Boualem Sansal (en , en tamazight : Buɛlam Senṣal; ⴱⵓⴰⵍⴰⵎ ⵙⴻⵏⵚⴰⵍ), né le 1944 à Theniet El Had (Algérie), est un écrivain algérien naturalisé français.
Il est le lauréat du grand prix du roman de l'Académie française en 2015 pour son roman 2084 : la fin du monde.
Il est incarcéré le pendant près d'un an en Algérie, après avoir obtenu la nationalité française en , et quelques semaines après avoir contesté les frontières actuelles du pays avec le Maroc dans le média français d'extrême droite Frontières. Le , il est condamné à une peine de cinq ans de prison ferme et à une amende de . Il est gracié par le président de la République, Abdelmadjid Tebboune, le , sur demande de l'Allemagne.
Il est élu au fauteuil de l'Académie française le .
Biographie Famille et formation Boualem Sansal est né dans un village des monts de l'Ouarsenis en Algérie. L'année de sa naissance est incertaine. Selon son éditeur Antoine Gallimard, bien que Sansal déclare être né en 1949, il se serait en réalité « retranché cinq ans », « par coquetterie »..
Son père, Abdelkader Sansal, est d'origine marocaine et issu d'une famille de la région du Rif au Maroc, laquelle s'installe en Algérie.. Sa mère algérienne, Khadidja Benallouche, a reçu une instruction et une éducation occidentale.. Il passe une partie de son enfance dans le quartier Belcourt à Alger.
Boualem Sansal a une formation d'ingénieur de l'École nationale polytechnique d'Alger ainsi qu'un doctorat en économie. Il a été enseignant, consultant, chef d'entreprise et haut fonctionnaire au ministère du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale..
Vie privée Boualem Sansal rencontre sa première femme Anicka, une étudiante tchèque en anthropologie, dans le cadre d’un échange universitaire avec la Tchécoslovaquie dans les années 1960. Ils se marient et s'installent à Boumerdès, une ville côtière située à une cinquantaine de kilomètres à l’est d’Alger, où naissent leurs deux filles, Nawal, en 1971, et Sabeha en 1975, qui ont toutes deux quitté l'Algérie dès leur plus jeune âge pour s'installer en Tchécoslovaquie, à la suite de la séparation de leurs parents. Nawal a vécu en Algérie avec sa mère jusqu'à l'âge de 5 ans, tandis que Sabeha déclare qu'elle a résidé un an et demi...
Il épouse ensuite Naziha., enseignante de mathématiques à Boumerdès, qui est poussée à démissionner quand Boualem Sansal est limogé en 2003, suite à ses prises de positions contre le gouvernement., et vilipendée après la venue de l'écrivain au Salon du Livre de Jérusalem en 2012.. En 2024, elle est gravement malade et reçoit des soins en France.
En , il est arrêté et incarcéré à Alger, jugé et condamné à cinq ans de prison. Un an plus tard, le , il est gracié suite aux interventions diplomatiques de l'Allemagne. Libéré, il est transféré le jour même à Berlin pour y recevoir des soins médicaux. avant de rentrer en France le ..
Il annonce, en , être atteint d'un cancer de la prostate pendant son emprisonnement en Algérie mais souffrir de séquelles physiques et psychologiques à la suite de cette incarcération..
Débuts littéraires Boualem Sansal, bien que grand lecteur, ne se voue pas à l'écriture mais sous les encouragements de son ami Rachid Mimouni, il commence à écrire en 1997, en réaction au terrorisme islamiste, alors que la guerre civile algérienne (la « décennie noire ») bat son plein. Il cherche à entrer dans l'esprit de ses compatriotes pour tenter de comprendre puis d'expliquer ce qui a mené à l'impasse politique, sociale et économique de son pays, et à la montée de l'islamisme.
Son premier ouvrage, Le Serment des barbares, connaît un succès de librairie : Sansal est invité au printemps 2000 au Festival du premier roman de Chambéry et, en été, au festival Les Nuits & les Jours de Querbes.
