David Lloyd George, né le à Chorlton-on-Medlock (Manchester) et mort le à Llanystumdwy (pays de Galles), est un homme d'État britannique. Premier ministre du Royaume-Uni à la fin de la Première Guerre mondiale, du au , il est le dernier chef du gouvernement à appartenir au Parti libéral.

Jeunesse et débuts politiques (1863-1905) Enfance Né le , David est le fils de William George, enseignant, et d’Elizabeth Lloyd, gouvernante. Bien qu’il soit né à Manchester, il est gallois, et retourne rapidement dans le Pembrokeshire, d’où son père est originaire. À l’âge d’un an, il perd son père d’une pneumonie. David et son frère William partent vivre chez leur oncle Richard Lloyd, à Llanystumdwy dans le Caernarfonshire. Richard Lloyd est un cordonnier non conformiste, très impliqué dans la « Nonconformist denomination of Campbellite Baptists ». Ses engagements eurent une grande influence sur l’opinion politique de son neveu David.

Lloyd George joua pendant toute sa carrière de ses origines sociales peu aisées, notamment pour redorer son image en période de crise, mais aussi pour appuyer certaines de ses politiques (notamment The People’s Budget). Il n’a jamais voulu être considéré comme faisant partie de l’élite britannique, qu’il appelle « The Dukes » (« Les Ducs »). En 1898 il confie à un journalH. du Parcq, Life of David Lloyd George, Caxton, Londres, 1912, volume 1, page 14. que son grand luxe, étant petit, était de manger un demi œuf le dimanche matin, laissant supposer qu’il venait d’une famille très modeste. En dépit de son appartenance au parti libéral, il informe le travailliste George Lansbury en 1931 qu’il « ne pourrait jamais trahir les intérêts des travailleurs parce que c’était la classe d’où il venait »Correspondance Lloyd George to Lansbury, 16 février 1931, Lloyd George MSS G/11/4/2(House of the Lords record office). Néanmoins, John Grigg a souligné l’exagération dont a fait preuve Lloyd George quant à son milieu d’origine. Notamment, des témoignages ont rapporté que les frères George étaient les mieux habillés du comté, cité dans John Grigg et ont pu faire des études.

David Lloyd George, en partie autodidacte. et son frère ont de très bons résultats à l’école. Il apprend le français et le latin et choisit le droit car c’est un secteur qui présente de nombreux avantages : il procure rapidement une indépendance financière., et peut mener à la politique. Il intègre un cabinet d’avocats en 1879 à Porthmadog, et acquiert rapidement la réputation d’un fervent défenseur des gens du peuple contre les « puissants »Ibid.. Lloyd George est ambitieux et déterminé : il passe avec succès l’examen de droit (Law Society) en 1884. En 1885, il crée son propre cabinet à Criccieth. Le cabinet qu’il tient avec son frère à partir de 1887, prospère. Connu comme « l'avocat des braconniers » à la suite d’un procès qu'il remporta, il fonda un syndicat d'agriculteurs et, en 1887, le journal Udgorn Rhyddid (Les Trompettes de la Liberté) dans lequel il défendait l'idée d'une autonomie pour le pays de Galles.

Parallèlement, il prêche à la Chapelle Baptiste, où il exerce ses talents d’orateur. Il acquiert une réputation de très bon prêcheur. En 1888 il se marie à Margaret Owen, fille d’un fermier aisé. Même si on ne sait pas exactement quand, il deviendra soudainement agnostique, et le restera toute sa vie.

Débuts en politique Il entre au parti libéral local, et devient conseiller municipal du Conseil de Caernarfon en 1889. Il prend part à des campagnes politiques, et défend l’idée de faire disparaître les impôts versés à l’Église. Il était pour la réforme de la terre : ses références étaient Thomas Spence, John Stuart Mill, Henry George, ou encore les pamphlets de George Bernard Shaw et Sidney Webb sur la Fabian Society. Tous ces auteurs étaient en faveur d’une prise en main du problème de la propriété terrienne.

