Arthur Neville Chamberlain (), né le à Edgbaston (Warwickshire, aujourd'hui Midlands de l'Ouest) et mort le à Heckfield (Hampshire), est un homme d'État britannique, membre du Parti conservateur et Premier ministre du Royaume-Uni de mai 1937 à . Il est surtout connu pour sa politique étrangère d’apaisement, qui s’est notamment traduite par la signature des accords de Munich en 1938. Après la déclaration de guerre du Royaume-Uni à l’Allemagne nazie le , Chamberlain dirige le pays durant les huit premiers mois de la Seconde Guerre mondiale.
Après avoir débuté dans les affaires et la politique locale de Birmingham, Neville Chamberlain est brièvement directeur du Service national en 1916-1917. Il entre au Parlement en 1918, à l’âge de quarante-neuf ans, suivant les traces de son père Joseph et de son demi-frère aîné Austen. Il reste dans l’ombre quelques années et devient en 1923 ministre de la Santé, puis chancelier de l’Échiquier. Après l’éphémère gouvernement travailliste de Ramsay MacDonald, il redevient ministre de la Santé de 1924 à 1929 et introduit diverses réformes. Il redevient chancelier de l’Échiquier dans le Gouvernement national de 1931.
En , Stanley Baldwin démissionne et Chamberlain devient Premier ministre. Son mandat est marqué par la question de l’attitude à tenir vis-à-vis de l’Allemagne, et ses choix à Munich sont approuvés par une grande majorité de Britanniques à l’époque. Il promet de défendre l’indépendance de la Pologne si elle devait être attaquée, ce qui entraînera la guerre entre le Royaume-Uni et l’Allemagne en 1939.
Chamberlain démissionne le , après l'entrée des troupes allemandes en Belgique et en Hollande : il estime primordial qu’un gouvernement d’union nationale soit créé, mais ni les travaillistes, ni les libéraux ne veulent de lui à sa tête. Winston Churchill lui succède. Chamberlain conserve une bonne réputation au Parlement, notamment chez les conservateurs. Il occupe un rôle important dans le cabinet de guerre de Churchill, qu’il dirige durant les absences de ce dernier, jusqu’à ce que la maladie l’oblige à démissionner, en . Il meurt d’un cancer un mois plus tard.
Neville Chamberlain reste une figure controversée parmi les historiens : sa bonne réputation a pâti d’ouvrages comme , publié de son vivant, qui lui font porter la responsabilité des accords de Munich et l’accusent de ne pas avoir su préparer son pays à la guerre. Les historiens de la génération suivante ont posé un regard similaire sur le personnage, influencés par les mémoires de guerre de Winston Churchill. Des historiens, plus jeunes, ont porté un jugement plus favorable sur Chamberlain et sa politique, notamment après l’accès à des archives gouvernementales.
Années de formation (1869-1918) Homme d'affaires gauche|vignette|Joseph (assis) et Austen Chamberlain en 1892.
Neville Chamberlain naît le dans une demeure nommée Southbourne, à Edgbaston, un district de BirminghamAndrew J. Crozier, "Chamberlain, (Arthur) Neville (1869–1940), prime minister", Oxford Dictionary of National Biography, septembre 2004. Consulté le 9 novembre 2009 (inscription requise).. Il est le seul fils issu du second mariage de Joseph Chamberlain, futur de Birmingham et ministre, qui a également trois filles, Ida, Hilda et Ethel. De son premier mariage, Joseph Chamberlain a déjà eu un fils, Austen, et une fille, Beatrice. Neville Chamberlain fait ses études à la Rugby School, puis son père l’envoie au Mason Science College, dans le centre de Birmingham. Les cours ne l’intéressent guère, et en 1889, son père le place comme apprenti comptable. En l’espace de six mois, il devient salarié de l’entreprise.
