacouna entre le gouvernement fédéral et la Première Nation pour une durée de dix ans, éventuellement renouvelable pour trois mandats de cinq ans. a indiqué par communiqué de presse le ministre des Pêches, des Océans et de la Garde côtière canadienne qui s'était déplacé à cette occasion. vignette|Port de Gros-Cacouna (2009). La Première Nation a par ailleurs pour ambition de s'impliquer dans le projet de développement du Port de Gros-Cacouna, dont la propriété a été transférée du fédéral au provincial le . Ce transfert concerne les quais commerciaux, les bâtiments et aires d'entreposage et les brise-lames. Les Wolastoqeys souhaitent notamment installer, sur des terrains sous-utilisés du port, un centre d’interprétation dédié à la présence et la culture wolastoqey.
Occidentalisation Il n'y a plus de Wolastoqeys de souche, à la suite du grand nombre de mariages interethniques ayant eu lieu depuis le .
Malgré cette occidentalisation, une bonne partie du folklore et de la mythologie est toujours connue de la population.
Efforts de revalorisation
Culture Mythologie et religion Koluscap est le héros mythique des Passamaquoddys et des Wolastoqeys, responsable de plusieurs phénomènes naturels et de la forme actuelle des animaux. Les personnages mythologiques représentent les qualités humaines : Malsum, le frère jumeau de Koluscap, représente le mal ; Tortue est à la fois bouffonne et l'objet de risée ; Lièvre est à la fois farceur et dupe ; tous sont des chamans. D'autres légendes ont rapport à la traitrise de certains Wolastoqeys lors de raids Mohawks ainsi qu'aux géants cannibales en provenance du grand nord.
Il existe de nombreux autres personnages surnaturels, classés en trois catégories : les agents de contrôle social, les prédécesseurs et les sources de pouvoirs spéciaux. L'apotamkin est représentatif du premier groupe ; un équivalent du Bonhomme Sept Heures ou du Croque-mitaine, il garde des enfants prisonniers de la glace à l'automne ou laissés sur des plages sans surveillance. Kehtaqs est un fantôme, annonçant une catastrophe ; selon la légende, un Wolastoqey de Woodstock est devenu un khetaqs et sa clameur est audible à chaque fois qu'une tempête approche alors que son rire morne peut être entendu à la veille d'un décès. Le wesqotewit est une boule de feu plus fréquente que kehtaqs ; elle peut être une partie d'une personne pouvant se déplacer sur de grandes distances durant le rêve de cette dernière. Les Wolastoqeys croient au petit peuple ; Kiwolatomuhsis est un nain construisant des amas d'argile et de sable au bord des ruisseaux ; une personne peut voir l'avenir avec les objets qu'ils laissent derrière eux, un petit objet en forme de cercueil annonce la mort par exemple. Des morceaux de corne de wiwilomeq, un escargot de mer géant, qui correspondrait en fait à l'alligator, conférerait une plus grande puissance à l'acquéreur et lui était bénéfique s'il avait le courage de se présenter devant wiwilomeq.