Maurice Yaméogo, né le à Koudougou et mort le à Ouagadougou, est un homme d'État burkinabè. Il est de 1959 à 1966, le premier président de la république de Haute-Volta, actuel Burkina Faso.
« Monsieur Maurice » a incarné l'État voltaïque au moment de l'indépendance. Membre de l'administration coloniale, Maurice Yaméogo se fraye dès 1946, une place dans le dense paysage politique de la Haute-Volta grâce à ses qualités oratoires. En , dans le cadre de la formation du premier gouvernement voltaïque instauré par la loi-cadre Defferre, il intègre le gouvernement de coalition formé par Ouezzin Coulibaly, comme ministre de l'Agriculture sous l'étiquette du Mouvement démocratique voltaïque (MDV). En , menacé par une motion de censure, Ouezzin Coulibaly débauche au profit de l'Union démocratique voltaïque-Rassemblement démocratique africain (UDV-RDA) Maurice Yaméogo et ses alliés à l'assemblée contre l'assurance d'une promotion dans le gouvernement. Maurice Yaméogo se hisse ainsi 2 du gouvernement avec le portefeuille de l'Intérieur, un poste-clé qui lui permet d'assurer l'intérim de chef du gouvernement au décès de Ouezzin Coulibaly en .
Maurice Yaméogo impose rapidement ses choix. Après la proclamation de la République le , il opère en 1959 un surprenant retournement de position vis-à-vis du projet de fédération du Mali que défendait Léopold Sédar Senghor. Bien que l'assemblée constituante voltaïque souhaitât l'adhésion de la Haute-Volta à la Fédération, Maurice Yaméogo opte pour la souveraineté internationale et une intégration régionale se limitant à la sphère économique avec le Conseil de l'Entente. Puis Yaméogo neutralise toute opposition parlementaire. L'UDV-RDA épurée de ses adversaires, s'impose en parti unique. La Haute-Volta se trouve avant même l'indépendance, le , sous le joug de sa dictature.
En politique étrangère, jaloux et admiratif du succès international de son confrère ivoirien Félix Houphouët-Boigny, il le défie en établissant une éphémère union douanière (1961-1962) avec le très progressiste Ghana de Kwame Nkrumah. Houphouët-Boigny redevient très vite son meilleur allié, en Yaméogo signe avec lui un accord devant instaurer la double nationalité pour les ressortissants ivoiriens et voltaïques. Ce projet n'a pas le temps d'aboutir. Le , dans un contexte de rigoureuses mesures d'austérité financière, son régime corrompu est renversé par une manifestation pacifique organisée par les forces vives de la nation voltaïque : les syndicats, la chefferie traditionnelle et le clergé. S'ensuit pour Maurice Yaméogo, une privation des droits liée à sa gestion douteuse des finances. En 1993, il meurt après avoir été réhabilité par le président de la République Blaise Compaoré.
Les années de formation Une jeunesse dévote thumb|right|Carte de la Haute-Volta. Maurice Yaméogo naît selon sa biographie officielle le à Koudougou, ville située à à l'ouest de OuagadougouÉtats africains d'expression française et République malgache, Paris, Éditions Julliard, 1964, .. Fils de paysans. mossis, il est issu selon ses propres mots, d'une « famille païenne, complètement abandonnée à toute une foule de superstitions » qui le nomme Naoua LaguembaJean-Pierre Bejot, « Quand la Côte d'Ivoire et la Haute-Volta (devenue Burkina Faso) rêvaient de la double nationalité », La Dépêche Diplomatique du 16 octobre 2002, en ligne sur lefaso.net (orthographié parfois Nawalagmba), ce qui signifie « il viendra les rassembler ».