Également en 1888, il gagne un procès important pour les Gallois : il obtient le droit pour les non-conformistes d’être enterrés selon leurs propres rites. C’est ce procès, vécu comme une victoire dans tout le pays de Galles, qui a conduit Lloyd George le à être choisi pour représenter le parti libéral dans la circonscription de Caernarfon.

Député MP (Member of Parliament) thumb|Lloyd George en 1902 par George Charles Beresford En 1890, il est le candidat libéral pour la circonscription de Caernarfon à la Chambre des communes. Son programme repose sur l’égalité religieuse au pays de Galles, la réforme de la terre (« Land Reform »), un veto local pour procurer des licences pour la vente d’alcool, un impôt graduel et plus de libre-échange. Il remporte l’élection avec 19 voix d’avance, et devient MP, membre du Parlement de Caernarfon en 1890, à l’âge de 27 ans, ce qui en fait le plus jeune membre du parlement. Il gardera son siège jusqu’en 1945, cinquante-cinq ans plus tard.

Être membre du parlement n’étant pas rémunéré à l’époque, il poursuit ses activités d’avocat. Il est toujours en partenariat avec son frère à Criccieth, et ouvre un autre cabinet à Londres, qui fusionne en 1897 avec celui de Rhys Roberts pour donner le « Lloyd George, Roberts and Co ».

Très vite, il est craint et respecté à la fois dans la Chambre des communes. Il s’est fait reconnaître comme un homme d’énergie, à l’apparence et au caractère peu conventionnels. Il est fort impliqué dans les débats qui concernent le pays de Galles, qu’il essaie de soustraire à l’influence et l’autorité de l’Église anglicane. Lloyd George forme en 1894 la « Révolte des Quatre » avec D.A.Thomas, Herbert Lewis et Frank Edwards pour demander davantage de représentation pour le Welsh Liberal Party. Il refonde aussi la même année le Cymru Fydd (« Ce que le pays de Galles doit être »), qui défend l’idée d’un Home Rule pour le pays de Galles, mais c’est un fiasco.

La seconde guerre des Boers divise le parti libéral en deux camps : les radicaux d’un côté et les impérialistes de l’autre. Ces derniers, qui comptent dans leurs rangs Herbert Henry Asquith, Richard Burdon Haldane, sont favorables à la guerre. Lloyd George et Chamberlain sont radicaux. En dépit de l’attention que lui attirait son art oratoire, on pariait que Lloyd George perdrait son siège aux élections de 1900 du fait de son opposition à la guerre des Boers (laquelle lui a pourtant procuré une notoriété nationale). Mais à Caernarfon, il était considéré comme la figure la plus importante du parlement, parce qu’il défendait les droits des Gallois : il fut réélu.

Les dirigeants du parti libéral désapprouvent également le rôle de Lloyd George dans son opposition à la réforme de l’éducation de 1902. Il encourageait dans ses discours le peuple à ignorer la loi et à soutenir John Clifford et son comité national de résistance passive. Environ 170 non conformistes sont envoyés en prison pour avoir refusé de payer leurs frais de scolarité.

New Liberal (Nouveau libéral) 1905-1914

President of the Board of Trade (président de la Commission du commerce) En 1905, le premier ministre Campbell-Bannerman offre un poste au Cabinet à Lloyd George, qui en devient le membre le plus jeune. Il devient président de la Commission du commerce (Board of Trade).

Son sérieux lui vaut davantage de notoriété et de reconnaissance. Il met en œuvre de nombreuses lois comme le Merchant Shipping Act (Loi sur le commerce de la pêche) au cours duquel il consulte les propriétaires de bateaux pour ne pas les prendre de court, le Patents Act (loi sur les brevets), le Port of London Act (Loi sur le Port de Londres) en 1908. Il évite même une grève ferroviaire en 1907 en s’interposant entre les patrons et les syndicats. Cela aide à effacer sa première réputation .