Consécration littéraire et tensions avec le pouvoir algérien Sansal a exercé des fonctions au sein de la haute administration algérienne jusqu'en 2003, ayant compté parmi les partisans d'une ligne ferme du régime face à l'islamisme durant la décennie noire.
En 2003, Boualem Sansal est l'un des rescapés du séisme meurtrier qui touche sa région à Boumerdès. Après avoir été porté disparu pendant un certain temps, il est retrouvé à la suite d'un appel lancé par la télévision algérienne.
La même année, c'est en France qu'est publié son troisième roman, Dis-moi le paradis, description de l'Algérie postcoloniale, à travers les portraits de personnages que rencontre le personnage principal, Tarik, lors de son voyage à travers ce pays. Le ton est très critique envers le pouvoir algérien, se moquant de Boumédiène, dénonçant ouvertement la corruption à tous les niveaux de l'industrie et de la politique, l'incapacité à gérer le chaos qui a suivi l'indépendance, et attaquant parfois violemment les islamistes. Il critique également l'arabisation de l'enseignementOuest-France, « Boualem Sansal, le courage et la colère », 3 juillet 2008..
Selon El Hachemi Djaâboub, alors ministre du Travail, de l'Emploi et de la Sécurité sociale, Boualem Sansal a été limogé en raison de son absence fréquente et de ses déplacements à l'étranger non justifiés.. Il ne s'est pas retiré de ce ministère par opposition à la politique menée par le gouvernement algérien..
En 2005, s'inspirant de son histoire personnelle, Sansal écrit Harraga. (harrag signifie « brûleur de route », surnom donné à ceux qui partent d'Algérie, souvent en radeau, dans des conditions dramatiques, pour tenter de passer en Espagne).
En 2006, son livre Poste restante, Alger, une lettre ouverte à ses compatriotes, est censuré en Algérie. Après la publication de ce pamphlet, il est menacé et insulté, mais il décide de rester en Algérie. En 2007, il publie Petit éloge de la mémoire, récit épique de l'aventure berbère.
Son roman Le Village de l'Allemand, publié en , est également censuré en Algérie, car il établit un parallèle entre islamisme et nazisme. L'ouvrage raconte l'histoire de Hans Schiller, un ancien membre de la SS qui fuit en Égypte après la défaite allemande et se retrouve ensuite à soutenir l'Armée de libération nationale (ALN), avant de devenir un héros de guerre et de se retirer dans un petit village isolé.. Le livre s'inspire d'une histoire authentique, découverte dans les années 1980« Le Village de l’Allemand ou le Journal des frères Schiller » : Boualem Sansal, de Sétif à Auschwitz, sur lemonde.fr, 17 janvier 2008..
vignette|Boualem Sansal à la Foire du livre de Francfort 2011. Ses livres, publiés en France, sont librement vendus en Algérie. Cependant, l'auteur y déclenche une controverse, notamment depuis sa visite au en 2011. Cette participation suscite de nombreuses critiques dans le monde arabe..
Lors de la Berlinale 2012, il est membre du jury présidé par Mike Leigh. Il y côtoie Barbara Sukowa, François Ozon, Jake Gyllenhaal, Charlotte Gainsbourg, Asghar Farhadi et Anton Corbijn.
En 2015, son roman 2084 : la fin du monde se vend à et obtient le Grand prix du roman de l'Académie française ainsi que le prix de livre de l’année par la revue Lire .
En 2018, il participe à l'écriture d'un ouvrage commun, Le Nouvel Antisémitisme en France, sous la direction de Philippe Val, dans lequel il écrit que le gouvernement français participe , ce que lui reproche Nicolas Lebourg., chercheur et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès..
Il est naturalisé français par le président de la République, Emmanuel Macron, en 2024.. Selon son ami Xavier Driencourt, il cherche alors à ., où son épouse est hospitalisée..