Afin de relancer une fortune familiale sur le déclin, Joseph Chamberlain envoie Neville fonder une plantation de sisal à Andros, une île des Bahamas, en 1891. Neville Chamberlain y passe six ans, mais la plantation se révèle un échec, qui coûte à Joseph ChamberlainSoit 29,1 million de livres en termes de produit intérieur brut par habitant, ou en équivalent RPI. Cf. Purchasing Power of British Pounds 1264-2008, Measuringworth (consulté le 11 décembre 2009)..
À son retour en Angleterre, Neville Chamberlain entre dans les affaires. Avec l’aide de sa famille, il rachète Hoskins & Company, un fabricant de couchettes pour navires. Il en est le directeur général pendant dix-sept ans et fait prospérer l’entreprise. Il s’implique également dans la vie publique de Birmingham. En 1910, il tombe amoureux d’une cousine éloignée par alliance, , qu’il épouse l’année suivante. Ils auront un fils et une fille.
Entrée en politique Neville Chamberlain montre tout d’abord peu d’intérêt pour la politique, en dépit de la présence de son père et de son demi-frère dans les travées du Parlement. Durant l’« élection kaki » de 1900, il donne des discours en faveur du Parti libéral unioniste de son père. Les libéraux unionistes, alliés aux conservateurs, fusionneront par la suite avec eux sous le nom de « Parti unioniste », puis « Parti conservateur et unioniste » à partir de 1925. En 1911, Neville Chamberlain est élu au conseil municipal de All Saints’ Ward pour le Parti libéral-unioniste.
Chamberlain est nommé à la tête du . Sous sa direction, Birmingham est l’une des premières villes du Royaume-Uni à adopter un plan d’urbanisme, dont le déclenchement de la Première Guerre mondiale empêche l’application. En 1915, Chamberlain devient Lord-Maire de Birmingham. La guerre lui vaut une charge de travail accrue, et il insiste pour que ses conseillers et officiers travaillent aussi dur que lui. Il réduit de moitié les dépenses de la mairie et .
En , le Premier ministre David Lloyd George offre à Chamberlain le poste récemment créé de directeur du Service national, faisant de lui le responsable de la coordination de la conscription ; il doit également s’assurer que les industries de guerre essentielles disposent de suffisamment d’ouvriers. Toutefois, il entre fréquemment en conflit avec Lloyd George, et n’étant pas soutenu par ce dernier, Chamberlain démissionne en . Les relations entre Chamberlain et Lloyd George resteront dès lors empreintes d’animosité.
Chamberlain décide de se présenter à la Chambre des communes, et il est choisi comme candidat unioniste pour la circonscription de Birmingham Ladywood. Des élections générales ont lieu peu après la fin de la guerre, et Chamberlain est élu avec près de 70 % des suffrages. Il a quarante-neuf ans, ce qui fait de lui le futur Premier ministre à être entré le plus âgé au Parlement.
Parlementaire et ministre (1919-1937) Chamberlain sort du rang vignette|Neville Chamberlain, date inconnue.
Neville Chamberlain se jette à corps perdu dans le travail parlementaire, n’acceptant qu’à contrecœur de manquer un débat et consacrant de nombreuses heures au travail en comité. En , il se voit offrir un poste au Ministère de la Santé par Andrew Bonar Law au nom du Premier ministre, mais il refuse, ne désirant pas travailler pour Lloyd George. Aucune autre offre ne lui est faite durant le mandat de Lloyd George, et lorsque Bonar Law abandonne sa place de dirigeant du parti, Austen Chamberlain le remplace à la tête des unionistes du Parlement. Les meneurs du Parti unioniste sont tentés de former une coalition avec les libéraux pour l’élection de 1922, mais le , les parlementaires unionistes décident de quitter la coalition. Lloyd George démissionne, de même qu’Austen Chamberlain, et Bonar Law est rappelé de sa retraite pour occuper le poste de Premier ministre.