Très tôt, Naoua Laguemba porte un vif intérêt pour le christianisme. Cet attrait lui aurait valu de subir de nombreuses brimades de la part de sa famille. Il est rapporté que le , le jeune Yaméogo à qui il manquait un an de catéchisme pour être baptisé, aurait été ondoyé après avoir été foudroyé. Le révérend-père Van der Shaegue qui l'aurait secouru et baptisé lui aurait donné pour saint patron le sien, Maurice. L'histoire veut que sous le choc, sa mère soit morte trois jours plus tard. À la suite de ces évènements, la vocation sacerdotale se serait alors imposée à celui qu'on appelle désormais Maurice Yaméogo.
Après avoir passé quelques années à l'école de son village, Maurice Yaméogo est admis au Petit Séminaire de Pabré. Le , il quitte sa famille pour ses humanités. Pabré est une des plus prestigieuses institutions du pays ; outre le fait qu'elle forme la plupart des prêtres du pays, le Petit Séminaire fournit à l'administration publique et privée ses premiers hauts cadres. Il fait ainsi la rencontre de nombreuses personnalités voltaïques montantes telles que Joseph Ki-Zerbo, Joseph Ouédraogo, ou Pierre Tapsoba avec qui il se lie d'amitié. Mais ses fréquentations l'auraient éloigné de la rigueur ecclésiastique. Maurice Yaméogo voulait être prêtre, il aimait trop les femmes et la fête. En 1939, il quitte le Petit Séminaire de Pabré sans être diplômé.
Une soif d'ascension sociale Malgré ce bagage léger, sa bonne instruction lui permet d'intégrer la fonction publique comme commis expéditionnaire. Ce poste extrêmement prestigieux symbolise une réussite, une sécurité, un prestige. Avec un tel emploi d'« évolué », il élève ses exigences en ce qui concerne les femmes. Il se serait épris d'une métisse, Thérèse Larbat dont le père lui aurait refusé la main car, l'indigène qu'il est, n'aurait pas été « assez civilisé » pour faire son bonheur. Yaméogo s'en serait offusqué, puis se serait finalement résigné à épouser une fille scolarisée de Koudougou, Félicité Zagré, « noire mais belle ». Ensemble ils auraient formé le couple « évolué » de Koudougou, Félicité aurait été la seule Africaine habillée à l'européenne.
En 1940., Maurice Yaméogo est affecté à Abidjan en basse Côte d'Ivoire, un paradis pour « évolués ». De nombreuses fêtes y sont organisées dans lesquelles Maurice Yaméogo se serait senti vraiment au faîte de sa promotion sociale. Il s'y serait fait, par ailleurs, de nombreux amis parmi les « évolués » non voltaïques. De retour après la Guerre dans sa ville natale, il est élu le La petite Académie, Liste des conseillers généraux de la première assemblée territoriale de Haute-Volta de 1946 à 1952 en ligne sur petiteacademie.gov.bf, conseiller général de Koudougou à la première assemblée territoriale de Côte d'Ivoire. La Haute-Volta n'existe plus depuis 1932 : elle est partagée entre la Côte d'Ivoire, le Soudan français et le Niger, au grand dam des Voltaïques qui élisent en au Palais-Bourbon, Philippe Zinda KaboréAssemblée nationale - Les députés de la République : Philippe Kaboré-Zinda avec pour mission de reconstituer le territoire. Maurice Yaméogo aurait intégré l'entourage du député dans l'espoir d'accélérer son ascension. Philippe Zinda Kaboré décédant le , Maurice Yaméogo se positionne comme son héritier spirituel.
Le , la Haute-Volta renaît dans ses frontières de 1932. Il faut attendre le pour que soit votée en France une loi instituant l'Assemblée territoriale de Haute-Volta. Cette assemblée est composée de , dont 34 sont déjà occupés par les conseillers généraux élus au temps du morcellement de la Haute-Volta. Se trouvant dans ce cas de figure, Maurice Yaméogo aurait envisagé de siéger pour la formation politique de Philippe Zinda Kaboré, le Parti démocratique voltaïque (PDV) section locale du Rassemblement démocratique africain (RDA). Le PDV-RDA cependant accumule les échecs électoraux. Lors des élections partielles du et , il ne remporte que 3 des contre 13 pour l'Union voltaïque (UV). Puis lors des législatives du , le PDV-RDA subit une nouvelle déroute face à l'UV menée par Henri Guissou qui obtient les trois sièges de député. Aussi Yaméogo adhère à l'UV, jurant qu'il ne fut jamais du RDA.
