Le Sonnet d'Arvers, paru en 1833 dans le recueil poétique Mes heures perdues de Félix Arvers, est l'un des sonnets les plus populaires du .

Sonnet

Historique Félix Arvers était reçu aux soirées de l'Arsenal organisées par Charles Nodier, et c'est sur le cahier de sa fille Marie, devenue madame Mennessier, qu'il écrivit les quatorze vers qui devaient assurer sa gloire.

Le mystère de la dédicataire

L'auteur est aujourd'hui peu connu mais au , ce poème était célèbre et l'identité de la destinataire sujette à de nombreuses suppositions; fallait-il, selon Blaze de Bury, n’y voir qu’une allégorie pure et simple ? Il écrit à ce sujet ; d'autres croient reconnaitre Marie Nodier, ou madame Victor Hugo.

Théodore de Banville, quant à lui, trouve sacrilège une telle quête :

Un tel avertissement ne découragea pas les chercheurs. Les uns estimaient que la femme n'existait pas réellement et qu'il ne s'agissait que d'un badinage ; l'édition imprimée ne portait-elle pas la mention ? Sainte-Beuve inclinait pour cette solution mais ne donnait aucune référence et des décennies de recherche n'ont pas permis de retrouver l'original. D'autres voyaient dans cette mention un stratagème, destiné à égarer les soupçons d'un mari jaloux : ne présentait-on pas la femme comme restant ?

Et l'on cherchait cette mystérieuse créature. Charles GlinelLe fonds Glinel, auteur de la première biographie un peu détaillée d'Arvers, penchait pour Mennessier : Un poète franc-comtois, Édouard Grenier, confirme l'explication et Adolphe Racot ajoute que la précision ne figurait pas sur le cahier de qu'il a eu en main. Ne serait-ce pas qu'elle savait parfaitement à quoi s'en tenir ?

Abel d'Avrecourt proteste contre une pareille solutionArvers, Poésies. Mes heures perdues. Pièces inédites. Introduction par Abel d'Avrecourt H. Floury, Paris 1900 : Et un certain Poullain, légataire universel d'Arvers partage cet avis.

Des esprits fins ont remarqué que l'inconnue pourrait bien être madame Victor Hugo, et ils s'appuient sur deux rimes du dernier tercet : et qui feraient écho au prénom Adèle. C'était l'opinion du général Arvers, cousin du poète, qui répétait l'explication que son père lui avait donnée plusieurs foisLudovic O'Followell, La vie manquée de Félix Arvers, Éditions Humbert et fils, Largentière (Ardèche).

Une autre explication peut être trouvée dans le livre de Jean-Pierre Fontaine Les nouveaux mystères de l'Yonne (Ed. De Borée 2007) où il est dit que l'amour caché d'Arvers aurait été une jeune fille de sa ville natale, rencontrée alors qu'ils étaient tous deux adolescents, qu'il ne put ni épouser ni courtiser, et qui mourut très jeune ; leurs tombeaux se trouveraient dans le même cimetière.

Malgré cette notoriété, Félix Arvers est inconnu du Grand Dictionnaire Universel de Pierre Larousse, pourtant contemporain. Le Nouveau Larousse illustré donne intégralement le fameux sonnet, mais en intervertissant et dans le premier vers. L'ordre y fut rétabli en 1914.

Pastiches et reprises

Quoi qu'il en soit, le triomphe de ce sonnet fut, bien sûr, de se voir pasticher O'Followell. Le sonnet d'Arvers et ses pastiches. (Éditions Humbert, 1948) au-delà du possible. Il y eut des réponses de la femme :

Une autre, plus dévergondée, n’hésitait pas à dire :

Une demi-mondaine n’y allait pas par quatre chemins :

Et un séducteur, beaucoup plus sûr de lui, affirmait tranquillement :

Maurice Donnay a donné ce pastiche dans Autour du Chat Noir (1926) :

SONNET J’ai refait le sonnet d’Arvers À l’envers.

Dans la deuxième moitié du le sonnet d’Arvers eut encore les honneurs de Roland Bacri, ce collaborateur du Canard enchaîné qui parlait si naturellement en vers que ses amis furent obligés de lui offrir un Dictionnaire des mots qui ne riment pas. Cette fois-ci le soupirant appartenait à un sexe surnuméraire et - faut-il le dire ? - il n'était pas amoureux d'une dame puisque le poème s'appelait Le garçonnet d’Arvers (ou d'à revers, suivant les éditions). Après nous avoir appris que . Le sonnet se terminait, comme on devine, par cette chute (de reins) :

L'oulipien Jacques Bens, dans Le Voyage d'ArversBibliothèque oulipienne, fascicule 112, 1999. Repris dans : Georges Perec / Oulipo, Le Voyage d'hiver et ses suites, Seuil, « Librairie du », a réécrit le Sonnet, à la gloire de sa cave à vin :

D'autres pasticheurs, enfin, oubliaient complètement le thème et ne voyaient plus dans le poème qu'un prétexte à bouts-rimés. Jean Goudezki écrit :

Adaptations musicales Le poème a été mis en musique par Charles-Marie Widor, Martial Caillebotte, Émile Pessard, Joseph Darcier, Georges Bizet en 1868, sous le titre Ma vie a son secret Ma vie a son secret (Bizet, Georges), , Jean-Baptiste Faure (1878). et par Serge Gainsbourg au début des années 1960 sous le titre Le Sonnet d'Arvers. Private Pepper a également revisité le poème sur son EP « After the hit » en 2013.

Liens externes Le numéro 4597 daté du magazine L'Illustration consacre un article de quatre pages illustrées du Sonnet d'Arvers, dont une comprenant un fac-similé du manuscrit extrait de l'album de Marie Nodier..

Notes et références

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