Prises de positions politiques Alors que l'hebdomadaire français Télérama le décrit comme un intellectuel issu « de la gauche laïque algérienne », en 2024 il est porté aux nues par une partie de l'extrême droite française.. D'après le média RFI, Boualem Sansal aurait même fait partie du comité éditorial du média français d'extrême droite Frontières.., mais l'écrivain dément cette information à sa sortie de prison en . Il affirme qu'il a effectivement été invité par son ami Xavier Driencourt à participer au « comité stratégique », mais qu'il ne connaissait pas le journal Frontières. Il a participé à une seule réunion. . Cinq mois après sa libération, il figure cependant toujours dans le comité d'experts du journal, ce qui contredit ses déclarations parues dans Le Monde du 28 novembre 2025.
Depuis sa libération en novembre 2025, les prises de position de l'écrivain suscitent une controverse croissante. Ses déclarations dans plusieurs médias proches de l'extrême droite et ses postures jugées fluctuantes désorientent jusqu'à ses proches, notamment ses mises en garde contre les menaces d'islamisation pesant sur la France, ainsi que sa critique sévère de la France. Son changement d'éditeur a par ailleurs contribué à accentuer ce trouble.
Selon la revue Moyen-Orient, les liens de l'écrivain avec les courants xénophobes sont anciens. Son premier ouvrage bénéficie d'un accueil favorable dans une partie de la presse conservatrice. Dès les premiers entretiens accordés à la presse française, Boualem Sansal décrit la jeunesse algérienne confrontée à la drogue, à la violence, à l'islamisme et à une . Il soutient, dans Le Quotidien d'Oran, les privatisations et le renforcement des liens avec la France..
L'écrivain participe à des événements organisés par des milieux nostalgiques de l'Algérie française. En 2006, il intervient au Forum algérianiste du livre à Toulouse, organisé par le Cercle algérianiste. En 2010, il participe à une rencontre à Béziers aux côtés de Frédéric Pons, alors rédacteur en chef de Valeurs actuelles. En 2012, il reçoit des lecteurs de cet hebdomadaire à son domicile, après y avoir accordé un entretien.
Certaines de ses prises de position sont saluées par des figures de la droite et de l'extrême droite françaises. En 2013, Éric Zemmour fait l'éloge de son essai Gouverner au nom d'Allah dans Le Figaro. Après les attentats de janvier 2015, Sansal publie une tribune dans ce quotidien, dans laquelle il s'inquiète de l'islamisme et de l'avenir de la société française. Dans son roman Le Village de l'Allemand, il reprend le parallèle entre islamisme et nazisme qu'avaient déjà tracé plusieurs auteurs algériens durant les années 1990. Ce positionnement est interprété par le philosophe Pierre-André Taguieff comme une description directe d'un processus d'islamisation de la société française.
En , alors que le Salon du livre de Paris met à l'honneur l'État d'Israël, Boualem Sansal dénonce dans Le Figaro les appels au boycott. En , il est l'invité d'honneur du Festival international des écrivains à Jérusalem. En octobre 2012, il retrouve à Strasbourg l'écrivain israélien David Grossman, rencontré lors de son séjour en Israël. Les deux hommes co-écrivent alors une tribune en faveur de la réconciliation israélo-palestinienne .
Dans Le Monde des livres en 2018, Boualem Sansal assume une convergence de vues avec la Britannique Bat Ye'or, autrice de Eurabia : l'axe euro-arabe. Certains médias font régulièrement un rapprochement entre ses positions et celles de l'essayiste français Eric Zemmour, avec lequel il partage un diagnostic de de l'Europe et des inquiétudes liées à l'islamisme. Sansal déclare que ce dernier dit « des choses d’une justesse parfaite » au sujet de l'islam et de l'islamisme.
En avril 2026, il fait la une du Journal du dimanche aux côtés de Philippe de Villiers.
Arrestation en Algérie en 2024
À sa descente d'un avion à l'aéroport d'Alger, le , Boualem Sansal est arrêté par la police algérienne et placé sous mandat de dépôt dans une unité pénitentiaire de l'hôpital Mustapha-Pacha d'Alger..
Procédure judiciaire et condamnation