Un parcours politique mouvementé Le grand conseiller de l'AOF (1948-1952) thumb|right|upright|Portrait de Lamine Guèye sur une fresque à Dakar. L'Assemblée enfin réunie, les conseillers généraux élisent les sénateurs pour le Conseil de la République, les conseillers de l'Union française et les grands conseillers qui doivent siéger au Grand Conseil fédéral à Dakar. Les tractations auraient laissé Maurice Yaméogo de côté. Outré, il aurait tenté de faire entendre sa voix au sein du parti mais, jugé trop ambitieux, ses requêtes n'auraient pas abouti. Aussi aurait-il décidé de se plaindre directement auprès du Père Goarnisson, un Européen sollicité par le collège des autochtones pour un poste de grand conseiller. Le prêtre aurait accepté de se retirer et même de soutenir sa candidature. Ainsi, le , Yaméogo est élu grand conseiller de l'AOF pour la Haute-Volta.
Pour le conseiller général de Koudougou, c'est la consécration : il a à peine . Ses portraits en grand conseiller de l'AOF auraient décoré les salons des parents et des amis. À Dakar, son épouse Félicité aurait joué le rôle de maîtresse de maison recevant avec faste le gouverneur-général Paul Béchard, organisant des réceptions entre « évolués » et les collègues de Maurice Yaméogo parmi lesquels figure le député-maire Lamine-Gueye, président du Grand Conseil.
Dakar aurait marqué pour Yaméogo, un nouveau glissement vers le RDA. Aux élections législatives du , alors que le PDV-RDA présente une liste unique avec le docteur Ali Barraud, l'UV est en proie à des dissensions internes. Joseph Conombo conduit la liste principale du parti, l'Union pour la défense des intérêts de la Haute-Volta qui, avec voix sur suffrages exprimés, obtient trois des quatre sièges à pourvoir.. L'aile progressiste de l'UV dirigée par le député sortant Nazi Boni présente également sa liste, l'Action économique et sociale des intérêts de la Haute-Volta, qui remporte le dernier siège avec voix.. Enfin, Bougouraoua Ouédraogo et Maurice Yaméogo, tous deux grands conseillers de l'AOF issus de l'UV, déposent eux une liste indépendante qui connaît un échec retentissant.
La traversée du désert (1952-1957) Ses déboires électoraux se poursuivent lors des élections territoriales du : Maurice Yaméogo redevient un simple commis expéditionnaire aux ordres du gouverneur Albert Mouragues. Or le gouverneur de la Haute-Volta est réputé pour sa politique répressive à l'encontre du RDA qui malgré sa rupture avec le Parti communiste français (PCF) en octobre 1950 est encore soupçonné de sympathie communiste. La position ambiguë de Yaméogo avec le RDA, provoque certainement sa mutation à Djibo en plein Sahel. Sa traversée du désert commence ainsi ironie du sort, dans un vrai désert.
Moins d'un an après, il est de retour à Ouagadougou en tant que billeteur du service de santé. Sitôt installé, il aurait participé à la fondation du Club des fonctionnaires. Surtout, soucieux de relancer sa carrière politique, il réintègre l'UV grâce au parrainage de son ancien condisciple de Pabré devenu président du Conseil général, Joseph Ouédraogo. En phase avec ce dernier, il est nommé en dépit de l'opposition d'Henri Guissou, secrétaire adjoint lors du premier congrès de l'Union territoriale de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) en 1954, au cours duquel Joseph Ouédraogo est élu secrétaire généralRené Otayek, F. Michel Sawadogo, et Jean-Pierre Guingané, Le Burkina entre révolution et démocratie (1983-1993), Paris, Éditions Karthala, 1996, ..