Chancelier de l'Échiquier (1908-1915) En 1908, Campbell-Bannerman se retire, et Lloyd George peut espérer obtenir une promotion, que lui donne Herbert Asquith qui accède au poste de Premier ministre. Il devient chancelier de l'Échiquier (ministre des finances). Il innove en mettant pour la première fois en place des pensions d’État, et déclare la guerre à la pauvreté. Pour financer les grandes réformes sociales auxquelles il aspire, ainsi que pour étendre la marine britannique, il taxe les propriétaires fonciers. Si cela pourrait sembler paradoxal venant d’un libéral, lui préféra dénoncer vivement l’aristocratie et les riches propriétaires terriens.

« The People’s Budget » Lloyd George était un opposant farouche aux Poor Law (loi sur les pauvres). Il se disait déterminé à rendre la vie des pauvres « moins sombre ». Fortement influencé par les idées de Thomas Paine, il veut mettre en place un système de retraite, et prépare un Old Age Pensions Act (loi sur les retraites). Il s’agit de donner entre 1s et 5s par semaine aux plus de 70 ans. Pour financer cette réforme, il doit trouver 16 millions de livres par an. Pour ce faire, il annonce « Le Budget du Peuple » : ceux dont le revenu excède £ devront payer plus d'impôts. Il ajoute un impôt supplémentaire pour ceux qui gagnent plus de £ par an, augmente les droits de succession pour les riches, ainsi que les taxes prélevées sur les revenus de la propriété et de la vente de propriétéGilbert, "David Lloyd George: Land, The Budget, and Social Reform, The American Historical Review, vol. 81, n°5, décembre 1976, p. 1058–1066.

Mais les conservateurs majoritaires à la Chambre des lords, dont la plupart font partie de la tranche la plus riche du Royaume-Uni, sont contre ce projet, et usent de leur veto pour empêcher la loi d’entrer en vigueur. Lloyd George fit alors campagne pour son budget en se rendant auprès des travailleurs, sur leurs lieux de travail, en dressant le portrait d’une noblesse usant de ses privilèges pour empêcher les pauvres de recevoir leur pension de retraite.

Finalement, le gouvernement libéral décida de réduire les pouvoirs de la Chambre des lords, qui d’ailleurs était déjà très impopulaire. Il propose, en 1911, le Parliament Act. Henry Asquith demande au roi George V de rééquilibrer la Chambre des lords. Le roi accepte d’augmenter le nombre de Lords, en créant 250 nouveaux sièges de Lords, ce qui pourrait avantager les libéraux. Devant cette menace de renversement de la majorité à la Chambre des lords, celle-ci accepte de voter le Parliament Act. Le Parliament Act retire le veto que la Chambre des lords détenait jusqu’alors sur certains types de lois votées par la Chambre des communes. Dès lors, les Lords ne peuvent plus empêcher le passage de lois de finances, et ne peuvent prolonger une autre loi au-delà des trois sessions du parlement. Le « Budget du Peuple » est voté.

Le National Insurance Act de 1911 Cette loi procure un système d’assurances maladie et chômage. Chaque personne âgée de 16 à 70 ans et touchant un salaire doit cotiser. Chaque travailleur paie 4 pence par semaine et l’employeur ajoute 3 pence, l’État 2 pence. En retour, les soins médicaux deviennent gratuits, et en cas de chômage n’excédant pas 15 semaines par an, 7 shillings par semaine sont versés.

À la suite de ces deux réformes, Lloyd George fut accusé d'être un socialiste par les conservateurs. Ce n’était d’ailleurs pas la seule critique faite à son endroit.

Critiques et scandales Lloyd George aurait été critiqué par des hommes politiques comme James Keir Hardie, Fred Jowett et George Lansbury sur des questions économiques (budget trop bas, manque de moyens, etc.).