Plusieurs unionistes de haut rang refusent de travailler pour Bonar Law, ce qui permet à Chamberlain de devenir Chancelier de l’Échiquier moins d’un an après son entrée au Parlement. Bonar Law le nomme tout d’abord . Le ministre de la Santé Arthur Griffith-Boscawen perd son siège à l’élection de 1922 et ne parvient pas à le reprendre lors de l’élection partielle de ; Bonar Law offre alors son poste à Chamberlain. Deux mois plus tard, Bonar Law apprend qu’il souffre d’un cancer de la gorge en phase terminale et démissionne aussitôt. Le Chancelier de l’Échiquier Stanley Baldwin lui succède et nomme Chamberlain à ce poste en . Ce dernier ne l’occupe que cinq mois, jusqu’à la défaite des conservateurs lors de l’élection de 1923. Ramsay MacDonald devient le premier Premier ministre travailliste, mais son gouvernement s’effondre au bout de quelques mois, entraînant l’organisation de nouvelles élections générales. Chamberlain y bat de peu le candidat travailliste Oswald Mosley (futur fondateur de la British Union of Fascists). Estimant qu’une élection de plus à Ladywood lui serait fatale, Chamberlain s’arrange pour passer à la circonscription de Birmingham Edgbaston, une circonscription moins périlleuse qu’il représentera jusqu’à sa mort. L’élection de 1924 est remportée par les unionistes, mais Chamberlain ne reprend pas son poste de Chancelier, préférant retrouver son ancienne position de ministre de la Santé.
Deux semaines après son arrivée au ministère de la Santé, Chamberlain présente au Cabinet un agenda contenant 25 textes de lois qu’il souhaite voir passer. Sur ces 25 textes, 21 sont votés avant son départ, en 1929. Chamberlain cherche à abolir les Boards of Guardians élus suivant les Poor Laws. De nombreux Boards sont contrôlés par les travaillistes, qui défient le gouvernement en distribuant des indemnités à des chômeurs valides. En 1929, Chamberlain dépose un projet de loi visant à l’abolition complète des boards des Poor Laws. Il prononce un discours de deux heures et demie à la Chambre des communes lors de la seconde lecture du projet de loi, et est applaudi par l’ensemble des députés à la fin de son discours. Son projet est adopté.
Bien qu’il ait signé une note conciliante durant la grève générale de 1926, les relations de Chamberlain avec l’opposition travailliste sont généralement médiocres. Le futur Premier ministre travailliste Clement Attlee se plaint de ce que Chamberlain , et en , Chamberlain écrit à leur sujet : . Ses mauvaises relations avec le Parti travailliste auront par la suite une importance cruciale dans sa chute.
Passage dans l'opposition, Chancelier à nouveau Baldwin fixe de nouvelles élections générales au . Elles aboutissent à un parlement sans majorité, dans lequel les travaillistes sont les mieux représentés. Baldwin démissionne avec son gouvernement, et le chef du Parti travailliste, Ramsay MacDonald, redevient Premier ministre. Le gouvernement MacDonald doit faire face à une grave crise en 1931, lorsque le révèle que le budget n’est pas équilibré, avec un déficit attendu de de livres (environ de livres actuelles). Le , le gouvernement travailliste démissionne et MacDonald forme un gouvernement d’unité nationale avec le soutien de la plupart des parlementaires conservateurs. Chamberlain y retrouve le ministère de la Santé.
Après les élections générales de 1931, qui voient une victoire écrasante des partisans du gouvernement d’union nationale (essentiellement des conservateurs), McDonald nomme Chamberlain chancelier. Chamberlain propose un droit de douane de 10 % sur les biens étrangers, et des droits moindres ou nuls sur les biens provenant des colonies et des dominions. Son père s’était déjà fait l’avocat d’une telle politique de . Le , Chamberlain dépose son projet de loi à la Chambre des communes. Il conclut son discours en notant à quel point il est pertinent qu’il cherche à concrétiser la proposition de son père. À la fin du discours, Austen Chamberlain quitte sa place et vient serrer la main de son frère. La loi est adoptée par le Parlement à une large majorité.